

Du même auteur
Arnaud Zacharie
0 | 20
Du même auteur
François Polet
Premier Forum social européen, Florence, novembre 2002
novembre 2002 par Arnaud Zacharie, François Polet
Le succès du premier Forum social européen (FSE) ne doit pas uniquement être lu en terme de nombre de participants (60.000 au lieu des 20.000 initialement annoncés au Forum proprement dit et un petit million au lieu des 150.000 espérés lors de la manifestation, ou plutôt de la marée citoyenne du samedi 9 novembre). Ce succès doit être davantage vu comme un événement "politique" qui représente une convergence historique entre anciens et nouveaux mouvements so-ciaux à l’échelle européenne. Cette échelle constitue indubitablement un espace de revendications crucial à un moment clé de la construction européenne.
Il est intéressant de constater que l’attente d’"une autre Europe pour une autre mondialisation" signifie, de manière quasiment unanime, que le mouvement altermondialiste en Europe n’est pas contre l’idée d’une Union européenne, mais est au contraire largement pro-européen. Cependant, ce mouvement met en question l’orientation actuelle de cette Union et souligne avec force le rôle historique qu’elle devrait jouer aussi bien à l’intérieur de l’Europe que dans le monde.
Au niveau interne, au moment où la Convention sur l’avenir de l’Europe s’apprête à confier les résultats de ses travaux aux Etats membres, toute une série d’alternatives largement consensuelles se précisent. Particulièrement, l’éta-blissement d’une Europe sociale qui ne soit pas un appendice simplement accolé à la logique actuelle, mais qui en forme le socle.
Cela passe par l’évacuation des services publics (éducation, santé, culture, etc.) des règles de concurrence et par l’adoption d’une directive européenne les garantissant à tous les citoyens. Cela passe également par la garantie du droit à un emploi et à une retraite décente, par le renforcement de la sécurité sociale et la définition d’un revenu mi-nimum garanti à l’échelle européenne, par la ratification par les Etats membres de la Convention européenne des droits de l’Homme, des Conventions de l’Organisation internationale du travail, etc.
Une telle évolution nécessite une démocratisation des institutions européennes, encore trop teintées d’égoïsmes nationaux qui aboutissent à une paralysie chronique dans les domaines social et fiscal.
Au niveau externe, il est communément admis que l’Union européenne doit devenir tout le contraire d’une Europe-forteresse aux tendances sécuritaires. Elle représente en effet le moteur institutionnel le plus approprié pour jeter les bases d’une mondialisation à finalité humaine.
Cela implique d’annuler la dette et d’être en solidarité avec les pays du Tiers Monde, mais aussi de devenir un pionnier sur les enjeux internationaux cruciaux : l’environnement, dont le laborieux processus de Kyoto n’est qu’un imparfait début ; le contrôle des mouvements de capitaux internationaux, dont les ravages sont quasiment constants ; la construction de l’"après-Consensus de Washington", dont l’échec est patent dans la majorité des pays du Sud ; évidemment, la paix, à un moment où la notion de guerre préventive et unilatérale est de plus en plus admise.
Cependant, la définition d’un espace public et d’alternatives à l’échelle européenne n’est pas tout. Beaucoup, au sein de ce "mouvement des mouvements", s’interrogent sur le peu de résultats politiques effectifs issus des mobilisations. Dans la foulée des nombreux forums sociaux et contre-sommets, l’ivresse fait tout doucement la place à une certaine lucidité : le développement spectaculaire du mouvement n’aboutit à pratiquement aucun changement au sein des gouvernements, alors même que les dégâts environnementaux, boursiers, sociaux ou militaires s’accumulent.
Face à ce constat, deux types de réflexion ont débuté au Forum social européen. L’une, officielle, s’est penchée sur les rapports à construire éventuellement entre le mouvement et les partis politiques. L’autre, plus "officieuse", a porté sur les débats entre réformisme et radicalisme.
Le rôle des espaces publics nationaux ou supranationaux que sont les forums sociaux belge, européen et mondial est justement de favoriser l’émergence d’une nouvelle conscience citoyenne. C’est la raison pour laquelle la respon-sabilisation du citoyen européen constitue un double enjeu pour le mouvement altermondialiste : elle est à la fois une fin en soi et un moyen permettant l’établissement démo-cratique d’une mondialisation plus juste.