Le Mexique a prouvé au 19 et au 20e siècle qu’il est possible de répudier une dette

16 février par Eric Toussaint

« Les Héros du Mexique » - Fresque de Diego Rivera (1886 - 1957)

Le Mexique est le seul pays ex-colonial qui, au 19e siècle et dans la première moitié du 20e siècle, ait réussi par ses propres moyens à imposer de cuisantes défaites à ses créanciers. Le Mexique a répudié en 1861 une partie de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
externe et interne qui lui était réclamée et a obtenu une victoire en 1867 après avoir repoussé un important corps expéditionnaire français. À partir de 1914 et pour plus de trente ans, sous la pression d’une authentique révolution populaire, le Mexique, une nouvelle fois, a suspendu le paiement de sa dette. Pendant cette période, avec des hauts et des bas dans les mobilisations populaires, de profondes réformes économiques et sociales ont été mises en œuvre et, après la Seconde Guerre mondiale, l’économie mexicaine s’est renforcée. Cette histoire très peu connue mérite d’être mise en exergue car elle devrait inspirer les peuples d’aujourd’hui. Elle démontre que la lutte déterminée d’un pays dominé face aux grandes puissances et à la finance internationale peut conduire à d’importants progrès sociaux. Elle prouve également qu’aucune victoire n’est définitivement acquise, a fortiori si ceux qui gouvernent la remettent en cause.

Cette étude consacrée au Mexique pour la période qui va du début du 19e siècle à la Seconde Guerre mondiale montre comment un État périphérique peut répudier victorieusement une dette même si elle réclamée sous la menace des canons par des puissances impériales.

Cet article est le sixième d’une série qui porte sur « La dette comme instrument de subordination de l’Amérique latine ». Les deux premiers sont : « Comment le Sud a payé pour les crises du Nord et pour sa propre soumission », « La dette et le libre-échange comme instruments de subordination de l’Amérique latine depuis l’indépendance ». « En quoi la répudiation des dettes par le Costa Rica devrait inspirer d’autres pays », « La répudiation par les États-Unis de la dette réclamée à Cuba par l’Espagne en 1898 », « Histoire : La politique des États-Unis par rapport à ses voisins des Amériques du 19e s. au début du 20e siècle ». Il faut ajouter un article consacré aux « Trois vagues de répudiations de dettes publiques aux États-Unis au 19e siècle ».

La série consacrée à l’Amérique complète cinq articles déjà publiés qui portent sur la Méditerranée : « La Grèce indépendante est née avec une dette odieuse », « Grèce : La poursuite de l’esclavage pour dette de la fin du 19e siècle à la Seconde Guerre mondiale », « La dette comme instrument de la conquête coloniale de l’Égypte », « La dette : l’arme qui a permis à la France de s’approprier la Tunisie ».

Les classes dominantes locales prêtaient à l’État colonial espagnol

L’Espagne a conquis le Mexique en le mettant à feu et à sang à partir de 1519 |1|. Madrid a appelé cette colonie la Nouvelle Espagne. La guerre d’indépendance a débuté en 1810 et s’est terminée par la victoire des indépendantistes en 1821. À la fin du 18e siècle, les classes dominantes locales, y compris le clergé, prêtaient à un taux de 5 % à l’État colonial et également à la métropole. En effet, des propriétaires de mines, de grands propriétaires de terres, de riches commerçants espagnols établis au Mexique et le clergé mexicain prêtaient à Madrid des sommes importantes à un taux d’intérêt qui oscillait entre 5 et 6 %. Ces prêts servirent à financer les guerres menées par l’Espagne sur le continent européen. C’est ainsi que des titres espagnols ont été achetés par les classes dominantes du Mexique pour contribuer à la guerre menée par l’Espagne contre l’Angleterre en 1782 et contre la France révolutionnaire en 1793-1794. Quand commença la guerre pour l’indépendance du Mexique en 1810-1811, les classes dominantes fermèrent le robinet du crédit au gouvernement espagnol de Mexico et à Madrid : cela devenait trop risqué |2|. Seuls les commerçants espagnols résidant au Mexique prêtèrent encore de l’argent au gouvernement colonial de Mexico en 1813 à un taux de 5 % |3|, car ils avaient tout intérêt à la défaite des indépendantistes et parce qu’ils étaient convaincus qu’en cas de défaite du camp espagnol, ils seraient indemnisés par Madrid.

Répudier la dette, confisquer les biens de l’Église ou réaliser un emprunt pour la rembourser ? La lutte pour l’indépendance a été menée, à quelques exceptions près, par des secteurs aisés de la population d’origine européenne qui à l’instar du reste de l’Amérique latine ont voulu se libérer du joug colonial |4|. Comme dans l’ensemble du continent à la même époque, le mouvement a été dirigé par les “créoles”, fils et filles de parents d’ascendance européenne nés dans les colonies espagnoles. Les leaders de l’indépendance accordaient très peu de place aux populations indigènes qui représentaient environ 80 % des six millions d’habitants du Mexique |5|. Au lendemain de l’indépendance de 1821, Iturbide, le nouveau chef de l’État, se posa la question de payer ou de ne pas payer la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
du régime colonial antérieur. Il envisagea trois options : primo, répudier la dette car il s’agissait d’une dette accumulée dans l’intérêt de la puissance coloniale qui avait exploité le pays ; secundo, confisquer les biens de l’Église, les mettre en vente et utiliser les recettes pour rembourser la dette ; tertio, réaliser un emprunt à Londres afin de rembourser les anciennes dettes |6|. Afin de ne pas entrer en conflit avec les classes dominantes locales qui étaient détentrices d’une grande partie de la dette coloniale, Iturbide décida de ne pas répudier la dette. De même, afin de rassurer le puissant haut clergé, il décida de ne pas nationaliser les biens de l’Église. Et contre l’intérêt du peuple, il opta pour emprunter à Londres et pour consacrer une partie significative de l’emprunt au remboursement de la dette coloniale.

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Entrée d’Iturbide avec l’Armée Trigarante dans la capitale le 27 Septembre 1821

Les classes dominantes mexicaines, en tout cas un secteur majoritaire de celles-ci, avaient intérêt à ce que le Trésor public de leur pays s’endette à l’étranger…

Dans l’article « La dette et le libre-échange comme instruments de subordination de l’Amérique latine depuis l’indépendance », les emprunts réalisés par le Mexique à Londres en 1824-1825 ont été rapidement analysés. Ils sont à l’origine d’un enchaînement d’événements qui se sont échelonnés sur l’ensemble du 19e siècle et ont fortement conditionné l’histoire du pays dans ses relations avec les puissances étrangères.

Les termes des emprunts étaient tout à fait abusifs et leur gestion l’était tout autant.

Le mexique emprunte 1 et s’engage à rembourser 7 En février 1824, le Mexique émet un emprunt à Londres par l’intermédiaire de la banque Goldsmith and Company. Les conditions sont léonines car elles favorisent de manière abusive la firme Goldsmith. Alors que le Mexique s’endette pour l’équivalent de 16 millions de pesos mexicains (3,2 millions de livres sterling. NB : par la suite, livres sterling = £), il ne reçoit que 5,7 millions de pesos environ, 1,14 million £), soit 35 % de la somme empruntée. Si l’on prend en compte les intérêts à payer, alors qu’il a reçu 5,7 millions de pesos, le Mexique s’engage à rembourser, sur une période de 30 ans, 40 millions de pesos (16 millions de pesos en capital auxquels s’ajoutent 24 millions de pesos sous forme d’intérêts car le taux est fixé à 5 %). Exprimé de manière simple : le Mexique reçoit 1 et s’engage à rembourser 7. Rien qu’au moment de l’emprunt, Goldsmith a réalisé un gain énorme.

En 1825, le Mexique emprunte la même somme (16 millions de pesos ou 3,2 millions £) auprès d’une autre société financière, Barclay and Company |7|, et reçoit 6,5 millions de pesos 1,3 million £). Sur 30 ans, il s’engage à rembourser 44,8 millions de pesos (16 millions de pesos en capital auxquels s’ajoutent 28,8 millions de pesos sous forme d’intérêts car le taux est fixé à 6 %).

Contrairement à la narration officielle, la suspension du paiement de la dette mexicaine et d’autres pays d’Amérique latine (ainsi que de la Grèce) qui est intervenue à partir de 1827 ne constitue pas la cause de la crise qui a touché la finance londonienne, elle en est la conséquence.

Elle n’est pas non plus la conséquence des troubles qui ont continué à secouer les pays d’Amérique latine et d’autres pays comme la Grèce.

La crise est survenue subitement à Londres à partir de décembre 1825 comme conséquence de l’éclatement de la bulle spéculative financière qui s’était développée au cours des années précédentes et qui touchaient principalement des activités domestiques britanniques. En plus, dans le cadre de la fièvre spéculative, les banquiers de Londres ont octroyé massivement des crédits à des pays qui étaient en lutte pour leur indépendance (les batailles décisives menées par Simon Bolivar ont eu lieu en Amérique latine en 1824, les indépendantistes grecs étaient dans une position fragile dans leur conflit face à l’Empire ottoman…). Quand la crise a démarré à Londres, les pays d’Amérique latine et la Grèce payaient normalement leurs dettes extérieures.

Dans le cas du Mexique, les deux firmes financières, Goldsmith d’une part et Barclay d’autre part, qui avaient émis les titres mexicains en 1824-1825, avaient fait des bénéfices considérables sur le dos du pays. Il faut souligner également que Goldsmith avait prélevé sur l’emprunt de 1824 les intérêts et le remboursement du capital correspondant aux années 1824-1825. De plus, de l’emprunt de 1825 effectué par l’intermédiaire de Barclay, un quart a servi à rembourser Goldsmith pour l’année 1826 ! Goldsmith a spéculé sur les titres mexicains : alors que la banque les avait achetés à 50 % de leur valeur auprès du Mexique, elle en a vendu une grande partie à des tiers à 58 % de leur valeur. Ensuite, début 1825, quand l’euphorie boursière battait son plein, elle les a vendus à 83 % de leur valeur |8|.

Or la firme Goldsmith a fait faillite à Londres en février 1826 et Barclay a fait faillite en août 1826 |9|. Le Mexique, de toute évidence, n’en était pas responsable, il était assurément une des victimes.

À cause de la faillite de Barclay, le Mexique perdit 304 000 livres sterling qui avaient été prélevées par cette firme afin de prépayer les intérêts et le début du remboursement du capital pour toute l’année 1826 et une partie de l’année 1827.

Les conditions d’emprunt de 1824-1825 avaient créé une spirale d’endettement Si le Mexique et de nombreux autres pays sont entrés en cessation de paiement à partir du 1er octobre 1827, c’est parce que le robinet du crédit qui était largement ouvert à Londres en 1824-1825 s’est refermé tout à coup à partir de décembre 1825. Or le Mexique, comme les autres pays débiteurs, comptait bien sur de nouveaux emprunts auprès de Londres pour rembourser les précédents. Les conditions dans lesquelles les pays avaient accepté de s’endetter rendaient impossible la poursuite du remboursement s’il n’y avait pas de nouveaux prêts. Autrement dit, les conditions d’emprunt en 1824-1825 étaient tellement défavorables aux débiteurs des nouveaux pays indépendants qu’il leur était impossible de rembourser sans emprunter.

Au début des années 1830, Lorenzo de Zavala, ministre mexicain des Finances |10|, affirma que le Mexique aurait dû renoncer à emprunter à Londres car les ressources économiques du Mexique étaient suffisantes |11|. Il faut préciser qu’il était président du Congrès constituant lors de la réalisation des emprunts de 1824-1825. Lucas Alaman, qui était ministre en 1824, reconnut également a posteriori, en 1852, que l’emprunt de Londres avait été funeste |12|. José Mariano Michelena, qui a remplacé à Londres en 1825 Borja Migoni qui avait négocié les emprunts de 1824 et 1825, a dénoncé les taux usuraires |13|. Pourtant, un auteur comme J. Bazant, dans un ouvrage publié en 1968 et qui fait autorité dans les milieux académiques, affirme à tort que le Mexique a bien fait d’emprunter à Londres et que, somme toute, les conditions d’emprunt n’étaient pas si mauvaises que cela |14|. L’argument principal de Bazant consiste à dire que d’autres pays ont accepté des conditions aussi peu favorables. Ce n’est pas un argument convaincant. Il faut observer des critères objectifs tels que le prix d’émission, le taux d’intérêt réel, ou encore les commissions payées. Le Mexique s’est vu imposer des conditions qu’il aurait dû rejeter. De toute façon, le prêt de Goldsmith de 1824 est de loin le pire de tous ceux accordés aux pays d’Amérique latine au cours de la décennie 1820 |15|. Par ailleurs, ce n’est pas parce que d’autres gouvernements ont accepté d’emprunter eux aussi contre l’intérêt réel de leur pays que les emprunts réalisés par le Mexique sont légitimes. De plus, des pays qui, comme le Paraguay ou l’Égypte à la même époque, ont refusé de recourir à des emprunts extérieurs ont connu des succès très importants. C’est quand l’Égypte a accepté à partir des années 1850 de recourir massivement aux emprunts extérieurs que les choses ont mal tourné |16|.


Lien étroit entre dette interne et dette externe

Contrastant avec les prêts accordés à l’État colonial espagnol à des taux de 5 à 6 %, les classes dominantes locales prêtaient à des taux usuraires (12 à 30 %, voire plus |17|) au nouvel État mexicain, les emprunts externes servaient en partie à rembourser la dette interne. Les riches Mexicains (qu’ils soient grands propriétaires latifundistes, grands commerçants, ou encore propriétaires de mines ou de chemins de fer) qui prêtaient à l’État avaient tout intérêt à ce que les autorités mexicaines continuent d’emprunter à l’étranger. Ces emprunts servaient donc largement à rembourser la dette interne et ils procuraient d’autres avantages : ils étaient une source de profit pour les classes dominantes mexicaines qui se portaient acquéreuses de titres mexicains à l’étranger. Ils constituaient une source de devises étrangères et les capitalistes mexicains en avaient besoin pour importer des produits étrangers (biens d’équipement, biens de consommation, armes, etc.).

Le fait de financer toute une série d’activités de l’État par l’emprunt permettait aussi aux autorités de Mexico de ne pas augmenter les impôts payés par les riches.

L’utilisation des deux emprunts de 1824-1825 illustre bien ce qui vient d’être énoncé : 25 % du montant ont servi à rembourser la dette interne, 15 % ont servi à acheter des armes à Londres ; 8 % à l’achat de tabac aux grands producteurs mexicains (ce tabac était ensuite revendu par l’État) ; 52 % pour les dépenses courantes de l’État (paiement des arriérés de salaires, de retraites, frais de fonctionnement) |18|. Donc 0 % pour des investissements de développement ou pour des dépenses sociales.

L’exemple du Mexique est très intéressant du point de vue suivant : des capitalistes mexicains ont pris la nationalité anglaise ou française afin d’obtenir une protection des gouvernements de Londres ou de Paris. Or le prétexte qu’ont utilisé la France, la Grande-Bretagne et l’Espagne pour agresser fin 1861 militairement le Mexique, c’est justement la nécessité d’obtenir le remboursement des dettes dues par le Mexique à des citoyens français, britanniques ou espagnols. Il se fait qu’une partie de ces citoyens étaient en réalité de riches Mexicains résidant au Mexique mais ayant adopté la nationalité des puissances européennes afin d’obtenir leur appui dans leur conflit contre l’État. C’était au sens littéral en langue espagnole des « vende patria » (littéralement, « vendeurs de la patrie »).


