La politique du FMI et de la BM à l’égard de l’Indonésie entre 1947 et 2003

L’Indonésie

24 juin 2004 par Eric Toussaint


Après la seconde guerre mondiale, l’Asie du Sud-Est et de l’Est remplissait deux fonctions principales : elle approvisionnait les sociétés occidentales en matières premières et était le lieu privilégié de la confrontation des intérêts liés à la guerre froide.

Le 27 décembre 1949, le transfert de souveraineté est signé. L’Indonésie se transforme en une République et Soekarno est élu Président.

Pour l’Indonésie, l’héritage colonial est lourd. Elle doit rembourser une dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
coloniale conséquente et les Pays-Bas lui « lèguent » une structure de production essentiellement basée sur des cultures d’exportation et, donc, dépendante de l’évolution des variables économiques internationales.

Jusqu’en 1963, Soekarno joue la carte de la rivalité des deux blocs mais on lui demande explicitement de choisir son camp. Les Etats-Unis décident que leur intermédiaire sera le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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. Toutefois, tant en raison de décisions de politique extérieure occidentale dans la région que de politique intérieure de Soekarno, celui-ci quitte le FMI et la BM Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
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et décide de prendre en main le pays de manière indépendante. Le coup d’Etat du 30 septembre 1965 qui met Suharto au pouvoir permet de renouer les relations. Suharto aligne sa politique sur les intérêts des Etats-Unis. Malgré les convergences évidentes, les Etats-Unis ne veulent pas octroyer directement de nouveaux prêts et ils décident, comme en 1963, de confier la gestion de leurs intérêts au FMI, où toute aide sera subordonnée à l’application des politiques du FMI, que Suharto a rejoint dès février 1967.

Sans prendre en compte la nature anti-démocratique et autoritaire du régime, les pays occidentaux aident massivement le nouveau gouvernement indonésien qui se caractérise par la corruption, l’agression contre un de ses voisins (annexion du Timor oriental), le projet de transmigration fortement critiqué du point de vue des droits humains et de la protection de l’environnement.
La crise asiatique de 1997 affaiblira le régime et Suharto devra se retirer en mai 1998.

Les choix des institutions de Bretton Woods ont été déterminés par des facteurs politiques et géostratégiques. Leur soutien financier a permis à Suharto de mener à bien des politiques contraires aux droits humains.

A. CONTEXTE

1. Une pièce capitale de l’échiquier asiatique

L’archipel indonésien étonne par ses avantages géographiques et économiques. Composé de quelque 13.677 îles, l’Indonésie forme un arc entre les continents asiatique et australien, contrôlant les voies maritimes entre l’Afrique orientale, le Moyen-Orient et l’Inde, d’une part (Océan Indien), la Chine, le Japon et l’Ouest des Etats-Unis, d’autre part (Océan Pacifique). La forêt indonésienne est la deuxième forêt tropicale au monde, après celle de l’Amazonie. L’archipel est riche en matières premières agricoles (riz, caoutchouc, café, cacao, soja, huile de palme, thé, sucre, banane) et minières (gaz naturel, étain, bauxite, nickel, cuivre). De plus, il possède des gisements pétroliers qui furent l’objet de toutes les convoitises. [1] L’importante densité de population de certaines îles constitue une importante réserve de main d’œuvre bon marché pour les entreprises occidentales.

Après la seconde guerre mondiale, l’Asie du Sud-Est remplit deux fonctions principales : elle approvisionne les sociétés occidentales en matières premières et cette région est, avec l’Asie de l’Est (Chine et Corée), le lieu privilégié de la confrontation des intérêts liés à la guerre froide. En effet, selon l’article de Noam Chomsky paru dans le Monde diplomatique [2], en 1948, Georges Kennan, stratège américain qui écrivit sur la doctrine de l’endiguement, voit dans « le problème de l’Indonésie (...) la question la plus cruciale de ce moment précis [du] combat [américain] contre le Kremlin ». Chomsky ajoute : « et Georges Kennan avertissait qu’une Indonésie ’communiste’ constituerait un foyer d’ ’infection’ susceptible de ’s’étendre à l’Ouest’ et d’atteindre toute l’Asie du Sud ».

Donc, au sortir de la deuxième guerre mondiale, face à l’emprise de la guerre froide et à la concurrence internationale, l’Indonésie devient l’enjeu politique et économique des grandes puissances. L’adhésion de l’Indonésie à l’une ou l’autre idéologie pouvait avoir des conséquences fondamentales sur l’ordre international.

2. La colonie aux mille profits

L’Indonésie est connue déjà au XVIe siècle pour ses épices. Les Portugais commercialisent les clous de girofle et les noix de muscade produites aux Moluques. Les bénéfices sont considérables et les Néerlandais vont s’emparer de l’île, par le feu et par le sang. Ils y règnent à partir de 1605. Depuis lors, presque toutes les îles indonésiennes, progressivement explorées, deviennent la chasse gardée des Pays-Bas. Les échanges commerciaux se développent et les Hollandais introduisent des nouvelles plantes telles que le caféier, l’indigo, la canne à sucre...

Lors de la deuxième guerre mondiale, les Japonais envahissent les îles indonésiennes, après l’attaque de Pearl Harbour. Cette période a vu s’affirmer un important mouvement indépendantiste indonésien. Trois jours après la capitulation du Japon, Soekarno [3] et Mohamed Hatta, soutenus par la jeunesse en révolte, proclament l’indépendance de l’Indonésie, le 17 août 1945. Mais, à la fin de la guerre, les alliés occupent l’archipel et attendent le retour des Hollandais. Ceux-ci se retrouvent dans une position difficile vu les revendications indépendantistes de plus en plus pressantes. Ils contrôlent militairement l’archipel mais sont isolés politiquement tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Les grandes nations ne les soutiennent plus car, d’un point de vue stratégique, cette instabilité perturbe la région mais aussi parce que l’appât des richesses indonésiennes excite les convoitises. L’ère des empires se termine.

