Dette odieuse
0 | 10 | 20 | 30 | 40 | 50 | 60 | 70
Liban
Plans d’ajustement structurelDu même auteur
Éric Toussaint
Plaidoyer pour l’annulation de la dette des PED
Les annulations de dette et suspensions de paiement dans le passé
Haïti : au-delà des effets d’annonce
Crise internationale, dette et nouveaux défis pour le CADTM
Du coup d’Etat au Honduras aux sept bases US en Colombie : la montée de l’agressivité de Washington
Après la faim, des mots en l’air sur le climat ?
Cinq questions sur la crise à Eric Toussaint
An III de la révolution citoyenne en Equateur
Bolivie : capitalisme andino-amazonien ?
Renforcement du FMI et de la Banque mondiale : lourde menace pour les peuples du Sud et du Nord
"Banque mondiale, crise et droits humains"
Montée de l’agressivité de Washington à l’égard du Venezuela, de la Bolivie, de l’Equateur
Venezuela, Honduras, Pérou, Equateur : « petits » oublis et « grands » mensonges des médias
Changements en cours au Venezuela en 2008 – 2009
A la mémoire de Philippe Tombal (1957-2009)
Au Sud comme au Nord, de la grande transformation des années 1980 à la crise actuelle
Les expériences en cours au Venezuela, en Equateur et en Bolivie
Pays en développement : Vers une nouvelle crise de la dette
Quand le FMI entonne un air de pipeau
0 | 20 | 40 | 60 | 80 | 100 | 120 | 140 | 160 |...
Du même auteur
Damien Millet
La fin de la pauvreté, vraiment ?
Comment les pays créanciers décident en République démocratique du Congo
Climat, la faute mortelle du capitalisme
Les trois fautes de Barack Obama en Afrique
Robert McNamara, artisan de la mise au pas des peuples
La double faute de Robert McNamara
Bongo, la justice française et les biens mal acquis
Agir pour éradiquer le capitalisme et toutes les formes d’oppression
Pourquoi une faim galopante au XXIe siècle et comment l’éradiquer ?
Economie : Obama choisit ceux qui ont échoué
G20 : un scénario incohérent qu’il faut réécrire complètement
60 Questions 60 Réponses sur la dette, le FMI et la Banque mondiale
Le Sud face à la crise du Nord
Fonds souverains : quelles alternatives à la domination du Nord ?
Négociations de l’OMC : le rouleau compresseur en panne
Pourquoi les gouvernements du Sud continuent-ils de rembourser la dette ?
Plaidoyer pour une annulation immédiate et inconditionnelle de la dette
15 août 2006 par Éric Toussaint, Damien Millet
Le Liban vient de vivre un mois de conflits meurtriers. Plus de 1 100 personnes ont trouvé la mort au cours des raids de l’armée israélienne et de ses frappes aveugles. Un tiers d’entre eux sont des enfants de moins de 12 ans. Environ un million de personnes ont fui. Les souffrances humaines qui ont été infligées sont indicibles.
L’étincelle fut la prise en otage de deux militaires israéliens par le Hezbollah, parti politique libanais chiite entretenant une importante milice au Sud Liban. Mais la riposte de Tsahal, l’armée israélienne, fut sans commune mesure. A n’en pas douter, Tsahal est ici une arme de destruction massive, avec le soutien des Etats-Unis...
Le cessez-le feu, certes précaire, qui est entré en vigueur permet de quitter la sphère restreinte du présent et de regarder un peu l’avenir. Que celui-ci soit respecté ou non, tôt ou tard, le Liban devra se reconstruire. Les dégâts sont estimés pour l’instant à 2,5 milliards de dollars, dont environ 150 ponts détruits et une marée noire causée par le déversement dans la mer de 15 000 tonnes de mazout (davantage que la catastrophe de l’Erika au large des côtes françaises en 1999) ayant déjà pollué 140 kilomètres de côtes.
