Le Forum Social Mondial 2015 à Tunis

27 avril 2015 par Gustave Massiah


Le forum social mondial de Tunis 2015, s’est déroulé du 24 au 28 mars 2015, à Tunis. On trouvera dans ce texte quelques éléments de bilan pour nourrir les réflexions et les débats.

SOMMAIRE

  • La situation en Tunisie
  • La situation dans la Région Maghreb – Machrek
  • La situation mondiale et l’évolution des mouvements
  • Les activités du FSM 2015
  • L’évolution des forums sociaux mondiaux
  • Tableau 1 : nombre d’organisations et activités par pays
  • Tableau 2 : nombre d’activités et organisation des espaces
  • Tableau 3 : les 28 assemblées de convergence

Ce forum a été très intéressant. Compte tenu de la situation en Tunisie, de la situation dans la Région Maghreb et Machrek, de la situation mondiale et de la météo, on peut considérer que c’était un très bon forum. Malgré l’accumulation des difficultés, le Forum s’est déroulé dans une ambiance générale ouverte et constructive. Il a été un lieu exceptionnel de rencontres, de discussions et de convergences pour une grande diversité de mouvements sociaux et citoyens et d’associations impliquées dans la transformation sociale, écologique et politique. Il a aussi mis en évidence, d’une part, l’intérêt persistant du processus des forums sociaux mondiaux et, d’autre part, les défis que rencontrent les forums et la nécessité impérieuse de les relever pour faire face à l’évolution de la situation mondiale.

Le FSM a démontré son intérêt et son utilité. Du 24 au 28 mars 2015, la participation a été considérable. Y ont participé 4398 organisations de 119 pays qui ont proposé 1079 activités (voir les tableaux en annexe). Le nombre total de participants inscrits a été de 48600 personnes (sans compter 1300 journalistes et 1000 personnes engagées dans l’organisation).

La météo a été absolument catastrophique. La marche d’ouverture a été faite sous un orage terrible. Malgré cela, entre onze et douze milles personnes y ont participé. Les premiers jours ont été marqués par les orages et la pluie, un temps tout à fait exceptionnel à cette saison en Tunisie. Les deux derniers jours, il y a eu un vent qui a fait voler les tentes. De ce fait, l’ambiance détendue et conviviale du FSM 2013 qui s’était étendu sur les espaces ouverts n’a pas été possible. Malgré cela et les complications organisationnelles qui en ont découlé, la bonne humeur l’a emporté dans le forum.

Il nous faut remercier les mouvements sociaux et citoyens tunisiens qui ont porté et organisé le Forum social mondial. Ils ont fait preuve d’un sens politique qui leur a permis de faire face à une situation complexe en évolution constante. Ils ont permis que s’exprime l’extraordinaire sens de l’hospitalité de la société tunisienne. Il nous faut aussi remercier et féliciter le comité d’organisation tunisien, soutenu par le comité du forum social maghrébin. Ils ont réussi à mobiliser les énergies et à assurer au mieux, et malgré des difficultés considérables, la rencontre des mouvements sociaux de toute la planète. Ils ont permis, avec la réunion de près de 4400 associations de 119 pays, la réussite d’un moment démocratique des plus importants à l’échelle mondiale.

La situation en Tunisie

La situation en Tunisie a fortement pesé sur le FSM. L’attentat du Bardo, le 18 mars 2015, six jours avant le Forum Social Mondial, a entraîné des interrogations sur la tenue même du Forum. Quelques heures après, une avalanche de mails confirmait la décision des associations du monde entier de maintenir leur participation, affirmant tous « aujourd’hui plus que jamais, en solidarité avec le peuple tunisien ». Il y a eu très peu de désistements et d’abandon de voyages. Le peuple tunisien a été très sensible à cette solidarité et l’a marqué tout au long de la semaine. Les conséquences ont été très importantes, en matière d’organisation et d’attention à la sécurité. Mais, tous les participants y ont fait face avec une grande compréhension et beaucoup d’empathie.

L’émotion après l’attentat a été très forte dans toute la société tunisienne. La marche d’ouverture s’est terminée au musée du Bardo. Après des discussions assez vives, le comité d’organisation tunisien et les associations du Conseil International présentes avant l’ouverture, ont adopté le mot d’ordre de la marche d’ouverture du FSM 2015 : « Les peuples unis, pour les libertés, la justice sociale, la paix, et pour la solidarité avec les victimes du terrorisme et de toutes les formes d’oppression ».

La situation politique en Tunisie a aussi beaucoup pesé sur le FSM. Le FSM de 2013, à Tunis, avait été décidé dans l’enthousiasme des événements de 2011 en Tunisie vécus comme révolutionnaires. Ces événements avaient été suivis par une série de mouvements dans le monde (insurrections arabes, indignés, occupy, étudiants chiliens, pace Taqsim, …). Les mouvements sociaux et citoyens tunisiens et maghrébins, en organisant le FSM 2013 avaient invités les mouvements du monde à venir en discuter sur le lieu de ce bouleversement.

