Aide publique au développement (APD)

27 novembre 2008
Communiqué de presse CNCD
Sommet mondial de Doha sur le financement du développement
Le financement du développement est plus nécessaire que jamais !
Organisé du 29 novembre au 2 décembre prochains à Doha, le Sommet mondial sur le financement du développement doit évaluer la mise en œuvre du « consensus de Monterrey ». Ce document a été adopté en mars 2002 dans le but d’assurer des sources de financement suffisantes pour atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), définis en 2000 et qui impliquent notamment de réduire de moitié la pauvreté et la faim dans le monde en 2015. Il repose sur six piliers : mobiliser les ressources internes, attirer les investissements privés internationaux, promouvoir le commerce international, augmenter l’aide au développement, approfondir les allégements de dette et définir une nouvelle architecture financière internationale.
Malheureusement, force est de constater que six ans après le sommet de Monterrey, peu d’engagements ont été concrétisés. Bien au contraire, on constate que depuis l’adoption du consensus, les flux ont principalement été orientés du Sud vers le Nord ! En effet, comme l’a calculé Eurodad, si on analyse l’ensemble des flux financiers publics et privés entre le Nord et le Sud depuis 2002, on constate qu’en fin de compte, c’est le Sud qui transfère chaque année près de 350 milliards de dollars au Nord |1| ! C’est pourquoi, le Sommet de Doha doit être l’occasion pour les organisations
internationales et les pays participants d’évaluer véritablement leur action et de marquer un tournant dans les politiques de financement du
développement. Dans ce cadre, la définition d’une nouvelle architecture
financière internationale, promise depuis 2002, revêt évidemment une
actualité brûlante. Le climat d’autorégulation resté dominant a en effet
débouché sur une crise financière majeure qui, partie des Etats-Unis, se
propage dramatiquement dans le monde en développement. Les politiques de libéralisation et de déréglementation exacerbent en effet les déséquilibres financiers internationaux et renforcent la création de bulles spéculatives dont l’explosion, souvent brutale, annihile les efforts réalisés en faveur du développement humain. L’interconnexion des marchés financiers et l’ interdépendance des économies impliquent que ces crises ont des impacts majeurs et durables sur le chômage et la pauvreté, au Nord comme au Sud.
En conséquence, les pays en développement sont aujourd’hui les victimes d’ une crise financière majeure dont l’origine se trouve au cœur des pays les plus riches. Selon l’OIT, le record historique du chômage mondial sera atteint en 2009 et 100 millions de personnes supplémentaires tomberont sous le seuil des 2 dollars quotidiens. En outre, les politiques de libéralisation agricole et l’instabilité des prix ont provoqué une crise alimentaire majeure et des émeutes de la faim dans une quarantaine de pays pauvres en 2008, faisant passer en quelques mois le nombre de malnutris de 850 à près de 925 millions de personnes.
L’ampleur de la crise mondiale actuelle est telle que des mesures
ambitieuses sont nécessaires. Le pire est à craindre si les gouvernements décident de sacrifier le financement du développement et la régulation financière multilatérale sur l’autel du sauvetage des banques et du repli sur soi. Si la crise financière est si grave, c’est notamment parce qu’elle est corrélée à une crise économique et sociale ; elle ne peut dès lors être durablement surmontée sans une remise à plat du modèle de développement économique et social. La refondation des politiques internationales de financement du développement est donc plus nécessaire que jamais.
C’est pourquoi, le CNCD-11.11.11 et ses associations membres demandent de :
a.. Promouvoir le démantèlement des paradis fiscaux, l’harmonisation des systèmes de taxation, la coopération judiciaire internationale, la levée du secret bancaire et, in fine, la perception de l’impôt par les pouvoirs publics des pays en développement.
b.. Garantir le traitement spécial et différencié et les normes sociales
et environnementales dans tout accord commercial et d’investissement.
c.. Mobiliser 0,7% du PNB des pays industrialisés en aide publique au
développement, dont au moins 50% pour des programmes alliant égalité de genre et développement durable.
d.. Mettre en œuvre un mécanisme de suivi opérationnel et participatif de l’efficacité de l’aide, garantissant en particulier la participation des
femmes dans toutes les étapes et tenant compte d’indicateurs économiques alternatifs et sexués, dans la perspective d’un bien-être durable.
e.. Annuler la dette extérieure des PED et réaliser un audit de la dette
des PED et un mécanisme impartial et transparent de résolution de la dette pour identifier toutes les dettes illégitimes.
f.. Promouvoir une appropriation des politiques de développement et ne pas imposer de conditionnalités macroéconomiques au financement du développement.
g.. Instaurer des taxes globales additionnelles aux montants d’aide (taxe sur les transactions financières internationales, sur les émissions de CO2, etc.).
h.. Organiser une conférence internationale pour définir un nouveau
système de régulation financière multilatérale, incluant la « traçabilité »
des transactions financières, le renforcement des ratios de fonds propres
des banques, l’encadrement des fonds spéculatifs et la réglementation des marchés dérivés.
Contact presse : Arnaud Zacharie, secrétaire général (0495.92.35.58)
|1| En moyenne annuelle, les pays en développement ont reçu depuis 2002, 857 milliards de dollars (sous forme d’aide, de transferts de migrants, d’investissements privés et de nouveaux prêts), mais en ont exporté 1.205 milliards (sous forme de paiements de dettes, de rapatriements de profits et de fuites de capitaux).