Les restructurations de la dette des années 1830 et 1840

Comme indiqué plus haut, le Mexique a suspendu le paiement de la dette extérieure (les emprunts Goldsmith et Barclay en octobre 1827) et son gouvernement a tenté de recourir à la dette interne en acceptant en 1828 des taux très élevés puisque les classes dominantes locales se montrent très exigeantes : le 1er juin 1828, Manuel Lizardi octroya un prêt au taux annuel de 536 % ; le 23 juillet 1828, Angel Gonzalez prêta à 232 % |19|. Précisons que la société financière de Manuel Lizardi a joué, 9 ans plus tard à Londres, les intermédiaires entre le gouvernement mexicain et les détenteurs des titres Goldsmith et Barclay, et qu’elle a empoché des commissions considérables à ce titre (voir plus loin) |20|.

Le pays entra dans une négociation avec les créanciers de Londres qui avaient mis en place en 1829 un comité des détenteurs des titres mexicains. En 1831, les autorités mexicaines firent d’énormes concessions aux créanciers. Alors que les arriérés d’intérêt pour la période allant d’octobre 1827 à avril 1831 s’élevaient à 1,1 million de livres sterling, elles acceptèrent que ces arriérés soient transformés en une nouvelle dette d’un montant de 1,6 million de livres sterling (c’est ce qu’on appelle la capitalisation des intérêts, ou la transformation des intérêts impayés en capital restant dû).

Quelle était la situation suite à l’accord de 1831 entre le Mexique et les créanciers ?

Le Mexique a reçu en 1824-1825 environ 2,44 millions de livres sterling, il a remboursé 2 millions de livres sterling sous forme d’intérêt et de remboursement du capital entre 1824 et 1827, il n’a reçu aucun nouveau versement jusqu’en 1831 et il se retrouve avec une dette qui a augmenté : elle passe de 6,4 millions de livres sterling à 6,85 millions de livres sterling.
Dans le cas de l’emprunt Goldsmith de 1824, le Mexique a remboursé entre février 1824 et juillet 1827, 1,57 million de livres sterling alors qu’il n’a reçu que 1,13 million de livres sterling en tout et pour tout |21|. Il aurait dû répudier l’emprunt vu le caractère léonin du contrat, d’autant que la société Goldsmith était tombée en faillite en 1826. Or en 1831, le Mexique accepte une reconnaissance de dette restant due d’un montant de 2,76 millions de livres sterling pour l’emprunt Goldsmith |22|.

En 1831, le Mexique reprend les paiements externes, cela dure un an. En 1837, alors qu’il n’a reçu aucun nouveau prêt externe, le Mexique passe un nouvel accord avec les créanciers de Londres. La dette s’accroît de nouveau : elle passe de 6,85 millions de livres sterling à 9,3 millions de livres sterling. Le Mexique réalise des paiements d’intérêts et d’amortissement du capital de 1842 à 1844.

Une nouvelle négociation eut lieu en 1846 au cours de laquelle le capitaliste mexicain Manuel Lizardi fit des profits considérables et frauduleux sur le dos de son pays et au profit du comité des créanciers. Malgré les paiements effectués en 1842-1844, la dette mexicaine passa de 9,3 millions de livres sterling à un peu plus de 10 millions de livres sterling, sans qu’il y ait la moindre rentrée de crédit nouveau. Il s’agit d’un jeu d’écriture qui permet d’accroître au profit des créanciers la dette restant due, tout en accordant un semblant de répit au Mexique. La commission prélevée en supplément par Manuel Lizardi s’éleva à 876 000 livres sterling. Après avoir empoché cette somme, Manuel Lizardi a dissous sa société financière afin d’échapper à des poursuites futures.

En 1847, les États-Unis font la guerre au Mexique pour s’approprier une portion énorme de son territoire. Les États-Unis s’emparent de la moitié du territoire mexicain en annexant les actuels États du Texas, du Nevada, de l’Utah, du Colorado, du Nouveau-Mexique, de l’Arizona et de la Californie. Ils occupent momentanément la capitale Mexico.

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Territoires perdus par le Mexique en faveur des Etats-Unis en 1848

Après la guerre, Washington verse une compensation pour les territoires conquis (15 millions de pesos mexicains, environ 3 millions de livres sterling). Une grande partie de cette somme a ensuite servi à rembourser la dette intérieure aux classes dominantes locales et à reprendre le paiement de la dette extérieure pendant les années 1851 à 1853 (il s’agit toujours du paiement des emprunts de 1824-1825) |23|.


Les conventions internationales funestes signées par le Mexique entre 1851 et 1853 avec la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne

Une convention imposée par la Grande-Bretagne en exerçant un chantage En décembre 1851, le Mexique a accepté de signer une convention internationale avec la Grande-Bretagne par laquelle il reconnaissait une dette à son égard et se déclarait prêt à indemniser des sujets et des entreprises britanniques ayant subi des dommages de la part des autorités mexicaines dans le passé : il s’agissait de la dette interne achetée par des firmes britanniques et dont le paiement avait été suspendu. Cette convention a été imposée par la Grande-Bretagne en exerçant un chantage : si le Mexique voulait pouvoir émettre à nouveau des emprunts à Londres, il devait signer ce type de traité international. S’il ne signait pas, le Mexique risquait d’être confronté à une intervention militaire britannique visant à obtenir justice pour ses sujets. Outre que cette convention favorisait des sujets et des entreprises britanniques en leur octroyant des remboursements tout à fait exagérés, il contenait une disposition encore plus dommageable et scandaleuse qui mérite une courte explication. La firme d’un capitaliste mexicain a obtenu, par cette convention, la promesse du versement d’une forte indemnité grâce au fait que son propriétaire Martinez del Rio avait acquis la nationalité britannique en 1843. Cette firme mexicaine qui avait acheté des titres de la dette Titres de la dette Les titres de la dette publique sont des emprunts qu’un État effectue pour financer son déficit (la différence entre ses recettes et ses dépenses). Il émet alors différents titres (bons d’état, certificats de trésorerie, bons du trésor, obligations linéaires, notes etc.) sur les marchés financiers – principalement actuellement – qui lui verseront de l’argent en échange d’un remboursement avec intérêts après une période déterminée (pouvant aller de 3 mois à 30 ans).
Il existe un marché primaire et secondaire de la dette publique.
interne mexicaine a réussi à donner un caractère international à cette dette grâce à la naturalisation de son patron |24|.

La même année, le Mexique a signé une convention similaire avec l’Espagne. Deux autres suivront au cours des années 1852-1853 |25|. De même, entre 1851 et 1853, le Mexique a signé trois conventions semblables avec la France |26|. D’après J. Bazant, la moitié de la dette reconnue par le Mexique au travers de ces conventions internationales était en réalité détenue par des capitalistes mexicains qui avaient adopté la nationalité britannique ou espagnole.

La Grande-Bretagne, la France et l’Espagne, en imposant ces conventions au Mexique, visaient à se doter d’un instrument international de coercition sur le pays. À partir du moment où le Mexique les signait, il abandonnait une part de sa souveraineté et donnait aux puissances étrangères un argument pour lui déclarer la guerre en cas de non remboursement de la dette. Jusque-là, les tribunaux mexicains refusaient les plaintes des sujets britanniques, espagnols ou français quand elles concernaient des réclamations à propos de la dette interne. De même, les tribunaux étrangers ne pouvaient pas donner suite à des plaintes de leurs citoyens et de leurs entreprises si elles concernaient la dette interne d’un pays souverain comme le Mexique. En acceptant de signer ces conventions, le Mexique a accepté de transformer de la dette interne en dette externe, et a accepté que les États étrangers se substituent à des sujets privés.

De plus, comme expliqué plus haut, le Mexique a accepté que des sujets mexicains (en l’occurrence des capitalistes) qui ont changé de nationalité puissent faire défendre leurs intérêts par des puissances étrangères.

Concrètement, les dettes internes ont été remplacées par de nouveaux titres souverains mexicains qui avaient une valeur internationale et qui étaient remboursés sur les recettes douanières. La nouvelle dette externe héritée de ces conventions s’élevait à 14,2 millions de pesos (soit un peu moins de 3 millions de livres sterling). Il est important de préciser qu’aucun versement de l’étranger vers le Mexique ne correspond à cette somme : il s’agit simplement une fois de plus d’un jeu d’écriture transformant une dette interne en dette externe. La dette externe, qui s’élevait avant les conventions à 52,7 millions de pesos (un peu plus de 10 millions de livres sterling) |27| correspondant à l’arnaque des emprunts Goldsmith et Barclay de 1824-1825, fut accrue de 14,2 millions de pesos et atteignit 66,9 millions de pesos |28|.

De toute évidence, les autorités mexicaines, composées de représentants des classes dominantes locales, en signant ces conventions ont agi contre l’intérêt de leur pays et de la population mexicaine.

On verra quel parti ces puissances étrangères chercheront à tirer de ces conventions dans les années 1860. On assistera dix ans plus tard à la concrétisation dramatique de la menace : des capitalistes mexicains, à partir de 1861-1862, soutiendront l’invasion française, britannique et espagnole et appuieront l’imposition par la France d’un prince autrichien comme empereur du Mexique. Pour écarter définitivement le piège des conventions internationales de reconnaissance de dette et l’abandon de souveraineté qu’elles impliquent, le Congrès mexicain adopta en 1883 un décret qui les interdit (voir plus loin).


La révolution d’Ayutla et la lutte entre Libéraux et Conservateurs

En 1855, la dictature du conservateur Santa Anna est renversée par la révolution d’Ayutla et le Parti libéral arrive au pouvoir.

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À droite, Juan Álvarez, nommé par le Plan d’Ayutla comme l’un des 3 leaders des forces de la libération

Afin de favoriser le développement d’une bourgeoisie capitaliste au Mexique, les libéraux veulent exproprier de leurs terres le clergé et les communautés indigènes |29|. Les lois prises en ce sens sont connues comme celles de la Réforme, et seront réaffirmées par l’adoption de la Constitution de 1857. En réaction, le Parti conservateur, représentant les intérêts du clergé et des grands propriétaires fonciers, se lance dans la guerre de la Réforme contre le pouvoir libéral, avec l’appui du Pape Pie IX. Le libéral Benito Juárez, qui avait accédé à la présidence en 1858, est renversé par des généraux conservateurs. Le général Zuloaga qui dirigeait la place militaire de la capitale usurpe la présidence. Benito Juárez doit abandonner Mexico et organise la résistance armée contre les usurpateurs à partir du nord du pays tout en bénéficiant d’appuis sur tout le territoire. Entre 1858 et le 1er janvier 1861, coexistèrent deux gouvernements, le gouvernement conservateur, siégeant à Mexico, et celui des libéraux dont le siège se déplaça au gré de la guerre.


Le scandale des titres Jecker émis par le général Zuloaga, président usurpateur

En 1858, le ministre des Finances du président conservateur de l’époque tenta de réaliser une grande opération de restructuration/conversion de la dette interne pour un montant de 57 millions de pesos. Les nouveaux titres émis commencèrent à se vendre à 5 % de leur valeur faciale, puis chutèrent et se vendirent à 0,5 % ! Le Mexique s’endetta pour un montant de 57 millions de pesos et ne reçut en contrepartie que 443 000 pesos (soit moins de 1 % de la valeur faciale émise !) et d’anciens titres. Un fiasco complet pour le Trésor mais une aubaine pour les acheteurs de titres. En particulier pour le banquier suisse Jean Baptiste Jecker |30| établi à Mexico depuis 1835, gros actionnaire de mines d’argent (les mines de Taxco et du Mineral Catorze), qui avait acheté une grande quantité de titres entre 0,5 et 5 % de leur valeur. Un an plus tard, le Mexique fit un nouvel emprunt interne en passant par les services du banquier Jecker. Celui-ci acquit les titres d’une valeur de 15 millions de pesos et, en échange, il remit au Trésor public mexicain 618 927 pesos (soit environ 4 % de la valeur des titres) et des titres émis l’année précédente d’une valeur de 14,4 millions de pesos et achetés pour une bouchée de pain. Le coût total de l’opération pour Jecker s’éleva à 1,5 million de pesos (c’est-à-dire l’achat d’une grande partie des titres émis en 1858 et la nouvelle émission de 15 millions de pesos des titres Jecker).

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Benito Juárez

Benito Juárez, dès le 3 novembre 1858, avait rendu un décret émis depuis la ville de Veracruz, que la presse clandestine avait révélé aux habitants de Mexico et qui était ainsi conçu : « Benito Juárez, président constitutionnel intérimaire des États-Unis Mexicains, à tous les habitants de la République, faisons savoir que : En vertu des pouvoirs dont je suis revêtu, il m’a paru convenable de décréter ce qui suit : Toute personne qui, directement ou indirectement, prêtera des secours aux individus qui se sont soustraits à l’obéissance du gouvernement suprême constitutionnel en fournissant de l’argent, des vivres, des munitions ou des chevaux, perdra par ce seul fait la valeur intégrale des sommes ou des objets qu’il leur aura livrés, et sera condamné en outre envers le trésor à payer, à titre d’amende, le double de l’argent qu’il leur aura fourni, ou le double de la valeur des objets qu’il leur aura livrés.
Donné au palais du gouvernement général dans Veracruz, le 3 novembre 1858.
 » |31|

Jecker et les capitalistes locaux qui finançaient le gouvernement usurpateur étaient donc informés des risques qu’ils prenaient.


La répudiation de la dette interne et la suspension du paiement de la dette externe en 1861

Benito Juárez répudit les emprunts internes réalisés entre 1858 et la fin 1860 par les usurpateurs Le 1er janvier 1861, Benito Juárez, après que ses troupes eurent vaincu l’armée des conservateurs, rentra triomphalement dans la capitale. Benito Juárez et son gouvernement répudièrent les emprunts internes réalisés entre 1858 et la fin 1860 par les usurpateurs.

Néanmoins, il proposa à Jecker de l’indemniser pour le montant qu’il avait réellement dépensé, à savoir 1,5 million de pesos. Celui-ci refusa et chercha l’appui de la France pour obtenir un maximum de profit. L’empereur Napoléon III cherchait un prétexte pour réaliser de nouvelles conquêtes coloniales : il voulait prendre possession du Mexique (dont le territoire était trois fois plus grand que la France) et de ses mines d’argent. Le gouvernement français exigea du Mexique qu’il rembourse les titres détenus par Jecker (qui, pour rappel, était de nationalité suisse) à leur valeur faciale ainsi que les titres mexicains que des Français avaient acquis. Le caractère fallacieux de l’argument utilisé est encore plus évident quand on prend en compte le fait suivant : la France a accordé la nationalité française au banquier J. B. Jecker en mars 1862 alors que l’invasion a commencé, trois mois plus tôt, début janvier 1862 (voir plus loin).

Déjà en 1839, la France avait agressé le Mexique

La France avait déjà utilisé l’arme des dommages causés à ses ressortissants au Mexique pour obtenir des avantages commerciaux. Dans la situation chaotique post-indépendance, des commerçants français au Mexique subirent des pertes, voire furent tués lors de troubles.

En septembre 1838, la pâtisserie du Français Remontel à Tacubaya est saccagée. La France de Louis-Philippe réclament pour ces dégâts et autres ’prêts forcés’ 600 000 pesos (3 millions de francs). Devant le refus des autorités mexicaines, la France envoie une escadre qui s’empare de St Jean d’Ulloa et détruit le port de Veracruz. Les Mexicains donneront à cette intervention le nom de « guerra de los pasteles » (guerre des pâtisseries) pour montrer le décalage entre le motif invoqué et les effets.

