Communiqué de presse

Le CADTM dénonce l’ouverture du premier centre de « gestion » des migrations en Afrique et appelle l’Union européenne à une autre coopération au développement

8 octobre 2008 par CADTM


Moins de cinq mois après l’adoption de la directive « retour » durcissant
les conditions de vie des migrants, l’Union européenne vient de poser un
nouveau jalon de l’ « Europe forteresse » en inaugurant, le 6 octobre
dernier au Mali, le centre d’information et gestion des migrations (Cigem)
 ; une première sur le continent africain. Cet établissement dont
l’objectif est de gérer les flux migratoires entre le Mali et l’Europe est
financé par le Fonds européen de développement à hauteur de 10 millions
d’euros pour les cinq prochaines années.

Le CADTM dénonce ce nouvel avatar de l’Europe forteresse et appelle
l’Union européenne à faire de la vraie coopération au développement en
s’attaquant notamment aux causes des migrations.

Selon le directeur du Cigem, « le but premier de ce centre est de
dissuader la migration illégale », en informant et accompagnant des
candidats potentiels au départ ainsi que des migrants de retour au pays.
Rappelons tout d’abord, en ce soixantième anniversaire de la Déclaration
universelle des droits de l’homme adoptée par les Nations unies le 10
décembre 1948, que la liberté de circulation est un droit fondamental
inscrit à l’article 13 de ce texte majeur . Par toutes ses restrictions,
l’Union européenne viole donc le droit international.

Parmi les attributions de ce centre, il est également prévu l’information
sur les possibilités de formation professionnelle et d’emploi au Mali. On
touche ici au cœur du problème : quelles sont les causes des migrations
vers l’Europe ? Comment les Maliens, et plus généralement les Africains,
peuvent-ils vivre dignement dans leur pays quand le remboursement de la
dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
extérieure publique accapare plus de 30 % des budgets nationaux ?
Comment la population peut-elle trouver un travail décent lorsque la
Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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imposent, en contrepartie de l’octroi de
nouveaux prêts ou de maigres allègements de dettes, la réduction drastique
des dépenses publiques, notamment par le gel des salaires et le
licenciement massif de fonctionnaires. Malheureusement, les dirigeants
européens ne veulent pas apporter de réponse à ces questions qui révèlent
leur responsabilité écrasante dans les causes de ces migrations souvent
forcées. En effet, avec les Etats-Unis, les dirigeants européens
contrôlent le FMI et la Banque mondiale qui se servent depuis 25 ans de la
dette comme arme de domination politique pour piller les ressources
naturelles des pays du Sud.

Au Mali, le mécanisme de la dette a permis de privatiser les secteurs
stratégiques du pays, laissant la voie libre aux transnationales
européennes comme Bouygues ou Bolloré. L’Etat malien se retrouve ainsi
privé d’importantes ressources financières indispensables à son
développement. Le dernier exemple en date concerne la CMDT (Compagnie
malienne de développement des textiles) dont la privatisation a été
imposée en juillet dernier par la Banque mondiale, entraînant de graves
conséquences pour les paysans maliens (3 millions de cultivateurs de
coton) et plus généralement pour l’économie du pays. On peut
malheureusement observer les mêmes conséquences dramatiques de l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
du
FMI et de la Banque mondiale sur la plupart des pays en développement.

A ce pillage économique s’ajoute « la fuite des cerveaux » et
l’importation de travailleurs africains dans les secteurs de pénurie car
l’immigration économique au profit de l’Union européenne est une des
pierres angulaires du Pacte sur l’immigration et l’asile cher à la
présidence française, qui sera adopté lors du prochain Conseil européen
des 15 et 16 octobre prochains.

Le CADTM s’oppose à ce système inique d’exploitation des êtres humains et
des richesses du Sud, et réclame une vraie coopération au développement
respectueuse des droits humains fondamentaux, parmi lesquels le droit de
circuler librement. La satisfaction des besoins humains fondamentaux passe
nécessairement par l’annulation totale et sans condition de la dette des
pays du tiers-monde, qui est souvent odieuse et largement illégitime au
regard du droit international. Sans plus attendre, les pays industrialisés
doivent enfin respecter leur engagement d’atteindre 0,7% de leur produit
national brut (PNB PNB
Produit national brut
Le PNB traduit la richesse produite par une nation, par opposition à un territoire donné. Il comprend les revenus des citoyens de cette nation vivant à l’étranger.
) en aide publique au développement et conclure des
accords commerciaux équitables pour les pays du Sud. Les Accords de
partenariat économique (APE) entre l’Union européenne et les pays
d’Afrique, Caraïbes et Pacifique (ACP) ne font pas partie de ceux-là !