Le FMI n’a tiré aucune leçon des révolutions arabes selon un ancien analyste de la Banque mondiale.

Synthèse : Mohammed Mossallem, « The IMF in the Arab world : Lessons unlearnt », Bretton Woods Project, novembre 2015.

11 février par Nathan Legrand

CC - Flickr - Bruno Sanchez-Andrade Nuño

Le rapport « The IMF in the Arab world : Lessons unlearnt » (« Le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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dans le monde arabe : Leçon non apprise ») |1|, rédigé par Mohammed Mossallem, a été publié par Bretton Woods Project en novembre 2015. Mohammed Mossallem est doctorant au School of Oriental and African Studies de l’Université de Londres, ancien collaborateur au Egyptian Initiative for Personal Rights et ancien analyste de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
. Bretton Woods Project s’apparente à un think tank cherchant à infléchir les stratégies des institutions de la « gouvernance mondiale » et réformer leurs structures. On ne s’étonnera donc pas de l’utilisation d’un vocabulaire assez politiquement marqué de la part de l’auteur. « Croissance inclusive », « capital humain » ou encore « gestion de la demande agrégée » sont ainsi des concepts utilisés par Mohammed Mossallem. Son rapport présente cependant des données empiriques qui peuvent nous intéresser.

Cette étude est motivée par l’évolution affichée du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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depuis la crise financière de 2008. À partir de la crise de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
mexicaine de 1982, le FMI a joué au niveau mondial le rôle principal dans la libéralisation agressive du commerce et de l’investissement, et a imposé des politiques restrictives à travers notamment l’austérité et l’impôt régressif, qui ont eu des conséquences négatives sur la croissance, l’emploi et les inégalités. Après la crise de 2008, le FMI a affiché une révision de sa stratégie et annoncé une plus grande flexibilité dans les prêts qu’il accorderait. Les soulèvements arabes de 2011 ont été l’occasion pour le FMI de confirmer ce changement de discours, puisque les rapports de l’organisation sur les pays arabes n’ont cessé de souligner l’importance de politiques permettant une croissance inclusive. Quelques années après le « Printemps arabe », Mohammed Mossallem évalue ce soi-disant changement d’attitude de la part du FMI. En effet, depuis 2011 le FMI a signé des accords de prêt avec le Maroc, la Jordanie, le Yémen et la Tunisie, et a négocié par deux fois un prêt avec l’Egypte sans parvenir à un accord.

À travers une étude des cas tunisien, marocain, jordanien et égyptien (avec pour chaque pays une approche comparative entre les politiques du FMI avant et après 2011), ce rapport démontre qu’en pratique les politiques de l’institution dirigée aujourd’hui par Christine Lagarde n’ont pas changé dans la région du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Au contraire, ces politiques se concentrent encore notamment sur 1) l’austérité budgétaire et la réduction des subventions sur les biens de consommation, 2) les privatisations agressives et la libéralisation du commerce et de l’investissement, 3) un modèle de croissance basé sur les exportations, au détriment d’un modèle basé sur un fort taux d’emploi.

Dans la région, les politiques d’ajustement structurel Ajustement structurel Politique économique imposée par le FMI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts. imposées par les institutions de Bretton Woods ont été introduites après la récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. des années 1970 et la crise de la dette des années 1980. En 1984, le Maroc signe son premier prêt conditionnel avec le FMI, puis c’est au tour de la Tunisie (1986), de la Jordanie (1989) et de l’Egypte (1991) de faire de même. Les données empiriques témoignent des conséquences négatives qu’ont eu ces réformes menées entre les années 1980 et le milieu des années 2000 : si les indicateurs macroéconomiques se sont améliorés, la situation sociale s’est détériorée, comme le montre l’augmentation du chômage, de la pauvreté et des inégalités de revenus. Dans des pays marqués par le patrimonialisme et le néo-patrimonialisme, le passage à une économie de marché a eu des effets dévastateurs : les privatisations ont conduit à une concentration des richesses dans les mains d’une élite dirigeante, une augmentation de la corruption et un appauvrissement des classes laborieuses.