Un épisode controversé de l’histoire de la Banque mondiale se déroule en 1947 car elle octroie un prêt de 195 millions de dollars aux Pays-Bas alors que le gouvernement hollandais est en pleine offensive contre les nationalistes indonésiens. C’est le deuxième prêt octroyé par la Banque mondiale de son histoire. Deux semaines avant l’approbation de ce prêt, les Pays-Bas lancent l’offensive. Au cours des deux années qui suivent, les troupes hollandaises d’occupation s’élèvent à 145 000 hommes (il s’agit d’une action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
d’envergure difficile à cacher). Bien qu’un cessez-le-feu soit décrété en 1948 par l’ONU, l’armée néerlandaise lance plusieurs attaques terrestres et aériennes. Des voix s’élèvent au sein de l’ONU et aux Etats-Unis pour critiquer très durement la politique hollandaise en Indonésie et pour mettre en cause la Banque. Celle-ci répond que le prêt était destiné au gouvernement néerlandais pour des dépenses à réaliser aux Pays-Bas. Les voix critiques rétorquent qu’étant donné le caractère fongible de l’argent, le gouvernement hollandais a pu utiliser le prêt de la Banque pour soutenir son effort militaire en Indonésie. [4]

Les Etats-Unis se rendent compte que l’aide qu’ils accordent aux Pays-Bas (400 millions de dollars) au titre du plan Marshall Plan Marshall Programme de reconstruction économique proposé en 1947 par George C. Marshall, secrétaire d’État des États-Unis. Doté d’un budget de 12,5 milliards de dollars de l’époque (environ 80 milliards de dollars de 2002) sous forme de dons et de prêts à long terme, le plan Marshall permit à 16 pays (notamment la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et les pays scandinaves) de profiter de fonds pour leur reconstruction après la seconde guerre mondiale. vient indirectement en aide à l’intervention militaire et policière néerlandaise en Indonésie. Dès lors, ils obtiennent, avec l’ONU, que des pourparlers s’engagent à La Haye, en août 1949, et le 27 décembre, le transfert de souveraineté est signé. L’Indonésie se transforme en une République et Soekarno est élu Président. Elle deviendra le 60e pays à signer la charte des Nations unies.

Néanmoins, l’héritage colonial est lourd. L’Indonésie doit rembourser une dette coloniale conséquente et les Pays-Bas lui « lèguent » une structure de production essentiellement basée sur des cultures d’exportation et donc, dépendante de l’évolution des variables économiques internationales. De plus la majorité de la richesse créée se trouve toujours entre les mains des entreprises hollandaises. Enfin, l’Indonésie entame son indépendance avec une société meurtrie par des années coloniales qui ont conduit à un analphabétisme considérable et ont produit seulement 1 200 médecins et 120 ingénieurs, pour une population de 80 millions d’habitants.

B. IFI : des réticences à l’égard du président Soekarno à l’appui au dictateur Suharto

1. L’ère Soekarno : l’affirmation de l’indépendance

Soekarno appartient au mouvement des non-alignés Mouvement des non-alignés Le mouvement des non-alignés s’est développé dans la foulée de la Conférence de Bandung, réunissant en avril 1955 vingt-trois pays d’Asie et six d’Afrique, à l’invitation du président indonésien Sukarno et sous le patronage du président indien Nehru. Refusant de s’engager dans la guerre froide et revendiquant une indépendance envers les deux blocs, le mouvement des non-alignés demande un juste prix pour ses matières premières, des relations internationales pacifiques et une égalité entre les races et les nations. Il prendra officiellement naissance en septembre 1961 à Belgrade, à l’invitation du président yougoslave Tito. qui s’affirme en Indonésie justement, lors de la Conférence de Bandoeng, en 1955. Soekarno, Tito et Nehru sont les dirigeants qui incarnaient l’espoir du tiers-monde face à l’ancien système colonial de domination. Lors de ce rassemblement, Soekarno fait un discours sur les objectifs de la Conférence, dont voici quelques extraits [5] :

«  Le fait que les leaders des peuples asiatiques et africains peuvent se rencontrer dans un de leurs propres pays pour discuter et délibérer de leurs affaires communes constitue un nouveau départ dans l’histoire (...).

Aucun peuple ne peut se sentir libre tant qu’une partie quelconque de sa patrie n’est pas libre. Comme la paix, la liberté n’est pas indivisible. (...) On nous dit souvent que le colonialisme est mort. Ne nous laissons pas illusionner, ou même endormir, par cette formule trompeuse. Je vous assure que le colonialisme est bien vivant. Comment peut-on affirmer le contraire quand de vastes régions d’Asie et d’Afrique ne sont pas libres ? (...)

Le colonialisme moderne se présente aussi sous la forme du contrôle économique, du contrôle intellectuel et du contrôle physique, exercés par une communauté étrangère à l’intérieur de la nation. C’est un ennemi habile et décidé qui se manifeste sous divers déguisements ; il ne lâche pas facilement son butin.

N’importe où, n’importe quand, et quelle que soit la forme sous laquelle il apparaisse, le colonialisme est un mal qu’il faut éliminer de la surface du monde. (...) »

Soekarno défend une orientation anti-impérialiste en matière de politique étrangère et pour parfaire l’unité du pays, il met l’accent sur la restitution de la Nouvelle Guinée (Irian Jaya), toujours aux mains des Hollandais. En 1956, il répudie la dette coloniale et il nationalise, en 1957, les entreprises hollandaises.

La politique de Soekarno, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, repose sur la philosophie de l’équilibre. L’Indonésie est un pays d’une grande diversité culturelle et Soekarno tente de maintenir un équilibre entre les différentes factions du pays, avec comme objectif personnel de rester seul au pouvoir. En 1955, sont organisées les premières élections, suite auxquelles le parti du Président (PNI) récolte 25% des suffrages et le PKI, le parti communiste, obtient 16,4% des voix. [6] Deux ans plus tard, ont lieu les élections régionales où le PKI affirme son assise, ce qui inquiéte les puissances étrangères en pleine lutte idéologique. Le PKI appuie sa légitimité sur les paysans sans terre, les ouvriers des villes et des champs pétroliers ainsi que les ouvriers et employés des plantations. Selon ses estimations, le parti compterait 3 millions de membres et 20 millions de sympathisants. Soekarno, afin d’assurer son pouvoir, collabore avec les communistes qui s’accommodent de son populisme. Il convient de souligner que Soekarno n’est pas communiste, mais nationaliste, et il a besoin du PKI pour asseoir sa légitimité en Indonésie.

