La nouvelle révolution verte en Afrique subsaharienne – Partie 1 sur 2

Vers un bouleversement des pratiques agricoles paysannes ?

28 décembre 2015 par Rémi Vilain

CC - Wikipédia

Depuis le début des années 2000 est menée en Afrique subsaharienne une politique agricole – la nouvelle révolution verte – dont l’initiative relève notamment de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
. Les buts initiaux et officiels de cette transformation agricole pour les pays concernés par celle-ci sont à la fois d’éliminer la pauvreté et l’insécurité alimentaire pour l’ensemble des populations.

Alors que dans les années 1960, une première révolution verte aux résultats plus que décevants a été menée en Amérique du Sud, en Asie et en Afrique, cette nouvelle révolution verte est spécifiquement axée sur ce dernier continent. Selon la Banque mondiale, les paysans doivent être au centre de ce processus et être les acteurs centraux de cette nouvelle révolution verte.

Au sein de cette recherche d’une année que nous publierons en deux parties, nous vous proposons d’analyser en profondeur quels sont réellement les tenants et les aboutissants de cette soi-disant « nouvelle révolution verte » en Afrique Subsaharienne. Notre réflexion s’intéressera particulièrement aux paysans à petite échelle qui représente encore à l’heure actuelle 90% de la production agricole subsaharienne.

Avant d’établir les impacts à la fois économiques, environnementaux, fonciers, semenciers, et culturels sur les paysans de cette nouvelle révolution verte et de tirer nos conclusions, nous dresserons dans ce premier article une importante partie descriptive. Celle-ci comparera dans un premier temps quelles sont les différences et les similitudes entre la première et la nouvelle révolution verte, pour ensuite s’intéresser aux différents acteurs qui ont initié et implanté cette dernière. Cette large revue des acteurs concernés a pour but de démontrer les liens d’influence existants entre-eux et de démontrer comment cela influe sur les décisions politiques, économiques et agricoles prisent au sein de cette nouvelle révolution verte.

Vous pouvez consulter la seconde partie ici : La nouvelle révolution verte en Afrique subsaharienne - Partie 2 sur 2.

Introduction
1. Contextualisation
Parmi les nombreux maux dont souffre notre planète et notre population, les questions relatives autour de la réduction de la faim et de la pauvreté ont toujours été majeures, aussi bien pour nos gouvernements, que pour les organisations internationales que représentent la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
(BM), ou encore ‘l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture’ (FAO).

À ce titre, au début des années 1960, dans un contexte géopolitique très largement dominé par la Guerre Froide et l’opposition aussi bien militaire, économique, qu’idéologique entre le bloc américain et le bloc soviétique, va émerger une nouvelle politique agricole. En effet, le bloc occidental était déjà conscient à l’époque, qu’une insécurité alimentaire prégnante pouvait mener à l’insurrection et au soulèvement des populations civiles concernées, pouvant à terme, profiter aux leaders communistes. C’est alors dans ce cadre géopolitique que des années 1960 à 1990 a été mené une politique de transformation de l’agriculture à destination des pays en voie de développement, en Asie, en Amérique Latine, et en Afrique. Elle sera désignée, à partir des années 1970, comme la révolution verte.

Après avoir constaté dans un premier temps des résultats prometteurs en Asie et en Amérique latine, cette politique va officiellement montrer des premiers signes d’essoufflements en 1994. Plusieurs rapports vont alors démontrer que les rendements des cultures présentés de sérieux signes de stagnation. Ainsi, cette première révolution verte a globalement été considérée comme un échec dans le contexte subsaharien. Nous développerons plus en détail notre propos dans la suite de cette recherche.

Depuis, l’Afrique n’a pas résolu ses problèmes (pauvreté, accroissement des inégalités, production alimentaire, autosuffisance et sécurité alimentaire) et doit faire face à un accroissement démographique constant. En effet, sur les sept milliards d’humains vivant à ce jour sur notre planète, plus d’un milliard vit en Afrique, dont 63 % en milieu rural pour l’Afrique subsaharienne |1| avec un taux de croissance de la population rurale de près de 3 % |2|. De plus, 34,3 % de la population en Afrique subsaharienne vit avec un revenu inférieur à 2 USD par jour |3|.

Dès lors, face aux défis de l’insécurité alimentaire et de la réduction de la pauvreté, est lancée depuis les années 2000, une « Nouvelle Révolution verte », spécialement destinée au contexte africain. Telle que décrite dans le ‘Rapport 2008 sur le Développement dans le monde’ de la Banque mondiale, cette nouvelle révolution verte s’intéresse particulièrement au rôle de l’agriculture dans le Développement, et notamment dans le développement économique de ces pays. Entre autres, nous tenterons de démontrer comment la Banque mondiale et la nouvelle révolution verte privilégient une approche de type agro-industrielle, afin de permettre aux agriculteurs de dégager des surplus, qu’ils soient en nature ou en argent, avec pour finalités, la maximisation des profits, la réduction de la pauvreté et l’éradication de l’insécurité alimentaire.

Alors que plus de 90 % de la production agricole de l’Afrique subsaharienne repose sur l’agriculture familiale et vivrière |4|, il paraît intéressant de voir si cela n’apparaît pas en contradiction avec une logique agro-industrielle sur laquelle semble reposer la nouvelle révolution verte.


2. Base de réflexions et hypothèses

Après cette brève introduction et mise en contexte de ce qu’était et est actuellement la révolution verte, nous tenterons de répondre à la question suivante :
Quel rôle pour les petits paysans au sein de cette nouvelle révolution verte ?

Afin d’y répondre, plusieurs cadres d’exploration mèneront notre réflexion :
- À quelle catégorie d’acteurs s’intéresse en priorité la nouvelle révolution verte ?
- Quelle indépendance ont les paysans vis-à-vis de la nouvelle révolution verte ?
- Alors que la nouvelle révolution verte induit de nombreux changements (techniques de production, acteurs, accès à la terre, semences), quelles capacités d’adaptations auront ces paysans ?
- Comment préserver les savoirs agricoles culturels locaux des paysans tout en les associant avec les préceptes de la nouvelle révolution verte ?

Ces mêmes cadres de réflexion nous amènent dès lors à poser les hypothèses suivantes :
- La nouvelle révolution verte a pris en compte les succès et limites de la première révolution verte du XXe siècle.
- Les fondements (agricoles, économiques, géographiques) de la nouvelle révolution verte sont adaptés aux contextes de l’agriculture familiale et vivrière en Afrique subsaharienne.
- La nouvelle révolution verte est un modèle adapté à la résolution des problèmes liés à la faim et l’extrême pauvreté dans le bassin subsaharien.
- Les paysans sont intégrés au centre du processus de réflexion et d’intégration des programmes agricoles relevant de la nouvelle révolution verte.


3. L’économie politique agraire

Pour guider notre réflexion et notre étude, nous nous sommes appuyés sur un cadre d’analyse théorique et conceptuelle de l’économie politique agraire puisque l’optimisation du secteur agraire se trouve autant à la croisée de plusieurs stratégies que d’une multitude de champs d’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
.

Si l’aspect technique est évidemment primordial dans l’optique d’une amélioration de la production agricole, notamment à travers la nouvelle révolution verte, il n’est cependant qu’un des maillons de l’ensemble de la chaîne de valeur visant à améliorer le secteur agraire.

Ainsi, au-delà de cet aspect technique, les innovations à mener dans le domaine de l’agriculture sont autant une question politique – à travers l’inclusion de différents acteurs (institutionnels, gouvernementaux, civils) aux niveaux local, national et international dans la définition des stratégies à mettre en place –, qu’une question économique – à travers, certes, l’introduction de nouvelles techniques qui pourraient être bénéfiques, mais surtout par le biais des investissements qui seront menés tout au long de son processus de réflexion et de sa mise en œuvre.

Nous pouvons considérer que l’instauration d’une nouvelle politique agricole, avant d’être une question technique et/ou technologique, est principalement le résultat d’un entremêlement de dynamiques. Entre d’une part, la situation économique de l’État concerné et la stratégie qu’il adopte pour y faire face, et d’autre part, sur le plan politique, les dynamiques existantes entre les différentes strates sociales d’un État, c’est-à-dire, les liens existants entre les personnes qui instaurent les politiques (le gouvernement, les élites, etc.) et celles qui les appliquent (la société civile, les populations locales, etc.).

L’économie politique du développement rural se définit comme telle : « Ni les modes de répartition du capital (investissements, subventions), ni les conditions institutionnelles dans les zones rurales (répartition des pouvoirs) ne sont accidentels. En effet, ils sont chacun le résultat des relations plus larges existantes entre la politique, l’économie, et la société qui alimentent et sous-tendent les modèles globaux de développement rural [et que cela détermine] la structure du contrôle et de l’utilisation des ressources naturelles » |5|. C’est pourquoi, et nous le verrons par la suite, nous avons axé notre réflexion sur les acteurs concernés par la nouvelle révolution verte, aussi bien en amont qu’en aval, et tenté de définir les liens existants entre eux, aussi bien sur les plans politiques que sur les plans économiques.


4. Présentation du plan

Afin de déterminer le rôle que peuvent avoir les paysans à petite échelle au sein de la nouvelle révolution verte, nous avons dressé notre réflexion en quatre chapitres.

D’abord, dans un souci d’acquérir une meilleure appréhension de notre sujet, nous étudierons les retours d’expériences sur la première révolution verte en Afrique subsaharienne.

Ensuite, nous verrons si l’on peut effectivement parler d’une nouvelle révolution verte en Afrique subsaharienne.

Dans une troisième partie, nous tenterons d’élucider les impacts que cette révolution pourrait engendrer sur la préservation des savoirs et des techniques agraires au niveau local et culturel.

Enfin, le dernier chapitre sera consacré à plusieurs études de cas, deux relevant de la nouvelle révolution verte, et une supplémentaire, nous amenant à considérer la possibilité d’appliquer d’autres alternatives à travers l’analyse d’une étude de cas portant sur l’agro-écologie.

Dans cet article, nous aborderons dans un premier temps les deux premiers chapitres de cette étude. Les deux dernières parties et la conclusion seront publiées dans un autre article à venir.

Chapitre I : Retours d’expériences sur la Première Révolution Verte en Afrique subsaharienne

À travers ce premier chapitre, nous allons tout d’abord nous intéresser à ce qu’est la première révolution verte, comment se définie-t-elle, la période au cours de laquelle elle a été appliquée et par l’intermédiaire de quels acteurs s’est-elle répandue. Ensuite, nous verrons quelques-uns des impacts écologiques de la première révolution verte, avant de définir quelles ont été les raisons de ses « succès » et échecs dans trois continents, l’Asie, l’Amérique du Sud, et l’Afrique subsaharienne.


1. Définition de la Première Révolution Verte

1.1. Objectifs de la révolution verte et ses éléments déclencheurs
Comme nous avons déjà commencé à l’aborder dans notre introduction, la révolution verte est une politique de transformation de l’agriculture. Cette dernière sera menée dans trois continents en particulier, l’Asie (l’Inde et principalement l’Asie du Sud-Est), l’Amérique du Sud et l’Afrique.

