Hommage du CADTM au combattant Sékou DIARRA

Le combattant infatigable a déposé les armes

23 novembre 2015 par CADTM Afrique

Le camarade Sékou DIARRA est né en 1959. Ingénieur en Agronomie formé à l’IPR de Katibougou et diplômé en Politiques Economiques et de Développement à l’Université catholique Louvain-la-Neuve en Belgique. Il mènera sa carrière professionnelle à Christian Aid Mali, puis successivement Helvetas Mali, Jubilée 2000 CAD Mali (Coalition africaine Dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et Développement), CADTM (Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde), son parti politique SADI et à l’Ambassade des Pays Bas qui ont été autant de tribunes qui lui ont permis de défendre ses idéaux et ses convictions.

Dans l’après-midi du lundi 07 septembre 2015, la grande faucheuse s’est acharnée sur une figure emblématique du mouvement associatif et pionnier de l’alter-mondialisme au Mali et dans le reste de l’Afrique : il s’agit de Sékou Diarra qui a perdu le combat que nul mortel ne peut gagner ici-bas, à l’âge de 56 ans. Il est marié et laisse derrière lui une veuve et 7 enfants, dont 4 filles inconsolables. La foule déferlante qui l’a accompagné à sa dernière demeure au cimetière de Lafiabougou, le mardi 8 septembre 2015, et les témoignages poignants des voisins, amis, camarades de lutte et autres collaborateurs ont fini de convaincre sur les qualités humaine, sociale, morale et éthique d’un homme qui forçait l’admiration et le respect au prime abord. Sékou Diarra a dédié sa vie à la défense des causes justes et à la promotion des valeurs humanistes. Les très nombreux mails envoyés par les militants du réseau CADTM qui lui rendent hommage témoignent de ce combat. Citons également les propos de l’Ambassadeur du Royaume des Pays-Bas au Mali (où Sékou travaillait au moment de son décès en qualité de Conseiller Technique Chargé de Développement Durable), qui a lui aussi estimé que Sékou Diarra laissera un vide difficile à combler, en étaient une illustration éloquente.

Combattant inlassable et l’initiateur du Forum des peuples et de sa logique originale de lutte populaire portée par le local, Sékou Diarra en imposait par sa grande culture générale, son dévouement dans la défense des couches défavorisées. Il aura été, durant toute sa vie, un encadreur volontaire pour beaucoup de jeunes dans leurs projets, un soutien pour des personnes lésées dans leurs droits, un espoir pour des personnes démunies et un directeur de conscience pour bien de jeunes en manque de repères. Bourreau de travail, la journée s’avérait courte pour celui qui se réveillait aux aurores pour ne dormir que tard dans la nuit. Même la maladie qui le rongeait depuis un certain temps n’entamait en rien son engagement et sa détermination.
Sans tambour ni trompette, avec la modestie qui le caractérisait, il a porté haut la voix du Mali et du reste de l’Afrique dans les fora à travers ses multiples interventions aux quatre coins du Mali et dans le reste du monde. Autant il pourfendait le libéralisme sauvage à l’origine du chaos actuel qui sévit dans le monde, autant il tançait l’attitude peu patriotique d’une élite dépeinte comme une bourgeoisie compradore locale qui fait main basse sur les richesses du pays au détriment de la grande majorité de la population plongée dans la misère.

Il a défendu jusqu’au dernier souffle de sa vie, les processus de luttes sociales et d’avant garde de Soundiata Keita contre les esclavagistes exploiteurs de l’empire du Mali. Emboîtant le pas, les acteurs de l’autodétermination des pays injustement colonisés : Modibo Keita, Sékou Touré, Kwame Nkrumah, Julius Nyerere, Patrice Lumumba, Nelson Mandela, Amilcar Cabral, Samora Machel, Thomas Sankara , Che Guevara, Sukarno, Gandhi, Castro, etc., qui ont poursuivi cette lutte de décolonisation des pays du Sud à travers des mouvements populaires de libéralisation : le Tiers-mondisme, Bandoeng et le non alignement, l’OUA. L’objectif majeur visé était la lutte contre la domination, contre l’infériorisation et la promotion de la souveraineté, la coexistence pacifique.

Ces processus s’inscrivent dans le refus des peuples africains d’accepter :

  • la confiscation injuste de leur souveraineté (le droit à l’auto détermination) par leurs gouvernements ;
  • le vote des lois qui ne correspondent pas à leurs intérêts ;
  • la conduite des politiques qui ne défendent que les intérêts des spoliateurs et pilleurs des biens des peuples africains.

Dans la ligne de ces luttes populaires et dans le souci de maintenir le flambeau de ces luttes d’émancipation politique, économique, sociale et culturelle du continent nourries des engagements de Kwame Nkrumah « l’Afrique doit s’unir », de Amilcar Cabral « l’africanisation de l’esprit de la jeunesse africaine » et de l’ANC « black consciousness », « les luttes populaires » de Kary Dembélé etc. des jeunes panafricanistes, entre autres : Pierre Mulele (RDC), Steve Biko et Hector Paterson (Afrique du Sud), Abdoul Karim Camara dit Cabral et Ibrahim Thiogary (Mali), Thomas Sankara (Burkina Faso) se sont engagés au devant des masses populaires.

