Le réseau international CADTM contre le G8 - Evian 2003

juin 2003 par Denise Comanne

Quel que soit l’angle sous lequel nous examinions l’intervention du CADTM, nous pouvons exprimer une profonde satisfaction.

Les défis étaient pourtant nombreux et le moindre n’était pas d’assurer la visibilité du thème de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
dans deux endroits distincts (France et Suisse) avec les impératifs d’organisation que cela supposait. Réellement, nous avons réussi ce « contre G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002.  ». Deux raisons expliquent cette réussite : un travail de préparation en fonction de cet objectif et un travail de partenariat poussé entre les sections du réseau international du CADTM, d’une part, mais aussi et surtout avec des partenaires extérieurs, le CNCD en Belgique, la Plate forme Dette et Développement en France, Jubilé Sud, différents ATTAC, Sdebitarsi (la campagne italienne pour l’annulation de la dette), RCADE (Espagne), Jubilee Iraq (UK)...

L’omniprésence du thème de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.

La grande réussite de l’ensemble de l’intervention a été de « visibiliser » clairement le thème de la dette, côté suisse et côté français. Cette visibilité était politiquement importante au moment où chacun savait que le G8 G8 Ce groupe correspond au G7 plus la Fédération de Russie qui, présente officieusement depuis 1995, y siège à part entière depuis juin 2002. n’apporterait absolument rien concernant ce dossier, pas même un effet d’annonce supplémentaire, et que, par contre, Jacques Chirac menait une campagne de charme envers les altermondialistes en rencontrant à plusieurs reprises différents représentants de mouvements français impliqués dans les préparatifs des activités alternatives au G8 et en invitant un certain nombre de chefs d’Etat africains et de pays émergents Pays émergents Les pays émergents désignent la vingtaine de pays en développement ayant accès aux marchés financiers. . Il était donc vital de démontrer l’acuité croissante du problème sous le camouflage du « dialogue élargi ». Chaque année depuis 1999, les pays endettés envoient l’équivalent d’un plan Marshall Plan Marshall Programme de reconstruction économique proposé en 1947 par George C. Marshall, secrétaire d’État des États-Unis. Doté d’un budget de 12,5 milliards de dollars de l’époque (environ 80 milliards de dollars de 2002) sous forme de dons et de prêts à long terme, le plan Marshall permit à 16 pays (notamment la France, la Grande-Bretagne, l’Italie et les pays scandinaves) de profiter de fonds pour leur reconstruction après la seconde guerre mondiale. à leurs créanciers du G8 sous la forme du transfert net Transfert financier net
Transfert net
On appellera transfert financier net la soustraction du service de la dette (remboursements annuels - intérêts plus principal - aux pays industrialisés) et du rapatriement de bénéfices par les multinationales du Nord, des versements bruts de l’année (prêts et investissements venant de ces mêmes pays créditeurs). Le transfert financier net est dit positif quand le pays ou le continent concerné reçoit plus (en prêts, en don et en investissement) que ce qu’il rembourse et que ce qu’il verse sous forme de rapatriement de bénéfices par les multinationales. Il est négatif si les sommes remboursées sont supérieures aux sommes qui entrent dans le pays.
De 1982 à 1990, en ce qui concerne l’Amérique latine, le transfert net a été négatif chaque année. Pendant cette période, plus de 200 milliards de dollars ont été transférés de manière nette d’Amérique latine vers les pays du Nord (Ugarteche, 1996, p. 235).
négatif sur dette. Le transfert net sur dette, c’est la différence entre les nouveaux prêts octroyés et les remboursements effectués (capital + intérêts). Le transfert est négatif lorsque les remboursements sont supérieurs aux nouveaux prêts.

Le travail antérieur au sein des campagnes nationales et internationales (la Plate forme française Dette et Développement, la campagne « Abolir la dette pour libérer le développement » organisée par le CADTM, le CNCD en Belgique, le CONGAD au Sénégal, le CAD/Mali), la participation régulière aux réunions unitaires préparatoires au contre G8, le travail particulier de contacts avec toutes les campagnes « dettes » au niveau européen, le suivi du travail avec Jubilé Sud et les membres du réseau CADTM des autres continents, tous ces éléments ont permis de relier les différentes initiatives du contre G8 par un fil rouge aussi tenace que la réalité de la dette : la revendication de l’annulation totale, immédiate et inconditionnelle de la dette.

