Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde
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Les IFI, les médias congolais et le danger de décervelage

14 février 2011 par Jean-Pierre Mbelu

Depuis deux jours, le journal Le Potentiel publie des articles autour de ce qu’il considère comme « un succès » du gouvernement de Kinshasa auprès du FMI. Quand nous pensons à tous les autres articles sur les IFI que ce journal a publiés par le passé, surtout ceux de Renaud Vivien du CADTM, nous ne comprenons pas ce qui arrive à nos amis du Le Potentiel. Sont-ils obligés de parler des réussites des gouvernants actuels, même quand ces derniers compromettent l’avenir de nos enfants ? Il est possible que nos amis aient des raisons que notre raison ne connaît pas.


Hier, jeudi 10 février 2011, voilà ce que nous lisions dans les colonnes du Le Potentiel : « Depuis son siège de Washington, le Conseil d’administration du FMI vient d’achever, confirment plusieurs sources, dont celles de la Primature, la deuxième revue en faveur de la RDC de l’accord Facilité élargie de crédit (FEC) conclu avec la RDC. La décision du Conseil d’administration du FMI ouvre la voie à un nouveau décaissement pour aider la RDC à consolider davantage les efforts de stabilité du cadre-macro-économique. » Pour ce journal, il y a là un « nouveau pari gagné pour le Premier ministre, Adolphe Muzito, qui vient de remporter une autre victoire sur le front économique, après avoir franchi victorieusement, en juillet 2010, le cap du point d’achèvement de l’initiative d’effacement de la dette en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE). »

Ce vendredi 11 février 2011, « le gouvernement vient de passer avec succès l’étape de la deuxième revue du Programme économique qu’il a conclu en décembre 2009 avec le FMI. Réuni à son siège de Washington le mercredi 9 février 2011, le Conseil d’administration du FMI a attribué une note positive aux efforts entrepris par la RDC dans le cadre du programme qui le lie avec la RDC. Un succès qui devait réconforter les efforts du gouvernement dans la recherche permanente. L’achèvement de la revue a été suivi d’un décaissement de 49,493 millions de DTS (environ 77 millions USD) en faveur de la RDC. Ce qui porterait le total des décaissements au titre du PEG 2 à 148,479 millions de DTS (environ 232 millions USD). »

Et pourtant, dans sa réplique contre les 14 pages JA sur Joseph Kabila et son cabinet parallèle, un membre de ce gouvernement, Lambert Mende, donnait l’impression d’avoir une bonne maîtrise de la politique du FMI. Au point 3, Mende écrit : « François Soudan situe « l’accroc au printemps de Kinshasa », illustré par la rupture du deal entre Kabila et les capitales occidentales, au début de 2003 lorsque le ministre Matungulu, « l’homme du FMI », démissionna. » Pourquoi ? Mende répond : « On a beau manipuler la casuistique, tout Congolais averti comprend que pour les inspirateurs de ce commentaire, le vrai « crime » de Joseph Kabila c’est d’avoir osé privilégier les Intérêts Nationaux de la RD Congo et de ne pas avoir laissé nos partenaires extérieurs gérer à leur guise les ressources du Congo par ‘missi dominici’ interposés. »