Sur le plan extérieur, Soekarno s’emploie habilement à utiliser les deux blocs en guerre froide. Mais les tensions commencent à monter : les Etats-Unis voient d’un mauvais œil l’aide massive de l’URSS à l’Indonésie qui peut basculer dans une mouvance pro-communiste. Ils soutiennent donc les rebellions internes visant à déstabiliser Soekarno, ce que celui-ci dénonce au sein des Nations unies. Jusqu’en 1963, Soekarno arrive à jouer avec les deux blocs mais on lui demande explicitement de choisir son camp. Les Etats-Unis décident que leur intermédiaire sera le FMI. Une délégation de celui-ci visite l’Indonésie en 1962 et propose une aide financière conditionnée à une coopération étroite avec le Fonds. En mars 1963, les Etats-Unis offrent un prêt de 17 millions de dollars et, deux mois plus tard, le gouvernement indonésien annonce une série de nouvelles mesures économiques (dévaluation Dévaluation Modification à la baisse du taux de change d’une monnaie par rapport aux autres. de la roupie, austérité budgétaire, suspension des subsides...) conformes à l’orientation du FMI. Le mois d’après, les pays membres de l’OCDE OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
Créée en 1960 et basée au Château de la Muette à Paris, l’OCDE regroupe les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les États-Unis et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Entre 1994 et 1996, trois pays du Tiers-Monde ont fait leur entrée : la Turquie, candidate à entrer également dans l’Union européenne ; le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ; la Corée du Sud. Depuis 1995, se sont ajoutés trois pays de l’ex-bloc soviétique : la République tchèque, la Pologne et la Hongrie. En 2000, la République slovaque est devenue le trentième membre.

Liste des pays membres de l’OCDE par ordre alphabétique : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie.
Site :
se réunissent afin d’arriver à un accord sur la mobilisation de fonds. Les Etats-Unis y proposent de contribuer, avec le FMI et la BM, pour la moitié des 400 millions de dollars prévus. En août, sous initiative américaine, l’Indonésie signe un « stand-by arrangement », ce qui lui permet de recevoir un prêt de 50 millions de dollars.

Mais tout bascule en septembre 1963 lorsque la Fédération de Malaisie est proclamée par les Britanniques sans consultation. Soekarno y perçoit une manœuvre des Anglais, des forces « impérialistes ». Soekarno, en colère, nationalise les entreprises britanniques, ce qui entraîne l’annulation des accords conclus avec le FMI. Malgré ses revendications, l’ONU avalise la création de la Malaisie et Soekarno, n’obtenant pas gain de cause, claque la porte onusienne en 1965.

La situation économique est désastreuse. Les nombreux prêts, contractés auprès de l’Occident et de l’URSS, sont gaspillés en biens de consommation, en projets de prestige et en armement. Soekarno, bien que défenseur des droits du peuple indonésien, n’a pas su redresser son pays économiquement. Son économie, dépendante de l’extérieur, doit faire face à la chute des prix des matières premières (le prix du caoutchouc baisse fortement) et sa politique de dépenses publiques à outrance contribue à aviver l’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. qui atteint un taux de 600% par an à la fin de son pouvoir. Nous sommes à l’apogée de la guerre froide, et Soekarno provoque la réprobation de Washington en nationalisant toutes les entreprises privées étrangères (sauf les entreprises pétrolières). Il quitte le FMI et la BM en août 1965 et décide de prendre en main le pays de manière indépendante.

2. Le coup d’Etat du 30 septembre 1965

Le 30 septembre 1965, le général Suharto lance une répression massive contre les partis de gauche en prenant pour cible principale le PKI qu’il accuse de fomenter un putsch communiste. Suharto parvient à prendre le pouvoir avec l’armée et il élimine physiquement le PKI. Entre 500.000 et 1 million de civils seront assassinés pour la seule raison d’appartenir au PKI ou d’avoir des sympathies pour lui. Il met progressivement Soekarno à l’écart. En mars 1966, Suharto obtient finalement de Soekarno que celui-ci lui transfère officiellement ses pouvoirs. Six jours après la passation de pouvoir, le gouvernement des Etats-Unis annonce qu’il ouvre une ligne de crédit à l’Indonésie pour un montant de 8,2 millions de dollars afin que celle-ci achète du riz américain. [7] Le 13 avril 1966, l’Indonésie rejoint la Banque mondiale. [8]

En 1966, Lyndon B. Johnson, président des Etats-Unis, se déplace pour visiter ses troupes au Vietnam et insiste, dans un des ses discours, sur le modèle indonésien. [9]

3. L’ère Suharto : « l’Ordre Nouveau »

Le pouvoir de Suharto utilise régulièrement la terreur et l’élimination physique. En plus des communistes, sont visés les membres du PNI, les musulmans à Java, les hindous à Bali, les chrétiens à Sulawesi du Nord. Suharto sera réélu tous les cinq ans par une institution parlementaire (Assemblée consultative du peuple) composée de 1000 membres dont 600 sont nommés directement par le Président et 400 sont élus. A chaque élection, toutes les candidatures sont passées en revue par les services de renseignements militaires, puis approuvées par le Président de la République, lui-même.

Suharto aligne sa politique sur celle des Etats-Unis. Mais malgré les convergences évidentes, les Etats-Unis ne veulent pas octroyer directement de nouveaux prêts au régime de Suharto et ils décident, comme ils l’avaient fait en 1963 dans d’autres circonstances, de confier la gestion de leurs intérêts au FMI. L’aide de celui-ci sera subordonnée à l’application des politiques qu’il recommande. A la fin de l’été 1966, une mission du FMI étudie un nouveau programme de stabilisation et les conditions macroéconomiques du FMI sont rapidement appliquées par le gouvernement. [10] L’Indonésie est de retour officiellement au FMI en février 1967. La réponse des pays occidentaux ne se fait pas attendre. D’abord, ils accordent une aide de 174 millions de dollars afin de résorber la crise indonésienne. Ensuite, ils procèdent à une restructuration de la dette car, fin 1966, 534 millions de dollars devaient être remboursés au titre du service de la dette Service de la dette Somme des intérêts et de l’amortissement du capital emprunté. (intérêts, principal et arriérés), ce qui représentait 69% des gains d’exportation estimés. [11] Sans ce rééchelonnement, l’effet de l’aide financière aurait été anéanti par le service de la dette. En décembre 1966, suite à une réunion du Club de Paris Club de Paris Créé en 1956, il s’agit du groupement d’Etats créanciers (20) spécialisés dans la normalisation des défauts de paiement des PED. Depuis sa création, la présidence est traditionnellement assurée par un Français - en 2016, c’est le directeur du Trésor français, Bruno BEZARD, qui en assure la présidence. Les États membres du Club de Paris ont rééchelonné la dette de près de 80 pays en développement. Les membres du Club de Paris détiennent près de 30% du stock de la dette du Tiers Monde.
Les liens entre le Club de Paris et le FMI sont extrêmement étroits ; ils se matérialisent par le statut d’observateur dont jouit le FMI dans les réunions - confidentielles - du Club de Paris. Le FMI joue un rôle clé dans la stratégie de la dette mise en œuvre par le Club de Paris qui s’en remet à son expertise et son jugement macro-économiques pour mettre en pratique l’un des principes essentiels du Club de Paris : la conditionnalité. Réciproquement, l’action du Club de Paris préserve le statut de créancier privilégié du FMI et la conduite de ses stratégies d’ajustement dans les pays en voie de développement.
Site web :
, les pays créanciers occidentaux acceptent un moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998 et de l’Équateur en 1999.  [12] jusqu’en 1971, sur le remboursement du principal et des intérêts de la dette à long terme contractée avant 1966. Sans l’appui du FMI et sans les pressions américaines sur les membres du Club de Paris, cette restructuration n’aurait pas eu lieu.

