Communiqué de presse

Le CADTM est pleinement solidaire des luttes menées par les peuples indiens du Pérou et exige l’arrêt des négociations commerciales illégitimes

18 juin 2009 par CADTM

Depuis le 9 avril, les populations indigènes mènent une grève générale pacifique pour obtenir l’annulation de onze décrets pris par le gouvernement d’Alan Garcia pour livrer l’Amazonie péruvienne aux multinationales, en particulier aux compagnies pétrolières, forestières et minières, dans le cadre du Traité de libre commerce avec les États-Unis et en vue du futur Accord d’Association bilatérale avec l’Europe. En effet, ces décrets portant sur l’exploitation de la faune, la flore et les ressources hydrauliques de cette région menacent le droit des peuples indigènes à disposer librement de leurs terres et de leurs ressources naturelles.

En réponse à ces mobilisations, la Police Nationale du Pérou, sur ordre du président Alan Garcia, s’est déchaînée contre les populations indigènes de la province Amazonas qui bloquaient une route en appui à leurs demandes. Le bilan est extrêmement lourd : au moins cinquante personnes, majoritairement indigènes, ont été tuées et les derniers chiffres font état de plus de deux cents blessés, mais le décompte des victimes pourrait être encore plus important. Le gouvernement a depuis placé cinq départements en état d’urgence et les arrestations de militants se multiplient.
Ce massacre s’est produit quelques heures après que le congrès péruvien ait une nouvelle fois reporté le débat sur l’abrogation des décrets législatifs incriminés. Le gouvernement d’Alan Garcia refuse en effet d’entamer un dialogue réclamé par les communautés indigènes depuis le début de la crise. La logique défendue par le gouvernement, à travers les traités de libre échange avec les États-Unis et l’Europe et l’application des plans d’ajustement structurel Ajustement structurel Politique économique imposée par le FMI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts. imposés par la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
et le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, piétine les besoins fondamentaux des populations et sert avant tout les grandes entreprises privées. Ce qui provoque une forte dégradation des conditions de vie des populations, notamment autochtones.

En agissant ainsi, le gouvernement a violé plusieurs Conventions dont il est signataire, notamment la Convention 169 de l’OIT OIT
Organisation internationale du travail
Créée en 1919 par le traité de Versailles, l’Organisation internationale du travail (OIT, siège à Genève) est devenue, en 1946, la première institution spécialisée des Nations unies. L’OIT réunit les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs, dans le but de recommander des normes internationales minimales et de rédiger des conventions internationales touchant le domaine du travail. L’OIT comprend une conférence générale annuelle, un conseil d’administration composé de 56 membres (28 représentants des gouvernements, 14 des employeurs et 14 des travailleurs) et le Bureau international du travail (BIT) qui assure le secrétariat de la conférence et du conseil. Le pouvoir du BIT (Bureau International du Travail) est très limité : il consiste à publier un rapport annuel et regroupe surtout des économistes et des statisticiens. Leurs rapports défendent depuis quelques années l’idée que le chômage provient d’un manque de croissance (de 5% dans les années 60 a 2% aujourd’hui), lui-même suscité par une baisse de la demande. Son remède est celui d’un consensus mondial sur un modèle vertueux de croissance économique, ainsi que sur des réflexions stratégiques au niveau national (du type hollandais par exemple). L’OIT affirme qu’il est naïf d’expliquer le chômage par le manque de flexibilité et que les changements technologiques n’impliquent pas une adaptation automatiquement par le bas en matière de salaires et de protection sociale.
et la Déclaration des Nations-unies sur les droits des peuples indigènes qui prévoit l’obligation Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
pour l’État péruvien de consulter les communautés indigènes avant de prendre des décisions qui pourraient affecter leurs conditions de vie.

Le drame de Bagua oblige le gouvernement à revoir sa copie. Une majorité parlementaire a « suspendu indéfiniment » deux décrets parmi les plus contestés : le décret 1090 appelé « Loi forestière et de la faune sylvestre » et le 1064 établissant le régime juridique des terres à usage agricole. Les Indiens réclament l’abrogation pure et simple de l’ensemble des décrets et maintiennent leur mobilisation.

Le CADTM tient à rappeler son opposition déterminée aux traités et accords néo-colonialistes promus par les États-Unis et l’Union européenne ainsi qu’aux politiques d’ajustement structurel imposées par les institutions financières internationales, servant les intérêts des transnationales occidentales.

Le CADTM est pleinement solidaire des luttes menées par les peuples indiens du Pérou, et plus généralement par les peuples des Andes, contre les traités de libre commerce et les politiques néolibérales promues par la Banque mondiale et le FMI.

Le CADTM exige du gouvernement péruvien :

- la suspension de l’État d’urgence et la libération sans condition des personnes arrêtées lors des manifestations et justice pour les victimes.

- l’arrêt immédiat de la répression orchestrée par le gouvernement d’Alan Garcia à l’égard des peuples indigènes et le respect de leurs droits, conformément à la Convention 169 de l’OIT et à la Déclaration des Nations-unies sur les droits des peuples Indigènes.

- l’abrogation immédiate de tous les décrets anticonstitutionnels et son retrait du TLC.

Au moment où l’Europe est en train de négocier des accords commerciaux avec le Pérou ainsi qu’avec la Colombie, le CADTM exige de l’Union européenne :

- l’arrêt des négociations commerciales illégitimes, menée sans consultation des peuples, par l’Union européenne avec le Pérou et la Colombie, qui sont par ailleurs les deux régimes les plus autoritaires de l’Amérique du Sud.

- la mise en place un modèle économique radicalement différent basé sur la satisfaction des droits humains fondamentaux de tous les peuples. Cela passe nécessairement par l’annulation totale de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, illégitime et largement odieuse, et par une nouvelle architecture financière internationale.