Mexique

Les familles de 43 disparus d’Iguala aux Nations Unies

7 février 2015 par Sergio Ferrari


CC - Olivier Radix

« Nous voulons que l’on nous rende nos enfants »
« L’appui international nous donne beaucoup de force »

Les familles de deux des 43 étudiants disparus de l’Ecole normale d’Ayotzinapa – accompagnées par une dizaine d’organisations mexicaines de défense des droits humains – viennent de visiter Genève, en représentation de l’ensemble des familles.

Pour présenter aux Nations Unies et partager avec la communauté internationale leur profonde indignation pour les événements survenus fin septembre 2014 dans l’Etat mexicain de Guerrero. « Et pour exiger que l’on nous rendre nos enfants en vie », souligne Bernabé Abrajam Gaspar, père de Adán Abrajam de la Cruz, l’une des victimes, âgé d’à peine 24 ans.

« Pour nous, nos enfants ne sont pas morts. Ils sont disparus », déclara Bernabé Abrajam Gaspar au début de cet entretien. « Raison pour laquelle nous sommes venus aux Nations Unies, pour que l’on nous aide à les trouver  ».

« Que l’on ne nous mente pas davantage… que l’on fasse justice »
Nous avons fait une intense « recherche de quatre mois », et c’est le moment que les autorités mexicaines « cessent de nous mentir  ». Les familles assurent avoir perdu toute confiance dans les institutions de leur pays. « Il nous reste maintenant l’appui international pour récupérer nos êtres chers ». Et pour que justice soit rendue contre les responsables. « Ce sont les policiers qui les ont pris. Nous exigeons qu’ils nous rendent nos enfants en vie ».

Tous les pouvoirs – la municipalité, l’Etat et le gouvernement central – ont leur part de responsabilité. « On ne peut pas nous raconter que le gouvernement ne sait pas comment travaille l’Etat et comment agissent les responsables de leurs municipalités… ».

La présence des familles des disparus d’ Iguala n’est pas restée inaperçue à Genève. Leur témoignage a pris une force particulière au siège onusien de Genève (Suisse), où les lundi 2 et mardi 3 février le Comité sur les disparitions forcées a traité le cas mexicain. Sans oublier des activités publiques et des conférences de presses réalisées avec l’appui de l’Organisation mondiale contre la torture – coalition qui réunit 311 organisations du monde entier – et Peace Brigades International (PBI).

La rhétorique officielle

Plusieurs voix officielles appuyèrent le rapport mexicain sur l’application de la Convention pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées.

« Cet appui survient dans une circonstance particulièrement douloureuse qui a généré urbi et orbi indignation et rejet, mais aussi détermination et fermeté pour satisfaire le droit à la vérité et à la justice », signale le document gouvernemental présenté à Genève pendant les discussions dans l’ONU.

En référence aux étudiants de Ayotzinapa, les représentants officiels mexicains expliquent que leur « disparition forcée démontre, une fois de plus, que nous devons continuer à nous préoccuper des problèmes liés à la pauvreté, à l’exclusion et à la corruption, pour affronter le crime organisé et à la violence qui l’accompagne… ».

Telle est l’introduction formelle pour des discours d’une vingtaine de minutes et pour environ dix pages d’un document par lequel les porte-parole du secrétariat des relations internationales, du procureur général de la République et de la conférence des gouverneurs ont tenté de fonder les avancées de la politique de l’Etat mexicain concernant les disparus.

« Les disparus… sont des milliers »

« Nos enfants, les 43 étudiants de l’Ecole normale, font partie des milliers de disparus existant au Mexique », souligne Bernabé Abrajam Gaspar. Il assure que la mobilisation autour des étudiants de Iguala a suscité une vague significative de protestations. « Nous élevons la voix pour mettre en valeur et dénoncer le drame de tous les disparus. Et d’autres nous suivront  ».

Et de démolir, par son expérience personnelle, les arguments officiels les plus variés. « On nous a dit que nos enfants étaient enterrés dans des fosses communes. Ensuite, qu’ils avaient été brûlés. Et plus tard, qu’ils avaient été jetés à la rivière. Toujours la même tromperie. On a tenté de fermer le dossier, pour que l’on ne parle plus de nos enfants ».

Mais, répète-t-il avec émotion, « nous n’accepterons aucune réponse du gouvernement. Nous avons beaucoup d’appui social au Mexique et confiance dans la solidarité internationale. Tout cela nous donne de la force. Et nous allons poursuivre notre lutte pour trouver nos enfants en vie ».

Et la réflexion finale, avec la simplicité paysanne et la force du témoignage, de fuser immédiatement : « Nous demandons à tous les peuples et aux gouvernements de faire pression sur le gouvernement mexicain pour trouver une solution digne. Nous voulons simplement que l’on continue de nous appuyer pour retrouver nos enfants ».


Traduction : Hans-Peter Renk, collaboration E-CHANGER/COMUNDO



Sergio Ferrari

Journaliste RP/periodista RP