Cette guerre a, en effet, eu des conséquences pour le Mexique, qui doit reconstruire le port de Veracruz, et perd les revenus des douanes qu’il générait pendant sa reconstruction. Il doit signer le traité de Veracruz, en mars 1839, par lequel il s’engage à verser les 600 000 pesos réclamés, mais surtout accorde des avantages commerciaux à la France, en particulier pour les importations de tissus et produits de luxe.

Jecker avait mis sa banque en faillite en mai 1860 et les liquidateurs trouvèrent dans les actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
les bons mexicains de 1858 et de 1859 pour un montant de 68 millions de pesos, ce qui signifie que Jecker n’en avait vendu qu’une infime quantité contrairement à ses affirmations |32| (cela rappelle ce qu’a fait à la même époque le banquier français Erlanger à propos des titres tunisiens émis à Paris en 1863). Il faut aussi souligner que le duc de Morny, frère illégitime de Napoléon III, président de l’Assemblée nationale, a par la suite acquis 30 % des titres Jecker |33|.

Comme indiqué plus haut, Benito Juárez, après être sorti vainqueur fin 1860 de la lutte pour le pouvoir entre libéraux et conservateurs, tenta de remettre en ordre les finances du pays. La Grande-Bretagne le reconnaît comme président en février 1861 en espérant que son gouvernement reprenne les paiements de la dette liée aux emprunts Goldsmith (1824) et Barclay (1825), respecte la convention de 1851 et assume les dettes contractées depuis par les successeurs |34|. Or Benito Juárez décide en mai 1861 de suspendre pour un an le paiement de la dette liée aux emprunts Goldsmith et Barclay. En juillet 1861, il étend à deux ans la suspension de paiement. Aucun paiement n’est effectué à l’égard de la Grande-Bretagne, de la France et de l’Espagne qui avaient soutenu les présidents conservateurs usurpateurs de 1858 à 1860.


L’invasion française et l’occupation du Mexique (1862-1867)

Le 31 octobre 1861, la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne ont signé une convention internationale par laquelle les trois puissances coloniales se sont mises d’accord pour recourir à la force contre le Mexique afin de contraindre le pays à payer ses dettes |35|. Les conventions signées par le Mexique entre 1851 et 1853 sont invoquées pour justifier l’agression. La présidence des États-Unis tente une médiation : Washington propose de prêter au Mexique l’argent dont il a besoin pour reprendre les paiements à l’égard de la Grande-Bretagne, la France et l’Espagne. Mais le Sénat des États-Unis rejette finalement cette proposition |36| et les préparatifs de l’invasion se poursuivent. Les Espagnols débarquent en décembre 1861, les Britanniques le 4 janvier 1862 et les Français quatre jours plus tard. Le corps expéditionnaire français était de loin le plus important. Finalement, seule la France poursuit l’invasion. En effet, la Grande-Bretagne et l’Espagne s’opposent à la prétention de la France de conquérir le Mexique, d’abolir la République et d’y instaurer une monarchie. Les Britanniques et les Espagnols reprochent officiellement aux Français d’avancer des exigences totalement disproportionnées et leur signifient que, dès lors, la convention d’octobre 1861 est rompue.

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Maximilien 1er, empereur du Mexique

Britanniques et Espagnols se retirent du Mexique en avril 1862. Les troupes françaises mettent un an à atteindre la capitale et à l’occuper pour instaurer, avec l’appui d’une partie des classes dominantes locales, une monarchie catholique. Le prince Maximilien d’Autriche est proclamé empereur. Il a cherché au cours de son règne qui a duré jusqu’en 1867 à obtenir un appui populaire en lançant certaines réformes sociales, mais ce fut un échec.

Maximilien d’Autriche est apparu clairement comme un empereur fantoche servant les intérêts de la France.

La reconnaissance des dettes Jecker contractées par les présidents conservateurs de 1858- 1860 constitue une de ses premières mesures. Une autre consiste à émettre un nouvel emprunt international à Paris et à Londres pour 200 millions de francs français (ou 40 millions de pesos, ou encore 8 millions de livres sterling) |37|.

En réalité, le nouvel emprunt n’eut de succès qu’à Paris et fut organisé avec le Crédit Mobilier et la banque Fould-Oppenheim & Cie. Le Crédit Mobilier avait été créé en 1852 et profitait de la protection de Bonaparte |38|. La banque Fould-Oppenheim & Cie était directement liée au ministre des Finances de Napoléon III, Achille Fould, frère du propriétaire de cette banque. Les conditions d’émission ont été proches de celles de l’emprunt Goldsmith de 1824. Alors que le Mexique s’est endetté pour 200 millions de francs, le produit de la vente des titres a rapporté 100 millions de francs dont une grande partie resta en France. Maximilien d’Autriche émit un second emprunt à Paris en avril 1864 pour 110 millions de francs (22 millions de pesos). L’entièreté de la somme resta en France |39|. Maximilien réalisa un dernier emprunt au début de 1865 pour un montant de 250 millions de francs (50 millions de pesos) |40|. Au total, alors que le Mexique s’est endetté pour 560 millions de francs, seulement 34 millions de francs arrivèrent au Mexique |41|. Plus de la moitié de la somme empruntée arriva directement au ministère français des Finances. Jecker de son côté reçut 12,6 millions de francs.

Pendant son court règne, Maximilien multiplia par trois la dette extérieure du Mexique L’expédition militaire internationale commanditée par Napoléon III a abouti à une défaite cuisante, les troupes françaises se sont retirées en février 1867 |42|. Pendant son court règne, Maximilien, totalement instrumentalisé par la France, multiplia par trois la dette extérieure du Mexique. Lorsque Benito Juárez réintégra le palais présidentiel à Mexico et mit fin définitivement au régime d’occupation, il répudia toutes les dettes contractées par Maximilien d’Autriche et le fit exécuter en juin 1867. Il réaffirma également la répudiation de la dette intérieure contractée entre fin 1857 et fin 1860 par les présidents conservateurs Zuloaga et Miramon.

Au cours de la lutte contre l’occupation française, le gouvernement de Benito Juárez avait contracté en 1865 une dette auprès des États-Unis d’un montant de 3 millions de pesos. Cette dette fut honorée. Il est clair que le régime de Benito Juárez avait besoin du soutien de Washington face aux autres puissances coloniales. Il est également évident que Washington, une fois la guerre de Sécession terminée, a développé à nouveau une politique impérialiste à l’égard du Mexique. Comme on le verra plus loin, la stratégie utilisée par les États-Unis consista en une politique d’investissements au Mexique, notamment dans les chemins de fer. Ensuite, Washington recourut à nouveau à l’intervention militaire après l’éclatement de la révolution mexicaine à partir de 1910.

Après son retour au pouvoir, la Grande-Bretagne mit la pression sur le régime de Benito Juárez afin qu’il reprenne le paiement de l’ancienne dette extérieure concernée par la convention de 1851. Le Mexique répondit que cette convention n’était plus valide puisque entre temps, Londres avait participé à une expédition militaire contre le Mexique en 1862 et avait ensuite reconnu le régime d’occupation de Maximilien d’Autriche |43|.

Concernant le solde des emprunts Goldsmith (1824) et Barclay (1825), le Mexique ne fit aucun paiement jusqu’en 1886 mais ne les répudia pas.

Concernant la convention de 1852-1853 avec la France, le Mexique considéra qu’elle n’avait plus de validité vu l’invasion. Il est très important de souligner que la France finit par accepter de fait la position du Mexique puisque les relations diplomatiques furent pleinement rétablies entre les deux pays en 1880 sans que la France pose comme condition la reconnaissance d’anciennes dettes. C’est une victoire très importante pour le Mexique. La France ne voulait pas perdre la possibilité d’investir au Mexique et elle a compris que, si elle maintenait des exigences inacceptables pour le Mexique, elle n’arriverait à rien.

On verra que le gouvernement de Porfirio Díaz a, par la suite, adopté une politique avec la France et d’autres puissances, contraire aux intérêts du pays en matière de dette externe.


Le régime de Porfirio Díaz (1876-1910) et le retour à l’endettement massif

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Porfirio Diaz jeune

Une nouvelle période de l’histoire du Mexique débute en 1876 lorsque le général Porfirio Díaz (un libéral qui avait servi sous les ordres de Benito Juárez) renverse par les armes le gouvernement libéral de Sebastián Lerdo de Tejada qui avait succédé en 1872 à Benito Juárez. C’est le début du porfiriato, régime libéral autoritaire qui va « moderniser » le pays en l’ouvrant beaucoup peu plus aux capitaux étrangers, en favorisant l’accumulation de capital d’une bourgeoisie nationale à l’aide de la spoliation et du développement accéléré des relations de production capitaliste, sans mettre fin complètement à des formes d’exploitation préexistant au capitalisme.

Le porfiriato approfondit avec des méthodes encore plus autoritaires |44| les réformes libérales entamées par Benito Juárez. De ce point de vue, il y a continuité |45|. En revanche, alors que Benito Juárez et le Mexique avaient affronté les créanciers de la dette publique interne et externe, Porfirio Díaz a adopté une politique très favorable aux créanciers. Son gouvernement a reconnu d’anciennes dettes, y compris certaines dettes qui avaient été répudiées par le Congrès et par le gouvernement de Benito Juárez.

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Le Mexique en 1880

Entre 1880 et 1884, Díaz confie le pouvoir au général Manuel González, un de ses fidèles. C’est la période pendant laquelle une importante restructuration de la dette se met en place et débouche sur un nouveau cycle d’endettement massif. Le porfiriato a duré jusqu’à l’éclatement de la révolution mexicaine de 1910. Entre 1888 (date du premier emprunt international réalisé durant le porfiriato) et 1910, la dette publique extérieure du Mexique a été multipliée par 8,5 passant de 52,5 millions de pesos à 441,4 millions de pesos, et la dette publique interne a été multipliée par 2.

Un calcul édifiant : en 1883, lorsque le Congrès mexicain a adopté la loi fixant le cadre de la dette à renégocier avec les créanciers, son montant s’élevait environ à 100 millions de pesos. Entre 1888 et 1911, le Mexique a payé autour de 200 millions de pesos en intérêts et en remboursement du capital et sa dette publique totale (externe et interne) a atteint 578 millions de pesos |46|. En résumé, le Mexique a remboursé deux fois ce qu’il devait et se retrouve presque six fois plus endetté. Le montant reçu réellement par le Mexique a été extrêmement faible car l’augmentation de la dette a été réalisée essentiellement par des jeux d’écriture lors des restructurations successives. En plus, le faible montant reçu a été très mal dépensé, généralement sous forme de subventions aux capitalistes propriétaires des chemins de fer (voir plus loin).

Malgré ce bilan funeste, plusieurs auteurs de référence en matière de dette ont salué le « porfiriato ». W. Wynne écrit : « En 1877, l’arrivée au pouvoir du Président Díaz marqua le début d’une ère de paix et de gouvernement fort, et en 1885-86, un règlement définitif et réalisable des anciens prêts fut prévu à travers un plan complet de réajustement budgétaire. Une fois cela accompli, un nouveau chapitre de l’histoire de la dette externe du pays commença à être écrit, affectant l’ensemble de la vie économique et sociale de la nation. Une succession de nouveaux prêts fut contractée, contribuant en particulier à la construction de chemins de fer et aux travaux publics, tandis que d’importants investissements étrangers étaient destinés à l’exploitation privée des abondantes ressources naturelles » (p. 3-4) |47|.

J. Bazant écrit en conclusion de son ouvrage sur la dette du Mexique : « Durant le porfiriato, le progrès matériel ne pouvait pas être atteint par des moyens différents de ceux qui ont été employés, moyens qui ont consisté en un accroissement important de la dette extérieure et des investissements étrangers, comme dans d’autres pays » (p. 240) |48|.

Ces deux citations indiquent clairement le parti pris par leurs auteurs. Ils n’hésitent pas à embellir le porfiriato et les politiques d’endettement qui, sous ce régime, ont en réalité été néfastes pour le pays et sa population.


La reprise de l’engrenage de la dette

En ce qui concerne la dette extérieure, le Mexique a stoppé les paiements en 1861 avec l’arrivée de Benito Juárez à Mexico et cela a duré jusque 1888 |49|. À souligner que le gouvernement de Benito Juárez, à la fin des années 1860, a eu la bonne idée de racheter à 10 % de leur valeur une partie importante des titres concernés par les conventions signées avec la Grande-Bretagne au début des années 1850 |50|. D’une part, le coût du rachat était faible ; d’autre part, à travers cette opération qui retirait les titres de la circulation, le pays a épargné le paiement des intérêt et a évité d’éventuelles réclamations.

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Porfirio Diaz en 1902

Après sa prise de pouvoir, le général Porfirio Díaz a cherché à restructurer les anciennes dettes afin d’enrichir les capitalistes mexicains qui en détenaient une grande partie et d’améliorer ses rapports avec les grandes puissances étrangères. Il y est arrivé en 1888.

Vu que la Constitution mexicaine ne lui permettait pas d’être réélu indéfiniment, il plaça le général Manuel González à la présidence du pays entre 1880 et 1884. C’est ce dernier qui fit avancer les négociations avec les créanciers. En 1883, il réussit à convaincre le Congrès de donner mandat au gouvernement de négocier de nouveaux emprunts tout en reconnaissant une partie de l’ancienne dette extérieure, notamment celle liée au solde des emprunts Goldsmith (1824) et Barclay (1825). Le décret adopté par le Congrès le 14 juin 1883 |51| répudiait clairement les dettes suivantes : toutes les dettes contractées par les gouvernements illégitimes (usurpateurs), celles contractées par le général Zuloaga et son successeur, Miramon, entre le 17 décembre 1857 et le 24 décembre 1860, celles contractées ou renégociées par Maximilien d’Autriche |52|.

Une disposition très importante du décret : quelles que soient l’origine des crédits et la nationalité des créanciers, toute la dette publique doit conserver son caractère mexicain sans qu’on puisse lui donner une dimension internationale ni assigner certains revenus de l’État à son remboursement. Le Congrès cherchait ainsi à enlever à des puissances étrangères la possibilité de s’en prendre au Mexique sous le prétexte de faire respecter une convention internationale portant sur des dettes externes. Déclarer que la dette doit rester mexicaine signifie qu’en cas de litige avec des créanciers qu’ils soient étrangers ou non, la seule juridiction compétente est celle du Mexique. Dire qu’aucun revenu particulier de l’État ne pourra être assigné au remboursement de la dette, c’est sauvegarder le droit du Mexique de rembourser la dette s’il en a les moyens.

Les limitations fixées par la loi indiquent très clairement que pour une partie importante du Congrès et de l’opinion publique mexicaine, il était inconcevable de reprendre le remboursement de certaines dettes considérées comme illégitimes ou impures pour reprendre les termes utilisés dans les débats publics par les principaux protagonistes à l’époque.

Le décret du 14 juin 1883 a, en résumé, une double signification : d’une part, il autorise le gouvernement de Manuel González à renégocier la dette ancienne avec l’étranger ; d’autre part, le pouvoir législatif fixe un cadre contraignant en limitant les concessions que le gouvernement pouvait faire à l’égard des exigences des créanciers.

Le 1er juin 1884, le gouvernement de Manuel González viola le décret du 14 juin 1883, en passant un accord avec les créanciers internationaux afin de rembourser les dettes liées aux conventions signées au début des années 1850 avec la Grande-Bretagne |53|.