En 2015, la situation n’est plus la même. On n’est plus dans la ferveur d’un changement révolutionnaire. Mais, la Tunisie garde un intérêt certain dans la situation mondiale. La société civile tunisienne, et particulièrement celle qui avait organisé le FSM de 2013, s’est engagée directement pour éviter la dérive vécue par une grande partie des autres pays de la Région et engager une transition pacifique. Ce n’est évidemment pas la même chose de participer à un forum qui ouvre une période de rupture révolutionnaire que de tenir un forum dans une période bornée par des ouvertures politiques conservatrices, voire néolibérales. Les participants ont fait la preuve d’une grande maturité, sans se tromper sur les attentes immédiatement possibles et en cherchant à redéfinir dans la période les résistances et les alternatives. A la ferveur révolutionnaire de 2013 a succédé une gravité certaine et la volonté de marquer un engagement correspondant aux enjeux de la nouvelle période.

En Tunisie, la participation au Forum a été très forte. La présence des jeunes a été déterminante ; les jeunes tunisiens étaient très nombreux, et il y avait beaucoup de jeunes d’autres régions du monde. Les mouvements populaires tunisiens ont été très présents : les mineurs de Redayef, les ouvrières du textile, les salariés du bâtiment, les familles de disparus en mer, les chômeurs diplômés, etc. Ils ont été associés à la préparation du forum par les organisateurs tunisiens et s’y sont retrouvés. Par ailleurs, le Forum a été très inclusif ; aucun courant culturel de la société tunisienne n’en a été exclu.

La situation dans la Région Maghreb - Machrek

La situation dans la Région a beaucoup pesé sur le Forum. Les espoirs soulevés par les mouvements populaires de ce qui a été nommé « les révolutions arabes » avaient caractérisés le FSM de 2013. Celui de 2015 risquait d’être celui de la désillusion. Ce n’est pas ce qui s’est passé à quelques exceptions près.

Deux propositions ont été souvent entendues. D’abord, le rejet de l’affirmation qu’il n’y a pas eu de mouvements populaires ou qu’alors ils ont été manipulés et relèvent du complot. Ensuite, la conviction que la compréhension de ce mouvement constitué par la vague de mobilisations populaires ne peut pas être achevée en quelques mois. Le plus ancien de ces mouvements, le mouvement tunisien, a moins de quatre ans. Toute rupture révolutionnaire est suivie dans le court terme par des contre-révolutions et des restaurations. L’importance d’une rupture révolutionnaire ne s’apprécie que dans la durée. C’est dans les années à venir que pourra être apprécié le sens de ce mouvement. Il joue déjà son rôle dans la conscience d’une région géoculturelle, au-delà de différences entre le Maghreb et le Machrek.

La situation dans la Région est caractérisée par une déstabilisation générale. Les interventions extérieures ont été déterminantes (États-Unis, France, Arabie Saoudite, Qatar) ; les nouvelles forces inquiétantes sont à l’offensive (Al Qaida, Daesh, et ailleurs en Afrique comme par exemple Boko Haram, …)

Les conflits dans la Région ont fait partie des questions discutées dans le FSM. Trois conflits ont été particulièrement présents. La Palestine tout d’abord a été très présente avec 136 associations palestiniennes, les associations de soutien dont la campagne BDS et le Tribunal Russell sur la Palestine. La marche de clôture y a été consacrée. La tension a été très vive aussi sur la Syrie entre l’opposition démocratique et les partisans du régime syrien.

C’est avec certaines associations algériennes que la tension a été la plus vive. Plus de 700 associations algériennes se sont inscrites dans le dernier mois, après le 23 février. Le gouvernement algérien prenant conscience que le FSM était un enjeu, a envoyé, à travers une partie de ces associations, de nombreux délégués, plus de mille, pour défendre l’exploitation du gaz de schiste et intervenir dans tous les débats sur le Maghreb autour du Sahara. Le gouvernement marocain, au FSM de Dakar, avait tenté d’empêcher les débats sur le Sahara. Les associations marocaines partie prenante du Forum social maghrébin ont réussi à prévenir les confrontations et à éviter qu’elles perturbent le FSM. Elles ont depuis trois ans menées une discussion publique avec les associations sahraouies pour faire du Forums social maghrébin l’espace privilégié des discussions entre les sociétés civiles du Maghreb. Les interventions violentes ont empêché les discussions entre les associations sahraouies, marocaines et algériennes. Il faut saluer la dignité et le courage de plus d’une centaine d’associations de la société civile algérienne qui participent depuis le début aux FSM et qui se sont interposées.

Le FSM 2015 a été le plus important espace démocratique de la Région Maghreb-Machrek. Pour le Maghreb, il a réuni 2568 associations maghrébines, dont 1142 associations tunisiennes, 828 algériennes (dont plusieurs centaines plutôt gouvernementales), 512 marocaines, 66 mauritaniennes, 20 libyennes et 6 sahraouies. Pour le Machrek, il a réuni 524 associations, dont 136 palestiniennes, 133 égyptiennes, 47 irakiennes, 41 iraniennes, 32 libanaises, 29 yéménites, 24 jordaniennes, 16 turques, 7 syriennes, 7 soudanaises, 4 du Bahrain, 2 de Oman, 2 d’Arabie Saoudite, 1 du Koweit, 1 du Quatar.