Mais les effets d’un moratoire ne sont que temporaires et, en 1971, les remboursements doivent reprendre. Dès lors, les créanciers signent l’accord le plus favorable jamais octroyé [13] : la dette d’avant 1966 (contractée sous Soekarno) devait être repayée en 30 annuités sur une période qui s’étale entre 1970 et 1999. Cette restructuration fut suivie d’une dévaluation et d’une réforme du taux de change qui fit de l’Indonésie le pays dont le système de taux de change était le plus libre.

C. Le régime Suharto soutenu puis lâché par la BM, le FMI et les Etats-Unis

1. La corruption

Selon le Rapport mondial sur la Corruption 2004 de Transparency International [14] , Mohamed Suharto aurait été le dirigeant le plus corrompu au monde. Il aurait détourné de 15 à 35 milliards de dollars entre 1967 et 1998, loin devant Ferdinand Marcos (Philippines, de 5 à 10 milliards US$) et Mobutu (Zaïre, 5 milliards de dollars). Selon un rapport de la Banque mondiale [15], entre 20 et 30% des budgets liés au fonds de développement étaient détournés et les prêts de la Banque sont clairement concernés. Par exemple, le budget de développement qui comportait des rubriques type « infrastructures de développement » finançait la remise à neuf des locaux gouvernementaux ou l’achat de voitures officielles, donc loin de contribuer à l’amélioration du bien-être de la population.

La Banque mondiale est un des plus grands créanciers du pays, la dette indonésienne envers l’institution s’élevant en 2002 à plus de 11 milliards de dollars sur un montant total de 75 milliards de dollars de dette extérieure publique.

Toujours est-il qu’officiellement, la Banque n’admet pas d’être impliquée dans ces malversations et invoque des raisons on ne peut plus rationnelles pour se déresponsabiliser dans la pérennisation d’un régime odieux. En effet, l’operational overview d’octobre 1998 admit qu’ «  une grande majorité de notre staff (particulièrement les directeurs du département d’affaires) sont perçus comme ignorants ou indifférents (dans le sens où ils ne veulent pas savoir) aux pratiques locales et donc ils sont susceptibles d’être trompés ou abusés assez facilement ». [16](c’est moi qui traduis)

Dès le départ, la relation entre la Banque mondiale et l’Indonésie avait un caractère particulier. La première visite du nouveau Président de la Banque mondiale, Robert McNamara, fut pour l’Indonésie. Selon le livre officiel sur les 50 ans de la Banque mondiale : « Il [Robert McNamara] et le Président Suharto avaient énormément d’estime l’un pour l’autre, et la Banque adopta des modalités uniques pour son programme. Le 15 juin [1968] il communiqua à la presse : ’C’est la première fois que la Banque mondiale a établi une telle Mission dans un pays en développement... Notre problème en Indonésie demande une solution unique et une concentration des efforts jamais appliquées dans d’autres parties du monde’ » [17] (c’est moi qui traduis).

Toujours dans ce livre : « A propos de la corruption indonésienne, la Banque avait clairement ce problème à l’esprit, dès le renouveau de ses relations avec ce pays (1968). Mais très peu d’études convergeaient vers une possible éradication du phénomène. (...) McNamara expliqua qu’ ’ il était aussi nécessaire de mettre l’accent sur la réduction de la corruption. A l’extérieur de l’Indonésie, le problème était beaucoup plus pris en compte et le monde avait l’impression, avec raison ou pas, que la corruption était beaucoup plus ancrée en Indonésie que n’importe où dans le monde... C’était comme un cancer qui rongeait la société indonésienne’ » [18] . Plus loin encore, selon McNamara, « l’Indonésie était le joyau présidentiel sur la couronne opérationnelle de la Banque » [19] (c’est moi qui traduis). On ne peut être plus clair.

La Banque a construit et entretenu la vision d’un miracle indonésien tout en ayant pleinement conscience des pratiques frauduleuses du régime de Suharto. De nombreux rapports internes à la Banque l’attestent. Malgré leur connaissance de la situation, les prêts n’ont pas diminué et ont même connu une progression constante.

Jeffrey Winters, professeur associé d’économie politique à la Northwestern University, insiste sur le caractère illégal de cette dette indonésienne et il l’assimile à une dette criminelle dont les institutions financières internationales se sont rendues complices. En effet, selon lui, « elle [la Banque mondiale] aurait pu prendre une série de mesures, comme intensifier le contrôle de ses projets de telle sorte qu’elle réduise le niveau de corruption sur ses propres opérations, même si elle ne pouvait combattre seule la corruption rampante au niveau du gouvernement. Elle aurait pu menacer de diminuer graduellement ses prêts à l’Indonésie s’il n’était pas mis fin progressivement au détournement de fonds des projets soutenus par la Banque. Elle aurait pu annuler toute opération de prêts en argumentant que continuer à prêter de l’argent dans des circonstances qui impliquaient un haut niveau de détournement violait le mandat fiduciaire contenu dans sa charte » [20] (c’est moi qui traduis).

Nous sommes dans le cas précis d’un soutien des responsables de la Banque mondiale à un régime qui était connu pour ses fraudes répétées. L’existence de détournements massifs et d’une corruption dans laquelle le régime était impliqué avait été détectée par les institutions de Bretton Woods. L’analyse dressée précédemment conduit à affirmer que des intérêts d’ordre politique et d’ordre géostratégique étaient à la base de cette tolérance et de cette complaisance.

2. Le soutien des IFI à une oppression multiforme

Le Timor oriental

En 1975, suite à l’effondrement du régime salazariste, l’administration et l’armée portugaises, qui occupaient toujours l’île de Timor, décident de se désengager de leur colonie. Le Front révolutionnaire du Timor oriental indépendant, qui combattait les armes à la main l’occupation portugaise, déclare l’indépendance du territoire. [21] Mais un mois plus tard, les forces militaires indonésiennes envahissent l’île et, en 1976, Timor oriental est proclamé 27e province par le gouvernement indonésien. Les Nations unies condamnent cette annexion et considèrent le Portugal comme étant toujours l’administrateur officiel du territoire. Toutefois, certains Etats, tels que les Etats-Unis, reconnaissent de fait cette annexion. Ils ont tout intérêt à ce que les réserves pétrolières tombent entre les mains du dictateur « ami » plutôt qu’entre celles du Portugal ou d’un Timor indépendant.