Finalement, l’accord avec les créanciers fut soumis pour ratification en novembre 1884 au Congrès. Cela a provoqué de très importants remous parmi les parlementaires et dans les rues |54|. Les parlementaires qui s’opposaient à l’accord que le gouvernement avait passé avec les créanciers exigeaient un audit préalable des dettes afin d’en déterminer la validité, la légitimité et de décider ce qu’il fallait répudier. Finalement, quand le gouvernement voulut passer en force au Congrès, cela entraîna d’importantes protestations. Les étudiants étaient à la tête des manifestations, la répression fit un mort. Les débats au Congrès furent suspendus mais cela n’empêcha pas le gouvernement de Manuel González puis celui de Porfirio Díaz de passer un accord avec les créanciers de la convention de Londres en les indemnisant à un taux qui leur était très favorable et dans un délai très bref |55|. Et pour cause, comme nous l’avons vu, au moins la moitié de la dette dite de Londres était détenue par des capitalistes mexicains. Il est très probable que 30 à 50 % des titres de Londres étaient détenus par Manuel González en personne et par son beau-frère, Ramon Fernandez, ambassadeur du Mexique en France |56|.

Les difficultés rencontrées par Manuel González au Parlement à la fin de son mandat et les manifestations de rue indiquent clairement que le thème de la dette constituait un élément central du débat national et que l’orientation adoptée par le gouvernement en la matière était rejetée par une partie importante de la population. La presse de l’époque en témoigne.

Après ces incidents très importants, Porfirio Díaz commença, le 1er décembre 1884, son second mandat et renforça un peu plus la politique budgétaire visant à rembourser la dette et à réaliser de nouveaux emprunts.


En 1888, la restructuration de la dette héritée des emprunts Goldsmith et Barclay

Finalement, le Mexique réalisa un nouvel emprunt à l’étranger en 1888 dont deux tiers servirent à rembourser le solde de la dette Goldsmith et Barclay vieille de plus de 60 ans.

Pour rappel, en 1824 et 1825, le Mexique a reçu grâce aux emprunts Goldsmith et Barclay 2,7 millions de livres (soit environ 13,5 millions de pesos). Par la suite, il a remboursé 5,1 millions de livres (soit près du double de la somme réellement reçue) dont 4 millions de livres sterling en paiement des intérêts et 1,1 million de livres sterling en remboursement du capital.

Un acte qui allait contre l’intérêt de la nation et qui servait les intérêts étroits des capitalistes mexicains En 1888, le Mexique a consacré 5,4 millions de livres sterling (27 millions de pesos) à rembourser le solde de la dette Goldsmith et Barclay. Une véritable arnaque. Un acte qui allait contre l’intérêt de la nation et qui servait les intérêts étroits des capitalistes mexicains qui détenaient une partie des anciens titres Goldsmith et Barclay |57|. Bien sûr, les détenteurs étrangers des titres étaient également favorisés. Tout cela a été mis à la charge du Trésor public mexicain.

L’emprunt de 1888, selon des auteurs de référence comme J. Bazant, a mis fin aux vieilles dettes de 1824-1825 alors qu’en réalité l’ancienne dette a été remplacée par une nouvelle dette de 34 millions de pesos |58| que le Mexique a dû rembourser jusqu’en 1910 et dont le solde a fait partie de la renégociation de la dette qui a eu lieu de 1922 à 1942.

On ne peut qu’être en désaccord avec le jugement émis par J. Bazant qui écrit : « Avec le prêt de 1888 l’histoire des emprunts de 1824 et 1825 est close. (…) On peut conclure que malgré les nombreuses complications que ces emprunts avaient entraînées pour le pays, à la fin des comptes, ils constituent une bonne opération ». |59|

Les emprunts de 1824-1825 restructurés pour la dernière fois en 1888 (pour rappel, ils avaient déjà été restructurés à 4 reprises entre 1830 et 1850 |60|) ont constitué un terrible boulet aux pieds du peuple mexicain.


Bilan de la politique d’endettement du porfiriato

Durant le porfiriato, le gouvernement imposa un ajustement budgétaire afin de dégager suffisamment de marge financière permettant d’assurer le remboursement de la dette.

Les mesures d’austérité ont consisté en une baisse des salaires dans la fonction publique, une augmentation des impôts et le refus de réaliser des dépenses sociales.

Au cours du porfiriato, sept emprunts furent émis. Le premier en 1888 servit essentiellement à rembourser les vieilles dettes, comme nous l’avons vu. Ceux de 1899 et de 1910 servirent de nouveau à payer des dettes. Celui de 1893 servit aux dépenses courantes du gouvernement. Ceux de 1889, de 1890 et de 1904 servirent à subventionner les capitalistes mexicains et étrangers qui investissaient dans le développement du réseau de chemin de fer.

En regardant les noms et la nationalité des banques étrangères qui intervinrent dans les emprunts du porfiriato et les lieux où ils furent émis, on suit l’évolution du grand capital et la montée en puissance de nouveaux centres financiers internationaux. Alors que les prêts de 1824-1825 furent émis à Londres par des banques anglaises et que ceux de l’occupation française le furent à Paris par des banques françaises, les emprunts des années 1888, 1893, 1899 furent émis par l’intermédiaire de banques allemandes (Bleichroeder, Deutsche Bank, Dresdner Bank) et les négociations furent menées à Berlin. À partir de 1899, entrèrent en scène les banques des États-Unis et notamment JP Morgan (qui constitue la plus grande banque des États-Unis en 2017) et, en 1910, revinrent en force des banques françaises, en particulier la Banque de Paris et des Pays-Bas |61| (qui est en 2017 la plus grande banque française sous le nom de BNP Paribas).

Ce qui est également frappant, c’est que le retour du Mexique sur les places financières européennes en tant qu’emprunteur à partir de 1888 coïncide avec une reprise massive des prêts des banques européennes aux pays d’Amérique latine. Les places financières européennes avaient connu une grande crise à partir de 1873 ayant entraîné la fermeture du robinet du crédit. Elles ont commencé à retrouver de l’appétit pour l’octroi de prêts aux pays de la périphérie et en particulier aux pays d’Amérique latine au cours des années 1880, en lien avec une fièvre spéculative de l’investissement dans les chemins de fer, que ce soit en Argentine, en Uruguay, au Brésil ou au Mexique.

Revenons au Mexique. L’endettement fournit des revenus réguliers et plantureux aux capitalistes étrangers et mexicains qui achetaient des titres de la dette mexicaine et ils servirent à faire des cadeaux aux grandes sociétés privées de chemins de fer comme nous allons le voir. Ces sociétés, après avoir fourni des profits rapides à leurs propriétaires privés, ont ensuite été nationalisées à leur demande et à grands frais par l’État. Pour les acheter, l’État s’endetta.

Contrairement aux auteurs qui affirment qu’il était très positif d’endetter le pays à l’étranger car cela permettait d’ouvrir son économie et de la doter d’infrastructures, on peut être convaincu qu’il aurait été possible de financer un développement véritablement utile à la population sans recourir à un endettement qui a été très onéreux et parsemé d’irrégularités, de fraudes et de détournements. Il aurait fallu annuler les dettes illégitimes passées (cela aurait épargné au pays de réaliser les deux premiers emprunts et les deux derniers qui ont servi à poursuivre le remboursement des deux premiers emprunts). Il ne fallait pas subventionner les capitalistes qui ont développé le réseau des chemins de fer. Il fallait développer le réseau ferroviaire dans le cadre d’un service public et le concevoir selon d’autres priorités que celles qui consistaient à exporter les matières premières vers l’étranger et à importer des produits manufacturés d’Europe et des États-Unis. Il fallait lever des impôts sur le patrimoine et le revenu des plus riches, sur les bénéfices des entreprises extractives afin de se passer du recours à la dette extérieure (ou de minimiser le plus possible son rôle). Il fallait organiser une réforme agraire, promouvoir l’industrie locale, renforcer le marché intérieur et développer le système d’éducation.


La politique du porfiriato dans le domaine agraire

Sous le porfiriato, l’accaparement de terres appartenant aux petits paysans, aux villages et aux communautés indigènes s’institutionnalise, sous la forme de « compagnies d’arpentage » chargées de délimiter les terres vierges, que le gouvernement offre pour partie aux compagnies d’arpentage et vend à la bourgeoisie. Or, ces terres sont rarement vierges et relèvent généralement de la propriété collective. La bourgeoisie livre une guerre féroce aux paysans, à l’aide de l’appareil répressif d’État et de milices privées. Féroce car le camp des grands propriétaires terriens dispose de moyens autrement plus importants que les paysans, et ces derniers, ne possédant que leurs terres et leur approvisionnement en eau, résistent jusqu’au bout. Les rébellions paysannes sont matées par le pouvoir et les haciendas des grands propriétaires s’étendent sur des territoires de plus en plus grands par les assauts continus qu’elles mènent contre les villages. Le processus permet non seulement d’éliminer petit à petit la propriété foncière collective, mais aussi de créer une classe de paysans ne disposant plus que de leur force de travail, qu’ils devront bientôt vendre aux capitalistes pour vivre |62|.

Adolfo Gilly écrit à propos de ces spoliations violentes : « ce processus accéléré d’accumulation aux dépens des formes économiques précapitalistes se combina avec une phase d’expansion mondiale du capitalisme, différent en cela du processus classique d’accumulation primitive. De ce point de vue, le phénomène présente des ressemblances, tantôt avec l’extermination des Indiens des États-Unis, tantôt avec les guerres coloniales des pays impérialistes ; mais il s’agirait alors d’une guerre coloniale menée par un gouvernement bourgeois dans son propre pays et contre son propre peuple. » |63|

Dans une société encore majoritairement agraire, le capitalisme mexicain se développe tout d’abord autour des haciendas, vastes propriétés agricoles formées autour d’un noyau central protégé par des murs et composé de la villa du propriétaire, des logements des employés et d’autres bâtiments nécessaires au fonctionnement du domaine (administration, greniers, église, etc.). Si le modèle de l’hacienda est introduit par la colonisation espagnole, il se développe considérablement sous le porfiriato. Selon Adolfo Gilly, en raison de sa capacité à utiliser et s’approprier des terres avoisinantes, l’hacienda dispose « d’une remarquable élasticité face aux variations du marché des produits et de la main-d’œuvre, pouvant soit se replier sur l’autoconsommation, soit s’élargir afin de produire davantage pour le marché, en fonction des cycles de l’économie. » |64| Elle emploie différentes sortes de travailleurs, dont des peons (paysans) dont la force de travail est fixée à l’hacienda grâce à des rapports de dépendance servile par endettement, et des travailleurs temporaires, employés selon les besoins du marché. À cette combinaison de différents rapports de production s’ajoute le fait que ces haciendas sont également les lieux de pouvoir politique détenu par la classe dominante, qui complète sur le plan local le pouvoir central fort du porfiriato.

Un indicateur évident du caractère catastrophique de la politique agraire du porfiriato, si l’on se réfère aux intérêts de la population dans son ensemble : en 1891-1892, le Mexique a dû importer massivement du maïs des États-Unis pour éviter la famine |65| alors que le maïs est la céréale de base des Mexicains et que sa paysannerie sait très bien comment le produire. Seulement, la politique de développement de grandes propriétés terriennes favorisait d’autres utilisations des terres : l’élevage extensif, des plantations de canne à sucre, du café, du tabac, du sisal…

Un historien mexicain du 19e siècle, Francisco Bulnes, dénonce les « 28 favoris du régime », à qui le gouvernement a vendu pour une bouchée de pain environ 50 millions d’hectares de terres, qu’ils ont ensuite cédés à des entreprises étrangères. Bulnes affirme que le régime a vendu pour un plat de lentilles la moitié de l’État de Basse-Californie à un capitaliste allemand, ayant pris la nationalité étatsunienne. De même, on a cédé trois millions d’hectares d’excellentes terres de l’État de Chihuahua à un certain Hearst. Les Rockefeller et Aldrich auraient aussi reçu énormément de terres dans l’État de Cohuila |66|.

En 1910, la concentration de la terre était extrêmement élevée. Alors que le Mexique comptait une population d’un peu plus de 15 millions d’habitants pour un territoire d’un peu plus de 197 millions d’hectares, 834 grands propriétaires possédaient à eux seuls près de 168 millions d’hectares |67|.


Les chemins de fer

Durant un banquet célébré à Boston, le général Ulysses S. Grant, ex-président des États-Unis et concessionnaire d’une ligne de chemin de fer en construction de la capitale à Oaxaca, a fait la déclaration suivante : « Je n’ai aucun doute qu’avec la construction des chemins de fer, nous pourrons acquérir au Mexique ces produits : sucre, café, tabac. Au lieu de devoir nous approvisionner dans des pays anti-démocratiques, esclavagistes et qui exigent des droits de douanes excessifs, nous les obtiendrons d’un pays républicain, où les droits d’exportation sont inférieurs. Et en échange de quoi ? Pas en échange de notre argent, mais en échange de nos produits : machines, outils, toutes sortes de biens manufacturés » |68|.

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Carte des chemins de fer du Mexique en 1903

Entre la force et la faiblesse, conservons le désert Avant que le libéral Porfirio Díaz ne le renverse, en 1876, son prédécesseur Sebastián Lerdo de Tejada, libéral lui-même, était plus que réticent face à la volonté de Washington d’étendre son réseau ferroviaire au Mexique et d’y pénétrer en profondeur. Faisant référence aux régions semi-désertiques qui séparent le Mexique des États-Unis, il déclarait : « Entre la force et la faiblesse, conservons le désert » |69|. Par la suite, Porfirio Díaz ouvrit toutes grandes les portes du Mexique aux intérêts du voisin du nord.

Si la première ligne est inaugurée en 1873, c’est à partir de 1880 que se développent vraiment les chemins de fer, jusqu’à la fin du porfiriato en 1910. De 1 086 km en 1880, le réseau passe à 9 558 km en 1890, près de 14 000 en 1900, et 19 205 km en 1910 |70|. La construction et l’exploitation des chemins de fer sont confiées à des entreprises étatsuniennes et britanniques, qui bénéficient de nombreux avantages : abondantes subventions d’État, cession gratuite de terrains, main-d’œuvre réquisitionnée et très mal payée, exonération d’impôts et de droits de douane, et même organisation d’une police privée.

Un quart des recettes de l’État était dévié vers les subventions aux firmes privées de chemin de fer |71|. En 1890, la moitié de la dette interne servait à financer les subventions aux capitalistes propriétaires des chemins de fer (37 millions de pesos sur une dette interne totale de 74 millions de pesos) |72|.

Karl Marx en 1879 sur les chemins de fer

Selon Karl Marx, “Il n’y a donc pas le moindre doute dans les États (coloniaux ou semi coloniaux), la création des chemins de fer a accéléré la désintégration sociale et politique, tout comme dans les Etats les plus avancés, le développement final, et donc le changement final, de la production capitaliste fut plus rapide. Dans tous les Etats, sauf l’Angleterre, les gouvernements enrichirent et parainèrent les compagnies férroviaires aux dépens du trésor public. Aux Etats-Unis, elles reçurent comme cadeau, à leur profit, une grande partie de la terre publique, non seulement la terre nécessaire pour la construction des voies, mais plusieurs km2 de terres de part et d’autre des voies (…). Elles devinrent ainsi les plus gros propriétaires terriens, à un moment où les petits agriculteurs immigrants préféraient évidemment des terres situées de telle sorte que leurs produits soient assurés de moyens de transport à portée de main. (…) Généralement les chemins de fer donnèrent évidemment une impulsion immense au développement du commerce extérieur ; mais le commerce dans des pays qui exportent principalement des matières premières augmenta la misère des masses. (…) le nouvel endettement, contracté par les gouvernements au nom des chemins de fer, augmenta la masse d’impôts qui pesa sur elles…” (Lettre de Karl Marx à Daniel en 1879, cité par A. Gilly, p. 281)

La part des subventions dans le coût réel de la construction atteignait régulièrement la moitié ou les deux tiers. Pour chaque kilomètre à construire, une subvention était accordée.