C’est au point que certains journalistes ont relevé que « cette année, l’idée d’une taxe sur les transactions monétaires redistribuée aux pays les plus pauvres - la taxe Tobin Taxe Tobin Taxe sur les transactions de change (toutes les conversions de monnaie), proposée à l’origine en 1972 par l’économiste américain James Tobin pour stabiliser le système financier international. L’idée a été reprise par l’association ATTAC et par d’autres mouvements altermondialistes dont le CADTM, dans le but de diminuer la spéculation financière (de l’ordre de 1.200 milliards de dollars par jour en 2002) et de redistribuer le bénéfice de cette taxe aux plus démunis. Les spéculateurs internationaux qui passent leur temps à changer des dollars en yens, puis en euros, puis en dollars, etc., parce qu’ils estiment que telle monnaie va s’apprécier et telle autre se déprécier, devront payer une taxe minime, entre 0,1 % et 1 %, sur chaque transaction. Selon ATTAC, elle pourrait rapporter au moins 100 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Qualifiée d’irréaliste par les classes dirigeantes pour justifier leur refus de la mettre en place, l’analyse méticuleuse de la finance mondialisée menée par ATTAC et d’autres a au contraire prouvé la simplicité et la pertinence de cette taxe. - ne figurait pas parmi les principaux sujets d’intervention des altermondialistes. En revanche, la dette du Tiers Monde était au centre des revendications » (Le Courrier, 3 juin 2003). Pour le CADTM, il est clair que la revendication de la taxation des transactions financières reste une priorité ; qu’elle apparaisse moins présente aux yeux des journalistes ne nous fait pas plaisir mais la teneur de cet article démontre quand même le fruit de notre travail régulier et tenace sur la question de la dette.

Le réseau CADTM présent dans un grand nombre d’initiatives

Le CADTM a dû passer à la vitesse supérieure pour assumer les différents rendez-vous programmés.
Le vendredi 30 mai, du côté français, les délégués du CADTM (en particulier, Solange Koné - Côte d’Ivoire - et Victor Nzuzi - RdC) sont intervenus au cours de plusieurs ateliers dans le cadre du « Sommet pour un Autre Monde » (SPAM) : l’atelier sur la paix et la question de l’Irak, l’atelier « Dette et ajustement structurel Ajustement structurel Politique économique imposée par le FMI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts.  », l’atelier sur la dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :


- La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.

- La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.

- Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.

- L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
. Près de 4.000 personnes en tout ont suivi l’ensemble des ateliers organisés pendant trois jours dans le cadre du SPAM à Annemasse.

Ce même jour, du côté genevois, le CADTM participait au colloque international « Instabilité financière, mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
armée et crise de la gouvernance globale » organisé par différents Attac d’Europe. Eric Toussaint y a pris la parole aux côtés de Bernard Dréano (CEDETIM), Susan George (ATTAC) et de Jean Ziegler devant une salle comble (quelque 450 personnes).

Le stand du CADTM, tenu durant toute cette journée d’Attac, a pratiquement été dévalisé par le public désireux de retrouver « sur papier » les informations transmises par Eric Toussaint lors de son exposé.

Tribunal et concert : deux activités phares pour l’annulation de la dette

Le samedi 31 mai débutait avec une grosse activité du côté suisse et se terminait par le concert « Drop the debt » côté français.

Le Tribunal de la dette et des réparations est le fruit d’une collaboration entre le CADTM, le CNCD, Jubilé Sud... Il n’était pas un tribunal virtuel type « Porto Alegre » avec des accusés, des juges, un jury, etc. Il s’agissait de faire le point des pistes lancées par une série d’initiatives de type « tribunal populaire » en Afrique et en Amérique latine, le point des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
réelles en cours actuellement - les concrétisations des tribunaux populaires en quelque sorte - et les perspectives à travailler sur le plan juridique.

Globalement, on peut acter que, pour une activité décidée très récemment, elle a atteint des objectifs importants tels que communiquer sur un domaine présumé d’abord difficile (les aspects juridiques) avec un large public (quelque 500 personnes) ; démontrer que les attentes de mise en pratique de revendications altermondialistes commencent à être satisfaites (de la dénonciation, nous sommes passés aux initiatives concrètes) ; présenter les différentes facettes du débat : la bataille juridique reflète la bataille politique, c’est-à-dire qu’il y a débat entre les différentes composantes du mouvement anti-dette sur les stratégies à adopter.