Les soulèvements arabes de 2011 ont notamment contesté les politiques libérales des régimes arabes menées en adéquation avec les « recommandations » du FMI. À travers les manifestations, grèves et occupations d’usines, les populations de la région ont notamment remis en cause les privatisations et les baisses des subventions aux biens de consommation (nourriture, énergie), et exigé des augmentations de salaires ainsi que l’instauration d’un vrai système social. En décembre 2011, par la voix de Christine Lagarde, le FMI déclare avoir « tiré d’importants enseignements du Printemps arabe », confirmant un changement de discours politique.

Avant 2011, les rapports du FMI n’incluaient jamais le concept de « croissance inclusive » et ne prenaient que très peu en compte ce que l’organisation nomme la « dimension sociale », comportant la pauvreté, la question de l’équité, le chômage, et les prestations sociales. Au lieu de recommandations permettant de faire reculer les inégalités ou d’encourager à mener des politiques redistributrices, le FMI imposait des coupes dans les budgets sociaux et les allocations. La consolidation budgétaire inconditionnelle était vue comme un prérequis pour achever une croissance soutenable. L’institution ne se préoccupait donc ni des conséquences sociales des politiques économiques qu’elle préconisait, ni du développement des forces productives, ni de la gestion de la demande agrégée.

Dès février 2011, le FMI annonce que la croissance doit être inclusive, créer de l’emploi et s’accompagner de politiques sociales pour les plus vulnérables. Le Fonds déclare même que certains des pays « en transition » sont en capacité d’augmenter la progressivité de l’impôt sur le revenu et l’impôt sur la propriété, et d’abandonner les exonérations et les niches fiscales, afin de dégager des moyens pour les infrastructures, la santé et l’éducation. Cela traduit un changement certain dans le discours. Mohammed Mossallem écrit alors que ce changement de narratif doit être comparé aux pratiques du FMI dans la région afin de voir si elles ont évolué dans le même sens. C’est ce qu’il fait à travers ses études de cas.

Durant l’ère Ben Ali (1987-2011), la Tunisie a scrupuleusement appliqué les conditionnalités du FMI et de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
, notamment la réduction des employés du secteur public, l’abandon du contrôle des prix pour des biens de consommation essentiels, les privatisations massives et la levée des barrières commerciales. Ces réformes structurelles ont participé de l’accroissement des inégalités et de l’abandon des secteurs productifs (bloquant ainsi la création d’emplois), et ont augmenté la vulnérabilité des plus pauvres en l’absence de mécanismes de protection sociale. Le modèle économique d’exportation a affaibli l’économie face aux géants industrialisés du Nord. Les politiques d’ajustement structurel n’ont pas permis de faire face à l’important taux de chômage : celui-ci était estimé à 14% entre 1985 et 2000, certainement en deçà du taux réel.

En 2012, le rapport du FMI sur la Tunisie préconise de répondre au défi de la pauvreté et de mettre en place des politiques ciblées permettant de protéger les populations les plus vulnérables. Pourtant, les recommandations du FMI pour la signature en 2013 d’un prêt de 1,74 milliard de dollars US à la Tunisie comportaient la réduction de l’impôt pour le secteur privé (à travers le nouveau code d’investissement établi avec la participation de la Banque mondiale, qui cherche à rapprocher les régimes de taxation onshore et offshore), une augmentation de l’impôt sur la consommation, la libéralisation de l’investissement, la diminution des subventions d’Etat couplée à une augmentation des prix de l’énergie, la dérégulation du marché du travail, le gel des salaires pour les travailleurs en service civil, ou encore des avancées vers la privatisation des banques publiques. Ces recommandations ont été largement suivies malgré les mobilisations de la population tunisienne (qui, en décembre 2013, devait faire face à un niveau d’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. de 10%, similaire aux pics qui avaient précédé le renversement de Ben Ali). Mohammed Mossallem relève qu’en conséquence de ces politiques, globalement inchangées par rapport à la période précédant la révolution, la situation économique de la Tunisie reste la même qu’auparavant : l’endettement de la Tunisie a continué à augmenter, tandis que le taux de chômage est resté à environ 15%.