Les chemins de fer avaient d’abord pour but de favoriser les routes commerciales, et sont donc raccordés au réseau étatsunien. Ils intègrent toutes les régions qu’ils traversent à l’économie capitaliste naissante, faisant monter la valeur de la propriété foncière et favorisant ainsi le processus de spoliation des communautés paysannes indigènes évoqué précédemment, tout en désintégrant les modes de vie précapitalistes. Politiquement, les chemins de fer permettent également d’affermir l’autorité du pouvoir central, qui peut dès lors réprimer plus rapidement toute contestation sur le territoire |73|.

Au début des années 1900, les deux principaux réseaux de chemins de fer appartenaient à des sociétés privées des États-Unis |74|. En 1904, le Mexique rachète à la banque Speyer un des deux réseaux. Avant cela, le Mexique s’était endetté pour subventionner le réseau contrôlé par cette banque. Le Mexique rachète le réseau à la banque Speyer pour un montant de 9 millions de dollars. Ensuite, il s’est endetté auprès de cette même banque pour un montant de 40 millions de dollars dont seulement 16 millions sont arrivés dans les caisses du Trésor public. Cette dette de 40 millions devait être remboursée à 5 % de taux d’intérêt réel sur une période de 50 ans, le dernier paiement devant avoir lieu en 1954 |75|. En 1909, le Mexique finança le rachat de l’autre réseau contrôlé par des firmes des États-Unis par un emprunt aux banques de ce pays, généralement liées directement aux propriétaires du réseau.

Le rachat du réseau a permis à l’État mexicain de contrôler 13 744 km de voie ferrée, soit les deux tiers du réseau. En fait, les capitalistes mexicains et des États-Unis souhaitaient se débarrasser de leurs actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
dans les chemins de fer car ils n’étaient plus rentables |76|. Ils avaient été très profitables tant que l’État les subventionnait massivement. L’État a racheté au prix fort le réseau aux entreprises privées, généralement des banques, et s’est endetté auprès d’elles pour financer cela.

Par ailleurs, Adolfo Gilly écrit : « Considérés dans leur ensemble, les processus de formation du marché intérieur, d’intégration de l’économie dans le nouveau marché mondial et de développement de la production capitaliste sous le porfiriato représentent un seul et même phénomène dont le remarquable dynamisme est attesté par de multiples indicateurs. Avec le chemin de fer, c’est tout le système de communications qui progresse : le télégraphe, qui accompagne les voies ferrées ; les routes (…), les ports, la poste. Dans les grandes villes on inaugure des réseaux d’éclairage électrique et d’eau potable. » |77|


Investissements étrangers

L’industrialisation du pays passe notamment par l’afflux de capitaux étrangers : « Vers 1884, les investissements étrangers dans le pays s’élevaient à environ 110 millions de pesos. En 1911, ils atteignaient 3 400 millions de pesos (…). Ces investissements se répartissaient en 1911 parmi les secteurs suivants : chemins de fer, 33,2 % ; industrie extractive, 27,1 % (mine et métallurgie, 24 % ; pétrole, 3,1 %) ; dette publique, 14,6 % ; commerce et banques, 8,5 % (banques, 4,9 % ; commerce, 3,6 %) ; électricité et services publics, 7 % ; agriculture, élevage et forêt, 5,7 % ; industrie de transformation, 3,9 %. Du total des investissements étrangers, 62 % étaient d’origine européenne (anglais et français à 90 %) et 38 % d’origine nord-américaine. Mais le Mexique n’absorbait alors que 5,5 % du total des investissements européens à l’étranger tandis qu’en échange il recevait 45,5 % des investissements étrangers des États-Unis. » |78| À noter qu’à la fin du porfiriato, le pétrole découvert en 1901 a commencé à être exploité et à faire l’objet d’investissements en provenance des États-Unis et de la Grande Bretagne.

La fin du porfiriato et le début de la révolution en décembre 1910
« Pendant toute une génération, Porfirio Diaz dirigea le Mexique avec une poigne de fer. Durant cette période, il transforma ce pays en proie au désordre et rongé par le banditisme en un pays respectueux de la loi, dans lequel le droit à la vie et le droit à la propriété étaient garantis. » |79|. Pour le juriste William Wynne, auteur de cette opinion, en réalité le droit que l’Etat doit faire prévaloir est celui des capitalistes de mettre en coupe réglée les ressources d’un pays et de son peuple. Une dictature, comme celle de Poririo Diaz, peut permettre d’y arriver et elle mérite donc son approbation. Aux yeux de ce juriste, il est fondamental que le pays s’endette et que les créanciers soient remboursés sans qu’on puisse remettre en cause la légitimité ou la légalité des contrats. De son point de vue, le bilan du porfiriato est positif. En réalité, le processus de dépossession, de spoliation et d’exploitation avait atteint de telles proportions qu’une révolution sociale mûrissait et allait éclater. Elle commença par un rejet de l’autoritarisme du président Porfirio Diaz, mais elle contenait dès le départ une dimension sociale et identitaire. Les communautés paysannes indigènes spoliées voulaient qu’on leur rende justice. Elles voulaient que les terres qui leur avaient été volées leur soient rendues afin d’en vivre dignement. Les travailleurs salariés exigeaient une amélioration de leurs droits sociaux et politiques. D’autres secteurs sociaux victimes du développement capitaliste sous le porfiriato avançaient des revendications et allaient prendre part à la révolution qui marqua le Mexique pendant la décennie 1910.

Quand le général Porfirio Díaz, au pouvoir depuis 1876, se fit réélire à l’âge de 80 ans en décembre 1910, son impopularité était telle que l’appel à lui résister finit par déclencher une révolution. Cet appel avait été lancé notamment par Francisco I. Madero, fils d’une famille capitaliste opulente |80|. Il avait créé en 1909 le Parti national anti-réélectionniste.

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Emiliano Zapata

Après des débuts difficiles, le soulèvement qui avait connu ses premiers succès dans le nord du pays s’étendit à d’autres régions, notamment au Morelos (au sud de la capitale), où le dirigeant paysan indigène Emiliano Zapata et ses compagnons luttaient pour la restitution des terres communales spoliées par les grands propriétaires.

La tournure des événements amena le dictateur Porfirio Díaz à démissionner en mai 1911 et à partir en exil en Europe |81|.

Après avoir été élu président aux élections d’octobre 1911, Madero tenta de canaliser la révolution en cours. Il s’opposa aux revendications agraires radicales avancées par Emiliano Zapata |82| et ses partisans, mais il se mit à dos les conservateurs et les États-Unis. En février 1913, il fut assassiné après un coup d’État militaire orchestré par le général Victoriano Huerta, à qui il avait confié un commandement militaire stratégique. Le général putschiste Victoriano Huerta avait reçu le feu vert de l’ambassade des Etats-Unis de renverser Madero. À l’époque, le Républicain William H. Taft était président des États-Unis |83|. Taft avait des intérêts directs dans les affaires de plusieurs grands groupes privés étatsuniens actifs au Mexique |84|.

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Victoriano Huerta

En 1911-1912, le Mexique fit deux emprunts internationaux pour un montant total de 20 millions de dollars auprès de la banque Speyer de New-York qui avait, comme nous l’avons vu, octroyé des crédits au régime de Porfirio Díaz en 1904 et en 1909. L’emprunt de 1912 a servi en partie à payer les intérêts du premier, sachant par ailleurs qu’il fallait rembourser le capital en un temps record, en 1913. Après l’assassinat du président Madero, l’usurpateur Huerta réussit à émettre à Paris en juin 1913 un emprunt pour l’équivalent de 58 millions de pesos. Visiblement, les banques des États-Unis avaient commencé à prendre la mesure du processus révolutionnaire en cours et de l’insécurité que cela représentait pour elles. Par contre, les banques européennes, qui vivaient dans l’euphorie financière qui a précédé la Première Guerre mondiale, se précipitèrent pour proposer leurs crédits au dictateur. Les banques françaises (Banque de Paris et des Pays Bas, Société Générale principalement) souscrivirent 45 % du montant total, les banques allemandes (dont la Deutsche Bank) 19 % et une banque anglaise 19 % également. Les banques de New York JP Morgan et Kuhn Loeb ne prirent que 12 %. La banque Speyer, qui ne participa pas à l’emprunt, était très favorable à celui-ci car une grande partie devait servir à lui rembourser la somme qu’elle avait prêtée en 1911-1912.

En janvier 1914, Huerta, pris financièrement à la gorge, suspendit le paiement de la dette |85|. Le Mexique ne reprit les paiements qu’un peu plus de 30 ans plus tard après avoir obtenu une énorme victoire contre ses créanciers (voir plus loin).

Le Mexique n’a recommencé à recourir au financement des banques privées étrangères (essentiellement les banques des États-Unis) que dans la seconde moitié des années 1950.


La révolution mexicaine de 1910-1920

La révolution mexicaine a été profonde. Du côté populaire, l’acteur majeur était la paysannerie indigène (qui constituait la majorité de la population), tandis que le mouvement ouvrier a joué un rôle réel mais secondaire |86|. Néanmoins, la répression des mineurs de Cananea dans l’État de Sonora et des ouvriers de Río Banco, à Veracruz en 1906, a exacerbé le mécontement populaire et a contribué à créer des conditions favorables au déclenchement de la revolution.

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Pancho Villa et son escorte, 1911

Le mouvement dirigé par Emiliano Zapata a été le plus avancé au niveau populaire. Il était très massif dans l’État de Morelos, et était connu comme la Commune de Morelos. Emiliano Zapata et son mouvement mirent en avant, dès novembre 1911, le plan d’Ayala qui allait beaucoup plus loin que le programme du président Madero connu comme le Plan de San Luis de Potosi.

Alors que Madero se limitait à promettre de réviser les jugements par lesquels le porfiriato avait spolié d’énormes surfaces de terre aux dépens des communautés paysannes indigènes et des petits paysans indépendants, le plan d’Ayala appelait à prendre les armes pour mettre fin aux grandes propriétés foncières. Emiliano Zapata et son plan appelaient à répartir les terres, à les attribuer à ceux et celles qui les travaillaient, à rendre les terres aux communautés qui en avaient été dépouillées par les lois libérales qui remontaient à 1856 et qui furent agressivement appliquées sous le porfiriato. Le slogan du plan d’Ayala était : « Réforme, Liberté, Justice et Loi ».

Madero organise la répression contre le mouvement zapatiste qu’il cherche à détruire, ainsi que contre les organisations socialistes et anarchistes, notamment dans le nord du pays. L’élimination de Madero par le général Huerta en 1913 est saluée par l’ancienne classe dirigeante porfiriste, l’Église catholique et les militaires. La répression contre le mouvement populaire s’intensifie.

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Venustiano Carranza

Venustiano Carranza, un dirigeant libéral, admirateur de Benito Juárez, appelle à renverser le général Huerta et, pour ce faire, fait momentanément alliance avec l’Armée de libération du sud d’Emiliano Zapata et avec Pancho Villa |87| qui crée, près de la frontière avec les États-Unis, la Division du Nord. Carranza répudie la dette contractée par Huerta lors de son dernier emprunt de 1913. Entre temps, aux États-Unis, le démocrate Woodrow Wilson a succédé à Taft en tant que président. Il adopte une politique différente de son prédécesseur à l’égard de Huerta, le considère comme un usurpateur et attend de voir comment évolue la situation pour décider qui les États-Unis finiront par reconnaître. Afin de peser sur les évènements, il envoie 44 navires de guerre pour bloquer et occuper le port de Veracruz en avril 1914 sous le prétexte d’empêcher l’arrivée d’armes en provenance d’Allemagne et destinées à Huerta.

Bien que les idées et les objectifs de Pancho Villa soient moins avancés sur le plan social |88| que celles du mouvement de Zapata, ils arrivent à passer des accords afin d’influer sur le processus en cours. Leurs armées de libération se rencontrent dans la capitale Mexico à la fin novembre 1914 et les deux dirigeants se réunissent dans le palais présidentiel le 6 décembre 1914. Ils s’opposent à Venustiano Carranza.

Finalement, après de nombreuses péripéties, Carranza réussit à s’imposer suite à toute une série de batailles qui opposent ses forces armées tant à Huerta qu’à Pancho Villa qui représentent des camps opposés entre eux. Huerta est contraint à l’exil en juillet 1914 et Washington reconnaît Carranza comme président de facto.

À partir de ce moment, les États-Unis interviennent directement pour en finir avec Pancho Villa et Emiliano Zapata dont les revendications menacent les intérêts des entreprises privées étatsuniennes (plantations, mines, pétrole…).
Afin d’aider Carranza à détruire la base sociale de Zapata et à assassiner ce dernier, Washington lui fournit 53 000 fusils en 1915. Carranza se lança dans une tentative d’extermination de la résistance zapatiste : exécutions et déportations massives, destructions de villages, construction d’une tranchée de 100 km pour protéger Mexico d’une offensive zapatiste, utilisation d’armes chimiques fournies par Washington… |89| Malgré l’ampleur des atrocité commises, ce fut un échec patent. L’armée zapatiste se reconstitua en moins d’un an.

Par ailleurs, les États-Unis envoyèrent, le 15 mars 1916, un corps expéditionnaire de 12 000 soldats (certains auteurs parlent de 5 000 soldats) dans l’État de Chihuahua afin d’éliminer Pancho Villa. Le général Pershing dirigeait cette armée étatsunienne et parmi ses officiers figuraient les futurs généraux Patton (celui de la bataille des Ardennes de l’hiver 1944), qui proposait à l’époque l’annexion du Mexique, et Eisenhower, futur président étatsunien après la Seconde Guerre mondiale. Cette intervention militaire a été un fiasco, la guérilla de Pancho Villa a résisté.

L’échec de l’écrasement des forces de Pancho Villa et du mouvement d’Emiliano Zapata indique très clairement qu’ils bénéficiaient d’un énorme appui populaire. La répression acharnée n’est pas arrivée à en venir à bout tant que l’élan révolutionnaire de la population a subsisté, à savoir jusqu’en 1918-1919.

Afin de consolider son pouvoir, Carranza prit des mesures de justice sociale tant au niveau rural qu’au niveau urbain. Il se rendait compte que, pour lutter contre l’influence zapatiste, il lui fallait donner partiellement satisfaction aux demandes provenant des secteurs populaires.

Quand la capitale fut reprise sans combat après le départ volontaire des troupes zapatistes et villistes fin décembre 1914 (Zapata et Villa n’ont jamais eu l’intention de prendre le pouvoir, d’occuper ou de prendre la capitale), Carranza prit des mesures concrètes pour les secteurs populaires urbains et passa des accords avec les syndicats, y compris pour distribuer de l’aide humanitaire. Il soutint le syndicat des électriciens contre leur patron. Il arrêta des commerçants et 180 curés. Les dirigeants de la Maison de l’ouvrier mondial (syndicats anarchistes) signèrent un accord avec Carranza et le général Obregón, qui jouait un rôle clé dans son entourage, par lequel ils s’engagèrent à participer à la guerre contre Pancho Villa en échange de quoi ils obtinrent des concessions |90|. Le 6 janvier 1915, Carranza promulgua une loi de réforme agraire. Sa portée était limitée mais elle visait à aliéner une partie de la base paysanne de Zapata et de Villa.