Selon les chiffres de la Banque mondiale, bien avant cette guerre, le Liban croulait sous une dette extérieure colossale : 22,2 milliards de dollars fin 2004 pour 3,5 millions d’habitants. Cela représentait plus de 6 260 dollars par habitant, sans compter la dette interne qui est du même ordre de grandeur, ce qui en fait un des pays les plus endettés au monde par habitant. En 2004, le Liban a remboursé 4,4 milliards de dollars pour le service de sa dette extérieure.
Dès avant cette guerre, le Liban était dans une situation financière très difficile. Ses créanciers (au premier rang desquels l’Arabie saoudite et la France) avaient dû se réunir en novembre 2002 à Paris pour trouver une solution : à l’époque, ils avaient promis 4,3 milliards de dollars, en échange d’une modernisation du système fiscal et d’une relance des privatisations. La dette a donc permis d’imposer un renforcement des politiques néolibérales, tellement favorables aux riches Libanais, aux créanciers étrangers et à leurs grandes entreprises.
Désormais, pour se reconstruire, le Liban va encore faire appel aux capitaux étrangers. Cela implique une nouvelle augmentation de la dette et de nouvelles mesures économiques d’ajustement structurel qui la conditionnent. De ce fait, le peuple libanais va devoir payer très cher, dans les années à venir, pour les conséquences de cette guerre infligée par Israël en violation des traités internationaux régissant les relations entre Etats.
Le peuple libanais a dramatiquement payé une première fois en donnant sa vie, en perdant des proches, en subissant la destruction de ses maisons, de ses immeubles, de ses infrastructures. Il ne doit pas payer une seconde fois en se saignant aux quatre veines pour financer la reconstruction. Déjà la Palestine subit le terrorisme d’Etat d’Israël dont le coût, tant humain que financier, est énorme. Déjà l’Irak subit depuis mars 2003 une agression militaire illégitime de la part des Etats-Unis et de leurs alliés, qui dominent le pays, imposent des choix néolibéraux à son économie et l’endettent au profit de grandes entreprises multinationales originaires des pays du Nord. La Palestine, l’Irak, le Liban doivent demander des comptes à leurs agresseurs. Les mouvements sociaux doivent faire pression sur la communauté internationale pour avancer dans ce sens.
Pour le Liban, une solution possible réside en l’annulation immédiate de la dette et la création d’un fonds destiné à sa reconstruction, qui serait alimenté par des réparations versées par Israël. Une contribution des Etats-Unis, qui soutiennent et financent l’Etat israélien, doit s’y ajouter. C’est à ce moment seulement qu’il sera possible de dire que justice a été rendue au peuple libanais.
Dépêche AFP (Agence France Presse)
Liban : le CADTM veut l’annulation de la dette et un fonds de reconstruction
PARIS, 16 août 2006 (AFP) - Le Comité pour l’annulation de la dette du tiers monde (CADTM) a préconisé mercredi "l’annulation immédiate" de la dette du Liban et la création d’un fonds pour sa reconstruction, qui devrait selon lui être financé par Israël et les Etats-Unis.
Les dégâts causés par un mois de bombardements israéliens "sont estimés pour l’instant à 2,5 milliards de dollars", soulignent Damien Millet (président du CADTM France) et Eric Toussaint (président du CADTM Belgique) dans cette tribune adressée à la presse.
Pour se reconstruire, le Liban "va encore faire appel aux capitaux étrangers" alors qu’il était "dès avant cette guerre" dans une "situation financière très difficile", avec notamment une dette extérieure estimée à 22,2 milliards de dollars à fin 2004 (source : CADTM, citant la Banque mondiale), déplorent-t-ils.
Les deux responsables préconisent une autre "solution" qui "réside en l’annulation immédiate de la dette et la création d’un fonds destiné à sa reconstruction, qui serait alimenté par les réparations versées par Israël".
"Une contribution des Etats-Unis, qui soutiennent et financent l’Etat israélien, doit s’y ajouter", estiment-il.
Pour le CADTM, "le peuple libanais a payé une première fois (...), en perdant des proches, en subissant la destruction de ses maisons, de ses immeubles, de ses infrastructures. Il ne doit pas payer une seconde fois en se saignant aux quatre veines pour financer la reconstruction".