Communiqué de presse

Le CADTM refuse à Jacques Chirac le droit de se proclamer défenseur du peuple africain alors qu’il en est l’un des fossoyeurs

16 février 2007


Lors du 24e sommet Afrique-France qui se tient actuellement à Cannes, le président français Jacques Chirac a une fois de plus fait preuve d’un lyrisme particulièrement déplacé à propos de l’Afrique. Il a notamment déclaré : « J’aime l’Afrique, ses territoires, ses peuples, ses cultures", avant de lancer : « J’ai confiance dans son avenir car j’ai la conviction que l’Afrique nouvelle est en marche ».

Loin des propos convenus de ce sommet officiel, le CADTM veut rappeler que ce sommet réunit des dirigeants, français et africains, qui s’entendent pour piétiner les droits des peuples africains et mettre l’Afrique en coupe réglée.

Pour le CADTM, présenter la situation internationale actuelle en termes de rapports Nord-Sud, comme le nom du Sommet le suggère, est une imposture : le véritable clivage oppose ceux qui profitent du modèle économique dominant et ceux qui le subissent violemment.

Les dirigeants des pays les plus industrialisés, dont Jacques Chirac, sont les promoteurs d’un système qui impose l’ouverture totale des marchés du Sud, réduit drastiquement les budgets sociaux, privatise massivement les entreprises publiques et livre l’économie des pays du Sud, débarrassée de toute protection, aux appétits des grandes entreprises multinationales, avec la complicité des élites locales qui prélèvent leur commission au passage. La dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, que le CADTM combat fermement, en a été le vecteur.

Tandis que les peuples africains s’enfoncent dans la pauvreté (1 Africain sur 2 doit survivre avec moins de 2 dollars par jour, plus de 200 millions de personnes souffrent de la faim), une minorité - au Nord et au Sud - s’enrichit de manière scandaleuse et pille honteusement les richesses africaines. C’est cette minorité qui est représentée à Cannes alors que les peuples africains n’ont absolument pas voix au chapitre.

Pour le CADTM, Jacques Chirac a beau répéter son amour de l’Afrique, les mesures économiques qu’il défend depuis des décennies sont à la base même du drame que vivent des centaines de millions d’Africains, mortellement blessés par la dette, la corruption et la misère.

Le CADTM réclame l’abandon définitif des politiques d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
imposées via la dette et l’instauration d’un autre modèle économique, enfin capable d’intégrer réellement la donne sociale et la donne environnementale. C’est à ce moment-là seulement qu’on pourra dire qu’une Afrique nouvelle est en marche, débarrassée de tous ses fossoyeurs actuels parmi lesquels Jacques Chirac et les autres dirigeants présents à Cannes.


Dépêche AFP : Le CADTM critique Chirac et les dirigeants du sommet Afrique-France

PARIS, 16 fév 2007 (AFP) - Le Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) a dénoncé vendredi l’attitude de Jacques Chirac à l’occasion du sommet Afrique-France qui se tient actuellement à Cannes et l’a accusé d’être « l’un des fossoyeurs » du peuple africain.

« Les dirigeants des pays les plus industrialisés, dont Jacques Chirac, sont les promoteurs d’un système qui impose l’ouverture des marchés du Sud, réduit drastiquement les budgets sociaux, privatise massivement les entreprises publiques et livre l’économie des pays du Sud (...) aux appétits des grandes entreprises multinationales », affirme le CADTM dans un communiqué.

Estimant que les mesures économiques défendues « depuis des décennies » par le président français « sont à la base même du drame que vivent des centaines de millions d’Africains », le CADTM « réclame l’abandon définitif des politiques d’ajustement structurel imposées via la dette ».

Le comité dénonce également les « dirigeants français et africains » réunis à Cannes, « qui s’entendent pour piétiner les droits des peuples africains et mettre l’Afrique en coupe réglée ».

Le CADTM préconise « l’instauration d’un autre modèle économique, enfin capable d’intégrer réellement la donne sociale et la donne environnementale ».

Le 24e sommet Afrique-France s’est ouvert jeudi à Cannes en présence d’une trentaine de dirigeants africains, venus notamment faire leurs adieux au président français Jacques Chirac.

Consacré à « l’Afrique et l’équilibre du monde », ce sommet de deux jours doit notamment aborder le dossier des matières premières.