Les Chiffres de la Dette 2015 : Chapitre 1

Les inégalités dans le monde

11 février 2015 par Eric Toussaint , Daniel Munevar , Pierre Gottiniaux , Antonio Sanabria

Le monde dans lequel nous vivons est très inégal, et l’est de plus en plus.
La distribution de la richesse et des revenus constitue un scandale mondial de premier plan. En 2013, 0,7 % de la population mondiale (32 millions de personnes) accaparait 41 % de la richesse mondiale alors que 68,7 % de la population (3,2 milliards de personnes adultes) avaient une richesse conjointe d’à peine 3 % du total mondial |1|.

Les inégalités augmentent tant au Sud qu’au Nord de la planète. Au Brésil par exemple, les latifúndios (grandes propriétés terriennes) de plus de 1 000 hectares totalisent 0,9 % du total des exploitations agricoles mais représentent 44,4 % de la surface totale |2|. Selon les estimations de la BCE BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
, 1 % des foyers belges les plus riches possède 17 % de la richesse totale, et si on élargit aux 5 %, ceux-ci en possèdent 34 %. À l’autre extrémité, 1 Belge sur 5 se trouve en situation de pauvreté et d’exclusion sociale |3|. Sur le continent africain (1 milliard d’habitants), 0,01 % des habitants - soit un dix-millième -, s’octroie 60 % du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
 |4|.

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En 2013, 0,7 % de la population mondiale accaparait 41 % de la richesse mondiale alors que 68,7 % de la population avaient une richesse conjointe d’à peine 3 % du total mondial.


1.1. Les inégalités Nord-Sud

Quatre personnes sur cinq dans le monde vivent dans les pays en développement, lesquels réunissent à peine un tiers du PIB mondial. Particulièrement frappante, la différence entre le PIB par habitant des pays en développement (3 840 dollars) et celui des pays développés (37 147dollars).


Tableau 1.1. Population et PIB (2012)
 |5|

Tiers Monde Pays avancés Monde
Population 82 % 18 % 7,02 mds habitants
PIB 32 % 68% 69,569 mds USD
PIB par habitants(USD) 3.840 37.157 9.907

Mds=milliards ; USD = dollars américains


1.2. Un monde de plus en plus inégal

Les études sur l’histoire des inégalités montrent une augmentation des inégalités mondiales entre le XIXe siècle et la fin de la seconde guerre mondiale. Après la guerre, les politiques de dépenses publiques destinées à la reconstruction, les mobilisations sociales, la lutte contre le fascisme pendant la Résistance et le contexte de guerre froide à partir de 1945 ont incité les gouvernements d’alors à mettre en place des mesures visant à réduire les inégalités. Cette tendance à la réduction des inégalités s’est arrêtée depuis la fin des années 1970 avec le tournant conservateur néolibéral qui a entraîné de nouvelles augmentations des inégalités à l’échelle mondiale |6|.

Le graphique suivant sur l’évolution de la distribution du patrimoine en Europe et aux États-Unis au cours des deux derniers siècles le montre |7|.

Graphique 1.1. Pourcentage du patrimoine total détenu par les 10 % et le 1 % les plus riches entre 1810-2010 |8|

La tendance à une plus grande concentration de la richesse est très claire. Cependant, cela n’est pas inévitable, c’est un phénomène social qui peut être transformé par les luttes sociales des classes populaires face aux plus puissants |9|.

En termes de revenus, le monde d’aujourd’hui est plus inégal qu’en 1870 |10|. Toutefois, la croissance de la Chine et de l’Inde au cours de ces dernières décennies - qui à eux deux regroupent le tiers de la population mondiale - introduit une distorsion. Néanmoins, si on observe ce qui s’est passé sans prendre en compte ces deux pays, on constate que la tendance à l’augmentation des inégalités continue. On assiste à un paradoxe : tandis que la croissance de ces deux économies rend plus lisses les résultats totaux sur les inégalités, celles-ci augmentent dans chacun de ces deux pays |11| (voir tableau 1.2).