Plusieurs éléments de contextualisation viennent s’entremêler pour expliquer l’apparition de la révolution verte.

En premier lieu, nous pouvons mettre en avant les progrès technologiques réalisés par les pays occidentaux depuis la réalisation de leurs révolutions industrielles respectives, progrès qui vont entraîner de profonds changements au sein de ces pays. En effet, sur un plan purement agricole, ces révolutions industrielles vont de manière inéluctable, progressivement entraîner un basculement du système économique jusque-là essentiellement agraire, vers un système basé sur la productivité et une activité industrielle intensive.

Ensuite, comme avancé précédemment, la révolution verte émerge en pleine guerre froide, ou Américains et Soviétiques s’affrontent à distance, sous couvert de différences idéologiques frappantes, et où chacun tente par n’importe quel moyen, de prendre l’ascendant sur son adversaire et de rallier à sa cause de nouvelles nations alliées. C’est en quelque sorte une opposition de style entre la ‘révolution verte’ occidentale, et la ‘révolution rouge’ communiste |6|.

Enfin, et ce dernier point est directement lié au précédent, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, notre planète est en pleine expansion démographique, passant de 2,5 milliards d’habitants en 1950 à 3 milliards en 1960 pour atteindre rapidement les 4 milliards en 1975. La menace d’une insuffisance de production agricole se fait alors ressentir, il faut donc changer au plus vite de modèle de production. En effet, on dénote dès les années 1950, au Brésil, en Inde ou encore en Chine, des famines et des pénuries alimentaires |7| qui font craindre au sein des puissances occidentales, des soulèvements sociaux et politiques dans ces pays, ces mêmes soulèvements pouvant profiter au bloc communiste.

Dès lors, la révolution verte est présentée comme la solution aux problèmes de production alimentaire, et indirectement comme un moyen de lutte contre la pauvreté.


1.2. Période d’essor de la révolution verte

Le terme de ‘révolution verte’ sera défini comme tel par William Gaud en 1968 au cours d’une réunion de la Société pour le Développement International à Washington DC, qui y voyait en elle, une politique efficace pour éradiquer la faim dans les pays en voie de développement.

Bien que sa diffusion soit très rapprochée, la révolution verte n’apparaîtra pas exactement au même moment dans tous les pays où elle sera effective. Après des premières expérimentations au Mexique avec le ‘Programme Agricole Mexicain’ (MAP) en 1944 |8| et en Afrique Australe au début des années 1940 |9|, celle-ci a réellement débuté en 1966 en Inde et au Pakistan. Très vite, elle sera suivie par l’Amérique latine et le continent africain. La première révolution verte prend fin dans les années 1990 lorsque celle-ci commence à être sérieusement remise en cause. En effet, en 1994, au-delà des dommages collatéraux (dont nous parlerons par la suite) de cette politique de modernisation agricole, les premiers signes d’essoufflement et d’une inefficacité nouvelle apparaissent en Inde, là où tout avait commencé. Avec un plafonnement inquiétant des rendements, preuve est faite que la révolution verte ne sera pas une réponse viable permettant de faire face aux problèmes d’insécurité alimentaire dans le monde.


1.3. Les moyens de sa mise en œuvre

Après nous être intéressés aux conditions nécessaires à son implémentation, nous allons désormais analyser par l’intermédiaire de quels moyens et de quels outils technologiques, la première révolution verte a-t-elle été mise en place.

On peut considérer que la première révolution verte repose sur trois piliers essentiels.

Le premier de ces piliers repose sur une utilisation de variétés de graines, principalement hybrides, à « haut rendement » comme des variétés spécifiques de riz et de blé, c’est-à-dire photosynthétiques, résultant directement de l’implication des fondations Ford et Rockefeller dont nous aborderons leur rôle dans la partie suivante |10| et des progrès réalisés en matière de manipulation génétique constatés par exemple à travers l’intronisation du MAP.

Le second pilier représente lui un complément indispensable afin d’assurer l’efficacité de ces « variétés à haut rendement ». Elle consiste en une utilisation massive d’intrants Intrants Éléments entrant dans la production d’un bien. En agriculture, les engrais, pesticides, herbicides sont des intrants destinés à améliorer la production. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette, les meilleurs intrants sont réservés aux cultures d’exportation, au détriment des cultures vivrières essentielles pour les populations. , de semences et d’autres produits phytosanitaires (herbicides, pesticides…) destinés à stimuler la production, mais aussi à prémunir les plantes de « maladies fongiques » ou d’être ravagées par les insectes environnants |11|.

Troisième et dernier pilier de la révolution verte, l’irrigation. Cette dernière est une condition sine qua non de la réalisation de ce type de politique agricole |12|.

En définitive, ces techniques sont grandement inspirées de la modernisation agricole déjà en place dans les pays occidentaux, qu’ils soient en Amérique du Nord, ou en Europe.

Nous verrons par la suite, comment ces trois piliers constituent à la fois les raisons des premiers succès relatifs de son implémentation en Asie et en Amérique Latine, mais aussi les raisons d’un vaste échec dans ces mêmes régions et dans le contexte africain.


2. Les acteurs de la Première Révolution Verte

Nous allons désormais nous concentrer sur les protagonistes de cette révolution verte, depuis les acteurs indirects (contexte, environnement, etc.) vers ceux qui ont eu un rôle plus visible (gouvernements, centres de recherche, etc.).

Nous pouvons considérer le contexte géopolitique (post Seconde Guerre mondiale ; guerre froide), le contexte économique (prépondérance de la pauvreté dans les pays en voie de développement ; innovations résultantes des révolutions industrielles), le contexte démographique (accroissement majeur de la population mondiale) et le contexte agraire (famines et insécurité alimentaire dans les pays en voie de développement) comme des acteurs indirects de l’intronisation de la révolution verte. Toutefois, d’autres acteurs institutionnels, gouvernementaux et privés, interviennent beaucoup plus directement dans son implémentation.

En effet, afin de réaliser la diffusion de la révolution verte, de nombreux soutiens à tous les niveaux étaient nécessaires. À ce titre, certain.e.s considèrent que cette dernière s’est déployée à travers deux types de financement : d’une part, « le financement de la recherche pour développer les technologies et les transférer dans les différentes parties du monde » et d’autre part, « le financement de ces mêmes technologies agricoles dans ces régions afin que les agriculteurs locaux puissent se permettre de les utiliser » |13|.

Dans un premier temps, au niveau international, après une première expérience réussie dans les années 1920 en Chine, la Fondation Rockefeller, dont l’activité première reposait jusqu’alors sur l’exploitation pétrolière à travers sa compagnie ‘Standard Oil’ (qui deviendra Esso puis ExxonMobil), va devenir dès les années 1940, un maillon essentiel du financement de la révolution verte |14|.

Après une première expérimentation en 1944 avec le ‘Mexican Agricultural Program’ (MAP) impulsée par le jeune biologiste Norman Borlaug, ce dernier, déjà sous la protection de la Fondation Rockefeller, découvrira en 1954, un « blé miracle » à haute capacité de production |15|. Dès lors, les Fondations Rockefeller et Ford (deux fondations philanthropiques sur lesquelles nous reviendrons) s’empresseront d’en faire l’écho auprès des institutions internationales afin que cette nouvelle variété de blé, accompagnée rapidement par d’autres, comme celle du riz, soient les nouveaux fers de lance de cette révolution agricole. Presque instantanément, le financement de la révolution verte est rejoint par la Banque mondiale, ‘l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture’ (FAO), ou encore l’Agence Américaine pour le Développement International’ (USAID) afin d’officiellement « réduire la faim et la pauvreté » |16|.

Dans un second temps, le financement de ces technologies au niveau national repose sur une coopération entre les différents instituts de recherches agricoles. On y distingue les ‘Centres Internationaux de Recherches Agricoles’ (IARCs), les ‘Systèmes Nationaux de Recherches Agricoles’ (NARS) ainsi qu’une participation active des gouvernements. Afin de développer une expertise plus précise, le ‘Groupe Consultatif sur les Recherches Agricoles Internationales’ (CGIAR) est constitué dès 1971. Cela permet entre autres, aux nations européennes de participer au financement de la révolution verte.

Concrètement, derrière l’appui des centres de recherches agricoles, les gouvernements s’engageaient à soutenir activement les agriculteurs de leurs pays. Cela se déroulait en pratique, d’abord par la subvention « des semences hybrides, des engrais et des produits phytosanitaires à destination des agriculteurs » accompagnée d’un « accès au crédit pour l’achat des semences, fournitures et investissements logistiques » ; ensuite, par une intervention de l’État sur le marché alimentaire en garantissant primo une stabilité des prix et secundo un « achat des récoltes […] par l’État » ; enfin par un financement de « la vulgarisation agricole », c’est-à-dire, diffuser et enseigner au sein de leurs populations les méthodes et techniques de la révolution verte |17|. On retrouve donc derrière l’intronisation de cette première révolution verte quelques-uns des acteurs occidentaux les plus influents encore à notre époque, détenteurs d’un modèle de pensée unique.


3. Brève approche des impacts sanitaires et écologiques de la première révolution verte

Cette recherche se concentrant principalement sur la nouvelle révolution verte, nous n’aborderons ici que très succinctement les conséquences sanitaires et écologiques de la mise en place de la première révolution. Nous nous concentrerons plus en détail sur cet élément fondamental dans une prochaine partie consacrée à la nouvelle révolution verte.

Néanmoins, cela est une opportunité de se questionner sur la multiplicité des fonctions et usages d’une même substance, d’un même produit.

En outre, le second pilier sur lequel repose la première révolution verte, c’est-à-dire, le recours massif aux produits phytosanitaires (pesticides, herbicides, fongicides…) de l’industrie pétrochimique, soulève une question cruciale quant à ses externalités négatives sur les plans sanitaires et écologiques. En effet, en analysant brièvement l’histoire de ces produits, on se rend compte qu’avant d’être employés dans l’agriculture, ces mêmes produits étaient utilisés à des fins militaires, en particulier lors de la Première Guerre mondiale, sous une dénomination tout à fait différente, les ‘neurotoxiques de guerre’ plus communément appelée ‘gaz moutarde’ |18|.

Dès lors, comment le recours à un produit reconnu comme une arme chimique, massivement utilisé dans l’une des guerres les plus dévastatrices du siècle dernier, ne peut-il pas à terme avoir des impacts majeurs sur la santé des sols et de ses exploitants ?


4. Échecs et succès de la Première Révolution Verte

Dans cette quatrième partie du chapitre premier, nous allons dresser un éventail des externalités positives et négatives de la première révolution verte. D’abord, en Amérique du Sud et en Asie, deux régions où la première révolution verte a rencontré un succès pour le moins mitigé ; puis dans un tout autre contexte, en Afrique subsaharienne.


