Argentine

Les États-Unis, le pays le plus endetté du monde

10 octobre 2013 par Julio C. Gambina


Le gouvernement des États-Unis se trouve dans une situation problématique.
En ce mois d’octobre débute la nouvelle année budgétaire mais aucun budget n’a été approuvé. Cela a eu pour conséquence le renvoi à leur domicile de 800 000 fonctionnaires en vacances anticipées. Bien que le gouvernement ait décidé de payer ces salaires, l’incertitude politique au sein du pouvoir affecte ces travailleurs et leurs familles.

Le déficit budgétaire pour 4 années consécutives se monte à 1 500 milliards de dollars, ce qui explique une dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique américaine de 16 700 milliards de dollars et qui dépasse de plus de 40 milliards la limite de l’endettement autorisé.

Le département du Trésor des États-Unis a informé que le stock de dette atteint 16 747 468 940 509 dollars et que le maximum autorisé par le Congrès était de 16 699 421 095 673 dollars. Le gouvernement a contracté 48 milliards de dettes supplémentaires eu égard à ce qui avait été autorisé par le Congrès.

Les États-Unis, première puissance mondiale du capitalisme se trouvent financièrement en grande difficulté car sans ressources propres et ayant besoin du financement du monde. Le gouvernement a jusque au 17 octobre pour obtenir l’autorisation parlementaire d’augmentation de sa capacité d’endettement.

Le gouvernement d’Obama compte sur cette possibilité mais aussi que le monde entier continue à faire confiance au dollar et au Trésor des États-Unis et qu’il continue de fait à entretenir le système en achetant des bons du Trésor Bons du Trésor Titres d’emprunts émis par le Trésor public pour se financer. Leur durée
peut aller de quelques mois à trente ans.
américain.

La Réserve fédérale émet tous les mois 85.000 milliards de dollars pour sauver son économie, l’épicentre de la crise mondiale. Ce sont des dollars qui inondent le marché mondial et qui alimentent un nouveau cycle de bulle financière dont l’explosion est toujours préjudiciable aux majorités aux États-Unis comme ailleurs.

Les négociations argentines à Washington

Pendant ce temps, l’Argentine maintien des négociations ouvertes avec Washington qui ont un impact sur la dette publique locale.

D’un côté, la Cour suprême américaine ne donne pas suite à l’appel du gouvernement argentin pour le jugement d’annulation à 100% des débiteurs externes en première et seconde instance à New York. Le jugement porte sur 1,3 milliard de dollars et marquera un précédent pour des revendications ultérieures se montant à 10 milliards de dollars, conséquence de l’augmentation des créances Créances Créances : Somme d’argent qu’une personne (le créancier) a le droit d’exiger d’une autre personne (le débiteur). pour les créanciers qui ont participé aux restructurations de dette de 2005 et 2010.

L’Argentine fait également l’objet de poursuites devant le CIRDI CIRDI Le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI) a été créé en 1965 au sein de la Banque mondiale, par la Convention de Washington de 1965 instituant un mécanisme d’arbitrage sous les auspices de la Banque mondiale.

Jusqu’en 1996, le CIRDI a fonctionné de manière extrêmement sporadique : 1972 est la date de sa première affaire (la seule de l’année), l’année 1974 suivit avec 4 affaires, et suivirent de nombreuses années creuses sans aucune affaire inscrite (1973, 1975,1979, 1980, 1985, 1988, 1990 et 1991). L’envolée du nombre d’affaires par an depuis 1996 (1997 : 10 affaires par an contre 38 affaires pour 2011) s’explique par l’effet des nombreux accords bilatéraux de protection et de promotion des investissements (plus connus sous le nom de « TBI ») signés a partir des années 90, et qui représentent 63% de la base du consentement à la compétence du CIRDI de toutes les affaires (voir graphique)). Ce pourcentage s’élève à 78% pour les affaires enregistrées uniquement pour l’année 2011.

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avec des jugements qui se montent à 500 millions de dollars. Ces poursuites sont le fait de multinationales qui se sont senties affectées par le changement dans la politique de change au début 2002 [1].

Comme si cela ne suffisait pas, il faut ajouter la pression du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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pour évaluer les changements produits dans les mécanismes de mesure de l’ Institut national de statistiques et recensements (INDEC) dans l’accord entre le gouvernement argentin et le FMI.

Quelles leçons tirer de cette situation ?

Le rôle hégémonique des États-Unis donne lieu à un impact systémique qui se caractérise par une diminution de l’impact de la crise aux États qui se traduit par le fait que de nombreux pays sont touchés. Au sortir de la seconde guerre mondiale, les États-Unis se sont imposés comme le principal créancier du monde.
Depuis lors, ils sont parvenus à l’apogée de leur domination avec l’installation de bases militaires partout dans le monde, d’invasions et d’opérations tant secrètes que publiques faisant financer leurs actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
terroristes par les contribuables.

On doit bien sûr se demander si le monde doit continuer à financer le terrorisme d’État et plus encore si l’on doit soutenir l’édifice institutionnel qui permet le pouvoir global des États-Unis, à savoir le système financier mondial et le rôle du FMI et la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
- et les organisations qui y sont liées comme le CIRDI -, où les États-Unis ont un droit de veto.

L’Argentine doit sortir du CIRDI comme l’ont fait le Venezuela, la Bolivie et l’Équateur. Le Brésil n’a quant à lui jamais signé le protocole d’adhésion au CIRDI.
L’Équateur est en train d’organiser une Commission internationale pour mettre fin aux traités bilatéraux qui lient le pays aux transnationales au nom de la « sécurité juridique » de leur investissement. Cela s’inscrit dans la continuité du processus d’audit qui a démontré avec succès qu’une partie de la dette équatorienne était frappée d’illégitimité.

Alors que les États-Unis suspend son gouvernement pour des disputes politiques en son sein et la négociation d’autorisations pour l’augmentation de l’endettement public, les pays à prétention autonome devraient s’écarter de son système institutionnel. Celui-ci alimente la dégradation américaine dont le désespoir ne fait que renforcer le rôle de gendarme mondial à cause d’une dette qui affecte les pauvres des États-Unis comme du reste du monde.

Traduction par Virginie de Romanet




Julio C. Gambina President de la Fundación de Investigaciones Sociales y Políticas, FISYP, Ciudad de Buenos Aires. www.juliogambina.blogspot.com
ATTAC-Argentina - CADTM AYNA

Notes

[1À cette date, en pleine crise a pris fin la parité de change peso-dollar

Julio C. Gambina

President de la Fundación de Investigaciones Sociales y Políticas, FISYP, Buenos Aires. www.juliogambina.blogspot.com
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