Université d’été du CADTM

La souveraineté des peuples face au rouleau compresseur d’une minorité

9 juillet 2013 par Françoise Wasservogel


Recouvrer la souveraineté des peuples face au rouleau compresseur imposé par une minorité qui ne cherche qu’à s’enrichir davantage, alors que la majorité des êtres humains n’est soucieuse que d’une chose, faire bouillir la marmite pour donner à manger à ses enfants.

300 militants venus de 28 pays, d’Afrique, d’Amérique latine et d’Europe, se sont retrouvés les 28, 29 et 30 juin, en Belgique, pour l’Université d’été du CADTM.

Le Comité pour l’Annulation de la Dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du Tiers Monde, depuis sa création en 1990, propose une analyse approfondie des origines et des conséquences de la dette publique, élabore des alternatives pour libérer le développement des peuples, et définit les étapes menant à la garantie universelle des droits fondamentaux.

Les campagnes du CADTM visaient à élargir la sensibilisation et la mobilisation du grand public sur l’urgence de relations équitables entre le Nord et le Sud, via l’annulation de la dette publique odieuse imposée dès les indépendances, et la remise en cause des politiques d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
des institutions financières internationales qui maintiennent les populations du Sud dans une pauvreté incommensurable, malgré la richesse des sous-sols de leurs pays dont seuls les pays industrialisés du Nord bénéficient.

Depuis quelques années, les pays du Nord sont touchés par ce que les médias appellent la « crise économique », qui n’est autre qu’une crise du système bancaire, c’est-à-dire du profit maximum d’une minorité de nantis au détriment de l’immense majorité des êtres humains. Les soulèvements populaires de Tunisie et d’Égypte ont renversé leurs régimes dictatoriaux pour rétablir démocratie et souveraineté des peuples. La population grecque est dans l’œil du cyclone depuis 3 ans, voyant tous ses services publics disparaître les uns après les autres. Les Turcs sont sauvagement réprimés sur la Place Taksim. Les Brésiliens sortent pour demander que l’État choisisse d’assurer l’éducation et la santé plutôt que la Coupe mondiale de football. Cette liste de soulèvements populaires réclamant le respect de leurs droits humains fondamentaux serait trop longue à établir.

Il était l’heure pour le CADTM d’« Enraciner les résistances et de brancher les Luttes » pour contrecarrer les stratégies impérialistes du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, de la Banque européenne d’investissement, et autre institution néolibérale, qui, avec la complicité des politiciens, sont les causes de la crise humanitaire que vivent les peuples, au Sud comme au Nord, puisque ces institutions n’ont qu’un seul objectif, le profit.

La pauvreté extrême et l’absence de services publics dans lesquelles vivent les populations du Sud depuis des dizaines d’années et dans lesquelles sont plongées de plus en plus de peuples du Nord ont été au cœur des échanges des ateliers de cette 3e Université d’été du CADTM. Des militantes et militants venus du Bénin, d’Équateur, d’Espagne, de Grèce, de Hongrie, du Mali, du Maroc, de Pologne, du Portugal, de Tunisie, et d’ailleurs, ont expliqué le quotidien des femmes, des hommes et des enfants de leur pays. Partout, la privatisation des services publics et l’austérité institutionnalisée transforment la vie en survie pour l’immense majorité, dont les premières victimes sont les femmes à qui revient « traditionnellement » le rôle de maintenir le « bien-être » de la famille.

Parmi les « aides au développement » dont les politiciens et les médias vantent les bienfaits, il en est une, le micro-crédit, qui n’est autre que le « petit frère » des FMI et Banque mondiale. Sous prétexte d’aider les individus à se développer, il « offre » des crédits aux plus pauvres à des taux quasi usuriers, les contraignant à des remboursements à très court terme. En fait, cette micro finance n’enrichit que ceux qui les proposent et plongent les individus qui y ont recours dans le cycle infernal du surendettement qui les pousse parfois jusqu’au suicide. Des groupements de femmes du Bénin ont développé leur propre système de micro-crédit solidaire autogéré, refusant toute intervention financière extérieure. Elles sont maintenant 500 à développer leurs échanges de denrées locales et à assurer le bien-être de leurs familles, palliant ainsi la disparition des services sociaux publics, dont elles sont victimes depuis l’application des plans d’ajustement structurel dans les années 80.

Force est de constater que l’austérité, imposée par le néolibéralisme de la globalisation Globalisation (voir aussi Mondialisation) (extrait de Chesnais, 1997a)

Origine et sens de ce terme anglo-saxon. En anglais, le mot « global » se réfère aussi bien à des phénomènes intéressant la (ou les) société(s) humaine(s) au niveau du globe comme tel (c’est le cas de l’expression global warming désignant l’effet de serre) qu’à des processus dont le propre est d’être « global » uniquement dans la perspective stratégique d’un « agent économique » ou d’un « acteur social » précis. En l’occurrence, le terme « globalisation » est né dans les Business Schools américaines et a revêtu le second sens. Il se réfère aux paramètres pertinents de l’action stratégique du très grand groupe industriel. Il en va de même dans la sphère financière. A la capacité stratégique du grand groupe d’adopter une approche et conduite « globales » portant sur les marchés à demande solvable, ses sources d’approvisionnement, les stratégies des principaux rivaux oligopolistiques, font pièce ici les opérations effectuées par les investisseurs financiers, ainsi que la composition de leurs portefeuilles. C’est en raison du sens que le terme global a pour le grand groupe industriel ou le grand investisseur financier que le terme « mondialisation du capital » plutôt que « mondialisation de l’économie » m’a toujours paru - indépendamment de la filiation théorique française de l’internationalisation dont je reconnais toujours l’héritage - la traduction la plus fidèle du terme anglo-saxon. C’est l’équivalence la plus proche de l’expression « globalisation » dans la seule acceptation tant soit peu scientifique que ce terme peut avoir.
Dans un débat public, le patron d’un des plus grands groupes européens a expliqué en substance que la « globalisation » représentait « la liberté pour son groupe de s’implanter où il le veut, le temps qu’il veut, pour produire ce qu’il veut, en s’approvisionnant et en vendant où il veut, et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales »
qui appauvrit les populations, tant au Sud qu’au Nord, ouvre la voie aux extrémismes divers. Des conflits armés anéantissent des régions entières. Le Mali tangue depuis janvier 2012 quand le septentrion a été agressé par des groupes de bandits. Les partis politiques d’extrême droite s’installent en Europe dans le vide laissé par les attaques à la démocratie par le diktat du profit.

Les peuples se rendent compte, les uns après les autres, qu’ils ne peuvent plus faire confiance à leurs dirigeants, tous complices de la finance internationale. Ils veulent reprendre le contrôle de leurs vies. Les soulèvements populaires de par le monde le prouvent. L’union de ces luttes, toutes orientées vers la défense des droits fondamentaux inaliénables que sont l’éducation et la santé, entre autres, permettra de recouvrer la souveraineté des peuples face au rouleau compresseur imposé par une minorité qui ne cherche qu’à s’enrichir davantage, alors que la majorité des êtres humains n’est soucieuse que d’une chose, faire bouillir la marmite pour donner à manger à ses enfants.

Source : Le Reporter



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