COP21

Le CADTM International se joint à l’état d’urgence climatique !

27 novembre 2015 par CADTM international

Du 29 novembre au 11 décembre prochain se tiendra au Bourget, au nord de Paris, la COP21 (21e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques). À cette occasion 195 déléguéEs des 195 pays-parties à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) doivent se réunir pour, officiellement, aboutir à un accord contraignant limitant à 2°C maximum le réchauffement climatique |1|.

Alors que les informations divulguées à propos des négociations préliminaires menées tout au long de cette année nous annoncent un nouveau fiasco, le réseau CADTM s’associe à toutes les organisations qui ont décrété l’état d’urgence climatique !


Rappel des faits

Les causes de ce réchauffement climatique et de l’accumulation des gaz à effets de serre (GES) sont bien connues - agriculture intensive ; combustion des énergies fossiles (gaz, pétrole, etc.) ; déforestation ; militarisation des sociétés - et sont le reflet de ce système capitaliste, toujours plus productiviste et extractiviste, imposé par les pays occidentaux à l’ensemble de la planète.

Par ailleurs, depuis l’âge de la première révolution industrielle, 80% des GES proviennent des pays industrialisés. Ce faisant, ils sont donc les débiteurs d’une dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
climatique.

Les conséquences directes de ce réchauffement - montée des températures ; fonte des glaces ; élévation et acidification des océans ; augmentation des précipitations et sécheresses ; incendies et perte de captation carbone pour les forêts ; etc. – se font déjà sentir, et en particulier dans les pays du Sud, régions amenées à être les plus touchées par les effets de ces changements climatiques |2|. La spécificité de ces changements est qu’ils sont irréversibles, et leurs conséquences sont inconnues.

Alors que l’ONU évalue à plus de 600.000 le nombre de morts causées par des catastrophes climatiques |3| en l’espace de vingt ans, aucun réel engagement n’a été pris par les pays signataires depuis la signature du Protocole de Kyoto en 1997 |4|. Malgré l’état d’urgence, rien n’indique un quelconque revirement durant cette « parodie de négociation » que représente la COP21.


« Multi-solutions » ?

Face à ce constat implacable, quelles « solutions » les gouvernements nous présentent-ils ? Aucune !

Remplacer une énergie fossile (le pétrole) par une autre (le gaz) ; promouvoir les « agro carburants » alors qu’ils soutiennent une agriculture intensive et destructrice génératrice de fortes pollutions, de déforestation, d’accaparements de terres et d’insécurité alimentaire ; recourir aux OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
 |5|, à la fois destructeurs de la biodiversité et dépendants des énergies fossiles ; recourir aux gaz de schistes et autres fracturations hydrauliques ; enfouir sous terre les émissions de CO2 à l’aide de technologies expérimentales ; ne pas sortir du nucléaire mais plutôt multiplier les risques et les déchets millénaires ; confier la gestion de l’environnement à la finance, etc |6|. Tout cela reflète l’état d’esprit de la COP21, camoufler pour mieux protéger les intérêts privés des multinationales au détriment des populations et de la planète.

Chaque année, la COP est financée et sponsorisée par les mêmes multinationales, premières responsables du changement climatique. Cette fois encore, elles seront particulièrement représentées |7|.

Engie (GDF-Suez) et EDF avec leurs investissements massifs dans le charbon |8|, Coca-Cola et ses accaparements d’eau |9|, Renault-Nissan et leurs récents déboires quant aux émissions de CO2 |10|. La palme revient probablement à BNP Paribas |11|, qui investit à la fois dans l’extraction minière avec la société Glencore, proche de la société Vale, responsable du « Fukushima brésilien » du 5 novembre dernier |12|, dans l’extraction gazière par l’intermédiaire de Gazprom ou encore dans l’extraction pétrolière avec Shell qui détruit le delta du Niger (Nigéria) pour ses profits |13|, et Chevron, récemment couronnée du « prix de la honte » pour la pollution qu’elle a causé en Équateur |14|.

Les institutions financières internationales (IFIs) telles que la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
sont elles aussi fortement impliquées dans les fausses solutions aux changements climatiques, du fait notamment des projets qu’elles financent, aussi bien dans l’agrobusiness |15| que dans les énergies fossiles |16| ou la finance carbone |17|.


Effaçons la dette, pas la planète !

C’est pourquoi le réseau international du CADTM rejoint les appels à une mobilisation massive des citoyenNEs et des mouvements sociaux, malgré les tentatives de museler ceux-ci, pour bloquer le déroulement mortifère de ces fausses négociations et rappeler à l’ensemble de la population que les réelles solutions existent.


Le CADTM exige :

- Une reconnaissance de la dette climatique et écologique des pays du Nord envers les pays du Sud ;
- Le versement - sans condition et sans contrepartie - par les pays les plus industrialisés de contributions de réparations en dédommagement du pillage perpétré depuis des siècles dans les pays de la Périphérie.
- Que la Banque mondiale, le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus.
et les autres IFIs cessent tout financement des projets destructeurs pour l’environnement et participant à la violation des droits humains ;
- L’instauration immédiate d’une transition à la fois écologique et sociale, au Nord comme au Sud ;
- L’annulation totale des dettes illégitimes, illégales, odieuses et insoutenables qui contraignent les pays du Sud à alimenter des politiques extractivistes pour le remboursement de ces dernières.