Faisant face à un manque de réserves monétaires, le Maroc obtient un prêt du FMI en 1984. Celui-ci impose alors ses réformes structurelles, aidé en cela par la Banque mondiale. Dévaluation Dévaluation Modification à la baisse du taux de change d’une monnaie par rapport aux autres. , discipline budgétaire, réduction des tarifs douaniers, augmentation des taux d’intérêt réels et privatisations figurent au menu. Si ces mesures aboutissent à une amélioration des indicateurs macroéconomiques, les impacts sociaux sont lourds, particulièrement en termes de pauvreté et de chômage, pour lesquels les chiffres officiels sont largement sous-évalués. La vague de privatisations commence en 1993. En 1995, le Maroc rejoint l’OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site : http://www.wto.org/indexfr.htm
sur la recommandation du FMI, et des accords de libre-échange avec l’UE sont mis en application dès 1996. Entre 2000 et 2004, le taux de croissance du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
est de 4,5% par an, mais cette croissance est rendue possible notamment par des facteurs externes (tourisme et envois de fonds des travailleurs émigrés notamment), et ne permettent pas de faire reculer le chômage et la pauvreté. La consolidation budgétaire et la libéralisation des échanges n’ont donc pas eu d’impact positif sur le Maroc.

En août 2012, une « ligne de précaution et de liquidité Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
 » (considérée comme une assurance permettant de faire face à une crise de balance des paiements Balance des transactions courantes
Balance des paiements
La balance des transactions courantes d’un pays ajoute à la balance des biens et services la balance des transferts unilatéraux, concernant des biens ou services importés ou exportés sans rétribution apparente : dons, subventions, envois d’argent à l’étranger par des travailleurs immigrés, etc. Le solde, appelé solde des paiements courants, traduit la position financière d’un pays par rapport au reste du monde.

Un pays disposant d’un excédent de ses paiements courants est un pays prêteur vis-à-vis du reste du monde. Inversement, si la balance d’un pays est déficitaire, ce pays devra se tourner vers les prêteurs internationaux afin d’emprunter pour ses besoins de financement. La balance des opérations en capital, dont le solde est l’opposé du solde des paiements courants, vient boucler la balance des paiements, qui est donc, par définition, équilibrée.
) d’une valeur de 6,2 milliards de dollars US est accordée au Maroc par le FMI. Malgré son caractère préventif, ce prêt s’accompagne de conditionnalités annoncées par le FMI comme s’éloignant des mesures d’ajustement structurel traditionnellement préconisées. Pourtant, ces conditionnalités concernent notamment une réforme des subventions d’Etat et du système de pensions qui permettrait une réduction du déficit budgétaire à hauteur de 1,6% du PIB entre 2011 et 2013, la libéralisation de l’investissement, la rationalisation des barrières tarifaires, la dérégulation du marché du travail et la privatisation de certaines entreprises publiques. La Banque mondiale encourage également à l’inscription d’une « règle d’or » budgétaire dans la constitution en 2011.

En Jordanie, le gouvernement obtient son premier prêt du FMI en 1989. La première décision du gouvernement, en adéquation avec les recommandations du FMI, est de libéraliser les taux d’intérêt, qui augmentent alors drastiquement, conduisant à des prêts non solvables. Le gouvernement doit alors injecter plusieurs millions de dollars US pour sauver les banques. Par la suite et jusqu’en 2004, les politiques d’ajustement structurel ont introduit les privatisations, la réduction ou l’abandon de certaines subventions d’Etat, des coupes budgétaires dans le secteur public, des réformes sur le commerce, l’impôt et la monnaie. Ces mesures ont conduit à une augmentation de la pauvreté et du chômage. Entre 1987 et 1992, la part de la population vivant sous le seuil de pauvreté est passée selon les chiffres de la Banque mondiale de 3 à plus de 14%. Le chômage est passé de 8% en 1987 à plus de 15% en 2002.