La tendance globale a été celle d’une plus grande concentration de la richesse ; il y a plus d’inégalités. De fait, sept personnes sur dix vivent dans des pays où les inégalités ont augmenté au cours des trois dernières décennies |12|.

L’indicateur le plus utilisé pour mesurer les inégalités est l’indice de Gini |13|. Le tableau suivant reprend une mesure des différentes économies dans le monde : on peut constater cette tendance généralisée à une répartition plus injuste du revenu. La seule région qui fait exception de manière importante est l’Amérique latine où, dans la majorité des pays du continent, les inégalités ont eu tendance à se réduire |14|. Ceci dit, les inégalités dans cette région demeurent énormes. Selon les données de la Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 184 membres en 2003) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRETS ACCORDES PAR LA BM :
1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site : http://www.banquemondiale.org
, entre 1988 et 2008, les plus grandes augmentations des inégalités ont eu lieu en Afrique et en Europe centrale et orientale.


Tableau 1.2. - Inégalités dans le monde - évolution de l’indice de Gini
 |15|

199520002012
Afrique Côte d’Ivoire 37 48 41,5
Ghana 38 41 43
Maroc 39,2 41 40,9
Ouganda 43 43 44,3
Sénégal 41 41 40,3
Afrique du Sud 59 58 63,1
Europe de l’Est Croatie 23 31 33,7
Hongrie 28 27 31,2
Lettonie 27 34 34,8
Lituanie 34 32 37,6
Pologne 32 33 32,7
Roumanie 28 30 27,4
Russie 48 37 40,1
Amérique Latine Argentine 53 56 48
Bolivie 60 56 47
Brésil 64 61 57
Chili 56 55 52
Colombie 57 55 54
Mexique 54 53 49
Pérou 53 53 45
Venezuela 51 49 41
Asie Chine 36 39 42
Inde 31 33 34
Malaisie 49 38 46
Indonésie 29 29 38
Thaïlande 43 43 39
UE-15 31 29 30,7
États-Unis 36,1 35,7 38

L’indicateur le plus utilisé pour mesurer les inégalités est l’indice de Gini. Le tableau suivant reprend une mesure des différentes économies dans le monde : on peut constater cette tendance généralisée à une répartition plus injuste du revenu.

L’indice de Gini exprime le niveau de concentration de la richesse au sein d’une économie donnée par le biais d’une valeur comprise entre 0 (égalité maximum : tous les individus ont les mêmes revenus) et 100 (un seul individu concentre tous les revenus). L’inégalité est donc d’autant plus forte que l’indice de Gini est élevé.

Le Nord a lui aussi été largement concerné par cette inégalité croissante, tant en termes de répartition du revenu que de possession de richesse (comme le montre le tableau précédent). Penchons-nous de plus près sur les États-Unis, principale puissance économique mondiale, et pour laquelle la plus grande quantité de données sont disponibles.


Graphique 1.2.
 |16|

Au cours des premières décennies du XXe siècle, le revenu accaparé par les 10 % de la population dotés des revenus les plus élevés représentait 40 à 50 % du total. Au cours des années 1950, ce pourcentage a baissé à des niveaux inférieurs à 35 % et ce jusqu’aux années 1980. À partir de la contre-révolution néolibérale initiée par l’administration Reagan, la situation a évolué au bénéfice des plus riches. Lors des dernières années précédant la crise de 2007-2008, la concentration de la richesse entre les mains des 10 % les plus riches aux États-Unis avait retrouvé des niveaux semblables à ceux enregistrés lors de la Grande Dépression de 1929. La tendance depuis la crise actuelle est à nouveau à une concentration de la richesse accrue de la part des plus riches (48 % en 2012). Selon Oxfam, le 1 % le plus riche a quant à lui accaparé 95 % de la croissance à partir de la « reprise » de 2009 |17|. En 2012, ce 1 % concentrait pratiquement un cinquième (19 % exactement) de tous les revenus du pays |18|.


