La révolution soudanaise est notre honneur ! À bas le conseil militaire de transition !

6 juin par CADTM International


CC - Flickr

Depuis la mi-décembre 2018, le Soudan est traversé par un soulèvement populaire de grande ampleur. L’explosion sociale a été portée par la pauvreté, la précarité et le chômage (qui touche fortement les jeunes, comme ailleurs dans la région de l’Afrique du Nord et du Moyen-Orient). Elle a eu pour étincelle l’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. record qui a fait monter le prix des produits de première nécessité sous les effets de mesures demandées par le Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus.
(FMI), qui participe à imposer la libéralisation de l’économie depuis trente ans. Une libéralisation qui n’a bénéficié qu’à l’enrichissement des cercles les plus proches du sommet de l’État.

À la contestation sociale s’est ajoutée celle de l’autoritarisme du régime d’Omar Al-Bachir, qui, après avoir pris le pouvoir à la faveur d’un coup d’État militaire en 1989, avait verrouillé la société, ses moyens d’expression et de contestation.

L’autoritarisme a été soutenu par une politique belliqueuse, désignant des boucs émissaires notamment parmi les populations du Darfour contre lesquelles le régime a commis un génocide, et parmi les populations majoritairement chrétiennes de ce qui constitue depuis 2011 l’État indépendant du Soudan du Sud (et était auparavant une région du Soudan). À la contestation sociale s’est donc rapidement ajoutée l’exigence de mettre fin au régime d’Omar Al-Bachir soutenu par l’armée et les Frères musulmans.

Les soulèvements populaires au Soudan et en Algérie s’inscrivent dans la continuité des mouvements populaires débutés en décembre 2010 en Tunisie et qui se sont étendus dans la région arabophone au cours de l’année 2011. Il s’agit bel et bien d’un processus révolutionnaire prolongé qui traverse la région, exigeant des bouleversements profonds des structures économiques et sociales en faveur des classes populaires. Les contre-révolutions des régimes en place, des fondamentalismes et des impérialismes régionaux et internationaux ne sauraient stopper définitivement ce processus ; elles ne pourront que retarder son aboutissement.

Le soulèvement de masse au Soudan a obtenu une première victoire de taille lorsqu’Omar Al-Bachir a été contraint de démissionner le 11 avril 2019, près de trente ans après avoir pris le pouvoir. Il a été démis de ses fonctions par l’armée, qui cherche à sauver le régime en changeant celui qui est à sa tête. Un « conseil militaire de transition » a été formé. Cependant, comme en Algérie suite au départ d’Abdelaziz Bouteflika le 2 avril 2019, le mouvement populaire ne s’est pas satisfait de cela : refusant de se faire confisquer leur révolution par le haut commandement militaire comme cela a été le cas en Égypte en 2013, les manifestant·e·s n’ont pas quitté la rue, exigeant la chute du régime dans son ensemble, la formation d’un gouvernement de transition civil et l’organisation d’élections libres à l’issue d’une période de trois ans (dont la durée relativement longue est destinée à permettre l’organisation d’un débat démocratique dans une société qui a été muselée par le pouvoir durant trente ans).

Le soulèvement populaire a fait preuve d’un formidable imaginaire collectif et d’une grande ténacité. À partir du 6 avril 2019, un sit-in géant s’est organisé devant le complexe abritant la présidence et le quartier général de l’armée dans la capitale de Khartoum. L’occupation de cet espace n’a fait que s’élargir depuis lors, donnant naissance à « une ville dans la ville » où le bouillonnement démocratique a pu se tenir jour et nuit. Le mouvement a largement reconnu la légitimité des Forces de la déclaration pour la liberté et le changement (FDLC) à le représenter. Cette coalition est composée notamment de l’Association des professionnels soudanais (APS), d’organisations politiques d’opposition allant de groupes politiquement libéraux au parti communiste soudanais, et de groupes politico-militaires du Sud et de l’Ouest du pays qui ont déclaré un cessez-le-feu à la faveur du soulèvement populaire. L’APS, regroupant originellement des médecins, journalistes et avocat·e·s, élargie ensuite à des enseignant·e·s, des ingénieur·e·s, des artistes, et, plus récemment, à des ouvriers, ouvrières et cheminot·e·s, joue un rôle central dans la coalition des FDLC. Des groupes féministes y sont également influents – et les femmes sont en première ligne dans le mouvement populaire. Force est de constater que cette coalition n’a rien concédé aux militaires depuis qu’elle s’est engagée dans un processus de négociation visant à faire satisfaire les exigences du soulèvement en ce qui concerne la formation d’un gouvernement civil de transition.

Face à un mouvement populaire d’une telle force, le commandement militaire, qui cherchait jusque-là à apparaître comme le garant d’une transition démocratique pacifique, a finalement levé le masque en décidant d’engager l’épreuve de force. Le 3 juin 2019 au matin, les Forces de soutien rapides (FSR), une milice paramilitaire pleinement intégrée au régime, et d’autres forces de sécurité, ont attaqué et dispersé le sit-in de Khartoum et déployé la terreur, cherchant à briser net l’élan démocratique en tirant à balles réelles, en violant des femmes, en incendiant des campements. Un bilan provisoire fait état de 100 morts et de plusieurs centaines de blessé·e·s.

Les Forces de la déclaration pour la liberté et le changement ont clairement désigné le conseil militaire de transition (renommé « conseil du coup d’état ») comme responsable de ce massacre et mis fin aux négociations avec celui-ci. Elles appellent à une grève générale et à la désobéissance civile totale jusqu’à la chute du régime.

Le CADTM International :



cadtm.org

Traduction(s)