La situation dans la Région a aussi été abordée à partir des rapports entre la Région et le reste du monde. Particulièrement la méditerranée et les rapports entre la Région et l’Europe dans les nombreuses activités sur les migrations et sur les accords économiques, ainsi que dans les débats sur les matières premières et sur l’extractivisme Extractivisme Modèle de développement basé sur l’exploitation des ressources naturelles, humaines et financières, guidé par la croyance en une nécessaire croissance économique. .

La situation mondiale et l’évolution des mouvements

La situation mondiale pèse sur le forum. Il y a évidemment une grande différence entre les premiers forums, au début des années 2000 et les forums de la période actuelle.

Seattle en 1999 marque l’émergence des mouvements sur la scène internationale. Elle suit la période des grandes manifestations contre les institutions internationales (FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, OMC OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
). Les Forums sociaux contestent l’ordre dominant du monde qui se donne à voir à Davos, l’alliance entre les banques et les grandes entreprises multinationales d’une part, les Etats et les institutions internationales de l’autre. Depuis Seattle, la convergence des mouvements, en pesant sur les contradictions entre les États, a remis en cause l’institutionnalisation de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néolibérale dont l’OMC était alors une des formes avancées. Dans certaines régions, et particulièrement en Amérique Latine, des prolongements politiques se sont inspirés des mouvements. Les chefs d’État de cinq pays, Brésil, Venezuela, Équateur, Bolivie, Paraguay, sont venus tenir meeting à Belém avec des mouvements du FSM. Le débat central des FSM est porté par la montée des mouvements sociaux et citoyens. A partir du rejet du néolibéralisme, il ouvre la discussion sur le dépassement du capitalisme.

La crise financière de 2008 confirme les hypothèses altermondialistes et nécessite de les réactualiser. Les propositions immédiates discutées dans les forums sociaux s’imposent comme des issues possibles après la crise de 2008. Par exemple : la suppression des paradis fiscaux Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
et judiciaires ; la taxe sur les transactions financières ; la séparation des banques de dépôts et des banques d’affaires Banques d'affaires
Banque d'affaires
Société financière dont l’activité consiste à effectuer trois types d’opérations : du conseil (notamment en fusion-acquisition), de la gestion de haut de bilan pour le compte d’entreprises (augmentations de capital, introductions en bourse, émissions d’emprunts obligataires) et des placements sur les marchés avec des prises de risque souvent excessives et mal contrôlées. Une banque d’affaires ne collecte pas de fonds auprès du public, mais se finance en empruntant aux banques ou sur les marchés financiers.
 ; la socialisation du secteur financier ; l’interdiction des marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
dérivés Dérivés
Dérivé
Dérivé de crédit : Produit financier dont le sous-jacent est une créance* ou un titre représentatif d’une créance (obligation). Le but du dérivé de crédit est de transférer les risques relatifs au crédit, sans transférer l’actif lui-même, dans un but de couverture. Une des formes les plus courantes de dérivé de crédit est le Credit Default Swap.
 ; les redistributions de revenus ; la protection sociale universelle ; etc. Ces propositions ne sont pas révolutionnaires en elle-même. Elles sont reprises aujourd’hui par des économistes de l’establishement et même par certains gouvernements. Mais ces déclarations ne sont pas suivies d’effet car elles nécessitent une rupture avec le dogme néolibéral et la dictature des marchés financiers. Et ce sont toujours ces forces qui sont dominantes et qui n’accepteront pas, sans affrontements, de renoncer à leurs gigantesques privilèges. Une des conséquences paradoxale est que les propositions issues des FSM sont banalisées et perdent de leur acuité.

Depuis 2011, des mouvements massifs, quasi insurrectionnels, témoignent de l’exaspération des peuples. Les révoltes des peuples ont un soubassement commun dans la compréhension de ce qu’est la crise structurelle officiellement admise depuis 2008. Les nouveaux mouvements sociaux ont leur dynamique propre. Les jonctions avec les mouvements plus anciens de l’altermondialisme existent mais elles sont diffuses. D’autant qu’aucun des deux ensembles n’est homogène et qu’ils n’ont, ni l’un, ni l’autre, de formes de représentation permettant la formalisation des discussions. Ces mobilisations ne se sont pas organisées dans le mouvement altermondialiste, même si de nombreuses relations ont existé dès le début. Ce cycle de luttes correspond à une nouvelle phase du mouvement altermondialiste. Elle le prolonge et le renouvelle. Elle oblige le mouvement à se transformer.