En 2012, la Jordanie a signé un nouveau prêt à hauteur de 2 milliards de dollars US. Il s’accompagne d’un programme d’ajustement structurel comportant la consolidation fiscale à court et moyen terme, la réduction des subventions d’Etat, une réforme de l’impôt, des dépenses publiques et du secteur de l’électricité. Le FMI continue à promouvoir une libéralisation inconditionnelle des échanges, afin, selon l’institution, de créer de l’emploi et de lutter contre les inégalités. Les manifestations de masse qui ont eu lieu en novembre 2012 en Jordanie indiquent que l’on est loin de l’objectif affiché.

À la fin des années 1980, le modèle économique de l’Egypte, basé sur les rentes, doit faire face à une dette extérieure élevée, une inflation en forte hausse et une balance des paiements non soutenable. La participation du pays à la guerre du Golfe lui permet de négocier un allégement de sa dette, et un programme de prêts conditionnels avec le FMI et la Banque mondiale. Dans la première moitié des années 1990, la baisse du déficit budgétaire et de l’inflation conduit les institutions financières internationales à considérer l’Egypte comme le bon élève de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néolibérale. Cependant, les facteurs explicatifs de la croissance économique de l’Egypte restent les revenus des rentes, l’investissement dans des projets d’infrastructures énormes. L’investissement et les exportations n’augmentent pas. L’emploi devient de plus en plus informel, et donc précaire. La croissance du PIB ne conduit pas à une diminution des inégalités de revenus.

Après le renversement de Moubarak en 2011, le FMI inclut l’Egypte dans les pays bénéficiaires du partenariat de Deauville. Par l’intermédiaire de son directeur adjoint pour la région du Moyen-Orient et de l’Asie centrale, il prône alors le remplacement des subventions d’Etat par un système de protection sociale renforcé, et une augmentation des dépenses dans des domaines tels que l’éducation et la santé. Pourtant, les recommandations qui accompagnent les négociations de prêts entre le FMI et l’Egypte (négociations qui n’ont jamais abouti en raison des mobilisations sociales et de l’instabilité politique) restent similaires aux recettes mises en œuvre dans le passé. La suppression des subventions d’Etat sans mesure de protection sociale, résultant en l’augmentation des prix de l’énergie, la dévaluation, et des mesures favorisant le secteur privé en sont quelques exemples. Le budget de l’Etat pour la période 2015-2016 a prévu la réduction des salaires du secteur public, la réduction des budgets de la santé et de l’éducation, et la réduction des subventions d’Etat sur le pain et d’autres biens de consommation.

Mohammed Mossallem en conclut que le FMI a seulement opéré des changements significatifs dans sa communication, et que les politiques qu’il encourage et met en œuvre reste celles d’une croissance conduite par le secteur privé, de l’austérité budgétaire et de la libéralisation totale de l’économie. Le nouveau discours théorique de l’institution entre donc en pleine contradiction avec sa pratique, qui reste la même qu’avant les soulèvements de 2011.

Enfin, Mohammed Mossallem formule quelques recommandations quant aux politiques économiques alternatives qui pourraient être menées dans les pays arabes. Rappelons que l’auteur se place dans une perspective de réforme des institutions financières internationales. Il souligne l’importance de mener des politiques contracycliques et d’augmenter les dépenses publiques pour sortir de la récession, relancer l’économie, créer de l’emploi dans les secteurs productifs et répondre aux besoins sociaux des populations.