1.3. Les causes des inégalités

1.3.1. La relation capital-travail

Le premier facteur des inégalités réside dans la relation capital-travail. Dans une économie capitaliste, en plus des ressources naturelles, les facteurs de production fondamentaux sont la force de travail et le capital. Il y a entre eux une lutte constante pour la répartition des résultats générés dans le processus de production. Le capital détenant les moyens de production, cette lutte est donc inégale. De fait, l’évolution des inégalités dépend en grande partie (mais pas uniquement) de la relation capital-travail. À partir des années 1980, le néolibéralisme le démontre clairement. Celui-ci a brisé le modèle des relations post seconde guerre mondiale dans une offensive du capital qui s’attelle à démanteler les conquêtes sociales obtenues par le monde du travail.

Les effets de ce nouveau modèle néolibéral peuvent être observés dans le graphique suivant. On constate que la participation des revenus du travail dans le Produit intérieur brut mondial (PIB) connaît une tendance nettement à la baisse. Si on imagine le PIB comme un grand gâteau, les salariés reçoivent une part décroissante.


Graphique 1.3.
 |19|

Cette pression à la baisse sur les salaires s’accompagne d’un chômage croissant. Le salaire est le principal élément de redistribution du revenu global. Mais on calcule qu’il y a, dans le monde en 2013, 202 millions de personnes sans emploi et, de ce fait, exclues de ce revenu. Ce sont cinq millions de plus que l’année antérieure et 62 millions de postes de travail de moins depuis 2008 |20|.

On assiste également à une augmentation des inégalités dans la répartition salariale observée au cours des dernières décennies. Le tableau suivant montre la répartition salariale entre les différentes catégories de la population selon leurs revenus, en Europe et aux États-Unis.


Tableau 1.3. Inégalités de revenus associés au salaire en Europe et aux États-Unis (2010)
 |21|

Part des différents groupes dans le total des revenus du travailEuropeÉtats-Unis
Les 10 % aux revenus les plus élevés 25 % 35 %
> dont : les 1 % les mieux payés 7 % 12 %
> les 9 % suivants 18 % 23 %
Les 40 % aux revenus intermédiaires 45 % 40 %
Les 50 % aux revenus les plus faibles 30 % 25 %


1.3.2. Augmentation de la régressivité fiscale

Les contre-réformes néolibérales ont transformé la répartition des impôts au sein des pays. D’une part, on a réduit les impôts sur les revenus les plus élevés et les grands patrimoines, de même que sur les bénéfices des entreprises et les revenus du capital. D’autre part, la libéralisation des mouvements de capitaux permet à ces derniers de se déplacer facilement et d’échapper ainsi à l’impôt en se réfugiant dans les paradis fiscaux Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
.

Ces dernières années, en vue de réduire les déficits budgétaires, les gouvernements ont appliqué de telles mesures d’austérité, qu’il fallait bien faire un geste pour faire payer un peu les responsables de la crise, donc les plus riches. Il fallait faire avaler la pilule au reste de la population. Quoiqu’il en soit, comme le montre le tableau 1.4., ces récentes augmentations d’impôts sur la tranche supérieure de revenus ne compensent pas du tout les énormes réductions d’impôts qui ont débuté dans les années 1980.