Il s’est toujours réclamé des luttes contre les inégalités sociales et économiques construites par les tenants (au Nord et au Sud) de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
néolibérale. Sans aucun complexe de supériorité, il a marqué son parcours panafricaniste en Afrique de l’Ouest, Centrale, Est et du Sud par des actes citoyens en faveurs de la justice sociale et économique.

De ces résistances à l’injustice et l’hégémonie du capital international, Sékou Diarra était conscient et partageait avec d’autres camarades le sens d’un mouvement social, à savoir :

À cause de son engagement dans les luttes sociales, une ONG britannique du nom de Christian Aid l’a licencié de manière abusive en 2004 parce qu’il continuait à vouloir agir pour l’annulation de la dette du Tiers Monde en tant que militant de Jubilé Sud et du CADTM. 

Le licenciement était totalement abusif car Sékou réalisait son action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
dans le cadre de ses congés. C’est un exemple de comment des ONG du Nord imposent leur priorité en relation avec celles de leur gouvernement. Sékou est un de ceux et de celles qui refusent de se plier à ce genre d’injonction et donnent la priorité à la lutte pour l’émancipation sociale.

Face à cette décision arbitraire, le camarade Sékou DIARRA a choisi le chômage plutôt que d’abandonner la lutte pour la justice sociale et économique. Il était convaincu qu’abandonner la lutte, c’est accepter de travailler contre les intérêts de son pays et de l’Afrique toute entière. Il a encore été victime d’un licenciement arbitraire par Helvetas-Mali, une organisation Suisse où il a travaillé pendant plusieurs années au poste de Directeur Adjoint à la fin de l’année 2013 à cause de son engagement militant.

Le militantisme du camarade Sékou Diarra au sein du CADTM a commencé à Bamako en novembre 1999 lorsqu’Eric TOUSSAINT s’est rendu pour la première fois au Mali en compagnie de Gérard Karlshausen pour lancer la campagne « Abolir la dette pour libérer le développement » et lancer l’initiative Dakar 2000. Sékou les y a accueillis les bras ouverts. Depuis la collaboration a été très intense. Il est réellement un des artisans de la création et du renforcement du réseau CADTM Afrique et Mondial.
Le réseau international CADTM, tous ceux et toutes celles qui luttent en toute indépendance pour la justice n’oublieront jamais le camarade Sékou Diarra, artisan de la création et du renforcement du réseau CADTM. Sékou n’est plus en vie mais il sera toujours des nôtres, de tous ceux et de toutes celles qui luttent pour l’émancipation des opprimé-e-s. Il est de ceux qui ont respecté leur engagement jusqu’au dernier souffle de vie.

Avec son départ, une partie de l’âme malienne, mais aussi de tout le continent africain, militant pour la dignité, la liberté et la souveraineté populaire, s’est éteinte à jamais. Bien sûr d’autres fleurs fleuriront, mais la place laissée vide par le départ précipité de Sékou, le restera pour toujours.

Il fait partie des militants du réseau qui constituent des phares, des aiguillages politiques. Les grands hommes ne meurent jamais et notre frère, ami, camarde, collègue... Sékou Diarra, restera à jamais dans nos mémoires. De toute façon, bien sûr, il est et sera toujours des nôtres, en tout cas de tous ceux et de toutes celles qui respectent leur engagement pour l’émancipation des opprimés et des opprimées. Je suis persuadé jusqu’à preuve du contraire que Sékou mon ami, mon camarade, est de ceux qui ont respecté leur engagement jusqu’au dernier souffle leur vie, comme notre regrettée Denise Comanne.

Nous garderons de toi Sékou le militant sage calme et ferme sur ses positions aux côtés des damnés de la terre du Mali mais aussi du monde entier. Nous gardons de toi l’image d’un panafricain fier, soucieux de l’avenir et l’indépendance, la vraie, de nos pays et y compris des organisations de luttes du Sud contre toutes les formes d’hégémonie des organisations et institutions du Nord.

Le camarade Sékou Diarra a tiré sa révérence sans voir la concrétisation de certains projets qui lui tenaient à cœur. Au nombre de ceux-ci figure l’ouverture de l’université agricole CIFA (Centre intégré de formation agronomique/Université Rurale Agro écologie à Kalabambougou en commune IV du district de Bamako.

Ton départ laisse un trou béant dans nos cœurs, mais pas dans nos luttes communes. Tes œuvres et combats ne tomberont pas en déshérence. Elles seront portées par ceux qui ont blanchi sous le harnais de ta sagesse, abnégation et de ta perspicacité. Nous reprendrons le flambeau, « Ici chacun sait ce qu’il veut, ce qu’il fait quand il passe. Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place. »

Repose en paix, combattant.


Auteur.e

CADTM Afrique

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