Les Big Four… ces fisco-trafiquants ! À quoi les comparer ?

13 juillet par Kairos Europe WB


Le dossier qui suit, a été réalisé sur base de données et de fiches réalisées par Christian Boigruf. Nous publions ici la première partie.

Ce travail a donné lieu à un débat le 23 janvier 2018, débat organisé par Attac Bruxelles 2. Pour tout contact : christianboigruf [at] gmail.com

Voir aussi de précédents articles dans les courriers de Kairos Europe WB n°46 et 47 (www.kairoswb.com) sur le rôle de ces « intermédiaires » présenté notamment dans différents rapports de la Commission Panama Papers du Parlement européen.

À quoi les comparer ?

Au Banian « l’arbre qui marche »… à la pieuvre… à un étrangleur… à une mafia.

Dans une étude publiée en 2004 intitulée « Mc Kinsey et l’ascension de l’industrie du conseil », Marie-Laure Djelic (Professeur des Universités) cite Rajat Gupta, premier directeur général de Mc Kinsey à être né hors des États-Unis (à New Delhi), qui comparait souvent Mc Kinsey à l’arbre banian.

Certains l’appellent l’ « arbre qui marche », d’autres disent que ses racines vont vers le ciel et ses branches vers le sol. Certains enfin le prennent pour une forêt alors que ce n’est finalement qu’un seul arbre. Il porte à la fois des petits troncs et des grands, mais toujours est-il qu’il n’en a jamais un seul. C’est un arbre pieuvre, tentaculaire, avec un tronc principal et d’autres périphériques. Une fois que les racines aériennes touchent terre, elles se développent en pleine terre et la plante devient arbre.

Le grand banian du jardin botanique de Howrah, ville du Bengale Occidental en Inde, est le plus grand du monde avec une circonférence de 412 mètres, pour un diamètre de 131 mètres et 3.
511 racines qui touchent le sol et se confondent avec des troncs d’arbres. Il s’étend sur environ 14 500 m2 (deux terrains de football). Les racines s’entremêlent comme un vaste réseau, donnant une impression insolite à tous ceux qui arpentent le territoire de l’arbre Ficus benghalensis, parfois surnommé « figuier étrangleur » pour sa capacité à « étouffer » les autres arbres qui se trouvent sur son chemin. On lui attribue aussi le nom d’arbre de la sagesse, de la connaissance …


Comment mieux symboliser les « Big Four » ?

En marche, pieuvre, tentaculaire, principal et périphérique, étrangleur, étouffeur, sagesse et connaissance (pour l’image officielle)… Tout y est !

ÉVASION et FRAUDE FISCALE :
1000 milliards € DÉROBÉS CHAQUE ANNÉE AUX CITOYENS DE L’UNION EUROPÉENNE et BELGES,
soit plus de 2000 euros par personne

Coup de projecteur sur les fisco-trafiquants qui l’organisent et… qui conseillent les gouvernements des États qu’ils pillent : ces 4 grands cabinets d’audit et de conseil, les « Big Four ».

Les citoyens doivent apprendre à les connaître pour mieux les combattre, en les démasquant et les dénonçant avec une force à la mesure de la violence qu’ils exercent.

Les Big Four sont les quatre plus importants cabinets mondiaux d’audit et de conseil, implantés dans 180 pays. Ensemble, ils constituent une des plus grandes entreprises de la planète : près de 950 000 personnes, 134 milliards de dollars de chiffre d’affaires.

Méconnus du grand public, ils jouent un rôle clé dans l’organisation et le fonctionnement du capitalisme mondialisé. Ils sont prestataires de services pour des centaines de milliers d’entreprises (dont toutes les plus grandes) mais aussi pour des institutions et gouvernements régionaux, nationaux et internationaux. Derrière leur façade respectable affichant comme un leitmotiv les mots éthique, valeur, rigueur, responsabilité sociétale, entreprise citoyenne, etc., ils ont construit l’industrie du fisco-trafic qu’ils gèrent, comme toutes leurs activités, de manière globale.

Ils sont surreprésentés dans les paradis fiscaux Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
dénoncés depuis des dizaines d’années par les ONG, observateurs spécialisés et militants. Pilleurs des États tout en étant leurs conseillers, ils recrutent également à tour de bras parmi leurs meilleurs étudiants et contribuent massivement à détruire la notion de citoyenneté.

Ce premier article est tiré d’un dossier intitulé « Les Big Four... ces fisco-trafiquants » réalisé par l’ONG Kairos Europe (Wallonie-Bruxelles). Nous publierons les parties suivantes dans les jours à venir.