Pour Mohammed Mossallem, toute réforme des systèmes de subsides et de pension envisagée par le FMI nécessiterait en premier lieu le développement d’un système de protection sociale efficient. Une telle réforme devrait être appliquée de manière prudente et après consultation de la société civile. En parallèle, de manière à dégager l’argent nécessaire à ces réformes, des systèmes d’impôt progressif devraient être mis en place, et Mohammed Mossallem revendique l’allègement des dettes – sans donner plus de précision sur ce que pourrait concrètement représenter cet allègement – des pays arabes concernés, eu égard au caractère odieux de ces dettes accumulées par des régimes corrompus.

L’auteur défend des politiques alternatives aux politiques d’austérité, comme l’ont recommandé les Nations unies et l’OIT OIT
Organisation internationale du travail
Créée en 1919 par le traité de Versailles, l’Organisation internationale du travail (OIT, siège à Genève) est devenue, en 1946, la première institution spécialisée des Nations unies. L’OIT réunit les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs, dans le but de recommander des normes internationales minimales et de rédiger des conventions internationales touchant le domaine du travail. L’OIT comprend une conférence générale annuelle, un conseil d’administration composé de 56 membres (28 représentants des gouvernements, 14 des employeurs et 14 des travailleurs) et le Bureau international du travail (BIT) qui assure le secrétariat de la conférence et du conseil. Le pouvoir du BIT (Bureau International du Travail) est très limité : il consiste à publier un rapport annuel et regroupe surtout des économistes et des statisticiens. Leurs rapports défendent depuis quelques années l’idée que le chômage provient d’un manque de croissance (de 5% dans les années 60 a 2% aujourd’hui), lui-même suscité par une baisse de la demande. Son remède est celui d’un consensus mondial sur un modèle vertueux de croissance économique, ainsi que sur des réflexions stratégiques au niveau national (du type hollandais par exemple). L’OIT affirme qu’il est naïf d’expliquer le chômage par le manque de flexibilité et que les changements technologiques n’impliquent pas une adaptation automatiquement par le bas en matière de salaires et de protection sociale.
, à travers une coopération internationale pour mener des politiques budgétaires contracycliques, équitables et créatrices d’emploi, ainsi que pour contrer l’instabilité des marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
et entreprendre des réformes de régulation. Il propose de s’inspirer de certaines politiques mises en œuvre en Asie, qui s’éloignent du modèle économique basé sur les exportations pour privilégier des politiques d’emploi, de renforcement des marchés internes et d’amélioration des systèmes de protection sociale. Il mentionne également l’exemple latino-américain d’intégration régionale qui a permis d’agrandir les marchés internes et d’investir dans les systèmes sociaux.

Enfin, Mohammed Mossallem recommande au FMI d’abandonner son approche universelle de libéralisation et de privatisations, et de reconnaître à chaque Etat le droit souverain d’appliquer son propre modèle de développement. Les pays du Sud doivent pouvoir appliquer des politiques protectionnistes face aux pays industrialisés, et empêcher les privatisations de services publics indispensables qui ne peuvent qu’être néfastes dans des pays où la part de la population vivant sous le seuil de pauvreté est très importante.

Ce rapport constitue ainsi une nouvelle preuve que le FMI est incapable de tirer les leçons de ses échecs. Si certains de ses rapports semblent remettre en cause les politiques qu’il met en œuvre, ceux-ci sont vite oubliés dès lors que l’institution propose un plan d’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
pour un pays « en difficulté ». En réalité, c’est parce que ces « échecs » n’en sont pas : les effets néfastes pour la population sont escomptés, ils sont la contrepartie logique de l’appui fourni par l’institution à la classe dominante. Les politiques mises en œuvre au Sud depuis des années par le FMI sont celles qui sont imposées aujourd’hui dans plusieurs pays européens, et qui ont permis en Grèce le sauvetage des banques grecques et européennes au prix d’un désastre humanitaire pour la population.

C’est pourquoi, pour le CADTM, il est vain d’attendre une réforme du FMI. Il est urgent de l’abolir et de le remplacer par une institution démocratique où chaque Etat disposerait d’une voix égale, et qui respecterait les droits humains fondamentaux.