Des combats violents ont lieu et l’armée indonésienne fait 100.000 victimes parmi une population d’environ 750.000 habitants. La répression sera une constante sur l’île et des massacres seront perpétrés pour contrer toute initiative de contestation. Par exemple, le 12 novembre 1991, l’armée ouvre le feu sur une procession pacifique au cimetière de Santa Cruz. Cette manifestation regroupait des Timorais assistant à l’enterrement d’un jeune tué par un groupe para-militaire pro-indonésien. Selon Amnesty International : « Quelque 270 civils ont trouvé la mort dans ce massacre et peu après. La plupart des victimes ont été tuées par balles alors qu’elles tentaient de fuir. D’autres ont été frappées et poignardées. Selon certaines informations, des dizaines de personnes, dont des témoins du drame, auraient été tuées au cours des semaines suivantes. Quelques-unes d’entre elles étaient, dit-on, soignées dans un hôpital militaire quand elles ont été achevées. » [22]

La sous-commission des Droits de l’Homme de l’ONU a condamné, en 1992, l’Indonésie « pour sa politique de répression à Timor oriental ».

Est-ce que ces massacres ont dissuadé la Banque mondiale de prêter à un pays dont manifestement le gouvernement réprime très durement tout mouvement d’opposition ? La BM a-t-elle utilisé ses prêts pour exiger un respect des droits humains en Indonésie ? Le graphique ci-joint indique une augmentation des prêts accordés par la Banque mondiale au gouvernement indonésien pendant l’occupation de Timor oriental.

Source : World Bank, GDF, 2001.

Le projet de transmigration

Le projet de transmigration, mis en place sous le régime de Suharto et soutenu financièrement et politiquement par la Banque mondiale, n’est pas une idée nouvelle. En effet, déjà les anciens colonisateurs, les Hollandais, ainsi que le nouveau gouvernement indépendant avaient contribué à la migration de nombreux Javanais. Ce projet consistait à déplacer des millions d’Indonésiens pauvres des îles intérieures densément peuplées (Java - endroit le plus densément peuplé du monde -, Lombok, Bali et Madura) vers des îles extérieures (Bornéo, Nouvelle Guinée et Sumatra) moins densément peuplées. Les raisons officielles étaient les suivantes :

- alléger la pression sur l’île de Java où bon nombre de paysans étaient sans terre ;
- diminuer la pauvreté en permettant aux déplacés de bénéficier de nouvelles terres sur les îles extérieures et d’une infrastructure de base suffisante, en contribuant au développement économique des îles concernées ;
- promouvoir une distribution de la population nationale et régionale plus équilibrée.

La Banque mondiale prêta 630 millions de dollars pour financer le projet entre 1976 et 1986 mais environ 130 millions de dollars seront annulés, réduisant la contribution de la Banque à 500 millions de dollars. [23] La contribution de la Banque ne se limita pas seulement à un appui financier. Elle apporta aussi son appui politique car elle attira des dizaines de millions de dollars supplémentaires en support à ce projet (aide des gouvernements hollandais, allemand, américain ; de la Banque asiatique de développement, du Programme des Nations unies pour le développement PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
Site :
et du Programme mondial pour l’alimentation). Selon Bruce Rich, en 1983, 734 millions de dollars supplémentaires furent prêtés (prêts à l’agriculture) par la Banque pour financer l’établissement de colons.

Selon Rich, entre 1976 et 1986, 3,5 millions de personnes ont été déplacées et 3,5 autres millions de personnes sont parties de leur plein gré, motivées par la propagande et la publicité gouvernementale. Les prêts de la BM auront permis de replacer 71.000 familles, soit 355.000 personnes à Sumatra et Kalimatan et de financer la planification et la sélection de 400.000 familles, soit au moins 2 millions de personnes. La Banque a donc joué un rôle capital dans ce projet. Mais ses conséquences furent néfastes et irréversibles. Des ONG de défense des droits de l’Homme et des ONG environnementales [24] ont mis à jour les autres motivations qui sous-tendaient ce projet massif de déplacement de populations.

Leurs critiques majeures étaient les suivantes :

- Le déplacement des familles suivait un objectif géopolitique. Quatre-vingt dix pour cent de la superficie de l’Indonésie sont habités par des non-javanais, ce qui constitue une situation politique instable. Donc, ce projet constituait une priorité de sécurité nationale et permettait au gouvernement de contrôler les populations indigènes des îles extérieures en imposant une intégration forcée.

- Le projet de transmigration a violé le droit de propriété du sol des populations indigènes et des habitants de la forêt. Les sites transmigratoires furent établis sur les terres des indigènes sans leur consentement ou compensation et ces derniers furent obligés de modifier leurs habitudes de vie. La mise en place du projet suscita de nombreuses résistancesqui contribuèrentà des situations violentes et des abus des droits humains.

- Le coût moyen du déplacement d’une famille est de 7000 dollars, selon les estimations de la Banque mondiale [25] (milieu des années 90), ce qui représentait 13 fois le revenu annuel de la plupart des familles des îles intérieures. Ce projet paraît peu rentable et contribua à augmenter considérablement la dette extérieure et la pauvreté. Effectivement, selon une étude de la Banque mondiale de 1986, 50 % des familles déplacées vivaient en dessous du niveau de pauvreté et 20 % vivaient en dessous du niveau de subsistance. D’autres études prouvent que 80 % des sites du projet furent un échec en terme d’amélioration des conditions de vie des populations.

- Le projet fut un échec en ce sens qu’il ne contribua pas à améliorer les conditions de vie des pauvres des îles intérieures, laissant les trans-migrants dans une situation pire qu’auparavant du fait d’un planning et d’une préparation des sites complètement inadaptés, d’un accès restreint au marché et une négligence de la propriété des sols et de l’eau, éléments indispensables au développement d’une économie agricole. En effet, selon Rich, les sols destinés aux migrants sont parmi les terres les pauvres au monde.

- Les problèmes de densité à Java ne sont toujours pas résolus, au contraire.

- Les îles extérieures de l’Indonésie contiennent dix pour cent des forêts tropicales encore existantes sur terre et le programme de transmigration a été une source de pression institutionnelle considérable sur l’environnement de ces îles. En effet, le projet a contribué à détériorer de manière sensible l’environnement des îles extérieures par la destruction massive de la forêt. Il fut démontré que ce projet fut la cause principale de déforestation du pays, estimé à 1.2 millions d’hectares par an en 1991. [26]

La Banque mondiale dément toutes ces allégations. Elle a décidé de réaliser, en 1994, une étude d’évaluation [27] interne des projets qu’elle a financés, afin de déterminer ses éventuelles responsabilités.