4.1. Un succès très mitigé pour l’Amérique du Sud et l’Asie…

Les résultats ont été prometteurs dans les premières décennies, avec des rendements agricoles qui ont effectivement été améliorés, aussi bien en Amérique Latine avec un accroissement de 72 % de la production de blé et de maïs entre 1960 et 1990, qu’en Asie avec un triplement de cette production au cours de la même période |19|.

Pourtant, on peut tempérer ce succès. D’une part, par le fait que les techniques de la révolution verte correspondaient plus aux caractéristiques agricoles de ces régions, aussi bien au niveau des types de cultures (riz, maïs, etc.) qu’au niveau de la topographie locale (grandes étendues de terre, accès à l’irrigation plus simple, meilleure pluviométrie…). D’autre part, ce succès est relatif, et sera la raison principale de la remise en cause de la révolution verte, puisque l’on constate dans les années 1990 une stagnation et un plafonnement des récoltes |20|.

De même, les critiques à l’égard de la révolution verte sont nombreuses. D’un côté, l’intronisation et le développement de la révolution verte reposent sur une intervention majeure des gouvernements en matière de financement, de subvention et du contrôle des marchés alimentaires (et nous le verrons ci-après cela n’a pas été le cas en Afrique subsaharienne), ce qui remet clairement en cause le fait de rendre possible cette révolution verte sans interventions extérieures, renforçant par la même la dépendance des paysans vis-à-vis d’un acteur extérieur. De l’autre côté, cette prépondérance de l’État n’a fait que « renforcer les disparités de développement régional » et « renforcer les inégalités de revenus » entre les agriculteurs les plus riches et les plus pauvres |21|.


4.2. … et pour l’Afrique subsaharienne ?

En revanche, l’implémentation de la révolution verte a été largement considérée dès son instauration comme un échec en Afrique subsaharienne. Premièrement, la révolution verte ne répondait pas aux différents contextes écologiques et socio-économiques de l’Afrique subsaharienne. Ensuite, les paysans et plus pauvres n’ont (pu) que très peu employés ses variétés et techniques. Enfin, les paysans qui ont malgré tout tenté d’appliquer la révolution verte se retrouvent bien souvent endettés |22|, démontrant par la même l’incompatibilité d’un modèle agricole basé sur des intrants extérieurs dans un contexte de subsistance où la notion de bien commun est essentielle.

Ces éléments peuvent être mis en lumière par cinq points absolument nécessaires à la réalisation de la révolution verte que le ‘Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement’ (CIRAD) a exprimé en 1995. Il considère l’existence au préalable d’un « marché alimentaire efficace », de « zones géographiques à haute potentialité productive », « d’infrastructures de production agricole et d’échanges », d’une « administration et de services à l’agriculture efficaces » et d’une « politique de prix » soutenu par l’État .

Dès lors, on constate que ces conditions étaient, dans leurs quasi-totalités, absentes en Afrique subsaharienne et sera par conséquent un cuisant échec dans la majeure partie de l’Afrique |23|.

Cette situation nous explique dès lors, pourquoi il est primordial d’aborder la question de la production agricole sous un autre angle, angle qui permettrait de répondre aux problèmes spécifiques de la pauvreté et de la faim en Afrique.

Au-delà de la stagnation des rendements qu’elle a rencontrée, la première révolution verte n’est pas exempte de limites et de contradictions. Aussi bien sur un plan culturel par la transformation du système agricole, que sur un plan écologique et sanitaire par l’emploi d’agents chimiques anciennement employé dans l’industrie militaire, la première révolution verte ne répond pas à son objectif initial, celui d’assurer une sécurité alimentaire viable et durable à l’échelle mondiale.

C’est pourquoi, à travers les chapitres suivants, on peut légitimement se questionner quant à la nécessité d’entreprendre une nouvelle révolution verte qui ne remettrait pas en cause les fondements idéologiques de cette dernière ? Nous tenterons de répondre à cette question dans la partie analytique ci-après.

Chapitre II : La nouvelle révolution verte en Afrique subsaharienne ?

Après avoir dressé les contours de la première révolution verte, au travers de sa définition, de ses champs d’applications géographiques ainsi que des enseignements à en tirer, nous allons désormais aborder spécifiquement le thème de notre recherche, celui de la nouvelle révolution verte en Afrique subsaharienne.

Dans un premier temps, nous nous intéresserons à la définition même de la nouvelle révolution verte, ce qu’elle est, ses objectifs, ses similitudes et dissemblances avec la première révolution verte pour mieux appréhender ses avancées. Pour comprendre comment la nouvelle révolution verte se construit et se propage en Afrique subsaharienne, nous consacrerons une large partie de ce chapitre à l’étude des acteurs impliqués, depuis les acteurs mondiaux (institutions financières internationales ; fondations philanthropiques), vers les acteurs locaux (en particulier les paysans relevant de l’agriculture familiale et/ou vivrière), en passant par les acteurs nationaux (gouvernements, centres de recherche, secteur privé). Par ailleurs, nous aborderons plus succinctement l’échéancier des divers programmes de la nouvelle révolution verte, avec ces réalisations et ces projets. Enfin, dans une perspective plus analytique, nous verrons quelle(s) première(s) critique(s) nous sommes en mesure de dégager à l’issue de ce second chapitre.


1. Définition, Avancées et Innovations

1.1. Mise en place

Comme nous l’avons déjà abordé dans notre partie introductive, le thème de la nouvelle révolution verte apparaît dès les années 1990 lorsque l’on se rend compte que les rendements commencent à stagner, voire baisser dans les premiers pays où la révolution verte a été implantée.

Dès lors, les organisations internationales, conscientes de cet échec, et en particulier dans le cadre de l’Afrique, se penchent sur la nécessité de développer une nouvelle politique agricole, spécifiquement destinée au contexte subsaharien. Ainsi, on dénombre depuis le début des années 1990 et principalement depuis les années 2000, la création de différents programmes se relatant des idées de la nouvelle révolution verte.

Chronologiquement, on peut distinguer dès les années 1990, le programme Sasakawa Global 2000 (SG 2000) avec à sa tête Norman Borlaug (instigateur de la première révolution verte) ; le programme Grow Alliance lancé depuis 2003 en partenariat avec le ‘NEPAD’ (Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique) ; depuis 2006, le programme Alliance for a Green Revolution in Africa – ‘Alliance pour une Révolution Verte en Afrique’ (AGRA) financée par la Fondation Rockefeller (financeur principal de la première révolution verte) et la Fondation Bill et Melinda Gates ; et plus récemment depuis 2012, la ‘Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition’ (‘NASAN’) lancée par les chefs d’État du G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. .


1.2. Définition

Après avoir constaté que la première révolution verte fut un échec en Afrique subsaharienne — en particulier car elle ne répondait pas aux spécificités locales et à la grande diversité des techniques de production agricole — il est important de s’intéresser à la définition des techniques sur lesquelles reposent la nouvelle révolution verte, censée être développée spécifiquement pour l’Afrique subsaharienne.

À ce propos, Goïta nous informe que : « La Révolution verte dans sa définition originelle est ce mode de production industrielle, basé essentiellement sur la combinaison obligatoire de trois éléments : une utilisation intensive de l’eau (à travers les systèmes) ; une utilisation intensive des intrants chimiques ; une utilisation des semences hybrides et/ou transgéniques définies comme des semences à haut rendement par leurs promoteurs. » |24|.

Ainsi, comparativement à la définition de la première révolution verte précédemment décrite, on constate qu’il n’y a aucune différence notable. Pour rappel, les trois piliers présentés étaient l’irrigation, l’utilisation d’intrants (pesticides, herbicides, fertilisants…), et le développement des cultures hybrides à haut rendement.

On peut alors légitimement se poser la question de savoir si un réel changement s’est opéré dans la vision de diffuser la nouvelle révolution verte ? Si la question reste ouverte, il ne semble pas à première vue que la réponse se trouve dans les techniques de production agricole employées.


2. Quels acteurs ?

Afin de poursuivre notre analyse, un autre cadre à explorer pour déterminer les innovations de la nouvelle révolution verte est de nous intéresser aux différentes catégories d’acteurs jouant un rôle actif Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
dans sa diffusion.


2.1. Les programmes relatifs à la révolution verte

Nous en avons dénombré quatre. Trois programmes « majeurs » : l’AGRA, Grow Africa et la NASAN ; un « mineur » : le programme SG2000.

2.1.1. L’AGRA
Créé en 2006, le programme ‘Alliance for a Green Revolution in Africa’ (AGRA – ‘Alliance pour une révolution verte en Afrique’) est financé à la fois par la Fondation Rockefeller et la Fondation Bill et Melinda Gates. Elle s’est lancée pour mission de : « déclencher une révolution verte authentiquement africaine qui va transformer l’agriculture africaine en un système hautement productif, efficace, compétitif et durable qui assure la sécurité alimentaire et sortir des millions de populations de la pauvreté » |25|. Ces objectifs tels qu’affichés sur leur site internet sont de réduire l’insécurité alimentaire de 50 % dans au moins 20 pays ; doubler les revenus de 20 millions de petites exploitations familiales ; mettre 15 pays en voie de maintenir et soutenir seuls la révolution verte. Pour cela, l’AGRA est implantée au Kenya, Ghana, Mali, Mozambique, Tanzanie, Afrique du Sud, Malawi, Zambie, Ouganda, Sud-Soudan, Éthiopie, Rwanda, Nigéria, Niger et Burkina Faso.

Instigatrice de la révolution verte en Afrique, l’AGRA compte réaliser ces objectifs autour de quatre axes principaux que sont une meilleure productivité des sols (par l’usage d’intrants chimiques), l’utilisation de semences (hybrides, améliorées, OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
), une libéralisation des marchés et une meilleure connexion aux marchés entre producteurs, distributeurs et consommateurs, que ce soit aux niveaux local, régional, national voire international ; et enfin les politiques agricoles à tenir |26|. Pour ce dernier point, l’AGRA privilégie une approche synergique partenariale entre deux acteurs principaux que sont le secteur public et le secteur privé, et d’un partenaire secondaire représenté par la société civile |27|. Ce procédé, aussi appelé ‘PPP’ pour Public-Private-Partnership (‘Partenariat public-privé’) est un élément central de la stratégie développée par l’AGRA. Nous reviendrons plus en détail de manière critique sur le ‘PPP’ dans la suite de notre recherche, notamment sur le plan d’une réelle implication de la société civile, autant à propos de l’AGRA que des autres programmes de la nouvelle révolution verte.