A partir de 2013, la situation semble s’être retournée. Les politiques dominantes, d’austérité et d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
, sont réaffirmées. L’arrogance néolibérale reprend le dessus. La déstabilisation, les guerres, les répressions violentes et l’instrumentalisation du terrorisme s’imposent dans toutes les régions. Des courants idéologiques réactionnaires et des populismes d’extrême-droite sont de plus en plus actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
. Ils prennent des formes spécifiques comme le néo-conservatisme libertarien aux États-Unis, les extrêmes-droites européennes, l’extrémisme jihadiste, les dictatures et les monarchies pétrolières, … Le FSM 2015 a été marqué par cette situation mondiale, il a été plus orienté sur les résistances. Les mouvements sociaux et citoyens ont affirmé que la nécessité des résistances n’annule pas l’importance des alternatives. Les contradictions du système sont considérables et contribuent à son durcissement ; toutes les possibilités restent ouvertes. Les mouvements sont conscients de l’urgence de définir des orientations stratégiques.

Les activités du FSM 2015

Après regroupements et agglutinations, il y a eu 1079 activités proposées par les 4398 associations enregistrées. Une partie, environ 20%, n’a pas eu lieu pour des raisons de désistements, d’annulation ou de mauvaise localisation des salles.

Les thèmes des ateliers ont recoupé toutes les mobilisations et les réflexions qui caractérisent le mouvement altermondialiste. De l’avis général, les débats ont été d’une bonne qualité. Ils ont bénéficié des forums thématiques et des rencontres des réseaux internationaux qui, depuis plusieurs années, approfondissent les réflexions et organisent les mobilisations.

L’espace du Forum social mondial de Tunis 2015 a été organisé en six espaces. On trouvera, dans le deuxième tableau donné en annexe, la répartition des 1079 activités dans les six espaces organisés à Tunis. Il faut rajouter les activités qui ont eu lieu hors de Tunis. Ces espaces concernaient :

Les FSM sont à la fois un espace de radicalité et un espace de radicalisation. Il s’agit d’informer et d’approfondir dans le même temps. Les débats dans le FSM sont confrontés à une contradiction, liée à la présence de deux publics : celui très informé et celui qui découvre. Ce qui accroît l’importance et la difficulté de la traduction. L’autre difficulté tient à la coexistence de la recherche de propositions immédiates liées à l’urgence et de la nécessaire affirmation d’orientations alternatives. Les propositions immédiates ont été rappelées plus avant dans ce texte. L’orientation alternative, celle du dépassement du capitalisme, est celle de l’accès aux droits pour toutes et tous et de l’égalité des droits, du local au planétaire. On peut organiser chaque société et le monde autrement que par la logique dominante de la subordination au marché mondial des capitaux. Les mouvements sociaux préconisent une rupture, celle de la transition sociale, écologique et démocratique. Ils mettent en avant de nouvelles conceptions, de nouvelles manières de produire et de consommer. Cette rupture est engagée dès aujourd’hui à travers les luttes, car la créativité naît des résistances et des pratiques concrètes d’émancipation qui, du niveau local au niveau global, préfigurent les alternatives

La plus grande difficulté des Forums tient à la traduction, indispensable et très difficile. Le collectif Babels avait annoncé qu’il n’assurerait pas la coordination de l’interprétation, même si de nombreux membres de Babels y ont participé à titre individuel. Le comité d’organisation a mobilisé de très nombreux bénévoles tunisiens, surtout des enseignants de langues, de très bonne volonté, même s’ils n’étaient pas toujours à l’aise dans l’interprétation simultanée. Le matériel a été produit, comme en 2013, par une coopérative Nomad qui a assuré une présence très active. Mais, toutes les salles n’étaient pas supposées être équipées, et la météo a rendu l’organisation très difficile au démarrage.

En dehors des activités autogérées, un très grand nombre d’activités ont trouvé leur place dans le FSM 2015. Le Forum Mondial des Médias Libres a commencé deux jours avant le FSM et a continué tout au long du forum. Le Forum mondial sciences et démocratie s’est déroulé tout au long du Forum et a commencé par un hommage à Vinod Raina. Une rencontre internationale sur le climat, en préparation des mobilisations à l’occasion de la COP21, en décembre 2015, a commencé la veille du Forum. Il y a eu aussi la veille du Forum, une rencontre sur les accords économiques. Le forum des parlementaires s’est déroulé dans le forum. Des tables de controverses, en parallèle du forum, ont permis des discussions entre des animateurs de mouvements, des représentants d’institutions et des responsables politiques. Au matin de l’ouverture, avant la marche, le Forum a été précédé par une Assemblée Mondiale des Femmes et par une Assemblée Mondiale des Jeunes. L’Assemblée Mondiale des Femmes, comme en 2013, a réuni plusieurs milliers de femmes. Après un début très vivant, des altercations sur le Sahara ont perturbé l’Assemblée qui a dû être interrompue.

Les assemblées de convergence orientées vers les mobilisations et l’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
clôturent le FSM. Il y a eu 28 assemblées de convergences. Y ont participé 232 organisations différentes (qui ont participé chacune, en moyenne, à deux assemblées). On trouvera la liste des assemblées, dans l’ordre de leur date d’inscription, dans le tableau annexe.

A partir de ce lien, on aura accès au tableau des assemblées de convergence, mis en place par la commission extension, avec des liens renvoyant aux déclarations et à des vidéos des assemblées. Ce tableau est mis à jour à partir des retours des animateurs des assemblées.