Dans ce rapport, la Banque mondiale admet que le projet à Sumatra « a eu des effets négatifs et probablement irréversibles » sur la population Kubu, population nomade dont la survie repose sur la culture en jachère, la chasse et le rassemblement dans la forêt. L’audit met en évidence que « bien que l’existence des Kubu dans les zones du projet soit connue depuis la planification du projet, peu d’efforts furent portés pour éviter des problèmes ».

3. La crise de 1997-1998 dans le sud-est asiatique

La crise du sud-est asiatique de 1997 (voir chapitre sur la crise) a frappé durement l’Indonésie et elle a surpris par son caractère violent. En effet, en l’espace de moins d’un an, les capitaux étrangers se sont retirés du pays, la roupie a perdu plus de 80% de sa valeur et un chômage de masse s’est développé. Selon une étude réalisée par A. Giraud du HCCI [28] , « fin 1998, selon les données du gouvernement, 50% de la population vivait en dessous du seuil de pauvreté, estimé en Indonésie à 0,55$ par jour pour les villes et 0,40$ pour les campagnes. »

Il faut en chercher les causes, d’une part, dans l’économie indonésienne qui reposait sur une corruption endémique, une collusion entre le gouvernement, les banques et les conglomérats privés et des afflux massifs de capitaux étrangers qui permirent l’équilibre de la balance des paiements Balance des transactions courantes
Balance des paiements
La balance des transactions courantes d’un pays ajoute à la balance des biens et services la balance des transferts unilatéraux, concernant des biens ou services importés ou exportés sans rétribution apparente : dons, subventions, envois d’argent à l’étranger par des travailleurs immigrés, etc. Le solde, appelé solde des paiements courants, traduit la position financière d’un pays par rapport au reste du monde.

Un pays disposant d’un excédent de ses paiements courants est un pays prêteur vis-à-vis du reste du monde. Inversement, si la balance d’un pays est déficitaire, ce pays devra se tourner vers les prêteurs internationaux afin d’emprunter pour ses besoins de financement. La balance des opérations en capital, dont le solde est l’opposé du solde des paiements courants, vient boucler la balance des paiements, qui est donc, par définition, équilibrée.
. Et, d’autre part, dans les politiques du FMI qui, par l’ouverture sauvage au capital étranger, ont contribué à la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
foncière et boursière effrénée.

Le FMI a imposé ses mesures de « choc » pour résoudre la crise de 1997 : là aussi il a échoué, prolongeant et aggravant la crise. J. Stiglitz est très clair : « La politique économique doit donc viser à réduire au minimum la gravité et la durée de toute crise économique. Malheureusement cela n’a été ni l’intention ni l’effet des prescriptions du FMI ». [29] La population qui a subi de plein fouet l’effet de ces mesures commença à protester vigoureusement. Le 5 mai 1998, dans le cadre des accords signés avec le FMI, Suharto élimina les subventions sur les produits de base de sorte que le prix du kérosène, de l’électricité et de l’essence augmenta de 70%. Cela amplifia l’immense mobilisation populaire qui avait débuté plusieurs mois auparavant. Quinze jours plus tard, Suharto se retirait du pouvoir après 32 ans de régime dictatorial. Le gouvernement des Etats-Unis était directement intervenu en lui demandant par la voix de Madeleine Albright, secrétaire d’Etat américain, de démissionner pour ouvrir la voie à une « transition démocratique ».

Le FMI, en imposant à Suharto des conditions draconiennes pour lui venir en aide, l’a amené à prendre des mesures économiques très impopulaires. Celles-ci ont provoqué le renforcement du très vaste mouvement d’opposition qui a fini par obtenir le départ du dictateur. A Washington, on a certainement considéré que Suharto avait assez servi les intérêts des Etats-Unis. La guerre froide était terminée depuis près de dix ans, il était temps de tourner la page.

D. La dette indonésienne aujourd’hui

Si on étudie ce qu’est devenue la dette extérieure publique de l’Indonésie, la répartition par créanciers indique une part privée assez réduite, notamment à cause du fait que l’apport de capitaux du FMI et des pays industrialisés pour rembourser en priorité des créanciers privés a transformé en partie des dettes dues au privé en dettes multilatérales et bilatérales, désormais très majoritaires.

La dette indonésienne a fortement augmenté, et ce, principalement pour deux raisons. Premièrement, le plan de sauvetage du FMI a apparemment apporté des capitaux à l’Indonésie, mais ces capitaux ont immédiatement quitté le pays en remboursement de créances Créances Créances : Somme d’argent qu’une personne (le créancier) a le droit d’exiger d’une autre personne (le débiteur). vers des prêteurs étrangers. De leur côté, les populations indonésiennes en subissent les conséquences à travers de drastiques restrictions budgétaires et remboursent ces dettes dont elles n’ont pas du tout profité. D’après le Rapport annuel 1998 du FMI, les engagements du FMI, de la BM, de la BAD et des gouvernements occidentaux s’élevaient à 50 milliards de dollars.