Tableau 1.4. Taux d’imposition sur la tranche supérieure de revenus
 |22|

Pays1986200220072013
France 65 58 46 50
Allemagne 53 51 48 48
Belgique 72 56 54 50
Espagne 66 49 43 52
Italie 62 46 45 47
Pays-Bas 72 52 52 52
Royaume-Uni 60 40 40 45
Irlande 60 42 41 41
Suède 80 56 57 57
États-Unis 50 45 41 46
Japon 70 50 50 51

L’impôt sur les bénéfices des entreprises a suivi une tendance à la baisse analogue. En France par exemple, le taux d’imposition maximum est passé de 50 % avant 1985 à 34,4 % après 2007 (voir tableau 1.5). Pire, en raison des nombreux cadeaux fiscaux, le taux effectif n’est que de 22 %. Quant à celui des entreprises du CAC 40 (l’indice boursier des 40 plus grandes entreprises cotées à la bourse Bourse La Bourse est l’endroit où sont émises les obligations et les actions. Une obligation est un titre d’emprunt (l’émetteur la vend à l’acheteur qui doit la rembourser à un taux et une échéance déterminés) et une action est un titre de propriété d’une entreprise. Les actions et les obligations peuvent être revendues et rachetées à souhait sur le marché secondaire de la Bourse (le marché primaire est l’endroit où les nouveaux titres sont émis pour la première fois). de Paris), il atteint à peine 8 %.

Le mécanisme du bénéfice mondial consolidé permet aux grandes entreprises de ne payer dans certains cas aucun impôt (il s’agit d’un régime accordé par certains États qui permet à des grandes sociétés de déduire de leurs impôts des pertes enregistrées à l’étranger). Ainsi, en dépit d’un bénéfice de 10 milliards d’euros en 2010, le géant Total n’a payé aucun impôt. Il s’agit seulement d’un exemple de ces pratiques mondialement répandues.


Tableau 1.5. Taux d’imposition maximum légal sur les bénéfices des entreprises
 |23|

Pays1986200220072013
France 45 35 34 34
Allemagne 60 39 39 30
Belgique 45 40 34 34
Espagne 35 35 33 30
Italie 46 36 33 28
Pays-Bas 42 35 26 25
Royaume-Uni 35 30 30 23
Irlande 50 16 13 13
Suède 57 28 28 22
États-Unis 50 39 39 39
Japon 43 41 40 37


1.3.3. Inégalités entre les sexes |24|

Les inégalités sociales qui affectent les femmes par rapport aux hommes traversent l’ensemble des relations économiques. Alors que l’accès à l’emploi représente la principale source de revenus pour la majorité de la population mondiale, les femmes sont discriminées, même dans les pays où l’égalité des droits est reconnue. Cette reconnaissance sur papier contraste par exemple avec des taux de chômage féminin supérieurs à ceux des hommes. À cela s’ajoutent des salaires féminins inférieurs - y compris à travail égal de celui d’un collègue masculin. De plus, leur confinement dans des emplois à temps partiels ou informels (c’est-à-dire non soumis à la législation du travail) les exposent à une précarité toujours croissante.


1.3.3.1. Au Nord

Au Nord, les coupes dans les dépenses publiques exigées par les politiques d’austérité réduisent les politiques sociales destinées à lutter contre les inégalités entre les sexes. De même, les coupes dans les dépenses sociales supposent que le secteur du « CARE » - le travail de soins (cf. santé, services pour la petite enfance, éducation, prise en charge de personnes dépendantes et/ou âgées de la famille, etc.) -, délaissé par la fonction publique, soit désormais pris en charge par le privé, et donc par les femmes.


Graphique 1.4.
 |25|

Si les différences salariales entre les sexes se sont réduites dans la majorité des pays repris ci-dessus, c’est bien plus la résultante d’une perte d’emplois et dès lors de revenus masculins que l’expression d’une amélioration des conditions salariales des femmes. En dépit d’une amélioration, aussi sensible soit-elle, l’écart salarial moyen entre les hommes et les femmes reste une réalité bien tangible : dans les pays de l’OCDE OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
Créée en 1960 et basée au Château de la Muette à Paris, l’OCDE regroupe les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les États-Unis et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Entre 1994 et 1996, trois pays du Tiers-Monde ont fait leur entrée : la Turquie, candidate à entrer également dans l’Union européenne ; le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ; la Corée du Sud. Depuis 1995, se sont ajoutés trois pays de l’ex-bloc soviétique : la République tchèque, la Pologne et la Hongrie. En 2000, la République slovaque est devenue le trentième membre.