Par ailleurs, l’AGRA s’est constituée un véritable réseau de partenariat et d’influence. Tout d’abord, l’AGRA dispose du soutien officiel d’une organisation internationale par l’intermédiaire des Nations unies qui se sont prononcées en faveur de la révolution verte en 2006, et dont l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, fut porté au titre de président d’honneur de l’AGRA en 2007. Ensuite, l’AGRA s’est assurée des soutiens à divers niveaux fondamentaux : sur le plan international avec le ‘Département Britannique de la Coopération Internationale’ (DFID) ; sur un plan philanthropique avec la Fondation Rockefeller et la Fondation Gates ; sur le plan stratégique de la recherche et du développement (R&D) avec le ‘Centre de Recherches pour le Développement International’ (IRDC) et le CGIAR ; sur les plans politique et économique avec l‘Association des parlementaires européens avec l’Afrique’ (AWEPA) et le Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD) |28|. L’AGRA s’est donc constituée un véritable réseau d’influence qui lui permet de déployer l’ensemble de sa stratégie sur le continent africain. Elle joue un rôle autant prépondérant dans la diffusion de la révolution verte en Afrique subsaharienne que sur l’assouplissement des restrictions des politiques de biosécurité en Afrique. Nous reviendrons plus en détail sur la nature des relations qu’entretiennent l’ensemble de ces acteurs.
2.1.2. Grow Africa
C’est une plateforme de partenariat de transformation de l’agriculture africaine qui a été créée en 2003 par le NEPAD, l’Union africaine (UA) et le Forum Economique Mondial (WEF) |29|, et dispose du soutien de la FAO. Elle œuvre principalement dans le but d’établir des partenariats de type public-privé (‘PPP’) |30|.

On retrouve au sein de ce programme une vision partagée avec celle de l’AGRA. Autour de cet axe central ‘PPP’, Grow Africa se concentre sur trois objectifs. D’abord, accélérer la part des investissements du secteur privé dans le secteur agricole. Ensuite, permettre des partenariats ‘multi-stakeholder’, c’est-à-dire appliquer le ‘PPP’, avec une participation du secteur privé, du secteur public et de la société civile. Enfin, participer à la formation et à la vulgarisation des techniques propres à la révolution verte auprès de l’ensemble des acteurs concernés susmentionnés |31|. Grow Africa est présente au sein des pays suivants : Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Éthiopie, Ghana, Kenya, Malawi, Mozambique, Nigéria, Rwanda, Tanzanie |32|.

Au même titre que l’AGRA, Grow Africa est particulièrement liée avec les industries biochimiques et agroalimentaires telles que Monsanto, Syngenta ou encore Unilever |33|. Ces liens peuvent s’expliquer à travers les partenariats conclus avec l’AGRA, l’African Fertilizer and Agribusiness Partnership – ‘Partenariat Africain sur les Engrais et l’Agribusiness’ (AFAP), Bayer, la fondation Bill & Melinda Gates, Dupont Pionner, Export Trading Activités de marché
Trading
opération d’achat et de vente de produits financiers (actions, futures, produits dérivés, options, warrants, etc.) réalisée dans l’espoir d’en tirer un profit à court terme
Group, Heineken, le NEPAD, Nestlé ou encore la Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (NASAN) |34|.

2.1.3. La Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition
Créée en 2012 par les chefs d’États du G8, la ‘Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition’ (NASAN) a pour mission officielle « d’augmenter, en partenariat avec les peuples et dirigeants africains, les investissements privés nationaux et étrangers responsables, dans l’agriculture africaine, de faire monter en puissance les innovations susceptibles d’améliorer la productivité agricole et de réduire les risques qu’encourent les économies et les communautés vulnérables » |35|. Ces objectifs et engagements sont au nombre de cinq sur une période courant de 2012 à 2022. D’abord, relancer et intensifier l’aide internationale et les donations afin de réduire la pauvreté et la faim. Ensuite, participer activement à la diffusion et à l’application du ‘Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture Africaine’ (PDDAA). Aussi, promouvoir le secteur privé et sa capacité à réaliser les investissements et les transformations nécessaires dans l’agriculture.

C’est par ces trois piliers que la NASAN compte doper la croissance agricole en Afrique et parvenir à sortir 50 millions de personnes de la pauvreté en Afrique d’ici 2022 |36|. Elle a donc pour but d’établir un lien entre les pays donateurs de l’aide internationale, des entreprises locales et multinationales, ainsi que les dirigeants africains. Ce qui est par conséquent énoncé ici est la promotion, tout comme l’AGRA et Grow Africa, du modèle ‘PPP’.

La NASAN a passé des accords avec dix gouvernements africains afin de pouvoir réaliser ses objectifs. L’une des conditions imposées par la NASAN aux pays africains désireux de rejoindre ce partenariat est un accord portant sur la modification des lois foncières et des lois semencières sous la dénomination « d’accords-cadres de coopération » |37|.

De par sa création par les membres des gouvernements du G8 et de par son engagement à relancer l’aide internationale, chaque pays africain ayant adhéré à la NASAN se voit attribuer un pays du G8 qui agira comme un « partenaire de développement » principal. Ainsi, les États-Unis sont partenaires avec le Ghana, l’Éthiopie, la Tanzanie et le Mozambique ; la France soutiendra le Burkina Faso et le Sénégal ; l’Union européenne s’occupera de la Côte d’Ivoire et du Malawi ; tandis que l’Allemagne coopte le Bénin et le Royaume-Uni le Nigéria |38|.

Ainsi, de par leur accord avec la NASAN, ces pays se sont engagés à apporter de profonds changements dans leur politique agricole.

Sur le plan foncier, il est question d’établir « des droits fonciers clairs, sûrs et négociables » |39|. En d’autres termes, autoriser la titrisation des terres qui permettra d’une part, de modifier en profondeur l’entremêlement des lois coutumières et gouvernementales, c’est-à-dire le pluralisme juridique en œuvre dans nombre d’États africains. Sur le plan pratique, cela revient à dresser un cadastre des surfaces agricoles, et de permettre aux investisseurs de négocier directement avec les producteurs locaux et/ou l’État, amenant inexorablement à une dépossession progressive, sans doute brutale, des terres agricoles. Profitant d’un rapport de force inégal, ces investisseurs procéderaient à une privatisation des terres, qui étaient jusqu’alors le fruit d’une propriété collective. D’autre part, cela permettra aux investisseurs privés nationaux et étrangers de s’introduire plus facilement, risquant à terme de reléguer au second plan les dynamiques agricoles et commerciales à l’échelle locale et régionale voire de les marginaliser.

Sur le plan semencier, ce partenariat exige des pays signataires qu’ils adoptent ou modifient les « lois et les règles de protection des obtentions végétales pour la commercialisation de semences » |40|. En fait, la manœuvre consiste essentiellement à dresser un catalogue de semences améliorées, produites par des firmes privées partenaires, bénéficiant d’une protection légale d’obtentions végétales (POV), en d’autres termes, « des variétés commercialement protégées » |41|. Ceci va donc complètement laisser à la marge les exploitations familiales et vivrières Vivrières Vivrières (cultures)

Cultures destinées à l’alimentation des populations locales (mil, manioc, etc.), à l’opposé des cultures destinées à l’exportation (café, cacao, thé, arachide, sucre, etc.).
, pourtant primordiales en Afrique, puisqu’à l’heure actuelle, on considère que 80 % des semences en Afrique proviennent du secteur « informel » |42|.

Tout comme pour l’AGRA et Grow Africa, la NASAN dispose d’un réseau de partenaires très important. Premièrement, elle partage la ligne de conduite et les objectifs de Grow Africa |43|. Ensuite sur le plan des partenaires de développement, on retrouve l’ensemble des pays du G8, ainsi que plusieurs organisations telles que l’AGRA, l’Association pour le Renforcement de la Recherche Agricole en Afrique Orientale et Centrale (ASARECA) et le CGIAR pour la recherche et le développement ou encore la Banque mondiale. Enfin, au niveau du secteur privé on remarque aussi bien des leaders mondiaux de l’agroalimentaire tels que Nestlé, Coca-Cola, Heineken, etc. que des leaders mondiaux de l’agrochimie avec Syngenta, Yara, Dupont Pionner ou encore Monsanto |44|.

2.1.4. Le programme Sasakawa Global 2000 – SG2000
Ce programme lancé depuis les années 1990 avec à sa tête Norman Borlaug est financé par Nippon Foundation. Il plaide pour une utilisation massive des semences hybrides, des intrants et autres pesticides, en plus d’un appui aux agriculteurs pour les inciter au recours aux crédits.

Après avoir appliqué son programme entre 1986 et 2006 au Ghana, Soudan, Tanzanie, Bénin, Togo, Mozambique, Érythrée, Guinée, Burkina Faso, Malawi ; ils sont aujourd’hui présents en Éthiopie, Mali, Nigéria et Ouganda |45|.

Néanmoins, ce programme semble être en retrait par rapport à ceux mentionnés précédemment, aussi bien de par son démarrage plus précoce, que par son manque de représentation dans la littérature scientifique. Nous y ferons donc moins référence.


2.2. Les institutions financières internationales et les bailleurs de fonds

2.2.1. La Banque mondiale
Dans le cadre de la nouvelle révolution verte en Afrique subsaharienne, elle y pratique une « politique de libéralisation et de déréglementation en faveur des pays débiteurs ; créée des associations nationales pour la commercialisation des semences ; renforce le rôle des institutions de recherches pour fournir des semences améliorées et finance des projets agricoles » |46|.

Dans son ‘Rapport sur le Développement dans le monde 2008’, la Banque mondiale (BM) déclare que « l’agriculture peut donner à des centaines de millions de ruraux pauvres de nouveaux moyens d’échapper à la pauvreté […], notamment, la petite agriculture et l’élevage », elle considère dans le même temps qu’une « révolution au niveau de la productivité des petites exploitations agricoles » est indispensable, révolution « qui sera nécessairement différente de la révolution verte qui s’est produite en Asie » |47|. Au sein de ce rapport, il est vrai que la BM reconnaît que l’agriculture familiale et l’agriculture vivrière sont des acteurs essentiels puisqu’elle considère que la « production (agricole) est essentiellement le fait de petits fermiers qui, souvent, restent les producteurs les plus efficaces en particulier lorsqu’ils bénéficient d’un appui de l’organisation à laquelle ils appartiennent » (en d’autres termes, l’État principalement). Pourtant, la BM souhaite en réalité transformer cette valeur ajoutée à petite échelle en une valeur ajoutée décuplée et dénaturée. En effet, elle privilégie les « exploitations agricoles commerciales à forte intensité de main d’œuvre […] [par l’intermédiaire] des partenariats public-privé (PPP) pour promouvoir la compétitivité du secteur des agro-industries et favoriser une plus grande inclusion des petits fermiers et des ouvriers agricoles » |48|.

À la lecture de ces quelques lignes, on se rend compte que la Banque mondiale ne souhaite pas en tant que tel donner un rôle central et spécifique aux petits exploitants agricoles, mais plutôt les absorber au sein d’un autre système agricole, de type agro-industriel et agrobusiness, et de les insérer au sein d’un autre schéma qui ne correspondrait pas à leurs techniques agricoles traditionnelles et à leur système d’organisation.

Cette position est d’ailleurs limpide dans le rapport 2013 de la BM intitulé Growing Africa — Unlocking the potential of Agribusiness (‘Cultivons l’Afrique — Libérer le potentiel de l’agrobusiness’). Les buts à atteindre pour la BM y sont clairement identifiés : « développer des activités en aval de l’agro-industrie (telles que le traitement) ainsi que les activités en amont (comme la fourniture d’intrants) ; développer l’agriculture commerciale ; relier les petits exploitants et les petites entreprises à la chaîne de valeur commerciale (‘value chain’) » |49|.