Deuxième raison, la Lettre d’intention prévoyait la restructuration du secteur bancaire par la diminution du nombre d’établissements. Cette mesure, jumelée à une politique monétaire restrictive (taux d’intérêt Taux d'intérêt Quand A prête de l’argent à B, B rembourse le montant prêté par A (le capital), mais aussi une somme supplémentaire appelée intérêt, afin que A ait intérêt à effectuer cette opération financière. Le taux d’intérêt plus ou moins élevé sert à déterminer l’importance des intérêts.
Prenons un exemple très simple. Si A emprunte 100 millions de dollars sur 10 ans à un taux d’intérêt fixe de 5 %, il va rembourser la première année un dixième du capital emprunté initialement (10 millions de dollars) et 5 % du capital dû, soit 5millions de dollars, donc en tout 15millions de dollars. La seconde année, il rembourse encore un dixième du capital initial, mais les 5 % ne portent plus que sur 90 millions de dollars restants dus, soit 4,5 millions de dollars, donc en tout 14,5 millions de dollars. Et ainsi de suite jusqu’à la dixième année où il rembourse les derniers 10 millions de dollars, et 5 % de ces 10 millions de dollars restants, soit 0,5 millions de dollars, donc en tout 10,5 millions de dollars. Sur 10 ans, le remboursement total s’élèvera à 127,5 millions de dollars. En général, le remboursement du capital ne se fait pas en tranches égales. Les premières années, le remboursement porte surtout sur les intérêts, et la part du capital remboursé croît au fil des ans. Ainsi, en cas d’arrêt des remboursements, le capital restant dû est plus élevé…
Le taux d’intérêt nominal est le taux auquel l’emprunt est contracté. Le taux d’intérêt réel est le taux nominal diminué du taux d’inflation.
élevé), entraîna l’effondrement du secteur bancaire. Le rapport de la commission Meltzer du Congrès des Etats-Unis le dit très nettement : « La réduction des dépenses publiques, l’augmentation des taxes, l’augmentation des taux d’intérêt et la fermeture des banques ont aggravé la crise ». [30] Suite à une élévation des taux d’intérêt, les entreprises qui devaient rembourser leur dette et qui étaient en manque de liquidité Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
(pendant cette période de crise) étaient obligées de réemprunter mais à un taux exorbitant. Très vite, leur crise de liquidité s’est transformée en crise de solvabilité et elles ont fait faillite, ce qui a constitué une créance perdue pour les banques commerciales Banques commerciales
Banque commerciale
Banque commerciale ou banque de dépôt : Établissement de crédit effectuant des opérations de banque avec les particuliers, les entreprises et les collectivités publiques consistant à collecter des fonds pour les redistribuer sous forme de crédit ou pour effectuer à titre accessoire des opérations de placements. Les dépôts du public bénéficient d’une garantie de l’État. Une banque de dépôt (ou banque commerciale) se distingue d’une banque d’affaires qui fait essentiellement des opérations de marché. Pendant plusieurs décennies, suite au Glass Steagall Act adopté pendant l’administration Roosevelt et aux mesures équivalentes prises en Europe, il était interdit aux banques commerciales d’émettre des titres, des actions et tout autre instrument financier.
. La panique s’est installée au sein des épargnants qui ont perdu confiance en leur institution bancaire et ont préféré retirer leur argent. Le FMI conseilla le gouvernement de recapitaliser le secteur en émettant des obligations Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
, à taux d’intérêt élevé, pour acquérir des parts dans les banques en difficulté et garantir leurs créances douteuses. Cette émission contribua à accroître la dette intérieure du pays qui en 1998 était nulle. Le gouvernement a déboursé 430 milliards de roupies (50 milliards de dollars) pour recapitaliser le système bancaire et en plus du remboursement de ce montant, il devra rembourser, d’ici quatre années, 600 milliards de roupies (70 milliards de dollars) en plus, au titre des intérêts.

Ces mesures ont aggravé la situation d’endettement du pays. La plus grosse part du budget de l’Etat est consacrée au remboursement de la dette. En 1999 et 2000, 50% et 40% respectivement ont été consacré au service de la dette. En 2004, la part est proche de 28 % et cette situation est amenée à perdurer.

Une hémorragie continue de capitaux

La crise de 1997-1998 a apporté ponctuellement des capitaux mais depuis lors, les remboursements pèsent lourdement sur le budget indonésien. Voilà pourquoi le transfert net Transfert financier net
Transfert net
On appellera transfert financier net la soustraction du service de la dette (remboursements annuels - intérêts plus principal - aux pays industrialisés) et du rapatriement de bénéfices par les multinationales du Nord, des versements bruts de l’année (prêts et investissements venant de ces mêmes pays créditeurs). Le transfert financier net est dit positif quand le pays ou le continent concerné reçoit plus (en prêts, en don et en investissement) que ce qu’il rembourse et que ce qu’il verse sous forme de rapatriement de bénéfices par les multinationales. Il est négatif si les sommes remboursées sont supérieures aux sommes qui entrent dans le pays.
De 1982 à 1990, en ce qui concerne l’Amérique latine, le transfert net a été négatif chaque année. Pendant cette période, plus de 200 milliards de dollars ont été transférés de manière nette d’Amérique latine vers les pays du Nord (Ugarteche, 1996, p. 235).
sur la dette, qui est la différence entre les nouveaux prêts et le total des remboursements sur une année, est devenu positif (faiblement) en 1998, avant de plonger fortement dans le négatif depuis.

Conclusion

En somme, l’analyse historique, politique et économique présentée dans cette étude de cas montre que le peuple indonésien s’est vu ravir, avec le coup d’Etat militaire de 1965, la possibilité de déterminer lui-même son avenir. Pourtant l’Indonésie, avec la conférence de Bandoeng de 1965, avait commencé à jouer sur la scène internationale un rôle moteur dans ce qui est devenu le mouvement des non-alignés. C’est la menace de voir un des pays les plus peuplés de la planète jouer un rôle clé dans la mise en place d’un nouvel ordre mondial qui a amené les Etats-Unis et les institutions de Bretton Woods à soutenir activement la dictature de Suharto.

Les choix de ces institutions ont été déterminés par des facteurs politiques et géostratégiques. Leur soutien financier a permis à Suharto de mener à bien des politiques contraires aux droits humains.

Elles ont été complices de ces politiques. Par la suite, à partir de la crise de 1997, les mesures imposées par le FMI ont aggravé la situation économique et provoqué une forte augmentation de la dette publique interne et externe. Le bilan historique de l’intervention du FMI et de la Banque mondiale en Indonésie est largement négatif. En conséquence, les créances qu’ils détiennent sur ce pays devraient être annulées entièrement.



Notes

[1En effet, au début du XXe siècle, le pétrole indonésien était sous contrôle d’un monopole hollandais, la Royal Dutch, qui fournissait la majorité du marché asiatique. Les Etats-Unis, qui s’étaient appropriés les Philippines en 1898, commencèrent à s’intéresser à l’Indonésie et essayèrent de pénétrer son marché. Se heurtant au monopole hollandais, la Standard Oil Company entreprit une guerre des prix avec son homologue et la mit très rapidement en difficulté financière. Le sauvetage financier de l’entreprise hollandaise reposa sur une fusion de la Royal Dutch avec l’entreprise anglaise Shell, en 1907. Mais la pression américaine fut si forte que les Anglais et Hollandais acceptèrent en 1912 que Rockefeller installe en Indonésie une filiale qui commença à pomper du pétrole en 1912. Ensuite, la première guerre mondiale dissipa les intérêts européens en Indonésie, ce qui permit aux entreprises américaines de pénétrer le marché du caoutchouc. En 1914, Goodyear and Rubber avait déjà construit une usine à Sumatra, et l’entreprise américaine, par l’intermédiaire de sa filiale « Holland-Amerika Plantege Mij », acquit 80.000 acres pour la production de caoutchouc. Cette acquisition offrit à cette entreprise la plus grande plantation de caoutchouc dans le monde sous une seule propriété. Ce forcing d’entreprise américaine prouve l’importance économique consacrée à ses îles.

