Réunion internationale du CADTM à Sarajevo les 29, 30 novembre et 1er décembre.

La poudrière sociale de l’Europe de l’Est (Partie 2)

1er décembre 2014 par Chiara Filoni , Pierre Gottiniaux

Sarajevo

Profitant du cadre de l’Open University (OTVORENI UNIVERZITET) qui se tenait à Sarajevo du 27 au 30 novembre et à laquelle était invité le CADTM, nous avons convoqué une réunion internationale rassemblant des militant-e-s et activistes de Bosnie, Serbie, Croatie, Slovénie, Hongrie, Grèce et Pologne. L’objectif de cette réunion est de faire le bilan, pays par pays, de la situation économique, sociale et politique, mais aussi l’état des lieux des résistances en cours dans ces pays face à l’offensive néolibérale, et finalement de dégager des pistes de travail communes.

(première partie de l’article)

L’opposition centre/périphérie en Europe existe depuis longtemps, elle n’est pas seulement le résultat de l’élargissement continu de l’Union Européenne et de son influence économique, mais une situation héritée entre autres de la guerre froide qui a placé les pays d’Europe de l’Est dans un étau. La Yougoslavie, quant à elle, est entrée dans la danse avec les pays d’Europe occidentale dans les années 70, notamment lorsque la CEE (Communauté économique européenne) a ouvert ses frontières aux produits Yougoslaves, lançant du même coup une compétition entre les différentes républiques Yougoslaves (Slovénie, Croatie, Bosnie-Herzégovine, Serbie, Monténégro et Macédoine) pour les capitaux européens. C’est le début de l’ère de la financialisation, telle que la qualifie Andreja Živković (voir http://www.criticatac.ro/lefteast/t...), et dans laquelle tous les pays issus de l’ex-Yougoslavie sont encore englués.

Aujourd’hui, la Serbie paie chaque année le poids de cette financialisation aux capitaux européens, sous la forme du paiement du service de sa dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
qui représente 5 mds € par an, soit 12 % du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
. Le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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est bien évidemment de la partie en Serbie aussi, et les mesures d’austérité qui l’accompagnent sont tout aussi drastiques – et inefficaces – que dans les autres pays : coupes dans les salaires de la fonction publique et dans les pensions de 10 % ; les chômeurs sont obligés de prester des heures de travaux d’intérêts publics (ou ils peuvent envoyer un proche...) ; etc. La sphère politique au pouvoir est largement complice de cet état de fait, et aucune véritable opposition de gauche ne semble prendre forme pour l’instant, excepté dans quelques milieux étudiants.

En Hongrie, la situation n’est guère enviable. Selon Judit Morva, économiste et éditrice du Monde diplomatique Hongrois, il y a même une grande nostalgie de l’époque socialiste, y compris chez les jeunes : on regrette l’époque du plein emploi, de l’éducation gratuite pour tous, du système de santé et des retraites. La transition vers l’économie de marché ne s’est pas faite sans douleur : le pays, devenu en peu de temps dépendant des économies occidentales, ne fournit plus à sa population un système de protection sociale qui répondrait à ses besoins. La crise de la dette de 1982 a frappé durement la Hongrie, qui a toujours été endettée, et l’arrivée du FMI à l’époque n’a pas arrangé les choses (c’est toujours la même musique, me direz-vous...) et si lors de l’intervention du FMI la dette a été un argument pour discréditer la période socialiste (« Voyez comme ils sont incapables de gérer l’économie d’un pays ! »), elle a néanmoins été multipliée par 10 depuis lors ! La Hongrie souffre aussi d’une dette privée qui pèse lourdement sur la population, puisqu’elle est composée en grande partie, comme en Croatie, de prêts toxiques faits aux ménages en monnaies étrangères. Ces prêts sont apparus en 2004, suite à une dérégulation du marché qui a permis aux banques de réaliser des contrats de prêts en monnaie étrangère à des personnes qui ne possédaient pas de revenus en monnaie étrangère, ce qui n’était pas le cas auparavant. Ajoutez à cela la suppression de la loi sur la banqueroute personnelle, comme en Espagne, et vous vous retrouvez avec des milliers de familles qui, lorsque les intérêts et les taux de change ont explosé, se sont fait saisir leur logement par les banques et doivent encore rembourser leur dette.

Un front d’analyse s’est ainsi ouvert pendant ces quelques jours de réunion, sur la dette privée des ménages qui, comme en Croatie et en Hongrie, mais aussi dans d’autres pays, se retrouvent étranglés par des dettes hypothécaires. Beaucoup reste encore à creuser sur la question de la dette publique de ces États, notamment suite aux sauvetage des banques (comme en Slovénie), aux privatisations et à la libéralisation de secteurs clés de l’économie comme l’énergie et les biens communs.


Auteur.e

Chiara Filoni

Permanente au CADTM Belgique


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Auteur.e

Pierre Gottiniaux

Permanent au CADTM Belgique


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