De même, une des stratégies privilégiées est celle du ‘PPP’. Cette stratégie assumée passera par les outils libéraux courants, c’est-à-dire, une libéralisation du commerce extérieur, une plus grande ouverture des marchés nationaux, tout autant que la promotion des semences améliorées et des intrants chimiques en s’assurant au préalable que les États africains aient adopté des lois semencières et foncières facilitant l’investissement des multinationales agroalimentaires et agrochimiques.

Ainsi, de par sa qualité de bailleur de fonds, la BM est impliquée dans l’ensemble des programmes précédemment mentionnés (AGRA, Grow Africa, NASAN). En outre, dans une réflexion développementaliste, il convient de se questionner si nous n’assistons pas à une uniformisation d’un certain type de modèle agricole en Afrique subsaharienne ?

Par ailleurs, elle participe encore davantage au développement de l’agrobusiness en Afrique subsaharienne par l’intermédiaire de deux projets développés en 2003, le Doing Business – ‘Faire des Affaires’ – (DB) et le Benchmarking Business of Agriculture – ‘Analyse comparative du Marché des affaires dans l’Agriculture’ – (BBA) qui ont fusionné en 2014 pour devenir le Enabling the Business of Agriculture – ‘Améliorer le Climat des affaires dans l’Agriculture’ – (EBA) |50|. Sujet à de nombreuses critiques, l’EBA est un outil particulièrement intéressant pour les investisseurs, puisqu’il leur permet d’appréhender rapidement la facilité ou la complexité d’investir dans un pays, suivant un classement élaboré grâce à un ensemble de neuf critères. Nous aborderons plus en détail son utilité et ses implications dans le chapitre trois de notre recherche. Il est cependant à noter que l’EBA est à la base une initiative du G8 qui a demandé à la Banque mondiale de constituer ce projet |51| et qu’il est soutenu par l’USAID, le DFID, et la fondation Bill & Melinda Gates.

De même, la Banque mondiale joue un rôle primordial sur la transformation des lois foncières et semencières qui les considère comme un élément clef pour soutenir le secteur privé. Ainsi, par l’intermédiaire des ‘Opérations d’appui aux politiques de développement de l’agriculture’ (AgDPO), la BM octroie des fonds si et seulement si trois conditions sont respectées par les gouvernements concernés. Parmi ces conditions, nous relèverons « le maintien d’un cadre adéquat de politique macro-économique tel que déterminé par la Banque avec les contributions des évaluations du Fonds Monétaire International FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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(FMI), ou encore un programme de réforme globale et la réalisation d’un ensemble convenu de politiques et d’actions institutionnelles »
 |52|. Toute chose égale par ailleurs, les AgDPO comportent certaines similitudes avec les Programmes d’Ajustement Structurel Ajustement structurel Politique économique imposée par le FMI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts. (PAS) des années 1980-90, notamment par le fait que les gouvernements ne sont pas souverains dans leur pouvoir décisionnaire.

2.2.2. L’USAID

Créée en 1961, l’agence américaine pour le développement international ou USAID, réalise selon elle « la politique étrangère des États-Unis par la promotion du progrès humain à grande échelle […] et pour créer des marchés et des partenaires commerciaux pour les États-Unis » |53|.

Au même titre que la Banque mondiale, l’USAID se retrouve impliquée plus ou moins directement dans l’ensemble des projets se relatant de la nouvelle révolution verte que nous avons précédemment décrit.

Aujourd’hui, elle est un acteur majeur en Afrique pour faciliter l’essor de l’agrobusiness et opérer à un transfert technologique de l’agriculture.

D’une part, elle s’est entourée d’un réseau de partenaires importants. Entre autres, sur le plan agroalimentaire et agrochimique nous pouvons relever Coca-Cola, DuPont, Syngenta, Unilever ou encore Walmart. Elle est aussi partenaire avec la Fondation Bill & Melinda Gates fondatrice de l’AGRA |54|. Ainsi, la présence de deux représentants de l’industrie agrochimique que sont DuPont et Syngenta nous informe sur la position favorable de l’USAID en matière du développement et de l’utilisation de semences améliorées et de semences OGM. Elle a par exemple œuvré activement pour l’introduction de la pomme de terre Bt (Bacillus thuringiensis) de Monsanto en Égypte et en Indonésie, ou encore la tomate génétiquement modifiée (GM) en Égypte |55|. Ces projets seront d’ailleurs des échecs pour des raisons diverses (inefficacité, règlementation trop contraignante…).

D’autre part, et probablement en raison de ses partenaires, l’USAID est très active pour promouvoir les prétendus « bienfaits » des cultures génétiquement modifiées pour augmenter la production agricole. Ainsi, elle a créé en Afrique deux programmes destinés à assouplir le cadre réglementaire d’utilisation et de commercialisation des semences améliorées à travers les lois foncières et les lois semencières. Alors que les États-Unis constituent le berceau des cultures GM, elle souhaite que les pays concernés acceptent la législation américaine en matière de biosécurité, de droits de propriété intellectuelle, de libéralisation du marché ou encore de semences autorisées à la commercialisation et d’autres au contraire interdites. Pour ce faire, elle a développé le ‘Programme de Soutien à la Biotechnologie Agricole’ (ABSP) et le Programme pour les systèmes de Biosécurité (PBS). Concrètement, cela permet à l’USAID de contourner les cadres légaux qu’ils qualifient de contraignants, par exemple le Protocole de Carthagène sur la prévention des risques biotechnologiques relatif à la Convention sur la diversité biologique |56|, et de promouvoir leur stratégie au sein des pays concernés par ces deux programmes.

L’USAID joue donc un rôle central dans la diffusion de la nouvelle révolution verte en Afrique subsaharienne. Un moyen de s’en rendre compte est probablement ce schéma du réseau relationnel de l’USAID (Figure 1) pour agir sur les politiques de biosécurité en Afrique. Cette « toile d’araignée » mesure l’influence de l’USAID sur l’ensemble de ces entités en fonction des financements, des formations juridique et scientifique que l’USAID transmet à ces mêmes organisations afin qu’elles soient en mesure de se prémunir contre toute action légale, d’apports logistiques en termes d’infrastructure scientifique et technique ou encore d’assurer à l’ensemble de ces organisations un soutien médiatique important, permettant à ces dernières d’obtenir une certaine légitimité et une certaine reconnaissance de la part des populations locales |57|.

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Figure 1

Succinctement, nous pouvons remarquer son influence sur le monde universitaire et de la recherche et du développement (partie gauche) avec notamment la présence du CGIAR. De même, on remarque qu’elle finance directement un centre de recherche pour la promotion de l’agrobusiness avec AfricaBio, elle-même liée à FANRPAN (‘Organisation des Nations unies pour l’Alimentation et l’Agriculture’) qui est une organisation paysanne financée par l’USAID et qui est bien souvent la seule représentante des petits exploitants agricoles. Nous explorerons plus en détail certains de ces liens par la suite.

2.2.3. La Banque africaine de Développement (‘BAD’)
Créée en 1963 au cours de la conférence de Khartoum, la BAD œuvre à stimuler l’investissement au sein des pays africains ainsi qu’à leur apporter leur expertise sur les futurs politiques à mettre en place.

Ainsi, elle agit principalement dans le « financement de divers projet en Afrique (ex : 34 millions USD en 2005 en Namibie : projet de plan vert), l’appel à la mobilisation des fonds, l’installation d’infrastructures (Irrigation, Stock…) afin d’accroître la part de l’agriculture dans le PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
national »
 |58|. De même, en tant que banque multilatérale de développement, la BAD est engagée dans la réalisation des objectifs du millénaire pour le Développement (OMD) qui comprend entre autres l’objectif de réduire l’extrême pauvreté et la faim (OMD 1) |59|.

Parmi ses partenaires privilégiés, on distingue l’Union africaine (UA), la Banque mondiale, le FMI, et le NEPAD |60|.

Si le rôle de la BAD ne se réduit pas exclusivement à la diffusion de la nouvelle révolution verte, elle y prend cependant une place importante. Deux événements sont particulièrement révélateurs. En 2005, la BAD a financé à hauteur de 35 millions USD l’implantation du riz transformé NERICA (New Rice for Africa – ‘Nouveau Riz pour l’Afrique’) développé par le CGIAR dont nous parlerons dans notre dernière partie (à paraître dans le second article). De même, en collaboration avec l’Union africaine, elle a ardemment soutenu la Déclaration d’Abuja en 2006 pour l’utilisation massive d’intrants chimiques par les gouvernements africains afin de doper les productions agricoles actuelles |61|.


2.3. Les États

Les ministres de l’Agriculture de l’Union africaine (UA) ont reconnu le 12 juin 2006 à Abuja au Nigéria : « La nécessité et l’urgence d’une révolution verte ; l’utilisation des engrais comme un produit stratégique ; atteindre le niveau de 50 kg d’engrais par hectare en 2015 ; la nécessité de développer des ‘agroshops ‘et de former des ‘agrodealers’ ; de développer les infrastructures nécessaires ; d’assurer l’aide et l’accompagnement nécessaires aux paysans ; et la nécessité de subventionner les engrais, intrants, etc. » |62|.

On remarque ainsi une participation active de la part des gouvernements au programme de l’AGRA (financements, développement, communications…) ou à d’autres projets similaires et notamment les projets de la NASAN et de Grow Africa.

Bien que cette participation des États soit variable d’un pays à l’autre, cet état de fait tient essentiellement à la présence préalable (ou à l’absence) de dispositions gouvernementales contraignantes pour les programmes de la révolution verte. Ainsi, certains pays qui avaient commencé à mettre un cadre légal interdisant ou limitant l’utilisation de produits génétiquement modifiés tendent peu à peu à supprimer ces lois sous la pression des bailleurs de fond, des multinationales et des acteurs de la nouvelle révolution verte. On peut notamment relever à ce titre, sans exhaustivité, le Botswana, le Malawi ou encore la Tanzanie qui ont récemment décidé de lever ces mesures entreprises au début des années 2000 |63|.


2.4. Les fondations philanthropiques

Au sein des nombreux acteurs concernés et impliqués dans la diffusion de la nouvelle révolution verte en Afrique, les fondations philanthropiques occupent un rôle prépondérant dans son financement et son développement. À ce titre, l’Agence française de Développement (AFD) considère que « L’essor de l’action internationale des fondations philanthropiques est l’un des phénomènes marquants des évolutions contemporaines de l’Aide [internationale] » |64|.

Au contraire, leurs détracteurs considèrent que ces fondations poursuivent un capitalisme philanthropique « en promettant de sauver le monde par la création de nouveaux marchés censés engendrer une transformation sociale » |65|.

Parmi ces fondations philanthropiques, deux semblent avoir un rôle primordial.