Eh bien voilà ! Le même journal qui a publié la réaction de Mende salue, quelques jours après, le fait de «  laisser nos partenaires extérieurs gérer à leur guise les ressources du Congo » par des élites politiques locales interposées comme un succès ! Qu’est-ce qui a changé dans le chef de la politique économique du FMI depuis que Matungulu est parti du gouvernement de la RDC ? Rien. Ses programmes d’ajustement structurel sont toujours en cours dans notre pays. Il n’opère ses décaissement que dans la mesure où il est sûr que sa politique de libéralisation, de déréglementation (et/ou des règlementation en faveur des multinationales occidentales) et de privatisation a la chance d’être appliquée. Et l’application des programmes d’ajustement structurel n’a jamais profité à nos populations. Pour preuve. L’année 2010 décrétée année du social après la suppression d’une partie de la dette odieuse de notre pays n’a pas eu des retombées dans le panier de la ménagère congolaise. Les apprentis sorciers, fanatiques des gouvernants en place au Congo, justifient cet état des choses en arguant que Rome n’est pas bâtie en un jour. Ils ne comprennent pas que les IFI sont au service du capitalisme libéral. (A ce point nommé, certains de nos journalistes entretiennent une ignorance crasse, génératrice de l’inconscience dans le chef de nos élites !) «  En effet, dans le capitalisme libéral, les compagnies sont soumises à une concurrence sans merci. Dans cet univers impitoyable, il faut pouvoir réaliser un maximum de bénéfices pour ne pas être éliminé ou absorbé par les concurrents. C’est le sort réservé aux plus faibles qui disparaissent au profit de la formation de monopoles ou d’oligopoles. Ces mastodontes économiques détiennent réellement le pouvoir dans nos sociétés et se livrent à une compétition acharnée à l’échelle de la planète. Dans cette lutte sans merci, les grandes puissances capitalistes ont besoin pour leurs multinationales d’avoir un accès facile aux matières premières, d’exploiter une main d’œuvre bon marché, de trouver des débouchés pour les capitaux qu’elles accumulent et finalement, de contrôler les zones stratégiques pour le développement du commerce. » (G. LALIEU, Les révolutions arables et nous : tremblez, braves gens !, dans www.michelcollon.info) Nos apprentis sorciers oublient que «  la domination des pays du Tiers-Monde a toujours permis aux puissances occidentales de rencontrer ces objectifs. C’est pourquoi elles sont hier parties coloniser les pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique Latine. Et c’est pourquoi aujourd’hui, elles continuent d’asservir ces pays sous une forme moins crue mais tout aussi détestable, grâce notamment aux préceptes fumeux de la Sainte Trinité néolibérale : Banque Mondiale, FMI et OMC. Amen, l’Occident civilisé règne en maître. » (Ibidem)

Quand nos médias véhiculent des messages participant de cet asservissement en félicitant les succès engrangés par certaines élites politiques locales aux ordres des IFI et que d’autres élites politiques tétanisées par les probables élections de 2011 ne sentent pas interpellées par cet asservissement du Congo, cela indigne !

Les Congolais(es) qui se veulent averti(e)s doivent comprendre que notre commun décervelage peut passer par les médias, l’école, l’université, l’Internet, etc. Susan George, cette sage franco-américaine l’a compris et a écrit “La pensée enchaînée. Comment les droites laïque et religieuse se sont emparées de l’Amérique” (Paris, Fayard, 2007). Elle l’a davantage compris en publiant récemment “Leurs crises, nos solutions”, (Paris, Albin Michel, 2010). Quand nos médias applaudissent aux programmes d’ajustement structurel du FMI, ils avalisent la thèse selon laquelle, pour cacher quelque chose à certains nègres, il faut le cacher dans les livres.

Joseph E. Stiglitz, un ex-employé de la Banque mondiale et un ex-conseiller économique de Bill Clinton a disqualifié les IFI et plus particulièrement la Banque mondiale et le FMI en écrivant “La grande désillusion” (Paris, Fayard, 2002). Comment certains de nos médias n’arrivent-ils pas à tirer profit de tout cet apport scientifique et intellectuel ? Et puis, aujourd’hui, avec Internet, nos journalistes savent aller, à temps et à contretemps, sur le site du CADTM (comité pour l’annulation de la dette du tiers-monde) où des études savantes mais simples à lire indiquent que les IFI tuent le devenir commun du monde ! Il est possible que ce que l’une des dignes filles de l’Afrique, Aminata Traoré dénomme “Le viol de l’imaginaire” (Paris, Fayard, 2002) ait atteint chez certains d’entre nous des proportions insoignables ! Alors là, il serait simple de comprendre que les décaissements du FMI aux dépens des populations congolaises soient qualifiés de succès pour le gouvernement Muzito ! C’est simplement triste ! Oh ! Décervelage quand tu nous tiens !


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