Liste des pays membres de l’OCDE par ordre alphabétique : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie.
Site : http://www.oecd.org/fr/
, il était de 17,3 % en 2011, avec des taux supérieurs à 25 % pour la Corée du Sud et le Japon |26|.

En matière de chômage, le constat est semblable. Le taux de chômage des femmes est plus élevé que celui des hommes. Il en va de même pour le taux féminin d’inactivité |27|. Ces données reflètent l’exclusion des femmes du marché du travail.

Au cours de la crise, l’écart entre le chômage des femmes et celui des hommes a eu tendance à se réduire. Cependant, ce rapprochement des taux moyens de chômage entre les sexes reflète bien plus la détérioration généralisée de l’emploi et les pertes d’emplois plus fortes dans les secteurs traditionnellement masculins (secteurs bancaires, du bâtiment, de la finance, de l’industrie automobile, des transports…) en début de crise qu’une amélioration en termes d’égalité des genres sur le marché du travail.


Tableau 1.6. Taux de chômage (en %) masculin et féminin 2008-2013
 |28|

2008 2013
Hommes Femmes Hommes Femmes
Belgique 6,5 5,4 8,7 8,1
Danemark 3,2 2,4 6,7 7,3
Allemagne 7,4 7,0 5,6 5,0
Irlande 7,6 6,1 15,2 10,6
Espagne 10,1 8,5 25,8 27,0
France 7,3 5,8 10,8 10,9
Pays-Bas 2,8 2,2 7,1 6,3
Portugal 7,9 6,8 16,5 16,5
États-Unis 6,1 4,8 7,6 7,1
UE-28 6,7 7,6 10,9 10,9
Zone Euro-18 7,0 8,5 12,0 12,2

Si l’on ne considère que l’emploi à temps plein, l’écart entre les taux de chômage masculins et féminins est nettement plus prononcé. Or, les statistiques du chômage ne prennent pas en compte les emplois à temps partiels, lesquels sont majoritairement exercés par des femmes. Cette surreprésentation féminine dans le travail à temps partiel reflète une relation inégalitaire au sein de la sphère privée qui se répercute dans le monde du travail. En effet, la répartition fortement inégale des tâches domestiques et de soins aux autres entre les sexes contraint très souvent les femmes à « opter » pour le travail à temps partiel. Dans la mesure où l’austérité réduit l’accès aux services sociaux tels que les soins aux personnes dépendantes, les crèches et garderies, le soin des personnes âgées et les politiques de conciliation entre vie professionnelle et vie privée, il est de plus en plus demandé au privé, et donc aux femmes, de prendre en charge ces services. Pour assurer ce travail non rémunéré de soins aux autres, elles tendent à diminuer leur temps de travail rémunéré (ou parfois même à quitter le marché du travail), ce qui les expose à une précarité financière accrue.

Les inégalités entre les sexes perdurent également lorsqu’on analyse l’offre de travail. La possibilité de trouver un travail à temps partiel ou de rester au chômage sera plus grande pour les femmes dans la mesure où l’éventail des emplois disponibles pour elles est moins vaste que pour les hommes |29|. Cette situation est encore aggravée avec la crise. En guise d’illustration, les restrictions budgétaires destinées à assurer la priorité au remboursement de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, en réduisant entre autres l’emploi public, affectent davantage les femmes. En effet, en Europe, les femmes sont majoritaires dans la fonction publique (69,2 % du total des travailleurs de ce secteur sont des femmes |30|), laquelle leur assure généralement de bonnes conditions de travail et des salaires supérieurs à ceux pratiqués dans le privé.

