Les bonnes notes du FMI

21 février 2011 par Luis Casado


Si vous voulez investir une partie de votre épargne sur les marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
des pays émergents Pays émergents Les pays émergents désignent la vingtaine de pays en développement ayant accès aux marchés financiers et parmi lesquels se trouvent les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Ils se caractérisent par un « accroissement significatif de leur revenu par habitant et, de ce fait, leur part dans le revenu mondial est en forte progression ». , vous aurez peut-être besoin d’un conseil précis afin de réduire les risques inhérents à l’activité saine et productive de la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
. Par chance ce n’est pas ce qui manque : au Chili, vous trouverez des spécialistes en matière de gagner de l’argent sans travailler, sages qui se présentent sous le titre modeste d’experts financiers, ou même « financial advisers » si vous voulez jouer anglais. Personnellement, je vous recommande de lire les rapports du FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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. Michel Camdessus, son chef de 1987 à 2000, avait l’habitude de dire que le Fonds Monétaire International dispose des meilleurs économistes du monde, rien d’étonnant à cela.

 
Le 9 mars 2010, le FMI a publié une note sur l’Egypte. Ou plutôt : ses bonnes notes pour l’Egypte, étant donné que cette éminente institution distribue des compliments à droite et à gauche, en même temps que ses conseils désintéressés. Et des offres d’aide quand une « cata » inattendue vient appuyer la mise en pratique des conseils qu’elle prodigue. Sur ce thème, le FMI a dit des choses comme celles que je vous raconte maintenant, attention les collègues !

 
« Cinq ans de réformes et de politiques macroéconomiques prudentes ont créé l’espace nécessaire pour répondre à la crise financière mondiale, et les politiques budgétaires et monétaires appropriées de l’an dernier ont été en accord avec nos conseils. » Mieux encore, « Les autorités demeurent largement engagées à effectuer l’assainissement budgétaire conformément à nos conseils préventifs pour corriger les vulnérabilités financières. »
 

Comme on peut le voir, l’Egypte est un pays obéissant. Ce qui peut justifier la vision optimiste du FMI :

 « L’Egypte a fait des progrès significatifs dans ses réformes structurelles qui se sont accélérées après 2004. Ceci a stimulé une croissance rapide qui atteint, en moyenne, 7% entre 2005 et 2008, soutenue par des gains de productivité induits par les investissements étrangers et un environnement extérieur favorable. Les réformes ont également réduit la vulnérabilité budgétaire, monétaire et du commerce extérieur, en laissant une marge de manœuvre dans les politiques macroéconomiques en cas de chocs négatifs. »
 
La direction du FMI confirme l’opinion de ses « experts » : « Les Administrateurs ont approuvé les jugements de leurs collaborateurs. Ils font l’éloge de la saine gestion macro-économique des autorités et les réformes mises en œuvre depuis 2004 qui ont renforcé la résistance de l’économie égyptienne à la crise financière mondiale ».

 Comme qui dirait 20 sur 20. Moubarak tu t’es surpassé, tout va bien, continue dans cette voie et on va te donner un prix. Tout comme à la fin de 2008 le directeur général du FMI a déclaré à Tunis :

« ... Je suis venu en Tunisie pour rencontrer le président Ben Ali et les représentants de l’économie publique et privée pour leur dire deux choses : la première est que l’économie tunisienne se porte bien, malgré la crise. La crise a frappé le monde entier, mais je m’attends à une croissance qui soit forte encore cette année à Tunis, la politique pratiquée ici est saine et je pense que c’ est un bon exemple pour de nombreux pays qui sont des pays émergents comme la Tunisie ».
 
Vous vous dites que cela ne nous concerne pas, que l’Egypte et la Tunisie sont loin. Dans ce dernier cas vous avez raison, sans doute. Le problème est que le FMI a également donné de bonnes notes au Chili ...

 
« Le Chili a été, à bien des égards un modèle pour les économies émergentes en terme de gestion macroéconomique. Les autorités (chiliennes) et nos experts partagent un consensus durable en ce qui concerne la structure des politiques (économiques), y compris un taux de change flottant (du peso chilien) qui a diminué l’impact des derniers chocs."(FMI - 2008).
 

Compte tenu des conséquences des bonnes notes du FMI à l’Egypte et à la Tunisie, il vaut mieux être prévenu. Faites des réserves d’eau et de nouilles : la révolution ne devrait pas trop tarder ! 

Traduction de Michel Carles



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