Le rôle positif des excuses officielles : de la repentance aux réparations.

2 juillet 2008

Le 13 septembre 2007, la Déclaration sur les droits des peuples autochtones a été adoptée par les Nations unies. Ce texte fondamental, qui vise à protéger les droits des quelque 370 millions d’autochtones dans le monde mentionne, entre autres, le droit à l’autodétermination, le droit à la terre et aux ressources des autochtones. Il affirme aussi que «  les peuples autochtones privés de leurs moyens de subsistance et de développement ont droit à une indemnisation juste et équitable » Article 20 |1|
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Depuis, l’Australie, et maintenant le Canada, pourtant hostile à ce texte |2|
, ont fait des excuses officielles à leurs peuples autochtones respectifs. La repentance des crimes historiques d’Etat doit s’étendre à tous les peuples opprimés et colonisés. Des réparations financières devront également être versées aux victimes.

Le 12 février 2008, le chef du gouvernement australien présentait ses excuses, au nom de l’Australie, aux aborigènes pour les injustices subies pendant deux siècles. Ce discours historique, prononcé au Parlement et retransmis en direct sur les grandes chaînes de télévision nationales, dénonçait l’atteinte à la dignité et l’humiliation dont ont été victimes les premiers habitants du pays. La communauté aborigène comprend 455.000 personnes et représente 2% de la population australienne.

Ce mercredi 11 juin, c’est au tour du premier ministre canadien de présenter, devant le Parlement des « excuses sincères du gouvernement canadien« et de demander »le pardon" des peuples indigènes : 1.300.000 Indiens, Métis et Inuits (640 communautés différentes), soit 3,8 % de la population canadienne (33 millions).
Ces excuses marquent l’aboutissement d’un long processus de réhabilitation des communautés autochtones, la reconnaissance du « génocide culturel » et un mea culpa sur les « pensionnats autochtones ». Créés à la fin du XIXe siècle, ces établissements spécialisés, tenus par des églises chrétiennes, ont enrôlé de force 150 000 enfants indigènes pour les « civiliser », leur faire « oublier » leur langue et leur culture. De nombreux enfants y ont été soumis à des abus physiques et mentaux. La dernière de ces écoles n’a été fermée qu’en 1996. Selon Phil Fontaine, Chef de l’Assemblée des premières nations, qui a passé dix ans dans un de ces pensionnats, « c’est le chapitre le plus sombre de notre histoire. À défaut de pouvoir tuer tous les Indiens, ils ont décidé de tuer l’Indien dans l’enfant ».
L’Eglise, extrêmement impliquée dans ce triste chapitre historique, reste pour le moment muette.

A la suite d’une importante campagne et de milliers de plaintes, un accord signé en mai 2006 prévoit que les 80 000 anciens élèves toujours vivants, reçoivent 10.000 dollars pour leur première année scolaire dans un pensionnat autochtone et 3.000 dollars de plus pour chaque année subséquente. Cette indemnisation représente le plus important règlement de recours collectif du Canada.
Depuis le 1er juin, dans le cadre de ce règlement, une Commission de Vérité et Réconciliation a été mise en place pour faire la lumière sur ces pensionnats et leurs conséquences pour les peuples autochtones. Les travaux devraient durer 5 ans. « Nous savons que c’est un chapitre de notre histoire. Notre tâche va être d’écrire les pages de ce chapitre » explique son président, le juge Harry LaForme, un Indien Mississauga. Ce travail sera l’occasion de reconnaître la dignité et les droits des victimes, des survivants, de leurs communautés et de leur culture.

A l’occasion du 48e anniversaire de l’indépendance du Congo et au nom de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, qui affirme, notamment « Préoccupée par le fait que les peuples autochtones ont subi des injustices historiques à cause, entre autres, de la colonisation et de la dépossession de leurs terres, territoires et ressources, ce qui les a empêchés d’exercer, notamment, leur droit au développement conformément à leurs propres besoins et intérêts » le collectif Mémoires Coloniales appelle la Belgique à reconnaître son passé colonial synonyme d’exploitation du peuple congolais, victime de la colonisation. Le gouvernement belge, au nom de l’Etat belge et la famille royale, en tant qu’héritière de Léopold II, doivent reconnaître les crimes coloniaux et doivent s’en excuser officiellement devant le peuple congolais. Le collectif Mémoires Coloniales exige aussi que des réparations soient faites, au nom des préjudices économiques, sociaux, moraux et culturels. La Belgique, s’est appropriée une terre qui ne lui appartenait pas et y a opprimé les peuples autochtones au nom de la civilisation. Soulignons que la Belgique, en collusion avec la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
, a également violé le droit international en transférant la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
contractée par le pouvoir colonial belge à l’égard de la Banque mondiale, à la charge du Congo au moment de son indépendance en 1960.

Le Collectif Mémoires Coloniales – CADTM Belgique – Guy de Boeck (écrivain) – Lucas Catherine (écrivain) - Laurent d’Ursel (Collectif MANIFESTEMENT) – ATTAC Wallonie-Bruxelles – Sébastien Kennes (Oasis N’djili)- Madeleine Ploumhans (ATTAC)


Notes

|1| Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Résolution adoptée par l’Assemblée générale, 13 septembre 2007. - http://www.un.org/esa/socdev/unpfii...

|2| La Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones a été adoptée par une majorité de 144 états, 4 votes contre (Australie, Canada, Etats Unis et Nouvelle Zélande) et 11 abstentions (Azerbaijan, Bangladesh, Bhoutan, Burundi, Colombie, Georgie, Kenya, Nigeria, Fédération Russe, Samoa et Ukraine).