Le forum social thématique de Porto Alegre

12 février 2012 par Béatrice Whitaker


Dans un contexte de crise du système capitaliste sans précédent, dans une conjoncture sociale bouleversée jusqu’alors par des initiatives contestataires inédites, le Forum social thématique (FST) s´est tenu du 24 au 29 janvier dernier à Porto Alegre, sous le thème « Crise capitaliste, justice sociale et environnementale ». Ce forum se situe dans la continuité des Forums mondiaux précédents, en particulier le FSM de Belém en 2009, celui de Dakar en 2011, des mobilisations de protestation contre le G20 en novembre 2011 à Nice, des activités alternatives à Durban, en Afrique du Sud fin 2011 et de tant d´autres rencontres... Ces initiatives, absolument nécessaires à l’accumulation de forces et à la création d’un front de résistance, ont vocation à répondre aux incessants pillages de cette planète perpétrés par les grandes puissances mondiales.

Ces pillages seront institutionnalisés à Rio, en juin prochain, lors de la conférence intergouvernementale promue par les Nations unies, sur le thème du « développement durable ». Cette conférence anniversaire, 20 ans après celle qui avait mis sur le devant de la scène le concept de développement durable, a pour thèmes « L’économie verte dans le contexte du développement durable » et « L´éradication de la pauvreté et le cadre institutionnel pour le développement durable ». Sous couvert de politique écologique, c’est bien d’une offensive du capitalisme vert qu’il s’agit. Les peuples du monde et les divers mouvements sociaux ont donc raison de se mobiliser pour préparer la riposte.

En juin 1992, un sommet appelé « Planète Terre » se tenait à Rio. À cette occasion, la biodiversité était traitée comme une ressource : 23, 8 % de la biodiversité de la planète a été livrée aux multinationales pour accroître toujours leurs profits. Le Sommet Rio+20 risque d’offrir les 76, 2 % de matière vivante restants à la voracité du capital. Les capitalistes, qui ont déjà poussé très loin la logique d’exploitation des travailleurEs, s’attaquent désormais aux derniers espaces de nature protégée, aux dernières ressources naturelles. La nature, considérée comme une richesse à exploiter et dont il faudrait s’accaparer, laisse entrevoir une possibilité de nouvelle phase d’expansion du capitalisme… C’est là toute la logique du capitalisme vert.

Dans ce cadre, les plus grandes transnationales revisitent leurs productions sous le drapeau de l’économie verte. Acquisitions stratégiques, exploitation de nouveaux secteurs industriels, utilisations expérimentales de plantes pour produire de l´énergie, des aliments... Les firmes s´approprient la biodiversité pour l’exploiter, la transformer, et finalement commercialiser de nouveaux produits. Les plantes sont alors transformées – à travers la biologie synthétique ou les manipulations génétiques – en combustibles liquides, en énergie, en produits chimiques, en plastiques, etc. Plusieurs pays de l´OCDE OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
Créée en 1960 et basée au Château de la Muette à Paris, l’OCDE regroupe les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les États-Unis et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Entre 1994 et 1996, trois pays du Tiers-Monde ont fait leur entrée : la Turquie, candidate à entrer également dans l’Union européenne ; le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ; la Corée du Sud. Depuis 1995, se sont ajoutés trois pays de l’ex-bloc soviétique : la République tchèque, la Pologne et la Hongrie. En 2000, la République slovaque est devenue le trentième membre.

Liste des pays membres de l’OCDE par ordre alphabétique : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie.
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ainsi que plusieurs groupes industriels envisagent d’utiliser la bio-économie afin de gagner de nouvelles parts de marché dans les pays du Sud… au nom du « développement propre ».

Plus de 170 000 milliards de dollars sont en jeu dans la nouvelle bio-économie (énergie, produits chimiques, plastiques, produits alimentaires, textiles, produits pharmaceutiques, commerce du carbone et foresterie). Les groupes BP, Shell, Total, Exxon, Cargill, ADM, Du Pont, Syngenta, Weyerhaeuser, BASF… se livrent à une bataille féroce pour empocher la plus grosse part du gâteau.

Ce nouveau cycle du capital ouvre un immense espace aux transnationales, par l´accaparement des terres et des ressources naturelles, par la transformation des plantes alimentaires, fibreuses, des algues et tout type de matière végétale en produits industriels. Ces firmes cherchent à anticiper la rareté des énergies fossiles futures, et, en même temps, elles participent au redéploiement de l´économie et s’efforcent d’obtenir un rôle hégémonique dans le cadre du système.

Difficile d´imaginer la portée colossale de ce qui nous attend dans la prochaine période. Malgré cela, les participants au FST, les différentes organisations associatives, syndicales et politiques, enthousiasmées par les innombrables témoignages des militantEs tunisienNEs, des IndignéEs de Wall Street, de l´État espagnol, de Grèce, du Chili, etc. ont donné rendez-vous en juin prochain, à Rio afin de manifester leur détermination à préserver les acquis des êtres humains et de la planète.