En matière de retraites, il existe également une inégalité de genre : en Europe, les retraitées touchent en moyenne 39 % |31| de moins que leurs homologues masculins, en raison d’un nombre d’années cotisées et d’une base de cotisation moindres. La primauté donnée au paiement de la dette au détriment des dépenses sociales promet d’aggraver la situation, puisque :

  • les femmes souffrent davantage des effets de la crise sur l’emploi ;
  • elles sont contraintes à réduire ou à abandonner leur vie professionnelle pour assumer des tâches du « care » |32| ;
  • les réformes des pensions publiques rendent plus difficile l’accès des femmes à des retraites leur permettant de vivre dignement et non au-dessous du seuil de pauvreté |33|.


1.3.3.2. Au Sud

Dans les pays en développement, les femmes subissent un haut niveau d’inégalités et de discriminations. Tandis qu’une partie d’entre elles a pu augmenter son activité économique, ce fut dans des conditions bien moins favorables que pour les hommes. Le graphique suivant témoigne de cette évolution. Il analyse un échantillon de dix pays qui représentent dans leur ensemble un tiers de la population mondiale.


Graphique 1.5. Taux de participation de la force de travail (en % de la population entre 15 et 64 ans) ; taux de travail salarié (en % de la population active occupée) et inégalité salariale de genre pour la période 2008-2012
 |34|

Parmi les pays de l’échantillon, seuls le Brésil, le Bangladesh et le Vietnam présentent une participation féminine à l’emploi supérieure à 60 % sur le total des femmes en âge de travailler. Les mêmes chiffres rapportés aux hommes tournent pour tous les autres cas autour de 80 %.


Graphique 1.6.
 |35|

Les constatations émise au Nord s’applique aux quatre coins du globe : il est aujourd’hui plus compliqué pour une femme de trouver un emploi à temps plein que pour un homme. Notons que cet écart est plus important dans les pays à revenu élevé. Rappelons qu’un travail à temps plein est généralement synonyme d’emploi de meilleure qualité garantissant davantage de droits.


1.4 Pauvreté et malnutrition : déconstruire la fable néolibérale
 |36|

Selon les Nations-Unies, la Banque mondiale et le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

Cliquez pour plus.
, même si la situation mondiale reste préoccupante, les choses évoluent dans le bon sens : l’extrême pauvreté et la faim dans le monde reculent. En 20 ans, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a diminué de 700 millions, passant de 1,9 milliard à 1,2 milliard (tableau 1.7), tandis que le nombre de personnes souffrant de la faim est passé de 1 milliard à 842 millions (tableau 1.8).


Tableau 1.7 – L’extrême pauvreté dans le monde
 |37|

Nombre de personnes vivant avec moins de 1,25 US$ par jour (en millions)198119902010
en Afrique subsaharienne 205 290 414
en Amérique latine et Caraïbes 43 53 32
en Asie du Sud 568 617 507
en Asie de l’Est et Pacifique 1 097 926 251
dans le Monde 1 937 1 908 1 215


Tableau 1.8 – La faim dans le monde
 |38|

Nombre de personnes souffrant de la faim (en millions)1990 - 19921999 - 20012006 - 20082011 - 2013
en Afrique subsaharienne 173 205 216 223
en Amérique latine et Caraïbes 66 62 53 47
en Asie du Sud 314 308 307 295
dans le Monde 1 015 940 890 842

Selon ces chiffres, l’extrême pauvreté et la malnutrition n’ont cependant pas diminué partout : la pauvreté extrême a peu diminué en Asie du Sud, et elle a surtout fortement augmenté en Afrique subsaharienne. La diminution globale de l’extrême pauvreté serait donc essentiellement due à la Chine et l’Inde, s’agissant de pays qui concentrent la plus grande part de la pauvreté extrême, comme le montre le graphique ci-dessous (graphique 1.7).