Il y a eu beaucoup d’autres déclarations et décisions prises pendant le FSM 2015. On peut citer par exemple, parmi beaucoup d’autres : les cinq résolutions adoptées par le Forum des parlementaires (forumparlementairemondial@gmail.com) ; l’adoption de la charte mondiale des médias libres ; le “Tunis Call for a People’s Internet" ; la Déclaration de l’Assemblée des Mouvements Sociaux ; la déclaration de La Via Campesina sur les migrations et les travailleurs ruraux...

L’évolution des forums sociaux mondiaux

La question de l’évolution des forums sociaux mondiaux était très présente, implicitement et explicitement. Elle a été abordée dans plusieurs des activités du FSM 2015 et au cours de la réunion du Conseil International qui a suivi le FSM et qui a eu lieu les 29 et 30 mars, à Tunis, au siège de l’UGTT.

Les discussions peuvent être résumés autour de quatre questions : le processus des forums sociaux mondiaux ; le Conseil International et l’organisation des FSM ; le prochain Forum Social Mondial ; l’intérêt et le sens des forums sociaux mondiaux.

Le processus des FSM

Le processus des FSM est composé de tous les événements qui font référence aux forums sociaux mondiaux et à la Charte des principes des FSM. Ce processus n’est pas coordonné ou dirigé par une instance, il s’est auto-organisé.

Pour apprécier le processus, on peut se référer aux listes établies par le groupe de travail créé à l’initiative de Pierre George au CI de Dhaka en 2011 et qui recensent 72 évènements entre les deux forums 2013 et 2015, de mars 2013 à mars 2015. Il s’agit d’événements qui se définissent comme forums sociaux (catégorie 1) ou qui choisissent de s’associer au processus (catégories 2, 3 et 4). Cette liste n’est pas complète ; les organisateurs n’ont pas toujours signalé les événements. Cette liste ne comprend pas, en général, les forums sociaux locaux.

De fin mars 2013 à décembre 2013, 30 événements recensés

du 1er janvier 2014 au 30 mars 2015, 42 événements recensés

la liste pour 2015-2016 est ouverte
on peut l’alimenter en envoyant un message à calendar.fsmwsf@riseup.net

Le processus des forums sociaux mondiaux se diffuse. La nouvelle culture politique imprègne les initiatives et les mobilisations bien au-delà du processus. La diversité des mouvements et leur convergence, les activités auto-organisées, la recherche de formes d’autorité qui ne reposent pas sur la hiérarchie, deviennent des références admises.

La multiplication des forums associés au processus a permis d’améliorer la qualité des débats. Ces forums approfondissent l’orientation stratégique, celle de l’égalité des droits et des mobilisations contre la logique du capitalisme. Ils portent et anticipent une nouvelle génération de droits (les « droits de la Nature », la liberté de circulation, la souveraineté alimentaire, la protection sociale universelle, …). Ils mettent en avant des propositions pour les politiques publiques. Ils permettent les échanges sur les pratiques d’émancipation concrètes et peuvent être des espaces de préfiguration de nouvelles pratiques. Il s’agit dès maintenant de construire un autre monde à partir des alternatives et des ruptures nécessaires pour y arriver.

Le Conseil International

Le Conseil International (CI) a discuté de l’organisation des FSM. La reconstruction du CI dépend de l’évolution du processus. Le débat sur la reconstruction du CI sera mené parallèlement au débat sur la situation du processus des FSM en liaison avec le débat sur la situation des mouvements et sur la stratégie des mouvements. Le CI a désigné un groupe qui assurera de manière transitoire le secrétariat du CI.

La recomposition passe par une définition plus précise du CI. Le CI pourrait être une Assemblée ouverte des mouvements sociaux et citoyens qui sont prêts à participer activement à l’organisation et au développement du processus des FSM. L’élargissement du CI serait recherché auprès des mouvements qui ont participé au comité d’organisation des FSM et des forums et événements liés au processus. Une proposition complémentaire de Raffaella est d’y associer les associations qui ont organisé les assemblées de convergence, voire les assemblées elles-mêmes, ce qui ouvrirait la discussion sur leur permanence et leur mode de fonctionnement.

Le CI a relancé le groupe de travail Memodoc, mémoire et documentation, qui regroupe les efforts et projets de mémoire, documentation, systématisation et accumulation, à partir de la proposition brésilienne de numérisation des documents des FSM depuis l’origine. Ce groupe prendra en compte d’autres initiatives de documentation telles que la proposition de certains Forums sociaux locaux transmise par le forum social local d’Ivry (wsf-contactiva.esy.es).

Une proposition a été reçue de tenir le prochain Conseil International au Brésil, probablement à Salvador de Bahia. Il a aussi été décidé de retenir la proposition d’explorer la possibilité de tenir un Conseil International à Athènes.