Un an après le pacte signé avec des dirigeants de la Maison de l’ouvrier mondial, Carranza mit fin aux concessions car elles ne lui étaient plus nécessaires dans la mesure où la Division du nord avait été détruite. La répression anti-ouvrière et antisyndicale commençait. En réponse, le 31 juillet 1916, fut déclenchée une grève générale à Mexico contre la politique de Carranza, qui démarrait massivement mais fut défaite par la répression |91|. En juillet-août 1916, au moment où Carranza réprimait et « écrasait » le mouvement ouvrier à Mexico, avait lieu une offensive massive contre les zapatistes dans le Morelos.

Malgré ces actions tragiques et antipopulaires, Carranza, en janvier 1917, pour consolider son pouvoir et lui donner une légitimité, fit adopter la Constitution la plus avancée au niveau social pour l’époque à l’échelle de la planète. Cette constitution reprenait quelques éléments du plan d’Ayala. Elle affirmait que la nation doit pouvoir disposer de ses richesses naturelles, que la paysannerie doit pouvoir disposer de la terre, et instituait de nombreux droits sociaux. Elle annonçait une réforme agraire et des lois sociales (journée de huit heures, droit d’association en syndicats, droit de grève, salaire minimum, limitation du travail des femmes et des enfants).

La lettre d’Emilano Zapata sur la révolution russe datée du 14 février 1918

On aurait tort de croire qu’Emilano Zapata limitait la portée de son combat au territoire mexicain et aux masses paysannes. Ces extraits de sa lettre sur la révolution russe inqique de manière évidente l’importance qu’il attribuait, d’une part, à la solidarité entre les deux grandes révolutions en cours et, d’autre part, la nécessité de l’alliance entre les ouvriers et les paysans.

« Nous gagnerions beaucoup, l’humanité et la justice gagneraient beaucoup, si tous les peuples d’Amérique et toutes les nations de la vieille Europe comprenaient que la cause du Mexique révolutionnaire et la cause de la Russie incarnent et représentent la cause de l’humanité, l’intérêt suprême de tous les peuples opprimés (…)

« Ici comme là-bas, il y a des grands seigneurs inhumains, cupides et cruels qui de père en fils exploitent jusqu’à la torture de grandes masses de paysans. Ici comme là-bas les hommes réduits en l’esclavage, les hommes à la conscience endormie, commence à se réveiller, à s’ébrouer, à s’agiter, à frapper.

« Ainsi il n’est pas étonnant que le prolétariat mondial applaudisse et admire la Révolution russe, de même qu’il accordera toute son adhésion, sa sympathie et son appui à notre Révolution mexicaine, dès qu’il se rendra bien compte des buts qu’elle poursuit (…)

« C’est pourquoi le travail de diffusion et de propagande que vous avez entrepris pour défendre la vérité est si intéressant ; c’est pourquoi vous devrez vous rendre dans toutes les associations et centres ouvriers du monde pour leur faire sentir l’impérieuse nécessité de s’attaquer à la double entreprise d’éduquer l’ouvrier pour la lutte et de former la conscience du paysan. Il ne faut pas oublier qu’en vertu de la solidarité des prolétaires, l’émancipation de l’ouvrier ne peut s’obtenir si on ne réalise pas en même temps la libération du paysan. Dans le cas contraire, la bourgeoisie pourra toujours opposer ces deux forces et profiter, par exemple, de l’ignorance des paysans pour combattre et réfréner les justes colères des travailleurs, de même qu’à l’occasion elle pourra utiliser les ouvriers peu conscients et les lancer contre leurs frères des campagnes » |92|.

En lisant, cette lettre on mesure un peu mieux pourquoi les classes dominantes mexicaines et le gouvernement des Etats-Unis voulaient en finir avec Emiliano Zapata.

En avril 1919, Carranza réussit par la ruse à faire assassiner Emiliano Zapata.

En 1920, Carranza est finalement renversé par le général Obregón, un personnage clé de son entourage auquel il a déjà été fait allusion. Quelques mois après le renversement de Carranza, le général Álvaro Obregón fut élu avec plus d’un million de voix lors des élections de septembre. Le 1er décembre 1920, il accéda officiellement au poste de président. Il était soutenu par des dirigeants syndicaux, notamment ceux de la Confederacion Regional Obrera Mexicana (CROM, la Confédération régionale ouvrière mexicaine), un syndicat fondé en 1918. En 1920, Obregón réussit à convaincre Pancho Villa de déposer les armes et de licencier les dernières troupes qui lui étaient encore fidèles en lui proposant en échange une rente à vie et la reconnaissance de son grade de général de division de l’armée fédérale. Il le fit assassiner en 1923.

À partir de 1918-1919, la dynamique révolutionnaire est terminée. Les éléments les plus révolutionnaires et les plus visionnaires comme Emiliano Zapata et ses partisans ont été soit éliminés soit récupérés par le système.

Le pays est doté d’une Constitution très avancée mais elle n’est que très partiellement mise en pratique. Par la suite, les classes dominantes locales ont essayé de revenir en arrière sur les concessions importantes qu’elles ont dû accorder pendant la révolution.

Les gouvernants qui se sont succédé ont enterré progressivement les grandes conquêtes sociales des années 1911-1917, mais celles-ci ont refait surface avec force à partir de 1934 (voir plus loin). Les gouvernements ont également tenté d’arriver à des compromis avec les créanciers de la dette extérieure dès 1921.


Les renégociations de la dette à partir de 1921

Entre 1922 et 1942 (20 ans !), de longues négociations eurent lieu avec un consortium de créanciers dirigé par un des directeurs de la banque JPMorgan des États-Unis.

En février 1919, un cartel de banques créancières du Mexique est constitué sous l’appellation du Comité international des banquiers sur le Mexique (International Committee of Bankers on Mexico). Il est présidé par T. W. Lamont représentant JPMorgan de New York, et regroupe des banques des États-Unis, de Grande-Bretagne, de France, des Pays-Bas, de Belgique, de Suisse et d’Allemagne.

En 1921, le président A. Obregón invita T. W. Lamont à Mexico afin d’entamer des négociations qui aboutirent en juin 1922 à un accord |93|. Il s’agit d’un accord funeste pour le pays qui montre clairement quelle tournure politique prenait l’orientation du gouvernement. Elle se rapprochait de la politique du porfiriato en matière d’endettement, c’est-à-dire la soumission aux intérêts des classes dominantes locales et des banques internationales détentrices de la dette externe et interne.

Par cet accord, le président Obregón et son gouvernement reconnaissaient une dette publique s’élevant à 500 millions de dollars, alors qu’en 1910 la dette s’élevait à 220 millions de dollars et que les emprunts supplémentaires réalisés depuis cette date, à savoir ceux réalisés par l’usurpateur Huerta entre 1911 et 1913, représentaient un solde de 30 millions de dollars (en effet, les 20 millions prêtés par la banque Speyer avaient été remboursés grâce à l’emprunt réalisé à Paris en 1913). Le président Obregón acceptait donc de reconnaître un montant de dette représentant le double de la somme due |94|. De plus, il acceptait d’y ajouter 200 millions d’arriérés d’intérêts |95|. Une véritable trahison des intérêts du pays et du peuple mexicain. D’autant plus que la dette contractée par le dictateur Porfirio Díaz (220 millions de dollars) ainsi que les emprunts réalisés par l’usurpateur Huerta (30 millions de dollars) correspondaient clairement à une dette odieuse Dette odieuse Selon la doctrine juridique de la dette odieuse théorisée par Alexander Sack en 1927, une dette est « odieuse » lorsque deux conditions essentielles sont réunies :

1) l’absence de bénéfice pour la population : la dette a été contractée non dans l’intérêt du peuple et de l’État mais contre son intérêt et/ou dans l’intérêt personnel des dirigeants et des personnes proches du pouvoir

2) la complicité des prêteurs : les créanciers savaient (ou étaient en mesure de savoir) que les fonds prêtés ne profiteraient pas à la population.

Pour Sack, la nature despotique ou démocratique d’un régime n’entre pas en ligne de compte. Une dette contractée par un régime autoritaire doit, selon Sack, être remboursée si elle sert les intérêts de la population. Un changement de régime n’est pas de nature à remettre en cause l’obligation pour le nouveau régime de payer les dettes du gouvernement précédent sauf s’il s’agit de dettes odieuses.

Traité juridique et financier par A.-N. SACK, ancien professeur agrégé à la Faculté de droit de l’Université de Petrograd.

Depuis cette définition « conservatrice », d’autres juristes et mouvement sociaux comme le CADTM ont élargi la définition de la dette odieuse en prenant notamment en compte la nature du régime emprunteur et la consultation ou nom des parlements nationaux dans l’approbation ou l’octroi du prêt.

Citons notamment la définition de la dette odieuse utilisée par la Commission pour la Vérité sur la dette grecque, qui s’appuie à la fois sur la doctrine de Sack mais aussi sur les Traités internationaux et les principes généraux du droit international :

Une dette odieuse est soit
1) une dette qui a été contractée en violation des principes démocratiques (ce qui comprend l’assentiment, la participation, la transparence et la responsabilité) et a été employée contre les plus hauts intérêts de la population de l’État débiteur alors que le créancier savait ou était en mesure de savoir ce qui précède." soit
2) une dette qui a pour conséquence de dénier les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels de la population alors que le créancier savait ou était en mesure de savoir ce qui précède"
.
car ils avaient été accumulés contre l’intérêt de la population et que les banques créancières en étaient conscientes |96|.

Le Congrès mexicain contrôlé par le président ratifia cet accord et le Mexique initia les remboursements en 1923, mais les sommes à verser étaient tellement élevées et le déficit budgétaire tellement grave que, le 30 juin 1924, Obregón suspendit le paiement de la dette.

Le Mexique reprit les négociations avec Lamont de JPMorgan, qui aboutirent à un nouvel accord en 1925 que le Congrès ratifia à nouveau. Afin de reprendre les paiements, le nouveau président mexicain, Plutarco Ellias Calles (président de décembre 1924 à novembre 1928), négocia une ligne de crédit avec le Comité des banquiers. Quelques versements eurent lieu en 1926, puis en 1927 le Mexique suspendit à nouveau le remboursement.

Le Comité des banquiers envoya en 1928 une commission d’experts afin d’analyser la situation. Dans leur rapport, les experts critiquèrent le gouvernement qui avait réalisé trop de dépenses sociales, en particulier dans l’éducation publique. Ils considérèrent également que le Mexique avait réalisé trop d’investissements dans le système d’irrigation et dans la mise en place d’un système de crédit public aux paysans. Ils reconnaissaient que, pour éviter une nouvelle révolution, il fallait réaliser certaines dépenses publiques mais celles que le gouvernement avait faites étaient, selon eux, exagérées |97|.

Des négociations reprirent entre le gouvernement et le Comité des banquiers. Un nouvel accord fut adopté en 1930 mais, pour la première fois depuis 1922, un nombre important de parlementaires s’opposa à la ratification. De plus, 4 députés de l’État de Chihuahua déposèrent un projet de loi afin de déclarer un moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir. Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998 et de l’Équateur en 1999. de 10 ans sur le remboursement de la dette et afin d’utiliser les sommes ainsi épargnées à des dépenses utiles pour la société |98|. Le gouvernement décida de ne pas risquer d’être mis en minorité devant le Congrès et n’osa pas soumettre au vote l’accord passé avec le Comité des banquiers.

Entretemps, les effets de la crise de Wall Street d’octobre 1929 se firent fortement sentir au niveau des recettes d’exportation et le projet de reprendre le paiement de la dette devint de plus en plus impopulaire. En janvier 1932, le Congrès adopta une loi annulant le dernier accord passé par le gouvernement avec le Comité des banquiers. Finalement, le 1er septembre 1933, le président Abelardo Rodriguez annonça que le Mexique ne reprendrait pas le paiement de la dette externe.


La présidence de L. Cárdenas en 1934-1940 préparant la victoire de 1942 contre les créanciers

En décembre 1934, Lázaro Cárdenas commença un mandat présidentiel qui s’est prolongé jusqu’en décembre 1940. Durant cette période de 6 ans, L. Cárdenas réalisa d’importantes réformes de gauche dont certaines ont permis pour la première fois la mise en pratique de certaines aspirations révolutionnaires des années 1910-1917 et de la Constitution de 1917.

Lázaro Cárdenas commença son mandat dans un contexte de luttes sociales, et notamment de grèves ouvrières. Il adopta une orientation en rupture avec celle qui avait dominé la politique depuis 1920. Il s’opposa à son prédécesseur Plutarco Ellias Calles. Il refusa de reprendre les négociations avec le Comité international des banquiers.

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Lázaro Cárdenas

Une des premières mesures de Cárdenas porta sur la réforme de l’éducation publique. La réforme de l’article 3 de la Constitution entrée en vigueur en décembre 1934 disait : « L’éducation qui relève de l’État sera socialiste, et en plus d’exclure toute doctrine religieuse, combattra le fanatisme et les préjugés. L’école organisera ses enseignements et ses activités de manière à permettre de créer dans la jeunesse un concept rationnel et exact de l’univers et de la vie sociale ». On peut lire dans l’explication des fondements du projet de loi présenté à la Chambre des députés : « L’instauration de l’enseignement socialiste dans la République par l’approbation de la réforme de l’article 3°, ne signifie pas la transformation économique immédiate du régime dans lequel nous vivons ; elle signifie la préparation du matériel humain que nécessite la révolution pour continuer et consolider son œuvre. Le futur du pays appartient à l’enfance et à la jeunesse socialiste qui s’oriente et se cultive maintenant dans les établissements éducatifs. Ce sera à elle de réaliser définitivement les aspirations du prolétariat et des classes opprimées du Mexique ». Bien que la mise en pratique de ces principes ait été limitée à cause de l’inertie du système, elle a marqué la société mexicaine durant des décennies.


Réforme agraire

Cárdenas redistribut les terres au bénéfice des communautés agraires indigènes En vertu d’une des dispositions de l’article 27 de la constitution de 1917, qui prévoyait la possibilité d’exproprier des terres pour les remettre aux ejidos |99|, L. Cárdenas expropria 18 millions d’hectares appartenant aux grands propriétaires terriens mexicains et à des firmes étrangères. Il redistribua les terres au bénéfice des communautés agraires indigènes qui prenaient la forme de propriétés collectives traditionnelles connues sous le nom de ejidos. Les terres n’étaient donc pas attribuées à des propriétaires privés. L’objectif, outre de rencontrer la demande fondamentale exprimée par Emiliano Zapata et le plan d’Ayala, était de rendre en quelque sorte aux communautés ce qui leur avait été volé et, au-delà, de favoriser le développement d’une agriculture d’autosubsistance visant à satisfaire les besoins du marché local. Les communautés paysannes qui recevaient les terres pouvaient les mettre en valeur comme bon leur semblait mais elles ne pouvaient pas les vendre. Les communautés ejidales se dotaient de structures de décision pour administrer les terres. Le gouvernement de L. Cárdenas créa une banque publique, Banco Nacional de Crédito Ejidal (Banjidal – Banque nationale de crédit éjidal). Le gouvernement finança également la formation de techniciens pour améliorer la mise en valeur des terres. La réforme agraire cardeniste se différenciait des politiques mises en application par les gouvernements antérieurs dans la mesure où ceux-ci s’étaient limités à remettre des terres (d’ailleurs en quantités fort limitées) à des propriétaires individuels privés.