Graphique 1.7 – Distribution de l’extrême pauvreté dans le monde (2010)

(% du total mondial) |39|

Une autre lecture s’impose : même dans l’hypothèse où ces chiffres seraient corrects (voir ci-dessous), il n’y aurait pas de quoi pavoiser. Les niveaux d’extrême pauvreté restent scandaleusement élevés : une personne sur cinq vit dans l’extrême pauvreté et une personne sur huit souffre de la faim, avec toutes les conséquences (souvent irréversibles) physiologiques et psychologiques que cela implique. Par ailleurs, une personne qui souffre de la faim subit également une exclusion politique, économique et sociale.

Mais il y a pire. Ce discours sur la réduction de la pauvreté n’est rien d’autre qu’une fable. Ces chiffres ne sont pas du tout fiables : ils sont manipulés de façon à sous-estimer très largement les niveaux de pauvreté dans le monde.

Fixer un seuil de pauvreté à 1,25 dollar par jour est totalement cynique et irréaliste. Peu d’endroits sur la planète permettent de satisfaire les droits humains fondamentaux avec 4 dollars par jour |40|. Or, on constate que plus de 50 % de la population du Sud vit avec moins de 2,5 dollars par jour, tandis que 75 % vit avec moins de 4 dollars par jour. Autre chiffre : en 2005, 95,5 % de la population des pays en développement, soit 5,5 milliards de personnes, vivaient avec moins de 13 dollars par jour |41|, soit environ 400 dollars par mois. La très grande majorité des personnes qui sont prétendument sorties de « l’extrême pauvreté » ces dernières années y sont bel et bien toujours en fait. Si l’on fixait ce seuil à 2, 3, voire 4 dollars par jour, on se rendrait compte que la majorité de la population du tiers-monde vit dans la plus grande précarité et le dénuement.

Par ailleurs, les méthodes utilisées pour calculer les niveaux de pauvreté (extrême ou non) sont plus que douteuses. Le seuil pour les différents pays est calculé en « parité de pouvoir d’achat |42| », c’est-à-dire en tenant compte des différences de coût de la vie. Cela implique que, pour beaucoup de pays, le seuil de pauvreté est encore inférieur à 1,25 dollar par jour. Par exemple, pour l’Inde, la Banque mondiale considère que le coût de la vie est bien moins élevé qu’ailleurs et fait donc passer le seuil de pauvreté, en parité de pouvoir d’achat, à 0,25 dollar par jour ! Via cette méthodologie, la BM a donc tendance à sous-estimer fortement la pauvreté réelle.

En octobre 2007, une étude réalisée par une institution gouvernementale en Inde calculait que 77 % de la population, soit 836 millions d’Indiens, vivaient avec moins de 20 roupies par jour (soit moins de 0,5 dollar). Ce chiffre est très différent des affirmations de la Banque mondiale selon laquelle 300 millions d’Indiens vivraient avec moins de 1 dollar par jour. Déjà en 2002, dans un rapport sur la pauvreté dans les PMA Pays moins avancés
PMA
Notion définie par l’ONU en fonction des critères suivants : faible revenu par habitant, faiblesse des ressources humaines et économie peu diversifiée. La liste comprend actuellement 49 pays, le dernier pays admis étant le Sénégal, en juillet 2000. Elle n’en comptait que 25 il y a 30 ans.
, la CNUCED Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement
CNUCED
Elle a été créée en 1964, sous la pression des pays en voie de développement pour faire contrepoids au GATT (prédécesseur de l’OMC).
Site web : http://www.unctad.org
(Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement) pointait du doigt ce problème et mettait directement en cause les estimations fournies par la Banque mondiale. Ainsi, selon la Banque mondiale, 41,7 % de la population du Niger vivaient avec moins de 1 dollar par jour en 1992. Pour cette même année, la CNUCED en comptait plus de 75 %.