D’une part, la Fondation Rockefeller, instigatrice de la première révolution verte en Asie et en Amérique du Sud a été la première fondation à s’engager en faveur d’une nouvelle révolution verte en Afrique.

Pour cela, depuis 1999, la Fondation Rockefeller a dépensé plus de 150 millions de dollars à cet effet et a participé au développement de plus d’une centaine de variétés différentes et notamment le riz amélioré développé par le CGIAR, le NERICA |66|. Par ailleurs, elle a allègrement financé le Sommet africain sur les engrais à Abuja au Niger, qui a débouché sur la Déclaration d’Abuja et engagé les États africains à s’impliquer dans l’application des techniques et politiques de la nouvelle révolution verte dont nous avons parlé au point précédent. Ainsi, la position adoptée par la Fondation Rockefeller pour diffuser la nouvelle révolution verte est en tous points similaire à ce que nous avons déjà évoqué. Cette dernière passera par la promotion du ‘PPP’, l’approfondissement des recherches en faveur des semences améliorées et/ou génétiquement modifiées, le recours à l’irrigation, l’emploi d’intrants et fertilisants non organiques et la libéralisation du marché agricole africain |67|. Enfin, afin de mesurer l’étendue de son poids dans le développement de la nouvelle révolution verte en Afrique, elle a participé à la création de la ‘Fondation Afrique pour les Technologies Agricoles’ (AATF) qui joue un rôle majeur sur le continent dans l’optique de faire adopter aux gouvernements africains des politiques de biosécurité en faveur des semences améliorées, de l’établissement d’un droit de propriété intellectuel sur les semences développées, ou encore pour dresser un catalogue de semences commercialisables au détriment des semences produites par les petits exploitants |68|.

D’autre part, la Fondation Bill & Melinda Gates est tout aussi active au sein de la nouvelle révolution verte. En collaboration avec la Fondation Rockefeller, elle a créé l’AGRA en septembre 2006, avec un investissement à hauteur de 100 millions USD pour la Fondation Gates, et à hauteur de 50 millions USD pour la Fondation Rockefeller. Ainsi, la Fondation Gates soutient pleinement les directives amorcées par la Fondation Rockefeller depuis 1999 pour développer une nouvelle révolution verte en Afrique. Bien que Bill Gates reconnaisse lui-même que le capitalisme est inefficace pour réduire la pauvreté dans le monde, il compte sur les sociétés multinationales pour être à la base « d’un capitalisme créatif » où ces dernières adopteraient une approche non lucrative et ainsi procéder à une redistribution profitable aussi bien pour les investisseurs que les populations concernées |69|. On peut néanmoins mettre en doute ses aspirations en l’absence d’engagements écrits et officiels des sociétés multinationales allant en ce sens. Par ailleurs, quelque soit la bonne volonté affichée par Bill Gates, la nature et la destination de ses financements ne laisse aucun doute sur le modèle économique et agricole qu’il veut promouvoir (voir ci-après, 2.7. Le secteur privé).

Enfin, la dernière fondation philanthropique d’envergure que nous aborderons ici est Yara International. Alors qu’elle récompense annuellement depuis 2005 les Etats africains ayant entamé la transformation de leur système de production agricole par le « Prix Yara pour une révolution verte en Afrique », cette société norvégienne est en réalité le seul producteur clef de fertilisant chimique présent en Afrique depuis plus de vingt-cinq ans. Il apparaît clairement que la raison première de sa présence sur le continent est d’abord dans un souci de renforcer sa position de leader incontestable sur le marché des fertilisants plutôt que de s’engager en faveur de la réduction de la faim et de la pauvreté.

Afin de se rendre compte plus simplement du poids des fondations philanthropiques dans la diffusion de la nouvelle révolution verte en Afrique, le professeur émérite de l’Université de Washington, Philip Bereano, a dressé une arborescence (Figure 2) |70| des investissements des Fondations Rockefeller et Gates :

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Figure 2


Par exemple, nous pouvons remarquer que ces deux fondations financent directement des centres de recherche tels qu’AfricaBio, le CGIAR (en tant que membre consultatif de l’AATF) |71| ou encore Africa Harvest Biotech Foundation International. De même, on remarque le lien direct existant entre la Fondation Gates et l’entreprise américaine spécialisée dans les biotechnologies agricoles que représente Monsanto. Ceci s’explique par le fait que le vice-président de Monsanto, Rob Horsch, est devenu en 2006 l’Agent principal du Programme de développement global de l’AGRA. Cela étaye par la même la raison pour laquelle l’ensemble des semences proposées par l’AGRA au sein de son programme proviennent de la société Monsanto, avec notamment le WEMA (Water Efficient Maize for Africa – ‘Maïs Économe en Eau pour l’Afrique’), le ‘Golden Rice’ (‘Riz doré’) ou encore les bananes transgéniques.


2.5. Le NEPAD

Créé en 2001, Le ‘Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique’ (NEPAD) engage tous les pays de l’Union africaine, soit 54 pays, à suivre la Déclaration d’Abuja sur les engrais pour une révolution verte. Ces principaux objectifs consistent à « réduire la pauvreté, placer l’Afrique sur la voie du développement durable, mettre un terme à la marginalisation de l’Afrique et autonomiser les femmes » |72|. Il est donc un partenaire de premier choix pour la révolution verte et sa diffusion.

Sa position en termes de politique agricole à conduire pour l’Afrique s’inscrit dans les préceptes de la nouvelle révolution verte. Ainsi on retrouve une gestion « durable » des terres et des systèmes de contrôle de l’eau fiables (l’irrigation) ; le développement du secteur privé, les infrastructures rurales, l’amélioration du commerce et accès aux marchés (par l’intermédiaire des ‘PPP’ et de la libéralisation des marchés agricoles) ; augmenter l’approvisionnement alimentaire et réduire la faim (utilisation d’intrants non organiques) ; la recherche agricole et la diffusion de la technologie agricole (promotion des biotechnologies) |73|.

Par ailleurs, le NEPAD a élaboré en juillet 2013 avec l’Union africaine, le ‘Programme Détaillé de Développement de l’Agriculture Africaine’ (PDDAA) qui a pour but d’améliorer et promouvoir l’agriculture à travers l’Afrique afin d’éliminer la faim et réduire la pauvreté sur le continent |74|. Néanmoins, derrière ces desseins, on constate qu’à travers le PDDAA, il n’y ait jamais fait mention « d’autosuffisance alimentaire » |75|.

Parmi ses partenaires, on retrouve la BAD, l’UA, AfricaFertilizer, la DFID (Agence de Développement britannique), mais aussi quelques leaders de l’industrie agroalimentaire mondiale tels que Coca-Cola ou Nestlé |76|.

Enfin, plusieurs éléments mettent en doute sa neutralité et son impartialité en matière de décision politique agricole. En effet, la Fondation Gates, instigatrice de l’AGRA, participe très largement à son budget, avec notamment une donation de 1,5 million USD en 2008, une subvention de 10,4 millions USD en 2010 et une autre donation de 1,5 million USD en 2012 |77|.


2.6. Le CGIAR

Comme lors de la première révolution on retrouve ce centre international de recherche agricole. Il regroupe aujourd’hui plus de 15 centres de recherches, et plaide notamment en faveur des programmes d’amélioration génétique, et développent avec un centre de recherche du CGIAR, l’ ‘Association pour le Développement du Riz en Afrique de l’Ouest’ (WARDA ; devenu ‘Africa Rice Center’ depuis 2003), le riz amélioré ‘NERICA’ (New Rice for Africa – ‘Nouveau Riz pour l’Afrique’) |78|. Le CGIAR entretient entre autres des liens étroits avec la Fondation Rockefeller puisque c’est cette dernière qui l’a créée en 1971.

L’influence du CGIAR est donc considérable. Au-delà du NERICA qui est destiné à être cultivé sur plus de 200.000 hectares, l’ancien docteur chargé de la promotion de ce riz développé par le CGIAR, M. Monty Jones, cumule les postes influents. Il est désormais le Secrétaire exécutif du ‘Forum pour la recherche agricole en Afrique’ (FARA) ainsi que membre du conseil d’administration du programme ProGRA des Fondations Rockefeller et Gates |79|.


2.7. Le secteur privé

D’une part, on y retrouve des associations sans but lucratif (ASBL). L’ISAAA (‘Service International pour l’Acquisition de l’Agriculture Biotechnologique’) créée en 1990 qui procède à une « identification spécialisée des besoins en matière de biotechnologie et sa mise en œuvre par pays ; à un transfert de technologie du secteur privé vers les PED » |80|. Parmi ces donateurs on distingue, la Fondation Rockefeller, l’USAID ou encore Monsanto, Nestlé, Syngenta, Bayer, etc. Elle dispose aussi d’un partenariat avec le KARI (‘Institut de Recherche Agricole du Kenya’) sur le plan de la recherche. De même, l’AATF (‘Fondation Africaine pour les Technologies Agricoles’), créée par la fondation Rockefeller, l’USAID et la DFID. Elle « établit des partenariats entre secteur public et privé pour diffusions de technologies spécifiques à destination des petits paysans en Afrique Sub-Saharienne » |81|. Enfin, on retrouve Africa Harvest Biotech Foundation International, supporté financièrement par DuPont, un des géants de l’industrie agrochimique. Son chef exécutif, le docteur Florence Wambugu, est aussi membre du comité du CGIAR et a déclaré publiquement participer à la Fondation Bill & Melinda Gates |82|.

D’autre part, au côté des ASBL, on remarque les nombreuses industries agrochimiques impliquées directement ou indirectement dans les projets et programmes de la révolution verte. Succinctement, on remarque la participation de Syngenta ; Monsanto (dont la Fondation Gates, et donc l’AGRA, a acheté pour 23 millions USD d’actions, soit 500.000 actions, en 2013 |83|) ; Dupont ; Solazyme ; Evolve ou encore Amyris (ETC Group, 2014). Qui sont-ils ? Pour la plupart des leaders mondiaux incontestables sur plusieurs secteurs : Industriel, Énergie, Pharmaceutique, Agro-Alimentaire, Produits chimiques, Armement (US-Army). Ils participent activement au développement et la production de fertilisants tels que des OGM, des pesticides… |84|

La présence de ces grandes multinationales peut paraître en accord avec ce qu’est la nouvelle révolution verte telle qu’elle est présentée (le ‘PPP’, procéder à un transfert technologique agricole, libéraliser les marchés…). Néanmoins, il est important de visualiser et analyser les liens qui les unissent. Ainsi, Monsanto est à la fois la plus grande entreprise de semences au monde ainsi que la seconde plus importante sur l’activité biotechnologique. Alors qu’elle est particulièrement présente depuis les années 1990 en Afrique du Sud, le vice-président de Monsanto, Robert Horsch a rejoint la fondation Gates en 2006 et est aussi membre du comité de l’African Agricultural Technology Foundation (AATF), une ASBL qui agit pour faciliter le transfert de technologie du secteur privé vers l’Afrique |85|. À ce propos, le docteur Eugène Terry, développeur du NERICA en tant que directeur du WARDA (désormais Africa Rice Center (ARC)), est désormais directeur de l’AATF, tout en continuant à assumer ses responsabilités au sein de Syngenta. De même, le directeur exécutif de Syngenta, Andrew Bennet, est aussi le directeur du programme sur l’environnement et les moyens de subsistance en milieu rural de la DFID (Agence de développement britannique) |86|.