Nationalisation des chemins de fer et du pétrole

La grève des cheminots de 1936 déboucha sur la nationalisation complète des chemins de fer.

En 1938, la nationalisation du pétrole eut lieu dans un contexte de grève des ouvriers de ce secteur. L’exploitation pétrolière qui avait commencé à la fin du porfiriato était totalement la propriété de firmes britanniques et étatsuniennes. Le paragraphe 4 de l’article 27 de la constitution de 1917 déclarait que les réserves des champs pétroliers étaient la propriété de la nation. En 1937, les travailleurs du pétrole entrèrent dans un conflit très dur avec les propriétaires des entreprises pétrolières qui refusaient d’octroyer l’augmentation de salaire exigée par les grévistes. Le 18 mars 1938, L. Cárdenas annonça au pays qu’il intervenait pour mettre fin au conflit en expropriant les entreprises pétrolières. Il précisa que dans un délai de 10 ans leurs propriétaires étrangers recevraient une compensation. Cela rendit furieux les capitalistes étrangers et la Grande-Bretagne rompit ses relations diplomatiques avec le Mexique afin de mettre la pression maximale sur le gouvernement |100|. L. Cárdenas tint bon. Il créa l’entreprise publique Petróleos Mexicanos (Pemex). La décision de Cárdenas souleva un énorme enthousiasme dans la population. À noter que Pemex a été privatisée soixante-cinq ans plus tard, en 2013, dans le cadre de l’approfondissement des politiques néolibérales.


Politique internationale

Concernant la politique de Cárdenas, il faut également mentionner que son gouvernement est l’un des seuls ayant voulu fournir des armes aux républicains espagnols en s’opposant ainsi au blocus auquel les gouvernements britannique et français soumettaient les républicains. Churchill a dénoncé virulemment la politique du Mexique. Le gouvernement de Cárdenas a également reçu et soutenu financièrement 40 000 républicains espagnols après la défaite contre Franco qui avait été massivement armé par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. Cárdenas accueillit également Trotsky, ce révolutionnaire russe persécuté par Staline à qui aucun gouvernement d’Europe ne voulait accorder de visa ni de droit prolongé de séjour |101|. Cárdenas entretint d’ailleurs des rapports amicaux avec l’exilé russe, ce qui n’empêcha pas un des agents de Staline de réussir à l’assassiner à Mexico en août 1940.

L. Cárdenas a été également très populaire car, dès qu’il a accédé à la présidence, il a baissé sa rémunération de moitié, a quitté le traditionnel palais présidentiel (le château de Chapultepec, ancienne résidence des vice-rois de Nouvelle-Espagne) pour emménager à Los Pinos, moins ostentatoire, et a transformé l’ancien château en Musée national d’histoire mexicaine. À la fin de son mandat, ses concitoyens ont pu se rendre compte qu’il ne s’était pas enrichi.

En conclusion, on peut affirmer que, bien que L. Cárdenas n’ait pas cherché à rompre avec le capitalisme, il a réalisé des réformes structurelles qui ont amélioré la situation du peuple, ont concrétisé partiellement des revendications fondamentales exprimées lors de la révolution de 1910-1917 et ont renforcé l’exercice de la souveraineté du pays sur ses ressources naturelles. Il a aussi mené une politique internationale anti-impérialiste et de solidarité entre les peuples.


La victoire de 1942 contre les créanciers

Le refus de L. Cárdenas de reprendre le paiement de la dette ou même de reprendre la négociation avec le Comité international des banquiers a débouché sur une victoire. Pour lui succéder, son ancien ministre de la Défense, Manuel Ávila Camacho fut élu président et L. Cárdenas devint à son tour ministre de la Défense dans son gouvernement.

À partir de 1941, pour améliorer les relations avec le Mexique, le président des États-Unis, Franklin Delano Roosevelt, mit la pression sur les banquiers de son pays, à commencer par JPMorgan, afin qu’ils capitulent devant le gouvernement mexicain. Washington allait entrer dans la Seconde Guerre mondiale à partir de décembre 1941 et avait besoin que son voisin mexicain (tout comme le Brésil qui était lui aussi en suspension de paiement) devienne un allié solide.

L’accord qui mit fin au conflit entre le Comité international des banquiers et le Mexique constitue un véritable acte de capitulation des banques.

Alors que le Comité international exigeait le paiement d’une dette évaluée à 510 millions de dollars (capital et intérêts dus), l’accord final prévoyait le paiement d’un peu moins de 50 millions de dollars : une réduction de plus de 90 %. En plus, ce qui est tout à fait remarquable, c’est le taux appliqué pour la compensation en ce qui concerne les intérêts de retard : 1/1000 pour les arriérés antérieurs à 1923, 1/100 pour la période 1923-1943 |102|. Or dans de nombreux accords de restructurations de dette datant du 19e siècle ou de la première moitié du 20e siècle, les intérêts de retard étaient entièrement transformés en capital dû. Rappelons que l’accord signé en 1922 entre Obregón et le Comité international des banquiers impliquait la reconnaissance par le Mexique d’une dette de 500 millions de dollars ! Or 20 ans étaient passés. En acceptant de rembourser une dette de 50 millions (capital et intérêts de retard compris), le Mexique remporta une victoire éclatante.

Ce n’est pas tout : les détenteurs de titres étaient obligés de présenter leurs titres et de les faire enregistrer et estampiller auprès des autorités mexicaines avant de pouvoir prétendre à une compensation ! Les banquiers devaient faire enregistrer les titres par le gouvernement mexicain : du jamais vu jusque-là. À noter également que les banques allemandes qui faisaient partie du Comité international des banquiers n’étaient pas autorisées à présenter leurs titres car considérées comme complices d’une puissance ennemie.

Ajoutons que Washington, à partir de 1940, chercha à acheter du pétrole mexicain alors qu’il n’y avait eu jusque-là aucune compensation pétrolière versée par le Mexique. La société pétrolière Sinclair commença à acheter du pétrole à l’entreprise publique Pemex. Sinclair, qui avait exigé une compensation de 32 millions de dollars, accepta finalement une compensation de 8 millions qui serait réglée avec une partie des dollars payés par Sinclair à Pemex pour se procurer 20 millions de barils de pétrole sur une période de 4 ans. Finalement, un accord général fut trouvé et le Mexique promit de payer 23 millions de dollars pour dédommager l’ensemble des sociétés pétrolières étatsuniennes expropriées en 1938 |103|.

Grâce à l’accord sur la dette, aux autres aspects de la politique appliquée pendant le mandat de Cárdenas et au contexte de l’après Seconde Guerre mondiale, le Mexique put développer une politique de développement économique tout en appliquant de strictes mesures protectionnistes jusque dans les années 1950. Le Mexique ne recommença à emprunter aux banques privées qu’à la fin des années 1950.


Conclusions et réflexions finales

Le Mexique est le seul pays ex-colonial qui, au 19e siècle et dans la première moitié du 20e siècle, ait réussi par ses propres moyens à imposer de cuisantes défaites à ses créanciers. Le Mexique a répudié en 1861 une très grande partie de la dette qui lui était réclamée et a obtenu une victoire totale en 1867. Ensuite, un peu moins de vingt ans plus tard, les classes dominantes et le dictateur Porfirio Díaz ont réussi à ce que le Mexique fasse machine arrière. C’est typique de la complicité et de la veulerie des classes dominantes d’un pays dominé qui trouvent leur intérêt à constamment se soumettre aux puissances impérialistes européennes ou/et aux États-Unis.

Lorsque Porfirio Díaz a finalement été renversé et qu’une authentique révolution populaire s’est enclenchée, le Mexique a de nouveau suspendu le paiement de sa dette. La suspension a duré plus de trente ans (de 1914 à la fin de la Seconde Guerre mondiale) et s’est combinée à la mise en œuvre de profondes réformes économiques et sociales. La victoire face aux créanciers a été complète, ce qui ne veut pas dire définitive.

Ce qui précède explique tout l’intérêt de connaître ce qui s’est passé au Mexique entre l’indépendance de 1821 et la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’autre pays qui a répudié victorieusement sa dette en comptant sur ses propres forces, c’est l’Union soviétique en 1918. Le point commun avec le Mexique, c’est le fait qu’il y a eu coïncidence entre processus révolutionnaire et répudiation de dettes. Les différences : 1. le gouvernement bolchévique a purement et simplement répudié toute la dette tsariste ; 2. la Russie était au moment de la révolution de 1917 une puissance impérialiste, certes déclinante, tandis que le Mexique était une ancienne colonie espagnole convoitée par les impérialismes européens montants et des États-Unis. Les autres pays qui ont répudié victorieusement des dettes appartenaient à la catégorie des grandes puissances – c’est le cas des États-Unis |104| – ou étaient directement protégés par l’une d’elles – c’est le cas du Costa Rica qui a été le protégé des États-Unis face à la Grande-Bretagne au début des années 1920 |105|. C’est pourquoi l’expérience mexicaine est exceptionnelle et doit être connue |106|. Or très peu d’écrits existent à ce propos. Du côté de la pensée dominante, il y a tout intérêt à dissimuler l’histoire réelle du Mexique. Du côté de la gauche, il y avait une grande lacune à combler et il est à espérer que cet article y contribue.


Remerciements : L’auteur remercie pour leur relecture et/ou pour l’aide dans la recherche de documents Victor Isidro, Nathan Legrand, Carlos Marichal, Alejandro Manriquez, Silvia Elena Meza, Damien Millet et Claude Quémar.
L’auteur remercie Pierre Gottiniaux pour la recherche des illustrations et la mise en page.
L’auteur est entièrement responsable des éventuelles erreurs contenues dans ce travail.

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Notes

|1| Avant la conquête espagnole, la population de l’actuel Mexique était de 18 à 25 millions de personnes. Moins d’un siècle plus tard, vers 1600, elle était tombée à environ 3,5 millions d’habitants. Selon une estimation plus basse réalisée par Angus Maddison, la population du Mexique s’élevait à 7,5 millions en 1500 et a baissé de 2/3 après la conquête espagnole pour atteindre 2,5 millions en 1600. Source : Angus Maddison, L’économie mondiale : statistiques historiques, OCDE, Paris, 2003, p. 120. Thomas Calvo, spécialiste de l’Amérique hispanique, donne les chiffres suivants concernant la population avant la conquête espagnole : Empire aztèque et ses marges : 17,5 millions d’habitants, dont territoires du Nord : 2,5 millions ; Mexique central : 15 millions ; Chiapas : 0,8 million. Source : Thomas Calvo, L’Amérique ibérique de 1570 à 1910, Nathan université, 1994, p. 14.

|2| Voir Bazant, Historia de la deuda exterior de Mexico, 1823-1946, El Colegio de México, Centro de Estudios Históricos, Mexico, 1995, p. 18-19.

|3| Voir Bazant, p. 21, et Alaman, p. 323.

|4| Des peuples indigènes se sont soulevés à plusieurs reprises au cours des siècles précédents et certains d’entre eux comme les Yaquis de Sonora au Mexique ont poursuivi la lutte après l’indépendance car ils n’en ont tiré aucun bénéfice.

|5| Évolution de la population du Mexique entre 1600 et 2015 (en millions d’habitants) : 1600 : 3,5 ; 1700 : 4,0 ; 1800 : 5,7 ; 1850 : 7,7 ; 1895 : 12,7 ; 1910 : 15,1 ; 1940 : 19,6 ; 1950 : 25,8 ; 1990 : 86,0 ; 2000 : 97,4 ; 2015 : 121,7. Source : Jean Batou jusqu’en 1990 (p. 171) et statistiques officielles à partir de 1895 (date du premier recensement officiel).

|6| Voir Bazant, p. 27-28.

|7| Le nom complet est Barclay, Herring, Richardson and Company. À ne pas confondre avec la banque Barclays qui existe encore aujourd’hui.

|8| Voir Morning Chronicle, London, 8th February 1825, mentionné par William Wynne, State Insolvency and Foreign Bondholders. Selected Case Histories of Governmental Foreign Bond Defaults and Debt Readjustments. Vol. 2., 1951, p. 5.

|9| J. Bazant, p. 48.

|10| Lorenzo de Zavala (1788-1836) qui avait participé à la lutte pour l’indépendance du Mexique dans les années 1810, était un important propriétaire de terres au Texas. Il se retourna contre son pays en 1836 en participant à la création d’une république indépendante du Texas. En rétorsion, le Mexique lui retira sa nationalité. Les États-Unis annexèrent le Texas en 1845.

|11| J. Bazant, p. 39.

|12| L. Alaman, p. 983.

|13| J. Bazant, p. 39.

|14| J. Bazant, p. 233

|15| Voir le tableau dressé par Bazant lui-même p. 46

|16| Voir « La dette comme instrument de la conquête coloniale de l’Égypte »

|17| J. Bazant, p. 45.

|18| J. Bazant, p. 234.

|19| J. Bazant, p. 54.

|20| J. Bazant, p. 67 à 70.

|21| J. Bazant, p. 53.

|22| J. Bazant, p. 58.

|23| En 1853, bajo nuevas presiones y amenazas expansionistas de Estados Unidos, Santa Anna vendió el territorio de la Mesilla por 10 millones de pesos. Este monto fue dedicado a combatir a los rebeldes liberales (Plan de Ayutla) que deseaban derrocar a Santa Anna y con ello logró mantenerse en el poder hasta 1855.

|24| William Wynne, State Insolvency and Foreign Bondholders. Selected Case Histories of Governmental Foreign Bond Defaults and Debt Readjustments. Vol. 2., 1951, p.16. Voir aussi J. Bazant, p. 96.

|25| Voir William Wynne, State Insolvency and Foreign Bondholders. Selected Case Histories of Governmental Foreign Bond Defaults and Debt Readjustments. Vol. 2., 1951, p. 16-17

|26| Voir William Wynne, State Insolvency and Foreign Bondholders. Selected Case Histories of Governmental Foreign Bond Defaults and Debt Readjustments. Vol. 2., 1951, p. 18.

|27| J. Bazant, p. 96

|28| En 1856, la dette interne, 41 millions de pesos, représentait plus de la moitié de la dette externe qui atteignait : 68,6 millions de pesos. La dette publique totale interne et externe atteignit 109,6 millions de pesos. J. Bazant, p. 97.

|29| Selon des recherches récentes réalisées par des historiens mexicains, les communautés indigènes ont assez bien réussi à résister à l’application des lois adoptées à partir de 1856 visant à commercialiser leurs terres ancestrales. Faisant mine d’accepter les lois, elles ont réussi à se protéger. C’est plus tard, pendant la longue période de la présidence de Porfirio Díaz, que l’expropriation des terres s’est vraiment étendue.

|30| Voir sa biographie. Cette biographie n’est pas à prendre à la lettre.

|31| Cité par É. de Kératry, La créance Jecker : les indemnités françaises et les emprunts mexicains, Librairie internationale, 1867, p. 17.

|32| E. de Kératry, p. 30 et W. Wynne p. 20.

|33| J. Bazant, p. 100. Voir aussi E. de Kératry, op. cité.

|34| W. Wynne, p. 21.

|35| W. Wynne, p. 25.

