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Turkishdailynews
Presse internationale
3 juillet 2006 par Turkishdailynews
L’Indonésie s’apprête à rembourser plus tôt sa dette au Fonds monétaire international (FMI) : c’est le dernier chapitre d’une crise financière qui a ravagé l’Asie il y a près d’une décennie, au moment même où les investisseurs se montrent à nouveau circonspects vis-à-vis des marchés émergents.
L’Indonésie est le dernier des pays asiatiques frappés par la crise de 1997/98 à rembourser sa dette, ce qui la libèrera du FMI et des prescriptions politiques consenties avec réticence.
Le projet de rembourser dès cette année 7,8 milliards de dollars d’emprunts venant à échéance en 2010 permet d’économiser 200 millions de dollars d’intérêts nets et donnera une plus grande autonomie au gouvernement.
« Il ne sera plus nécessaire de discuter, si bien que le gouvernement pourra poursuivre ses politiques à 100 %. On peut dire que nous n’avons plus besoin d’une supervision » a expliqué au parlement le directeur adjoint de la Banque centrale indonésienne, Hartadi Sarwono.
Comme cela donnerait à l’Indonésie la latitude d’y aller doucement, s’agissant de questions sensibles comme la privatisation d’entreprises d’Etat, les analystes considèrent comme peu probable un changement significatif des perspectives économiques du pays, en raison des excédents des comptes d’opérations courantes, d’un rapport dette/PIB décroissant et d’un déficit budgétaire faible.
En effet, les échanges se produisant sur les marchés émergents depuis le mois dernier et la nécessité de créer la confiance vis-à-vis des investisseurs, donnent à penser que Djakarta poursuivra probablement des politiques économiques largement semblables à celles prescrites par le FMI, du moins pendant un certain temps.
L’Indonésie étant moins dépendante du commerce mondialisé que ses voisins de Malaisie et de Singapour, les facteurs domestiques sont cruciaux pour évaluer ses perspectives.
« Je ne regarde toujours pas l’Indonésie du point de vue mondial mais plutôt là où elle dérape sur la gestion des liquidités, sur le fiscal » dit Greg Fager, directeur pour l’Asie de l’International Finance Institute basé à Washington et qui regroupe 340 banques du secteur privé international. « Par exemple, il y a un an nous étions préoccupés par l’excédent de liquidités sur le marché et nous surveillions la hausse du prix du pétrole. A présent je ne vois pas ce genre de déséquilibres dans les politiques » ajoute-t-il.
La semaine dernière le gouverneur de la Banque centrale, Burhanuddin Abdullah, déclarait que la moitié des emprunts seraient remboursés dans quelques semaines, le reste étant à déterminer plus tard dans l’année, vu l’augmentation des réserves de change. Celles-ci ont atteint fin mai le record de 44,17 milliards de dollars, soit presque 30 % de plus cette année.
Cependant certains économistes croient que les turbulences du marché des devises pourraient empêcher l’Indonésie de rembourser le FMI. La fin des intérêts du FMI arrive alors que l’Asie cherche à jouer un rôle plus déterminant dans les affaires du prêteur basé à Washington, afin de refléter son poids croissant dans la globalisation.
Une représentation asiatique renforcée pourrait donner davantage de crédibilité au FMI dans une région aux réserves tellement importantes qu’elle n’a pas nécessairement besoin de l’aide du FMI si une autre crise a lieu.
Après la crise asiatique, un réseau régional d’arrangements bilatéraux de troc de devises a été mis en place pour les pays, afin de leur permettre des emprunts mutuels pour défendre leur monnaie en temps de crise.
« Cela reflète une ère nouvelle, avec une confiance croissante dans la coopération régionale renforcée afin d’aider les pays s’il y avait une nouvelle crise » précisait à Reuters M. Sarwono, de la Banque centrale.
Il ajoutait qu’il est possible que le FMI augmente ses charges sur les pays qui sont toujours sous son programme d’emprunts - la Turquie et l’Indonésie - puisque des remboursements anticipés par le Brésil et l’Argentine ont affaibli ses finances et l’ont forcé à prendre des mesures d’austérité.
Stephen Schwarz, le haut représentant du FMI en Indonésie a déclaré à Reuters que le Fonds se réjouissait du projet de remboursement anticipé puisqu’il reflétait une meilleure balance des paiements et des fondamentaux économiques plus forts.
Mais la privatisation, qui avait été un point clé du programme FMI, est largement bloquée sous l’administration actuelle. Le vice-président a même appelé au rachat d’actions dans des firmes importantes.
« Dans le passé, [le FMI] a exigé la privatisation pour des raisons de transparence. Mais les recettes ont été utilisées pour couvrir un déficit budgétaire. C’est une erreur car le déficit budgétaire est un choix politique, qu’il soit zéro ou tout autre chiffre » selon Said Didu, secrétaire du Ministre des entreprises d’Etat.
Mais les analystes pensent que l’Indonésie, mieux à même de veiller aux susceptibilités politiques intérieures une fois les emprunts remboursés, ne risque pas l’hostilité des investisseurs.
L’an dernier, la crainte que les coûteuses subventions pétrolières ne provoquent un problème budgétaire, suscita un plongeon de la roupie et des appréhensions accrues de crise économique. Le gouvernement réagit en réduisant les subventions pétrolières et la Banque centrale augmenta fortement les taux, jugulant ainsi la sortie des capitaux et calmant les marchés.
« L’Indonésie et beaucoup de ses voisins dans la région ont progressé ces dernières années, avec un penchant pour les excédents des opérations courantes, ce qui les laisse moins vulnérables que durant les années 1990 » affirmait David Cohen directeur du Asian Economic Forecasting basé à Singapour. « Néanmoins, cela ne veut pas dire qu’une nouvelle panique chez les investisseurs serait indolore. »
Source : Turkishdailynews, 15 juin 2006.
Traduction : Marie Meert.