2.8. Les agrodealers

Dans son ‘Rapport 2008 sur le Développement dans le monde’ la Banque mondiale fait référence à ce nouveau type d’acteur, les agrodealers. Elle considère qu’ils peuvent jouer un rôle important pour relier les exploitants agricoles au marché |87|. Ils sont un des acteurs sur lesquels les différents programmes et en particulier l’AGRA, se reposent pour diffuser efficacement les techniques de production de la révolution verte.

Ces agrodealers sont des commerçants régionaux et locaux formés par l’AGRA et les gouvernements pour vendre des semences améliorées, hybrides et intrants chimiques du secteur semencier et agro-industriel privé à destination des petits exploitants agricoles, et en particulier ceux qui sont déconnectés du réseau de transport et de communication. C’est aussi un moyen pour les divers programmes de la révolution verte de remplacer le système semencier informel des petits et grands exploitants agricoles par un système semencier formel et commercialisable et permettre ainsi aux secteurs privés et agro-industriels de s’approprier une plus grande part de marché et d’intensifier leur influence |88|.

L’AGRA compte énormément sur ces agrodealers pour faire de sa révolution verte un succès. Pour cela, elle a développé l’Agrodealer Development Program – ’Programme de développement des Agro-commerçants’ (ADP) par l’intermédiaire duquel l’AGRA s’engage à former et employer entre 9.000 et 10.000 agrodealers ‘certifiés’ dans cinq pays d’Afrique dont le Ghana, le Kenya ou encore le Malawi. Ceux-ci ne seront pas de simples commerçants de semences améliorées et d’intrants chimiques, ils disposeront aussi des compétences nécessaires pour distiller des formations sur la manière d’utiliser ces produits |89|. Ils seront par ailleurs un acteur clef de cette chaîne de valeur puisqu’ils servent d’intermédiaire entre les petits exploitants, les marchés et les grossistes alimentaires. Cependant, il sera intéressant de voir si à terme les agrodealers auront un effet positif sur la baisse des prix des semences améliorées en raccourcissant le circuit de distribution, puisque de l’aveu même de Joseph DeVriers, coordinateur principal de l’ADP de l’AGRA, la majorité des cultivateurs étant très pauvres, ces derniers n’y ont pas toujours accès |90|. Cette inaccessibilité est encore accrue par un déficit de pouvoir de négociation dans la défense de leurs intérêts. Certes, en partie par la pauvreté du secteur de la paysannerie, mais aussi par leur marginalisation, effets plus ou moins directs d’un isolement géographique, d’un déficit (voire absence) de consultations extérieures, et d’une logique productiviste en inadéquation avec les pratiques traditionnelles.

Parallèlement, un programme similaire a été développé au Malawi par l’USAID et la DFID, tous deux à la tête des programmes Grow Africa et de la NASAN. On y retrouve parmi les distributeurs de semences et d’intrants les sociétés Monsanto et SeedCo |91|.


2.9. Les petits producteurs ?

On peut faire une distinction entre deux types de paysans. D’une part, les exploitants à large et moyenne échelle, ils peuvent potentiellement rentrer dans une logique de production de type agro-industriel. D’autre part, les petits paysans, qui vivent principalement de l’agriculture vivrière et représentent entre 80 % et 90 % de la production agricole en Afrique |92|. Dans notre cas, c’est cette deuxième catégorie de producteurs qui nous intéresse. On estime aujourd’hui à 33 millions le nombre de petites exploitations en Afrique, soit 80 % de l’ensemble des exploitations. Par ailleurs, ces dernières ont une taille moyenne de 1,6 hectare |93|.

Dans un rapport sur le Malawi datant de juillet 2013, le (ex) rapporteur spécial des Nations unies Oliver De Schutter faisait état de ces recommandations à destination de la politique agricole à tenir par le Malawi, et dans un cadre plus large, des moyens à mettre en œuvre en Afrique. Alors que le Malawi a rejoint le programme de la NASAN le 8 juillet 2013 au cours du Sommet de la Nutrition pour la Croissance |94|, Olivier De Schutter fait notamment référence à l’élaboration d’un cadre légal où les gouvernements devraient obtenir le consensus de la société civile avant de procéder à des transformations |95|.
Pourtant, alors que les différents programmes relatifs à la nouvelle révolution verte (AGRA, Grow Africa, NASAN) affirment mener cette nouvelle révolution verte à destination spécifique des petits paysans |96|, ceux-ci n’ont pas du tout été concertés dans le processus d’élaboration de cette politique agraire |97|.
À ce titre, lors d’une rencontre organisée par l’AGRA à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, un paysan qui n’a pas été invité à cette rencontre a néanmoins réussi à s’exprimer. Il déclare aux divers représentants présents ce jour : « Depuis hier vous parlez de concertation entre entreprises semencières, chercheurs et distributeurs. Il faut ajouter les producteurs » |98|. En outre, le coordonnateur du programme de l’AGRA en Afrique n’a pas infirmé cette déclaration, puisqu’il a déclaré à propos de la stratégie de l’AGRA au cours de cette même rencontre : « On commence par la formation de chercheurs, puis on poursuit avec l’amélioration variétale. Après cela, c’est la production des semences par le secteur privé, et on termine par la création de boutiques d’intrants au niveau des villages. Et ça marche » |99|.

D’après ces propos, on remarque que le plan de l’AGRA considère les exploitants agricoles comme de simples « bénéficiaires » du programme représentant le dernier maillon de la chaîne de développement et d’exploitation, plutôt que comme des « actionnaires », dans le sens où les exploitants agricoles seraient des membres à part entière du programme, à la fois en amont et en aval. A cet effet, le responsable de la production et de la vulgarisation des semences de l’AGRA, Issoufou Kapran, partage l’avis de son responsable en affirmant « qu’on ne fera jamais de progrès en Afrique avec de petits producteurs semenciers […], il n’y a que le secteur privé qui marche […] [pour cela] il s’agit de construire une industrie semencière forte en Afrique » |100|.

Dès lors, alors que les petits paysans sont donc censés être au centre du processus, puisque ce sont eux les plus grands producteurs agricoles de l’Afrique, peut-on considérer dans ce cas qu’ils seront réellement des acteurs de cette nouvelle révolution verte ? Ou de simples exécutants dépendant des programmes en place ? De même, on peut se demander s’il n’y a pas une volonté de reléguer au second plan les paysans les moins performants en terme de productivité et de mettre en avant ce qui s’apparente davantage à des agriculteurs, là où la paysannerie n’a que peu ou pas sa place ?


3. État des lieux et calendrier de la mise en œuvre de la nouvelle révolution verte

À travers cette sous-partie, nous allons dresser un panorama des avancées de trois programmes : l’Agra, Grow Africa et SG 2000.

Pour l’AGRA, les objectifs sont d’ici 2020, de réduire l’insécurité alimentaire de 50 % dans au moins vingt pays, doubler les revenus de 20 millions de petites exploitations familiales, et de mettre quinze pays en voie de maintenir et soutenir seuls la révolution verte |101|.

Entre la création de son programme en 2006 et l’année 2011, d’après le rapport annuel 2013-14 de l’AGRA, on peut constater dans certains cas une augmentation de la production agricole très variable. Effectivement, une minorité de pays semblent avoir augmenté leur production céréalière entre 2006 et 2011 comme le Malawi ou encore l’Éthiopie |102|. Pourtant de nombreux autres pays présentent une courbe de croissance convexe, en forme de ‘U’ inversé. Ainsi, le Burkina Faso connaît effectivement des rendements record en 2006, qui ne cessent par la suite de chuter, recouvrant même une valeur inférieure à celle du début des années 2000. Le Kenya et la Sierra Leone sont d’autres exemples non exhaustifs présentant les mêmes caractéristiques |103|. Dès lors, quelle proportion de la croissance est à attribuer à l’intervention de l’AGRA et de la révolution verte ? Alors que le programme est entré en vigueur en 2006, la quasi-totalité des pays référencés dans ce rapport démontre un pic de production en 2005-2006 au cours de la période 2000-2011 |104|. Ne serait-ce pas simplement le produit de conditions climatiques et météorologiques plus favorables ? Ce constat est d’autant plus important qu’il est difficile de considérer que l’intronisation de nouvelles techniques agricoles en 2006 puisse avoir un effet immédiat et si important au cours d’une même année. De même, nous l’avons dit, de nombreux pays connaissent une phase de stagnation des rendements agricoles après l’année 2006 |105|.

Pour le programme Grow Alliance, des objectifs clairement chiffrés ne sont pas annoncés, de même que la période durant laquelle les résultats sont espérés. Néanmoins, d’après leur rapport annuel 2014, on constate dans les pays participants, une croissance de la production oscillant entre 0,9 % (Ghana) et 7,8 % (Mozambique), soit une moyenne de 4,51 % de croissance pour une année (année variable suivant les pays, entre 2007 et 2013. Là encore, les résultats sont très variables, et ils ne peuvent être attribués à la nouvelle révolution verte.

Pour le programme Sasakawa Global 2000, on constate l’absence d’objectifs clairement chiffrés. Cependant, ils ont publié en 2012 un plan stratégique pour la période 2012-2016 qui explique comment diffuser le programme à travers 5 thèmes principaux. Ces 5 thèmes sont : « l’amélioration de la productivité agricole ; le développement des systèmes post-récolte et de l’agro-industrie ; développer des partenariats public-privé et l’accès au marché ; le développement des ressources humaines ; le recours à l’évaluation et l’apprentissage pour répandre leur programme dans les pays concernés » |106|.

Ainsi, à travers ces trois programmes, on peut remarquer leur grande homogénéité et similitude, ne laissant que peu de doute sur les formes de production agricole mises en avant par la révolution verte. En effet, on retrouve au sein de ces programmes, une libéralisation du marché, un développement de la production par l’intermédiaire de semences hybrides ou autres OGM, ou encore la diffusion des techniques de la révolution verte par l’intermédiaire de la formation d’agro-commerçants.

Un autre aspect qui peut nous poser question quant à la connivence existante entre l’ensemble des acteurs de la révolution verte se trouve au sein des pays sélectionnés pour participer au programme. En effet, sur l’ensemble des pays où sont présents les programmes de l’AGRA, SG 2000 ou encore Grow Alliance, on retrouve en commun pour ces trois programmes les pays du : Burkina Faso, Ghana, Mozambique, Tanzanie, Malawi, Éthiopie, Nigéria.

N’y a-t-il pas des contradictions à ce que trois programmes soient présents au même endroit ? De plus, si on compare les cartes des pays où ces programmes sont présents à la carte de l’insécurité alimentaire de la FAO en 2014 |107|, on remarque que ces programmes ne sont pas forcément présents là où il y a des problèmes d’insécurité alimentaire majeure, ce constat est flagrant pour l’Afrique de l’Ouest et la partie ouest de l’Afrique australe.


