Les ONG mettent la pression sur la CNUCED

28 juin 2004 par Benito Pérez


COMMERCE - Dénonciatrice régulière des méfaits du libéralisme, la CNUCED Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement
CNUCED
Elle a été créée en 1964, sous la pression des pays en voie de développement pour faire contrepoids au GATT (prédécesseur de l’OMC).
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vole à son secours tous les quatre ans. Sa plénière de Sao Paulo n’a pas dérogé à la règle, malgré une société civile combative.

Vu par certains altermondialistes comme un contrepoid, voire une alternative, à l’Organisation mondiale du commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
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(OMC), la Conférence onusienne sur le commerce et le développement (CNUCED) a une nouvelle fois déçu. Sa XIe réunion plénière, la semaine passée à Sao Paulo, a confirmé une tendance de fond : si les études menées année après année par la CNUCED décrivent la faillite sociale du modèle néolibéral, sous la pression des Etats membres, l’organe central de l’institution ne déroge pas à la pensée unique. Comme tous les quatre ans, la plénière s’est donc conclue sur un soutien clair au processus de déréglementation adop-té en 2001 par l’OMC à Doha et un appel à l’accélération des négociations. « La mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
a lancé des défis importants et crée de nouvelles opportunités pour de nombreux pays »
, plaide ainsi le texte final de la XIe réunion, tout en admenttant des « résultats inégaux ». « Le fossé entre pays riches et pays en développement (...) a même augmenté sous de nombreux aspects », relève même le document. La cause ? « La plupart des pays en développement, surtout les pays d’Afrique et les moins développés, sont restés en marge du processus de mondialisation », répond le texte.

Et pour ceux qui n’auraient pas compris le message, le directeur général de l’OMC a mis les points sur les « i » : « C’est irréel, voire dangereux, de croire qu’il y a une alternative à l’OMC », a averti à Sao Paulo Supachai Panitchpakdi...

COOPÉRATION SUD-SUD

Trois points positifs peuvent toutefois être portés au bilan de cette réunion. D’abord le fait que « la baisse et l’instabilité des prix des produits de base sur les marchés mondiaux » aient été clairement désignées parmi les responsables de l’appauvrissement de nombreux Etats du Sud. Une situation aggravée par la « concentration des structures commerciales au niveau international et national » (lisez : par l’oligopole Oligopole La situation d’oligopole tient à l’interdépendance entre firmes qu’il comporte, « les firmes ne réagissant plus à des forces impersonnelles en provenance du marché, mais personnellement et directement à leurs rivales » (Pickering, 1974). L’oligopole mondial est un « espace de rivalité », délimité par les rapports de dépendance mutuelle de marché reliant le petit nombre de grands groupes qui parviennent, dans une industrie (ou dans un complexe d’industries à technologie générique commune), à acquérir et à conserver le statut de concurrent effectif au plan mondial. L’oligopole est un lieu de concurrence féroce, mais aussi de collaboration entre groupes (Chesnais, 1996). des transnationales) et les monocultures d’exportation favorisées par le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et l’OMC...

Ensuite, il est à noter que la coopération Sud-Sud est revenue au centre des débats. Après le blocage de Cancun et sous l’impulsion du président brésilien Lula, la mesure la plus importante de cette réunion aura été, en effet, de relancer les négociations entre une quarantaine de pays du Sud au sein du Système global de préférences commerciales (SGPC). Cette institution, un peu oubliée depuis sa naissance en 1988, a l’avantage de prévoir des tarifs douaniers préférentiels entre pays du Sud, sans obligation Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
de les appliquer aux pays riches.

Une « nouvelle géographie du commerce », selon les mots de Lula, qui a aussi suscité quelques craintes, notamment de voir les géants du Sud - Brésil, Inde, Chine - submerger les plus petits... On en saura plus en novembre 2006 à l’échéance de ce troisième round du SGPC.

Troisième point positif : la marée altermondialiste sem-ble avoir dopé les représentants de la société civile. Leur Forum a ainsi mandaté le pugnace délégué de Via Campesina, José Bové, afin qu’il présente ses vues au secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan ! Le Courrier a publié une interview du syndicaliste paysan ainsi qu’une analyse d’une militante de la CONGO (Conférence des ONG auprès de l’ONU), Isolda Agazzi Ben Attia, qui a assisté à la rencontre de Sao Paulo.

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Source : LE COURRIER.

cadtm.org