Le prochain FSM

Le Conseil International est reparti de la motion qui avait été adoptée au CI de Casablanca en décembre 2013 : « Nous débutons un nouveau processus de collaboration et de solidarité entre le Sud et le Nord, entre les anciennes et les nouvelles générations d’acteurs sociaux. Ce processus se construira à travers un travail commun et intégré entre les processus préparatoires des différents événements FSM. Pour 2015 : nous avons décidé de tenir le prochain FSM en Tunisie au mois de mars. Pour 2016 : nous avons reçu positivement et accepté l’engagement du Collectif du Québec à travailler pour l’organisation d’un évènement FSM en août à Montréal. Nous poursuivrons les discussions avec les mouvements d’Asie autour de la possibilité, en accord avec leur situation et leur volonté, de se joindre à ce processus (avec notamment la possibilité d’une formule FSM 2016 bi-centrée avec un emplacement au Québec et un autre en Asie) »

Le collectif Montréal 2016 a réitéré sa proposition qui a fait l’objet d’une longue discussion. Le CI a été sensible à la continuité et au dynamisme du collectif. Il a entendu plusieurs associations et syndicats canadiens qui ont soutenu la proposition. La discussion a porté sur deux points : organiser un premier forum dans le Nord et la question des visas. Sur le premier aspect, il en est ressorti que si la représentation Nord/Sud reste importante, elle a évolué (du point de vue de la structuration des sociétés, il y a un nord dans le sud et un sud dans le nord ; le contexte géopolitique est en train de changer avec les nouvelles puissances). Une nouvelle période s’amorce dans l’alliance entre les mouvements du Nord et les mouvements du Sud. Le collectif a affirmé son intention de chercher à associer plus fortement les nouveaux mouvements à la préparation du FSM. La référence au mouvement des carrés rouges et à « occupy montréal » offre des perspectives. La question des visas est la plus grave et la plus préoccupante. Des intervenants dans la discussion et le collectif québécois ont proposé d’organiser une campagne internationale sur les visas et la liberté de circulation.

L’intérêt et le sens des forums sociaux mondiaux

En quinze ans, le FSM a changé ; comment apprécier cette évolution ? Il a mis en évidence les contradictions et les dangers du système dominant. Il a probablement joué, à certains moments un rôle dans la résistance à ce système. Mais le système dominant s’est renforcé et est reparti à l’offensive. Le néolibéralisme, malgré sa crise, a renforcé son pouvoir de nuisance. Le système de la mondialisation capitaliste a aggravé les injustices sociales, multiplié les guerres et les violences, mis en danger la planète et affaibli les libertés démocratiques. Le FSM n’a pas suffi pour imposer le dépassement du capitalisme et n’a pas empêché une tentative de retour en force du néolibéralisme.

Pour apprécier l’intérêt du FSM et de ses évolutions possible, il faut revenir à ce qui le rend nécessaire. Le FSM permet-il de renforcer les mouvements sociaux et citoyens dans leurs mobilisations et leurs stratégies ? Plus spécifiquement, comment articuler les initiatives locales, les stratégies nationales et l’action à l’échelle mondiale ? Il s’agit de contribuer à inscrire l’action des mouvements dans une stratégie globale, à l’échelle des défis de la mondialisation capitaliste. Les grands forums et leur extension sont des moments favorables pour cet objectif.

Chaque FSM relance le débat sur la situation des Forums sociaux mondiaux et sur leur intérêt. Le FSM 2015 n’a pas manqué à cette tradition. Le débat international est déjà très vif. Citons deux interventions qui marquent l’espace de la discussion. Celle de Mimoun Rahmani « les dérives du Forum social mondial. Vers la fin du processus ? » qui pointe les difficultés pour une orientation radicale correspondant à l’organisation du Forum et à l’évolution de la situation mondiale. Celle de Tord Bjôrg qui souligne l’intérêt des convergences et des réseaux internationaux mobilisés dans le FSM 2015. Dans un autre envoi, « 228 links on WSF 2015 », Tord identifie à ce jour (16 avril 2015) plusieurs centaines de liens sur le seul FSM 2015 qui montrent la vitalité des discussions et des contributions.

Au cours du FSM de Tunis, les discussions ont été engagées sur la proposition d’une rencontre mondiale en 2016 sur les nouvelles stratégies antisystème des mouvements par rapport au nouveau contexte. Il s’agit d’une proposition qui avait été faite par des membres du CI au Conseil International du FSM à Hammamet, Tunisie, en novembre 2014. Elle a été discutée au cours d’une des activités du FSM 2015. Une première rencontre pourrait avoir lieu à Athènes, en 2016. Cette réflexion aura des effets sur le FSM lui-même en tant qu’espace de rencontre, de discussion et de formulation de propositions d’action.

Le débat sur la situation du processus des FSM reflète le débat sur la situation mondiale, sur la situation des mouvements et sur la stratégie des mouvements. Le Forum social mondial reste le moment privilégié de la convergence des mouvements. C’est un espace de rencontre à l’échelle mondiale. L’objectif principal est de définir une stratégie globale des mouvements, une stratégie mondiale correspondant à la nouvelle période. Les FSM peuvent y contribuer. Les défis mondiaux sont considérables. Nous ne sommes pas encore à la hauteur de ces défis. Le FSM n’est qu’un des instruments de lutte des mouvements, mais c’est un des rares existants à l’échelle mondiale.