Les intervenants ont ressenti que le public présent était prêt à s’engager (même si on peut déplorer que la jeunesse genevoise n’y était pas largement représentée puisqu’elle préparait les manifestations du lendemain et était - à juste titre - attirée par l’atelier contre la militarisation).
Toutes les contributions ont constitué un apport et il faut souligner que si certains invités prévus n’ont pas pu venir au contre G8 comme Heloisa Helena (sénatrice PT), d’autres par contre ont participé au pied levé comme la dirigeante de la CONAIE (Equateur) Blanca Chancoso et Ivori de Moraes (représentant le MST Brésil).

Toute cette journée, le stand du CADTM a été visité de manière très active : signature des pétitions contre la dette et contre la dette de l’Irak en particulier, vente importante de publications, demande de nombreux renseignements...
A la suite du Tribunal, le CADTM est intervenu lors de l’Assemblée des Mouvements Sociaux pour faire le point sur la campagne Dette.

Très vite alors, les membres du réseau se sont regroupés pour passer du côté français où allait se dérouler le grand concert contre la dette. Départ avec renfort de publications pour alimenter le stand CADTM France et faire face aux visites des milliers de participants prévus au concert.
Le concert « Drop the Debt » est un aboutissement du travail réalisé par la « plate-forme Dette et Développement » (France) au sein duquel est actif Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
le CADTM France. C’était aussi le résultat de l’énorme effort fourni par François Mauger. A partir du CD réalisé pour Porto Alegre III et diffusé dans des dizaines de pays, plusieurs concerts, avec l’un ou l’autre groupe du CD, ont permis de populariser la revendication de l’annulation de la dette. A Annemasse, ce concert représentait un point fort du contre sommet dans sa totalité. En effet, organisé dans le cadre du SPAM (Sommet pour un Autre Monde), il s’adressait autant aux jeunes des villages alternatifs qu’à la population locale.
Alors que le programme de ce concert était déjà extrêmement alléchant avec la participation d’artistes qui avaient contribué au CD « Drop the debt », Manu Chao a annoncé sa venue en dernière minute : 25.000 à 35.000 personnes ont assisté à ce grand moment musical où deux délégués du réseau CADTM eurent la possibilité de prendre la parole : Charles Abraham d’Afrique du Sud et Victor Nzuzi, du Congo Kinshasa.

La revendication de l’annulation des dettes en tête des manifs

Dimanche 1er juin, moment fort attendu où les altermondialistes basés de part et d’autre de la frontière franco-suisse allaient enfin pouvoir se rejoindre en manifestation. A nouveau, la visibilité du thème de la dette a été totalement réussie. Il avait été convenu dans les réunions préparatoires que les deux segments de manifestation commenceraient par les « blocs dette », c’est-à-dire l’ensemble des campagnes et des organisations travaillant ce thème.
Du côté suisse, les délégués du CADTM international ouvraient la marche en portant la banderole contre le G8. Ils étaient suivis de dizaines puis de centaines de personnes qui reprenaient avec entrain le slogan « Annulez, Annulez, Annulez la dette ! Elle tue, elle pille, elle a-ssa-ssine ! » Les latino-américains apportant leur touche spécifique avec « Pan, trabajo ! la deuda al carajo ! » . Une centaine d’affiches portant la touche « delete » utilisée par la campagne « Abolir la dette pour libérer le développement » ponctuaient ce début de la manifestation tandis que les « Le Groupe » animaient d’une musique particulièrement puissante et entraînante, la revendication de l’annulation.

Côté français, l’actualité sociale avait légèrement modifié l’ordre des groupes d’intervention : le bloc « dette » laissait la première place aux syndicats en lutte pour la préservation des retraites. Or, des syndicats en lutte, y en avait tant et plus ! Le groupe dette, quoique fortement en arrière de ce fait, a malgré tout réussi un effet visuel et politique remarquable : les nombreux rangs des manifestants étaient repérables par les chaînons de carton qui les reliaient, symbolisant l’esclavage de la dette. Le slogan scandé avec vigueur de ce côté-là également de la frontière, semble avoir fait impression sur le groupe syndicaliste car, au moment de la jonction des deux segments de manifestation, les délégués africains et latino-américains du réseau CADTM se retrouvaient coude à coude avec les syndicalistes français pour gueuler à tue-tête des « Annulez la dette » agrémentés de « tous ensemble, ouais, ouais, ouais » pour faire bonne mesure.