|36| Il faut tenir compte du fait que la guerre de sécession a commencé en avril 1861 et s’est terminée en avril 1865.

|37| 1 peso = 5 francs français ; 1 livre sterling = 5 pesos ; 1 livre sterling = 25 francs français.

|38| Le Crédit Mobilier connut le même sort que l’expédition française au Mexique et fit faillite en 1867.

|39| J. Bazant, p. 103.

|40| L’arnaque de ce dernier emprunt a soulevé de telles protestations que Napoléon III indemnisa les détenteurs de titres pour un montant de 87 millions de francs français. Il est certain qu’une partie de ceux qui bénéficièrent de ce dédommagement avait participé à l’arnaque. Et il est évident que le montant de 87 millions de francs s’ajouta à la dette publique française dont bénéficiaient les riches qui s’en portaient acquéreurs. Voir J. Bazant, p. 103, W. Wynne, p. 30.

|41| Calculs de J. Bazant, p. 105 notamment sur la base de É. de Kératry.

|42| Sur les 38 493 militaires français envoyés au Mexique, 6 654 sont morts de blessures ou de maladie, soit un sixième des forces françaises. En 1863, le khédive d’Égypte a soutenu la France en offrant un bataillon de 450 soldats à l’Empire mexicain, dont beaucoup de Soudanais supposés plus résistants aux maladies tropicales. À partir de 1864-1865, l’Autriche-Hongrie a envoyé 7 000 hommes (Polonais, Hongrois…) en soutien à l’agression étrangère. Des soldats belges ont également été envoyés dans le pays. Source. Le roi des Belges, Léopold II (qui régnât de 1865 à 1909), cherchait à obtenir des avantages dans la conquête du Mexique car il avait des vues coloniales. Il est arrivé à concrétiser ses projets coloniaux à partir de 1885 avec la conquête du Congo. La sœur de Léopold II, Charlotte, était l’épouse du prince Maximilien d’Autriche. Elle soutenait activement les projets de Bonaparte et de son père Léopold Ier.

|43| W. Wynne, p. 29.

|44| Le slogan de Porfirio Díaz « Ordre et Progrès » témoigne de son adhésion à l’idéologie positiviste bien ancrée à l’époque en Amérique latine.

|45| Soulignons que Benito Juárez n’a pas cherché activement à améliorer les conditions de vie des peones et des autres paysans. Benito Juarez ne fit disparaître ni le semi-esclavage des peones à cause de leurs dettes transmises de manière héréditaire, ni les prisons privées et les mutilations corporelles dans les haciendas. Cette absence d’attention à l’égard des paysans et des communautés indigènes ainsi que les attaques à leur propriété communautaire provoquèrent des soulèvements : celui des Chamulas au Chiapas en 1869 ; le mouvement de résistance dirigé par Julio Chávez López (sur la base de principes socialistes/anarchistes) à la fin des années 1860 dans le Chalco et le Texcoco ; la poursuite de la lutte du peuple Yaqui dans l’État de Sonora.

|46| Calculs de l’auteur sur la base de J. Bazant (notamment p. 147, 160, 175, 176, 272).

|47| W. Wynne, p. 3-4.

|48| J. Bazant, p. 240.

|49| Une seule exception : le remboursement de l’emprunt de 3 millions de pesos contracté en 1865 aux États-Unis par le gouvernement de Benito Juárez pour acquérir des armes afin de venir à bout de l’occupation française. Le remboursement de cet emprunt a pris fin en 1893.

|50| J. Bazant, p. 109.

|51| Voir le texte du décret : http://cdigital.dgb.uanl.mx/la/1080... , p. 326 à 328

|52| Voir Jeff King, The Doctrine of Odious Debt in International Law. A Restatement, University College London, 2016, p. 72-73.

|53| J. Bazant, p. 127.

|54| Voir la presse de l’époque : El Monitor, Ciudad de Mexico No. 278, 19 de Noviembre de 1884 ; El Nacional, Ciudad de Mexico, No. 242, 19 de noviembre de 1884 ; La Libertad, Ciudad de México, No. 243, 31 de octubre de 1884.

|55| W. Wynne, p. 45.

|56| J. Bazant, p. 134.

|57| De plus, contrairement à la répudiation prononcée par Benito Juárez en 1867 et au décret de juin 1883, le gouvernement accepta de comptabiliser dans la compensation versée aux créanciers une partie du coût des titres émis par Maximilien d’Autriche dans le cadre d’une restructuration de la dette dite “de Londres”. Voir J. Bazant, p. 130.

|58| La nouvelle dette qui est la conséquence du paiement du solde des emprunts Goldsmith et Barclay s’est effectivement élevée à 34 millions de pesos car pour pouvoir emprunter réellement la somme de 27 millions, le Mexique a dû reconnaître une nouvelle dette supérieure à ce montant dans la mesure où le nouvel emprunt s’est vendu en-dessous de la valeur faciale et où il a fallu payer une commission à la banque allemande Bleichchroeder qui a géré l’emprunt.

|59| J. Bazant, p. 237.

|60| J. Bazant, p. 234-235 ; W. Wynne, p. 7 à 13.

|61| W. Wynne, p. 57.

|62| Cependant, à la fin du 19e siècle et au début du 20e siècle, le développement capitaliste du Mexique ne se base pas seulement sur une main-d’œuvre « libre » puisqu’il combine des rapports de production capitalistes (l’exploitation salariée) avec des rapports de production précapitalistes, et même certaines formes d’esclavage. En effet, plusieurs communautés indigènes furent entièrement déportées pour effectuer un travail forcé dans les plantations de sisal et de tabac.

|63| A. Gilly, p. 21.

|64| Ibid., p. 28.

|65| W. Wynne, p. 51.

|66| J. Bazant, p. 177.

|67| A. Gilly, p. 36.

|68| J. Bazant, p. 123 qui cite Fuentes Díaz, El problema ferrocarrilero en México, p. 25.

|69| "Entre la fuerza y la debilidad, conservemos el desierto » in J. Bazant, p. 123.

|70| A. Gilly, p. 32.

|71| J. Bazant, p. 125.

|72| J. Bazant, p. 141-142.

|73| Quelques années plus tard, les révolutionnaires utiliseront pleinement les chemins de fer pour déplacer leurs troupes dans le pays.

|74| J. Bazant, p. 165.

|75| J. Bazant, p. 167-169.

|76| C’est un processus qui a eu lieu dans de nombreux pays tout autour de la planète à la même époque.

|77| A. Gilly, pp. 33-34.

|78| Ibid., p. 35.

|79| W. Wynne, p. 59.

|80| Madero a étudié à Baltimore, à HEC à Paris, à l’Université de Californie à Berkeley, aux Culver Academies en Indiana.

|81| Lors de son exil, il séjourna en Suisse à Interlaken, puis à Paris. Il se rendit ensuite en Allemagne où Guillaume II, qui allait « déclencher » la Première Guerre mondiale, le reçut en lui rendant les honneurs. Il visita aussi l’Égypte, séjourna à Rome et à Naples. Il mourut à 85 ans le 2 juillet 1915 à Paris et est enterré au cimetière du Montparnasse. En résumé, il eut un exil doré. Certains pontes du régime néolibéral mexicain actuel souhaitent faire revenir ses restes au Mexique...

|82| Emiliano Zapata (1879-1919) est le dirigeant révolutionnaire qui a été le plus loin dans la défense des droits des communautés paysannes indigènes. La lutte armée qu’il a dirigé était intrinsèquement liée à la lutte des masses populaires en particulier dans son Etat natal, le Morelos. Son programme ne s’arrêtait pas aux droits des masses rurales même si celles-ci constituaient son ancrage principal.

|83| À propos de la politique de William H. Taft qui a été président de 1909 à 1913, voir cet article

|84| J. Bazant, p. 181.

|85| W. Wynne, p. 64.

|86| Pendant le porfiriato, le mouvement ouvrier s’est organisé d’abord dans les secteurs des mines et des chemins de fer. Dans ceux-ci, le prolétariat bénéficie des expériences de lutte aux États-Unis basées sur un syndicalisme révolutionnaire. Le mouvement ouvrier est également nourri par les autres luttes de la classe ouvrière à l’échelle mondiale, notamment l’expérience de la Commune de Paris de 1871. Des organes de presse socialistes font leur apparition : El Socialista en 1872, La Comuna en 1874, qui deviendra plus tard La Comuna mexicana. 1872 marque aussi l’apparition de la première centrale ouvrière, nommée le Grand Cercle des ouvriers, implantée notamment dans les industries textiles et l’artisanat. Cette organisation se décomposera à partir de 1879, se divisant dans le soutien à deux candidats de la bourgeoisie pour les élections de 1880. Adolfo Gilly écrit : « Cette décomposition du Grand Cercle marquait la fin d’une époque et coïncidait avec les débuts de cette période de développement impétueux du capitalisme des années 1880-1890, qui devait voir le jeune prolétariat industriel s’organiser de façon plus authentiquement syndicale, surtout les cheminots, les ouvriers du textile et les mineurs. » (A. Gilly, p.41). Ainsi, malgré la répression féroce du régime de Porfirio Díaz, on dénombre 250 grèves entre 1876 et 1911. Qu’elles débouchent sur des victoires ou des défaites, elles permettent l’organisation politique des forces productives face aux contradictions du capitalisme, et préparent l’explosion révolutionnaire de 1910. Au cours de la révolution, le courant anarchiste a exercé une influence réelle. Il était notamment représenté par les frères Flores Magon qui avançaient un programme libertaire. En 1911, un des frères Flores Magon, soutenu par des anarchistes de diverses nationalités, dont une centaine d’internationalistes de l’organisation étatsunienne Industrial Workers of the World, participe à la prise de deux villages mexicains proches de la frontière des États-Unis, Mexicali (300 habitants) et Tijuana (100 habitants) qui n’étaient que peu ou pas défendus. Durant cinq mois, ils ont fait vivre sur quelques kilomètres carrés la Commune de Basse-Californie, expérience de communisme libertaire : abolition de la propriété, travail collectif de la terre, formation de groupes de producteurs, etc., avant d’être battus militairement, ce qui marque la fin de la tentative d’établir une république socialiste libertaire.

|87| Pancho Villa (1878-1923) était un ancien paysan qui avait eu maille à partir avec la justice à la suite de conflits avec de grands propriétaires. Toujours en rupture de ban, il avait exercé de multiples occupations, y compris celle de voleur de bétail dans la montagne. C’est dans cette lutte inégale contre les gardes ruraux de Porfirio Diaz que ce proscrit a développé ses immenses qualités de combattant. Outre cette aptitude au combat, Villa fit preuve très rapidement d’un sens aigu de l’organisation militaire non seulement dans ses rapports avec les soldats paysans qui composaient son armée, mais encore vis-à-vis des officiers de son état-major. Ce talent d’organisateur lui permit même de susciter l’adhésion des secteurs ouvriers du Nord, mineurs et cheminots principalement, qui rejoignirent son armée. Il y a là beaucoup plus qu’un détail : les cheminots gagnés à Pancho Villa jouèrent un rôle irremplaçable dans l’organisation des mouvements de trains et le déplacement des troupes de la révolution. Source : d’après A. Gilly, p. 90.

|88| Il n’en demeure pas moins que Pancho Villa quand il a été désigné gouverneur de l’État de Chihuaha en 1913 a mis en pratique une série de mesures radicales en faveur du peuple et contre les classes dominantes locales. Voir Paco Ignacio Taibo II, Pancho Villa, Roman d’une vie, Petite bibliothèque Payot, 2012, tome 1, chapitre 23.

|89| Voir Jan Martinez Ahrens, « Toda la municion contra Zapata », El Pais, 24 décembre 2016

|90| Selon Adolfo Gilly, cette décision de signer un pacte n’avait pas pu être approuvée par l’assemblée générale tenue le 8 février 1915. Il y a eu une forte opposition mais, malgré elle, il semble que 9 000 « ouvriers » participèrent aux bataillons rouges de l’armée d’Obregón qui livra bataille à la Division du Nord. Il y eut y compris un « Groupe sanitaire anarchiste ». Voir A. Gilly, p. 157-159. Voir aussi https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%..., qui confirme ce que Gilly a écrit.

|91| A. Gilly, p. 179.

|92| Cité dans A. Gilly, p. 228-229.

|93| W. Wynne, p. 66-67.

|94| J. Bazant, p. 239. J. Bazant, qui est généralement très favorable à tous les compromis qui ont été passés avec les créanciers, déclare que cette somme de 500 millions est incroyable.

|95| W. Wynne, p. 68

|96| Pour une définition argumentée de la dette odieuse voir : É. Toussaint, « La dette odieuse selon Alexandre Sack et selon le CADTM »

|97| W. Wynne, p. 77.

|98| W. Wynne, p. 82. Voir aussi le New York Times du 30 novembre 1930.

|99| Un ejido désigne, au Mexique, une propriété communautaire attribuée à un groupe de paysans pour y effectuer des travaux agricoles. En principe sous le régime de l’ejido, les membres d’une communauté bénéficie de l’usufruit des terres sans possibilité légale de les vendre ou de les céder. En 1993, le président Salinas de Gortari, qui a approfondit la politique néolibérale de ses prédécesseurs, a fait réformer la Constitution afin de permettre la vente massive des ejidos. Un des objectifs du soulèvement zapatiste du 1er janvier 1994 était de remettre en cause cette politique du gouvernement.

|100| Les relations diplomatiques ont été rétablies entre les deux pays octobre 1941 car Londres cherchait des alliés face à l’Allemagne nazie et craignait un rapprochement entre Mexico et Berlin.

|101| Otro dato que muestra la simpatía de Cárdenas por los movimientos revolucionarios, pero que no se refiere a la época en que fue presidente, es la ayuda que brinda a Fidel Castro y al Ché Guevara para salir de la cárcel un par de semanas antes de zarpar en el Granma hacia Cuba. Fidel y el Ché habían sido encarcelados en la ciudad de México tras una denuncia del gobierno de Batista a las autoridades mexicanas de que unos guerrilleros se encontraban operando en México. Estando en la cárcel, Fidel logra convencer al guardia que lo deje salir a él solo, consigue después una audiencia con Cárdenas, a quien solicita su ayuda para sacar a los demás prisioneros de la cárcel. Cárdenas se muestra empático con el proyecto de Fidel.

|102| W. Wynne, p. 97 et le tableau p. 106.

|103| W. Wynne, p. 94-95.

|104| Voir « Trois vagues de répudiations de dettes publiques aux États-Unis au 19e siècle », ainsi que « La répudiation par les États-Unis de la dette réclamée à Cuba par l’Espagne en 1898 »

|105| Voir « En quoi la répudiation des dettes par le Costa Rica devrait inspirer d’autres pays ». Il faut préciser que le Costa Rica a bel et bien répudié de manière unilatérale et souveraine la dette réclamée par la Grande-Bretagne. Si les États-Unis ne lui avaient pas ensuite donné raison, le peuple costaricain aurait peut-être réussi à résister victorieusement à l’agression que la Grande-Bretagne aurait probablement réalisée. De même dans le cas de Cuba, il est possible que l’armée des indépendantistes cubains (les mambis) auraient pu vaincre l’Espagne en cas de tentative de sa part de faire payer l’indépendance.

|106| Celle de l’Union soviétique également et nous y consacrerons prochainement un article.

Auteur.e

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, porte-parole du CADTM international et membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est l’auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014 ; Procès d’un homme exemplaire, Éditions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet des livres AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 par la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission poursuit ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.


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