FORUM SOCIAL MONDIAL 2015

Participants : 48600 personnes ; non compris les 1300 journalistes
4398 associations de 119 pays

PaysOrganisationsActivitésRégion
Senegal 36 36 Afrique subsah.
Congo, Democratic 33 9 Afrique subsah.
Cameroon 30 9 Afrique subsah.
South Africa 24 26 Afrique subsah.
Nigeria 23 5 Afrique subsah.
Togo 19 5 Afrique subsah.
Kenya 17 4 Afrique subsah.
Côte d’Ivoire 15 5 Afrique subsah.
Benin 12 4 Afrique subsah.
Guinea 12 0 Afrique subsah.
Niger 11 1 Afrique subsah.
Ghana 9 2 Afrique subsah.
Burundi 9 2 Afrique subsah.
Chad 9 5 Afrique subsah.
Zimbabwe 8 10 Afrique subsah.
Central African Rep 8 1 Afrique subsah.
Mali 7 7 Afrique subsah.
Uganda 7 2 Afrique subsah.
Gambia 7 1 Afrique subsah.
Mozambique 5 4 Afrique subsah.
Zambia 4 2 Afrique subsah.
Burkina Faso 4 1 Afrique subsah.
Mauritius 4 0 Afrique subsah.
Gabon 3 5 Afrique subsah.
Congo, Republic 3 1 Afrique subsah.
Somalia 3 0 Afrique subsah.
Sierra Leone 3 0 Afrique subsah.
Tanzania 2 1 Afrique subsah.
Ethiopia 2 2 Afrique subsah.
Liberia 2 0 Afrique subsah.
Rwanda 1 0 Afrique subsah.
Madagascar 1 0 Afrique subsah.
Cape Verde 1 1 Afrique subsah.
Angola 1 0 Afrique subsah.
Botswana 1 0 Afrique subsah.
Afrique sub (35) 349 206
Canada 45 58 Amérique du Nord
United States 37 42 Amérique du Nord
Amérique du Nord (2) 18 10
Brazil 160 129 Amérique Latine
Argentina 14 5 Amérique latine
Haïti 9 3 Amérique Latine
Mexico 9 7 Amérique Latine
Colombia 7 0 Amérique latine
Uruguay 5 0 Amérique latine
Bolivia 5 2 Amérique latine
Ecuador 4 1 Amérique latine
Peru 4 0 Amérique latine
Cuba 2 1 Amérique latine
Guatemala 2 0 Amérique latine
Paraguay 2 4 Amérique latine
Nicaragua 1 0 Amérique latine
Costa Rica 1 0 Amérique latine
Amérique latine (14) 134 93
India 42 28 Asie
Iran 41 47 Asie
Nepal 17 2 Asie
Bangladesh 15 4 Asie
Philippines 13 11 Asie
Pakistan 10 2 Asie
Chile 5 7 Asie
Taiwan 5 0 Asie
Japan 4 0 Asie
Indonesia 3 0 Asie
Afghanistan 2 1 Asie
Sri Lanka 2 0 Asie
Viet Nam 2 0 Asie
Thailand 2 1 Asie
China 1 1 Asie
Cambodia 1 0 Asie
Malaysia 1 1 Asie
British Indian Ocean 1 0 Asie
Asie (18) 167 105
France 241 287 Europe
Italy 75 80 Europe
Belgium 59 117 Europe
Spain 32 15 Europe
Germany 32 36 Europe
United Kingdom 28 16 Europe
Switzerland 28 14 Europe
Netherlands 10 8 Europe
Norway 9 1 Europe
Sweden 9 5 Europe
Portugal 6 1 Europe
Finland 6 6 Europe
Austria 5 4 Europe
Greece 5 4 Europe
Denmark 3 1 Europe
Russian Federation 2 1 Europe
Romania 2 4 Europe
Bosnia Herzegovina 1 0 Europe
Czech Republic 1 0 Europe
Belarus 1 0 Europe
Kyrgyzstan 1 0 Europe
Poland 1 0 Europe
Montenegro 1 0 Europe
Iceland 1 3 Europe
Ireland 1 0 Europe
Luxembourg 1 1 Europe
Europe (26) 561 601
Tunisia 1142 730 Maghreb-Machrek
Algeria 828 170 Maghreb-Machrek
Morocco 512 206 Maghreb-Machrek
Palestine 136 106 Maghreb-Machrek
Egypt 133 89 Maghreb-Machrek
Mauritania 66 13 Maghreb-Machrek
Iraq 47 16 Maghreb-Machrek
Lebanon 32 34 Maghreb-Machrek
Yemen 29 18 Maghreb-Machrek
Jordan 24 7 Maghreb-Machrek
Libya 20 2 Maghreb-Machrek
Turkey 16 8 Maghreb-Machrek
Sudan 7 5 Maghreb-Machrek
Syria 7 3 Maghreb-Machrek
Western Sahara 6 16 Maghreb-Machrek
Israel 6 0 Maghreb-Machrek
Bahrain 4 5 Maghreb-Machrek
Oman 2 0 Maghreb-Machrek
Djibouti 2 0 Maghreb-Machrek
Saudi Arabia 2 0 Maghreb-Machrek
Kuwait 1 1 Maghreb-Machrek
Qatar 1 0 Maghreb-Machrek
Maghreb-Mahrek (22) 3020 1432
Australia 3 3 Oceanie
Samoa 1 0 Oceanie
TOTAL 4398 2544