Vu l’énorme participation à la manifestation (environ 100.000 personnes), il fallut un peu de temps pour connecter les groupes « suisse » et « français » des campagnes dette. Quand ce fut fait, un immense cercle se constitua avec les chaînons de la dette, le slogan fut repris de plus belle et les chaînons furent arrachés, déchiquetés, déchirés, lacérés, projetés et finalement brûlés avec la belle vigueur qui avait animé les deux groupes pendant près de quatre heures sous un soleil de plomb.

Fathi Chamkhi de Raid Attac Tunisie résumait bien lors du bilan le saut qualitatif qui avait été réalisé par le réseau international CADTM. Il rappelait qu’il y a deux ans, lors du contre G8 de Gênes, les militants CADTM perdus dans la foule avaient peine à faire remarquer leur revendication. Ici, elle était en première position, impressionnante de cohésion, portée par des centaines de sympathisants connus et inconnus.

Les médias nous ont suivis

Un autre aspect de la visibilité de notre intervention peut être mesuré par le nombre d’interviews qui ont été réalisées par l’ensemble de la délégation CADTM international durant ces trois journées. Les membres européens du réseau CADTM qui étaient au centre de l’organisation de toute l’intervention, ont été sollicités à maintes reprises durant les trois journées d’activité.

La présence et la participation actives du réseau international

Il nous semble important de souligner à quel point, d’un événement international à l’autre, les membres du réseau sont impliqués de plus en plus fortement dans les activités du CADTM, de ses partenaires et d’autres organisations.
Lors de ce contre-sommet 2003, le réseau CADTM a réuni des délégués de 18 pays.

Outre les délégués du CADTM Suisse, CADTM France et CADTM Belgique, étaient représentés pour l’Amérique latine l’Equateur (Blanca Chancoso - Conaie et FSM - et Fernando Lopez - Convergencia Democratica por una nueva Sociedad), l’Argentine (Paula Klachko - Movimiento Barrios de Pie - et Catalina Brescia - Campagne « La deuda o la Vida »), le Brésil (Ivori de Moraes - MST), la Colombie (Ramiro Arroyave Lema - syndicat des employés de Banque, UNEP).

Pour l’Afrique, la Tunisie (Fathi Chamkhi - Raid Attac), le Maroc (Brahim Oubaha - Attac Agadir), le Sénégal (Zacharias Sambakhé - CADTM Sénégal et Atnane Ndiaye - CSAD), le Mali (Maouloud Ben Kattra et Dicko Bokari - CAD/Mali), le Niger (Ibrahim Yacouba - RNDD), le Burkina Faso (Clémentine Ouédraogo - CADTM et Attac), la Côte d’Ivoire (Solange Koné - Jubilé Sud, FNDP et CADTM), la République démocratique du Congo (Victor Nzuzi - GRAPR, CADTM RDC), le Congo Brazzaville (Jean M’Pelé - Solidaires, CADTM Congo), l’Afrique du Sud (Charles Abraham - Jubilee South Africa).

Pour le continent asiatique, Shalmali Guttal (Focus on the Global South) permettait d’avoir une vision des interventions sur plusieurs pays asiatiques.

Notons également la présence à nos travaux d’Alexander Justin de Jubilee Iraq.

Près d’une cinquantaine de personnes, Europe et autres continents, ont donc travaillé à la réussite des différentes interventions du CADTM. 

Le réseau international se réunit

Comme à l’accoutumée, les délégués du CADTM international ont profité des voyages effectués à l’occasion du contre G8 pour se réunir entre eux. Le nombre des participants augmente à chaque réunion : cette fois, c’est une quarantaine de délégués qui ont discuté bilan de l’intervention CADTM, situation des différents terrains, mise au courant des interventions locales, le tout intégré dans une analyse globale du contexte et la définition d’un agenda commun. Deux jours de réunion ont donc suivi le dimanche de manifestation pour permettre au réseau CADTM international de faire le point sur sa propre construction (voir bilan interne).


Auteur.e

Denise Comanne

Féministe engagée dans les luttes locales et internationales contre le capitalisme, le racisme et le patriarcat, Denise Comanne avait créé le CADTM aux côtés d’Éric Toussaint et d’autres militant-e-s.
Révolutionnaire infatigable, Denise aura milité jusqu’au bout dans les mouvements sociaux.
Elle est décédée le 28 mai 2010, brutalement, peu après avoir participé activement à un Forum sur le cinquantenaire de l’indépendance de la RD Congo.

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