Communiqué de presse

Le Club de Paris sanctionne à la sauvette des pays touchés par le tsunami

11 mars 2005 par CADTM

Avec le Club de Paris Club de Paris Créé en 1956, il s’agit du groupement d’Etats créanciers (20) spécialisés dans la normalisation des défauts de paiement des PED. Depuis sa création, la présidence est traditionnellement assurée par un Français - en 2016, c’est le directeur du Trésor français, Bruno BEZARD, qui en assure la présidence. Les États membres du Club de Paris ont rééchelonné la dette de près de 80 pays en développement. Les membres du Club de Paris détiennent près de 30% du stock de la dette du Tiers Monde.
Les liens entre le Club de Paris et le FMI sont extrêmement étroits ; ils se matérialisent par le statut d’observateur dont jouit le FMI dans les réunions - confidentielles - du Club de Paris. Le FMI joue un rôle clé dans la stratégie de la dette mise en œuvre par le Club de Paris qui s’en remet à son expertise et son jugement macro-économiques pour mettre en pratique l’un des principes essentiels du Club de Paris : la conditionnalité. Réciproquement, l’action du Club de Paris préserve le statut de créancier privilégié du FMI et la conduite de ses stratégies d’ajustement dans les pays en voie de développement.
Site web : http://www.clubdeparis.org
, le pire n’est jamais sûr mais il est toujours probable ! Une nouvelle preuve en est donnée avec les conséquences du tsunami.

Réuni le 12 janvier 2005 à Bercy, le Club de Paris, qui regroupe les 19 pays créanciers les plus riches, avait décidé d’un moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998 et de l’Équateur en 1999. sur la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
des pays touchés par le tsunami qui en feraient la demande. Les noms de l’Indonésie, du Sri Lanka et des Seychelles avaient été avancés.

Dans un communiqué de presse publié le 10 mars 2005, le Club de Paris précise les modalités de ce moratoire. Il s’avère que les pays qui profiteront du moratoire devront payer des intérêts de retard ! En effet, selon le communiqué, les pays créanciers réunis dans le Club de Paris « proposent que les montants différés soient remboursés sur 5 ans dont un an de grâce. Les intérêts moratoires courus en 2005 seront capitalisés et remboursés comme les montants différés. Le taux des intérêts moratoires sera déterminé bilatéralement. »

Ainsi, un pays comme l’Indonésie, qui compte plus de 200.000 morts et disparus suite à la catastrophe du 26 décembre 2004, va être pénalisé financièrement. Il devra rembourser l’intégralité des sommes dues en 2005 (environ 3 milliards de dollars), puisque le Club de Paris n’a décidé qu’un moratoire, mais il devra aussi payer des intérêts pour ne pas avoir effectué de remboursements en 2005.

En janvier, le Club de Paris s’était vanté de faire un geste généreux, prenant la mesure de « la dimension exceptionnelle et les effets dévastateurs de cette catastrophe ». En fait, il n’en est rien. Pire, les pays acceptant le moratoire sont sanctionnés.

Profitant du fait que le tsunami ne fait plus la une de l’actualité, le Club de Paris prend une décision scandaleuse, qui viole véritablement la mémoire des personnes décédées ou disparues.

Le Club de Paris vient de faire la preuve tout à la fois de son cynisme, de son incapacité à prendre en compte les besoins fondamentaux des populations et de son incompétence. Les CADTM de Belgique et de France exigent le retrait immédiat de cette décision et un débat public sur le rôle du Club de Paris qui prend dans le dos des citoyens des décisions injustifiables. Nous réaffirmons qu’une des mesures urgentes à prendre, c’est l’annulation pure et simple de la dette extérieure publique des pays touchés par le tsunami.

Tsunamis : la décision du Club de Paris est « scandaleuse », selon une ONG
PARIS, 10 mars 2005 (AFP) - La proposition détaillée de moratoire faite jeudi par le Club de Paris à certains pays victimes des tsunamis du 26 décembre est « scandaleuse » car elle implique que les intérêts continueront de courir pendant la période de moratoire, s’est indignée une ONG jeudi.

« En janvier, le Club de Paris s’était vanté de faire un geste généreux, prenant la mesure de +la dimension exceptionnelle et (des) effets dévastateurs de cette catastrophe. En fait, il n’en est rien. Pire, les pays acceptant le moratoire sont sanctionnés », s’insurge le CADTM France (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers-Monde).

Le Club de Paris, instance informelle rassemblant les pays industrialisés créanciers, avait annoncé dans la journée avoir proposé aux pays intéressés, l’Indonésie et le Sri Lanka, de bénéficier d’un moratoire sur le remboursement de leur dette jusqu’au 31 décembre 2005, et de voir leurs paiements ainsi différés étalés sur cinq ans.

Cette décision implique que les pays en question devront non seulement « rembourser l’intégralité des sommes dues en 2005 » (3,8 milliards de dollars pour les deux pays), mais aussi « payer des intérêts pour ne pas avoir effectué de remboursements en 2005 », souligne le CADTM France.

Le CADTM France « exige le retrait immédiat de cette décision et un débat public sur le rôle du Club de Paris, qui prend au nom des citoyens français des décisions injustifiables ».


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