Conclusions préliminaires

Au sein de cette dernière partie, nous allons aborder très largement les critiques à l’égard de la nouvelle révolution verte. Ces critiques sont de plusieurs ordres. D’abord, au niveau des acteurs concernés (et des acteurs ‘oubliés’). Ensuite, nous verrons que de nombreuses critiques visent le tissu relationnel existant entre ces mêmes acteurs. Enfin, sur un plan idéologique, nous comparerons deux modèles agricoles. Un modèle productiviste, sur lequel semble s’appuyer la nouvelle révolution verte, et un modèle régulateur, sur lequel semble reposer l’agriculture à petite échelle.

De nombreuses sources viennent porter différentes critiques par rapport à la mise en place de cette nouvelle révolution verte. La critique principale est probablement celle qui considère que les bailleurs de fonds, les instigateurs des programmes de la révolution verte, ou encore les gouvernements concernés participent activement à la privatisation des moyens de production et de financement aussi bien en amont qu’en aval. En effet, de vastes politiques de libéralisation et de déréglementation en faveur des pays débiteurs sont menées, de même que la création d’associations nationales pour la commercialisation des semences, ou encore le renforcement du rôle des institutions de recherches privées pour fournir des semences améliorées |108|.

Ainsi, après avoir précédemment décrit les différents acteurs en place au sein de cette nouvelle révolution verte et observé quelques une des critiques actuelles, plusieurs constats sont à faire et viennent nous questionner quant à la viabilité de ce programme.

D’abord, nous retrouvons un grand nombre d’acteurs déjà présents lors de première révolution verte (Fondation Rockefeller, Norman Borlaug, Banque mondiale, USAID, CGIAR,…). Ensuite, on remarque que ces mêmes acteurs sont présents en amont et en aval de ce programme, par l’intermédiaire de partenariats passés au niveau local, régional, national et continental.

De même, des relations étroites existent entre les instigateurs des projets et des firmes privées multinationales dont les activités économiques premières sont en contradiction avec une vision de type agroécologique (Rockefeller : Exxon Mobil ; Gates : Monsanto, Nations unies, Kofi Annan ; …).

Enfin, comment ne pas remarquer l’absence du ‘Réseau des Organisations Paysannes et des Producteurs de l’Afrique de l’Ouest’ (ROPPA), qui est le principal représentant des petits exploitants agricoles en Afrique de l’Ouest, alors même que les différents programmes de la nouvelle révolution verte se retrouvent dans huit pays de cette région (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Mali, Niger, Nigéria, Sénégal) ? Faut-il y voir un signe que les acteurs de la nouvelle révolution verte ne s’intéressent pas directement aux petits exploitants venant de l’agriculture familiale et vivrière ? Est-ce un acte délibéré ou une simple coïncidence ? Pourquoi la ROPPA n’a-t-elle pas désiré s’intégrer dans cette définition de la nouvelle révolution verte ? Il en est de même avec l’absence remarquable de l’Alliance for Food Sovereignty in Africa – ‘l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique’ (AFSA) ou encore de la PROPAC, la ‘Plateforme Régionale des Organisations Paysannes d’Afrique Centrale’, équivalent de la ROPPA pour cette région de l’Afrique, alors même que ces trois organisations sont partenaires avec la Via Campesina qui est aujourd’hui l’organisation internationale qui rassemble le plus de producteurs agricoles à petite échelle dans le monde entier.

Dès lors, il nous semble légitime de se poser une question, à laquelle nous ne pourrons à ce stade, apporter de réponse. N’y a-t-il pas de nombreux conflits d’intérêts entre les acteurs et la réduction de la faim par l’intermédiaire de la révolution verte ? De même, ces connivences sont-elles réellement profitables aux petits paysans ?

D’un point de vue idéologique, deux modèles semblent s’opposer. Après une analyse personnelle des diverses causes et conséquences financières, politiques, économiques, conjoncturelles, humaines, écologiques ou encore climatiques de la crise agraire et alimentaire apparue au milieu des années 2000, nous défendions la thèse que deux solutions radicalement opposées se présentaient face à nous (Annexe 1 : Schéma — La crise agraire et alimentaire dans le monde au début des années 2010.).

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Annexe 1 : Schéma — La crise agraire et alimentaire dans le monde au début des années 2010.
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Annexe 1 : Schéma — La crise agraire et alimentaire dans le monde au début des années 2010. - (Meilleure lisibilité).

La première solution, notamment défendue par la Banque mondiale et Paul Collier, directeur du Groupe de recherche sur le Développement de la Banque mondiale de 1998 à 2003, y relatait une vision clairement productiviste de l’agriculture. Ainsi de nombreux parallèles peuvent être faits entre la réponse de la BM aux problèmes rencontrés par les pays subsahariens en termes de production agricole, et les remèdes proposés par les acteurs de la révolution verte. À travers cette vision, sont prônées les idées d’un remplacement de l’agriculture traditionnelle par une agriculture industrielle, le recours à des technologies basées sur la modification génétique ou encore le recours massif à des intrants chimiques. Ces deux modèles (Collier et nouvelle révolution verte) semblent finalement se rejoindre pour proposer un modèle agricole que nous avions défini comme un modèle de « monoculture Monoculture Culture d’un seul produit. De nombreux pays du Sud ont été amenés à se spécialiser dans la culture d’une denrée destinée à l’exportation (coton, café, cacao, arachide, tabac, etc.) pour se procurer les devises permettant le remboursement de la dette. intensive » |109| (Annexe 1).

À l’inverse, la seconde solution – notamment défendue par Olivier de Schutter |110|, rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, Michel Griffon, président du conseil scientifique du Fonds français pour l’environnement mondial et John Thomson, directeur de recherche au Cirad |111| – avancée notamment une vision régulatrice et politique pour résoudre les problèmes de la crise agraire et alimentaire. Y était notamment défendue la thèse que les États doivent s’approprier leur propre politique de développement agricole, correspondant à leurs propres caractéristiques et réalités (économiques, topographiques, climatiques, culturelles) ce qui n’apparaît pas à travers la nouvelle révolution verte. En effet, les solutions apportées par cette dernière proviennent pour une grande majorité d’entités gouvernementales n’appartenant pas au continent africain. Aussi, cette seconde solution insistait sur la participation active de la paysannerie et de la société civile aux programmes de recherche agricole. Enfin, un modèle agroécologique, basé sur des infrastructures écologiques et le recours aux engrais naturels y était largement défendu. Nous avions finalement défini ce second modèle comme celui d’une « polyculture extensive » |112| reposant sur de multiples parcelles à taille réduite (Annexe 1).

En outre à ce stade de notre recherche, bien que plusieurs questions restent en suspens et que nous tenterons d’élucider par la suite, il semble bien qu’un conflit puisse exister entre le modèle soutenu par la BM et les programmes de la nouvelle révolution verte et entre l’agriculture traditionnelle relative à la paysannerie en Afrique subsaharienne.

Ces doutes s’étayent à la lumière des dernières déclarations de l’organisation de défense des droits des paysans, la Via Campesina, qui affirme dans un article datait du 9 juillet 2015 : « Des initiatives sous prétexte de « lutter contre la faim dans le monde » se mettent en place avec la complicité des Etats occidentaux et des pressions sur de nombreux Etats comme la Nouvelle Alliance pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition (NASAN) soutenue par le G8 ou l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) qui s’inscrivent insidieusement dans les programmes de développement agricole nationaux et sous-régionaux pour imposer un modèle agricole occidentale et introduire des OGMs et des produits prohibés dans les pays et s’accaparer de leurs ressources naturelles comme la terre et l’eau. » |113|.

Pour conclure ce second chapitre, on remarque que de nombreux points ne plaident pas en faveur d’une participation active des petits paysans, pourtant majoritaire, au sein de la révolution verte.

Suite à cette première partie d’analyse, on peut légitimement se poser des questions quant à l’aptitude de cette nouvelle révolution verte en Afrique à répondre aux problématiques africaines actuelles. En effet, à la lecture des principaux acteurs présents, on remarque qu’en dehors des acteurs institutionnels, l’ensemble des protagonistes (Programme agricole, Donateurs, Investisseurs, Recherches et Développement…) représente exclusivement des intérêts occidentaux et non africains.

Par ailleurs, que ce soit sur les plans économiques (libéralisation des marchés, rachat annuel des semences…), politiques (partenariat du NEPAD avec la Fondation Rockefeller), financiers (liens entre Monsanto et l’AGRA), ou encore culturels (diffusion massive des semences hybrides au détriment des semences locales), les intérêts avancés semblent en priorité mener en faveur d’une politique agricole de type agro-industriel, dont on connaît déjà l’incompatibilité avec l’agriculture familiale sur le long terme, sans un appui politique et financier important et continu des gouvernements concernés.
Enfin, nous l’avons abordé dans le dernier point de cette partie, un conflit idéologique semble se profiler entre la nouvelle révolution verte et la(les) réalité(s) agricole actuellement en place en Afrique subsaharienne.

Vous pouvez consulter la seconde partie ici : La nouvelle révolution verte en Afrique subsaharienne - Partie 2 sur 2.


Notes

|1| Banque mondiale. (2014). Pourcentage population rurale Afrique subsaharienne. Banque mondiale. Disponible à : http://donnees.banquemondiale.org/theme/agriculture-et-developpement-rural

|2| FAO (2014). L’État de l’insécurité alimentaire dans le monde 2015. Disponible à : http://www.fao.org/hunger/fr/

|3| Banque mondiale. (2014). Pourcentage population rurale Afrique subsaharienne. Banque mondiale. Disponible à : http://donnees.banquemondiale.org/theme/agriculture-et-developpement-rural

|4| Jacquemot, P. (2013). Perspectives économiques pour l’Afrique subsaharienne. Questions et scénarios. L’Économie politique, (3), 6-33. Page 16.

|5| Bebbington, A., Dharmawan, L., Fahmi, E., & Guggenheim, S. (2006). Local capacity, village governance, and the political economy of rural development in Indonesia. World Development, 34(11), 1958-1976. Page 1963.

|6| Grain. (2007). Une nouvelle révolution verte pour l’Afrique ?, Grain. 17 décembre 2007. Disponible à : http://www.grain.org/es/article/entries/137-une-nouvelle-revolution-verte-pour-l-afrique. Page 1.

|7| Griffon, M. (2002/1). Révolution Verte, Révolution Doublement Verte Quelles technologies, institutions et recherche pour les agricultures de l’avenir ?. Mondes en développement, (1), 39-44. Page 39-40.

|8| Patel, R. (2013). The long green revolution. The Journal of Peasant Studies, 40(1), 1-63. Page 5.

|9| Griffon, M. (1996). De La Révolution Verte A La Révolution Doublement Verte. Aménagement et Nature, (Vol. 123), 33-50. Page 36.

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Auteur.e

Rémi Vilain

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