Source : FTDES, Alaa Talbi, directeur exécutif, et Nils Loret


FORUM SOCIAL MONDIAL 2015

ORGANISATION DES ESPACES
NATURE DES ACTIVITÉS
ET NOMBRE D’ACTIVITÉS PAR ESPACE

Espaces Description Activités
carrefour de la Citoyenneté activités liées à la mobilisation citoyenne, aux processus de transition démocratique, aux modes alternatifs d’organisation politique, à l’avenir du processus des Forums… 153
place de l’Economie et des alternatives activités portant sur les agissements de la finance, des multinationales, la contestation de la dette, la lutte contre la corruption, mais aussi sur les alternatives au système économique dominant, telles que l’économie sociale et solidaire... 136
quartier de l’Egalité, de la dignité et des droits activités portant sur la lutte contre les discriminations, pour l’égalité de genre et les droits des femmes, les droits des minorités, les luttes des peuples autochtones… 263
quartier Planète activités qui traitent des questions d’environnement, d’écologie, d’exploitation des ressources naturelles et de changement climatique 166
le carrefour d’Outre-frontière activités en lien avec la question des territoires, du colonialisme, des guerres et conflits armés, de la liberté de circulation et de la migration… 104
place de la Justice sociale activités qui concernent la promotion et la défense des droits économiques et sociaux, la protection sociale, la santé, l’éducation, les luttes syndicales, le travail informel, nouveaux mouvements sociaux… 195
Hors Tunis 62

Soit 1079 activités après regroupements et agglutinations

Source : FTDES Alaa Talbi et Nils Loret


FORUM SOCIAL MONDIAL 2015

ASSEMBLÉES DE CONVERGENCE

28 assemblées – 232 organisations

http://registration.fsm2015.org/assembly

15b Assemblée des mouvements sociaux - social movements assembly 
comex15 asc social movements assembly

1-Protection sociale universelle : vers une campagne mondiale ?
comex15 asc universal social protection

2-Agenda Post-2015 : Quel dévelopement, et pour qui ?
comex15 asc agenda post2015

3-Pour une université citoyenne Africaine
comex15 asc african citizen university

4-Assemblée de convergence pour une charte des droits économiques et sociaux des chômeurs
comex15 asc charte droits chomeurs

5- Dans l’ombre de la citadelle - l’impact des politiques migratoires de l’UE sur les pays du tiers-monde
comex15 asc impact ue migration policy

6- Nous avons besoin de justice fiscale pour mettre un terme aux inégalités
comex15 asc justice fiscale

7- L’agroécologie - une éthique de vie pour préserver la terre nourricière et la souveraineté alimentaire
comex15 asc agroecology

8-Résister et construire des alternatives au libre-échange et au pouvoir des entreprises : Les Peuples et la planète avant les profits
comex15 asc alternatives libre echange corporate power

9- Assemblée Mondiale des Habitants
comex15 asc habitants

10-Le futur du processus FSM
comex15 asc futur processus fsm

11- Dialogue pour la Libération et l’Emancipation entre les Religions, les Cultures et les Civilisations
comex15 asc dialogue emancipation religions cultures

12- Convergence globale des luttes pour la terre et l’eau
comex15 asc land and water struggles

13- Propositions pour la liberté de circulation et d’installation
comex15 asc freedom circulation installation
 
14- Répondre enfin aux besoins économiques et sociaux de la population !
comex15 asc adress economic social needs of people

15-L’après forum pour la dynamique Femmes tunisiennes du FSM ?
comex15 asc apres forum dynamique femmes tunisiennes

16- Communs et alternatives, quels reseaux internationaux ?
comex15 asc networks for commons and alternatives

17- Comment (re)prendre le contrôle de la finance ?
comex15 asc controle finance

18 Le handicap et les Objectifs de Développement Durable dans l´agenda post-2015
comex15 asc handicap et odd

19- Le vent grec : Il est temps de briser ensemble le piège de la dette et de l’austérité
comex15 asc greek wind on debt and austerity

20 -Assemblée de convergences des mouvements sociaux maghrébins
comex15 asc mouvements sociaux maghrebins

21- La Palestine est la boussole des peuples pour atteindre la dignité, la justice et l’humanité
comex15 asc palestine compass for people

22- Assemblée de convergence sur le climat 
comex15 asc climate convergence

23- Solidarité avec la Révolution Syrienne
comex15 asc syria revolution solidarity

24- Assemblée pour la paix – Des stratégies de la société civile
comex15 asc civil society strategies for peace

25-Assemblée des Convergences pour le droit à la Communication
comex15 asc right to communication

26- Budget participatif orienté genre
comex15 asc budget participatif oriente genre

27. Assemblée de convergence sur les droits syndicaux
comex15 asc droits syndicaux
 
voir aussi : http://openfsm.net/projects/convergences (revue des assemblées de convergence 2009 2015

source : commission extension, Pierre George