Presse internationale

La série des remboursements anticipés effectués par l’Algérie se poursuit

24 juin 2006 par Lyès Ibalitène


Dans une logique d’offensive ayant gagné en vitesse depuis la signature, le mois dernier, de l’accord multilatéral avec le Club de Paris Club de Paris Créé en 1956, il s’agit du groupement d’États créanciers (22) spécialisés dans la normalisation des défauts de paiement des PED. Depuis sa création, la présidence est traditionnellement assurée par un Français - en 2019, c’est la directrice du Trésor français, Odile RENAUD BASSO, qui en assure la présidence. Les États membres du Club de Paris ont rééchelonné la dette de près de 90 pays en développement. En 2019, les membres du Club de Paris détiennent plus de 10 % du stock de la dette du Tiers Monde.

Les liens entre le Club de Paris et le FMI sont extrêmement étroits ; ils se matérialisent par le statut d’observateur dont jouit le FMI dans les réunions - confidentielles - du Club de Paris. Le FMI joue un rôle clé dans la stratégie de la dette mise en œuvre par le Club de Paris qui s’en remet à son expertise et son jugement macro-économiques pour mettre en pratique l’un des principes essentiels du Club de Paris : la conditionnalité.

Réciproquement, l’action du Club de Paris préserve le statut de créancier privilégié du FMI et la conduite de ses stratégies d’ajustement dans les pays en voie de développement.

Site web :
, un nouvel accord bilatéral a été signé hier avec l’Autriche pour le remboursement anticipé de la totalité de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
algérienne rééchelonnée vis-à-vis de ce pays pour un montant de 369 millions de dollars.

Une opération de désendettement qui devrait donner encore lieu à d’autres initiatives bilatérales du genre d’ici à la fin du mois de juin en cours, selon le ministre des Finances, et permettre ainsi à l’Algérie de porter le montant de ses remboursements anticipés depuis le seul accord avec le Club de Paris à la coquette somme de 4,3 milliards de dollars, alors que d’autres montants ont déjà été dépensés au profit d’autres institutions financières internationales dans le même cadre de remboursement anticipé de la dette extérieure algérienne.

Du coup, et en attendant la conclusion d’autres accords, cette dette extérieure est en train de connaître une conséquente réduction de son volume, permettant au pays de rompre radicalement et agréablement avec les années où les rééchelonnements s’imposaient comme seule et unique monnaie de change à laquelle pouvait prétendre l’Algérie. Au détriment d’une majorité de citoyens qui payaient, et continuent à payer, les frais multiples d’une économie bâtie sur la rente et capable alors seulement de s’endetter sans pouvoir honorer ses échéanciers, au grand bonheur, bien sûr, de ses créanciers. Des citoyens victimes de cette même économie et de ses gestionnaires mais qui, comble de l’irrationnel, ont été les premiers, sinon les seuls, à être condamnés à subir l’austérité érigée en mode d’emploi pour les larges couches populaires durant les années 1990.

Depuis, les temps ont bien changé pour le pays et, dans une conjoncture visiblement florissante pour notre trésorerie - à ne pas confondre avec notre économie -, d’autres citoyens issus de générations plus jeunes pourraient, à court et moyen terme, profiter d’une situation financière nettement plus avantageuse, à travers une dette pratiquement effacée et, surtout, des recettes en devises qui ne cessent de gonfler nos caisses au rythme d’un prix de baril de pétrole appelé à se maintenir à des tarifs qui sont, justement, à l’origine de l’audace actuellement affichée par l’Algérie vis-à-vis de ses créanciers.

Reste que l’opération de désendettement tous azimuts que se sont fixée les responsables du pays ne saurait absolument pas donner lieu aux résultats escomptés si ces mêmes recettes engrangées grâce aux ressources pétrolières ne sont pas, enfin, converties en plus-value Plus-value La plus-value est la différence entre la valeur nouvellement produite par la force de travail et la valeur propre de cette force de travail, c’est-à-dire la différence entre la valeur nouvellement produite par le travailleur ou la travailleuse et les coûts de reproduction de la force de travail.
La plus-value, c’est-à-dire la somme totale des revenus de la classe possédante (profits + intérêts + rente foncière) est donc une déduction (un résidu) du produit social, une fois assurée la reproduction de la force de travail, une fois couverts ses frais d’entretien. Elle n’est donc rien d’autre que la forme monétaire du surproduit social, qui constitue la part des classes possédantes dans la répartition du produit social de toute société de classe : les revenus des maîtres d’esclaves dans une société esclavagiste ; la rente foncière féodale dans une société féodale ; le tribut dans le mode de production tributaire, etc.

Le salarié et la salariée, le prolétaire et la prolétaire, ne vendent pas « du travail », mais leur force de travail, leur capacité de production. C’est cette force de travail que la société bourgeoise transforme en marchandise. Elle a donc sa valeur propre, donnée objective comme la valeur de toute autre marchandise : ses propres coûts de production, ses propres frais de reproduction. Comme toute marchandise, elle a une utilité (valeur d’usage) pour son acheteur, utilité qui est la pré-condition de sa vente, mais qui ne détermine point le prix (la valeur) de la marchandise vendue.

Or l’utilité, la valeur d’usage, de la force de travail pour son acheteur, le capitaliste, c’est justement celle de produire de la valeur, puisque, par définition, tout travail en société marchande ajoute de la valeur à la valeur des machines et des matières premières auxquelles il s’applique. Tout salarié produit donc de la « valeur ajoutée ». Mais comme le capitaliste paye un salaire à l’ouvrier et à l’ouvrière - le salaire qui représente le coût de reproduction de la force de travail -, il n’achètera cette force de travail que si « la valeur ajoutée » par l’ouvrier ou l’ouvrière dépasse la valeur de la force de travail elle-même. Cette fraction de la valeur nouvellement produite par le salarié, Marx l’appelle plus-value.

La découverte de la plus-value comme catégorie fondamentale de la société bourgeoise et de son mode de production, ainsi que l’explication de sa nature (résultat du surtravail, du travail non compensé, non rémunéré, fourni par le salarié) et de ses origines (obligation économique pour le ou la prolétaire de vendre sa force de travail comme marchandise au capitaliste) représente l’apport principal de Marx à la science économique et aux sciences sociales en général. Mais elle constitue elle-même l’application de la théorie perfectionnée de la valeur-travail d’Adam Smith et de David Ricardo au cas spécifique d’une marchandise particulière, la force de travail (Mandel, 1986, p. 14).
à travers des investissements qui leur éviterait de retourner rapidement à leurs pays d’origine. Autrement dit, le désendettement, le véritable désendettement, est celui pratiqué par un pays qui produit pour l’éviter et non par celui qui n’a que le pétrole pour le payer. N’est-ce pas qu’il vaut mieux être endetté et produire que ne pas avoir de dettes et être improductif ?



Source : La Tribune (Alger), 22 juin 2006,
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