[2CHOMSKY, Noam, L’Indonésie, atout maître du jeu américain, juin 1998, pages 1 et 8.

[3Soekarno fut un des initiateurs du mouvement indépendantiste. En 1927, cet ingénieur crée le Perserikatan Nasional di Indonesia (PNI). D’autres groupements le rejoindront pour former le PNI dont le slogan fut « Une seule nation, une seul peuple, une seule langue ». Il sera arrêté en 1929 et son mouvement, le PNI, sera interdit. Face à l’impossibilité de prouver sa faute, la justice le libère un an après mais le gouverneur use de ses prérogatives extraordinaires et l’expulse vers les îles extérieures. Il sera libéré par les Japonais.

[4Cette controverse est résumée dans RICH, Bruce. 1994. Mortgaging the earth, p. 69-70. Rich synthétise notamment le débat qui a lieu au sein du Congrès des Etats-Unis.

[5Le Monde diplomatique, « Les objectifs de la Conférence de Bandoeng », mai 1955, p.1

[6AARSE R., L’Indonésie, 1992, Karthala, p.108

[7PAYER, Cheryl. 1974. The Debt Trap : The International Monetary Fund and the Third World, p. 75-90

[8KAPUR, Devesh, LEWIS, John P., WEBB, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1 : History, Brookings Institution Press, Washington, D.C., p. 1222.

[9ARTE, Les mercredis de l’histoire : Massacre en Indonésie, Australie, France, Thirteen WNET New York, Arte France,YLE TV2 Documentaires, Australian Film Finance Corporation, Hilton Cordell/Vagabond films production, BFC Productions, c.2001

[10Création du marché des changes, mesures anti-inflationnistes, équilibre budgétaire, limite des dépenses publiques à 10% du PNB, amélioration du système fiscal, fin des subsides, rétablissement d’un climat favorable aux investissements étrangers en permettant le rapatriement des bénéfices...

[11PAYER, Cheryl. 1974. Idem, p.80

[12Plus de la moitié de la dette indonésienne avait été contractée auprès de l’URSS, et en accordant un moratoire sur leur dette, les créanciers occidentaux se portaient garant du remboursement de la dette soviétique. Afin d’éviter tout flux de capitaux en direction de l’URSS, ils accordèrent ce régime de faveur à condition que les soviétiques en fassent autant. Ceux-ci acceptèrent, car ils craignaient de ne pas être remboursés du tout en cas de refus de leur part.

[13Ce nouveau contrat incluait la clause de la nation la plus favorisée, qui impliquait de rembourser la dette soviétique à une cadence plus rapide.

[15World Bank, “Summary of RSI Staff Views Regarding the Problem of ‘Leakage’ from the World Bank Project Budget” August 1997.

[16ABID ASLAM, World Bank’s Guilt on Indonesia Corruption, WASHINGTON, 14/02/1999, Inter Press Service (http://www.50years.org/press/ips021599.html) : "many of our own staff (particularly headquarters task managers) are viewed as ignorant or uncaring (as in ’they don’t really want to know’) of local practices and thus subject to being misled or deceived rather easily...”

[17« He [Robert McNamara] and the President Suharto admired each other, and the Bank president on the spot adopted unique modalities for a country program. On June 15 [1968] he told a press conference : “This is the first time that the World Bank has established this sort of a Resident Mission in a developing area... [Y]our problem in Indonesia demands a unique solution and a greater concentration of effort than we have applied anywhere else in the world”, KAPUR, Devesh, LEWIS, John P., WEBB, Richard. 1997. The World Bank, Its First Half Century, Volume 1 : History, Brookings Institution Press, Washington, D.C. p. 469

[18Idem, p. 492, “ As for Indonesian corruption in general, the Bank clearly had this issue in view from the beginning of its (1968) renewed relationship with the country. But the relevant documents convey little sense that the phenomenon had to or could be fully eradicated (...) McNamara explained that ’ it was also necessary to maintain the emphasis on reducing corruption. Outside Indonesia, this was much talked about and the world had the impression, rightly or wrongly, that it was greater in Indonesia than in any but perhaps one other country... It was like a cancer eating away at the society”.

[19Ibid. p. 493, “Indonesia was the presidentially designated jewel in the Bank’s operational crown”.

[20“It could have taken [the World Bank] a variety of measures, including intensifying the supervision of its projects, thereby reducing the levels of corruption in its own operations, even if it could not stop the rampant corruption across the government. It could have threatened to gradually reduce its lending to Indonesia over a period of years if the leakage of Bank project funds was not progressively curtailed. It could have halted lending completelyonthegrounds that continued lending under circumstances of persistently high levels of theft violated the Bank’s fiduciary mandate contained in its charter” in Jeffrey A. Winters, “Criminal Debt in the Indonesian Context”, Center for International and Comparative Studies, Northwestern University, July 3, 2000 (Updated for the INFID Seminar on Indonesia’s Foreign Debt).

[21Amnesty International, Indonésie et Timor oriental, Septembre 1994.

[22Rapport d’Amnesty International, publié en 1994, sur les violations des droits de l’homme en Indonésie, p. 66.

[23RICH, Bruce. 1994. Mortgaging the earth, p. 34.

[24Walhi, Watch ! Indonesia, OXFAM, IMBAS, Asienhaus (Germany), BIC, CIFOR, WRI

[25World Bank, Indonesia Transmigration Sector Review, p.41, dans RICH

[26M. ADRIANA SRI ADHIATI, ARMIN BOBSIEN, Indonesia’s Transmigration Programme - An Update, A report prepared for Down To Earth, July 2001

[27’Indonesia Transmigration Program : a review of five Bank-supported projects’ April 26, 1994 ; ’Impact Evaluation Report : Transmigration I, Transmigration II, Transmigration III’ March 22, 1994

[29STIGLITZ, Joseph E. 2002, La Grande désillusion, p. 165.

[30Rapport de la Commission Meltzer, Washington, mars 2000, p. 23. Accessible sur : www.house.gov/jec/imf/meltzer.htm
Par ailleurs, à l’appel de la coalition indonésienne des mouvements contre la dette (Koalisi Anti Utang), de nombreuses activités ont lieu régulièrement en Indonésie. Koalisi Anti Utang considère que le FMI a contribué à la faillite de nombreuses entreprises, à la destruction du système bancaire, à l’augmentation du chômage, à la création de la dette intérieure et à l’augmentation de la dette extérieure. Information accessible sur le site de la coalition : www.kau.or.id

cadtm.org
Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France.
Il est l’auteur des livres Le Système Dette. Histoire des dettes souveraines et de leur répudiation,Les liens qui libèrent, 2017 ; Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège.
Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.