Parmi les différentes manipulations, on pourrait encore ajouter le fait que les actualisations des seuils de pauvreté (le seuil est passé de 1 $ à 1,25 $ en 2008) n’ont pas pris intégralement en compte l’évolution de l’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donné. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. , ce qui a fait sortir de l’extrême pauvreté 121 millions de personnes, comme par magie |43|…

Le nombre absolu de pauvres dans le monde a en réalité augmenté et il s’agit donc de déconstruire cette fable qui ne sert qu’à une chose : nier l’échec fracassant des politiques néolibérales que la BM et le FMI imposent aux peuples du monde. Mais au-delà des chiffres, il ne faut pas oublier que la pauvreté est un phénomène multidimensionnel qui ne peut se résumer à un critère purement financier. L’accès à la santé, à l’éducation, à l’énergie ou à la sécurité sociale sont autant de facteurs qui doivent rentrer en ligne de compte dans le cadre de la mesure de la pauvreté.

Un dernier élément doit être mis en évidence : il existe un lien étroit entre l’augmentation de la pauvreté et l’augmentation des inégalités. D’un côté, une petite minorité qui concentre des niveaux de richesses gigantesques, et de l’autre, une multitude qui souffre et tente de survivre. La pauvreté massive n’est pas un phénomène « naturel », il est le résultat direct de la logique capitaliste, basée sur l’accumulation et l’exploitation des peuples. Supprimer la pauvreté est parfaitement possible. En 2008, la FAO calculait qu’il « suffirait » de trouver 30 milliards de dollars par an pour supprimer la faim. La revue Forbes estime quant à elle à 1 645 le nombre de milliardaires dans le monde |44|. Un impôt de seulement 0,47% sur ces grosses fortunes suffirait pour éradiquer la faim dans le monde. Cela se passe de commentaire.

Public debt, Austerity, Bank


1.5. Les inégalités génératrices d’endettement

Il y a un lien évident entre les inégalités de revenus et l’endettement. Le processus est grosso modo le suivant : la libéralisation des mouvements de capitaux et la dérégulation financière ont généré une croissance économique basée sur l’endettement privé. L’accès facilité au crédit a permis aux plus riches d’augmenter leur patrimoine et leurs revenus grâce au rendement de leurs placements financiers. Les entreprises augmentent leurs investissements, s’implantent dans d’autres pays et/ou rachètent des entreprises concurrentes. Les banques facilitent l’octroi de crédits pour augmenter leurs bénéfices, en plus de ceux obtenus par leurs activités de spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
financière |45|. Elles tirent une partie de leurs revenus financiers des prêts aux populations dont les revenus sont les plus bas. Les banques augmentent le volume de leurs prêts afin d’augmenter leurs bénéfices (mais avec le risque de prêter à des populations présentant un risque plus élevé d’impayé) ; parallèlement, les prêts permettent à de nombreux travailleurs d’augmenter leur consommation bien que leurs salaires réels stagnent voire baissent.

D’autre part, la libéralisation des mouvements de capitaux et l’attitude amicale des gouvernements envers les élites économiques entraînent des baisses d’impôts en leur faveur (voir tableaux 1.4 et 1.5). Les politiques gouvernementales, au service des intérêts des plus riches, augmentent dès lors les inégalités. Le creusement des inégalités alimente la bulle des dettes privées, et le recours au crédit renforce à son tour les inégalités |46|. C’est un cercle vicieux, rompu seulement lorsqu’un événement fait éclater la bulle du crédit devenue insoutenable. S’ensuivent l’effondrement des marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
, la socialisation des pertes et, avec elle, l’augmentation de la dette publique.

La dette publique augmente en raison des cadeaux fiscaux faits aux plus riches et aux grandes entreprises qui creusent les recettes de l’État, ainsi qu’en raison d’une structure d’imposition plus sensible à l’activité économique. En effet, les impôts augmentent en période de croissance et diminuent en période de crise, aggravant les déficits budgétaires des gouvernements et la dette publique destinée à les combler. Dans ces conditions, les dépenses publiques sont dès lors majoritairement assurées par l’émission de titres : une bonne part des recettes auparavant obtenues par le recouvrement d’impôts l’est maintenant par le recours à l’emprunt, assorti du paiement d’intérêts.

En situation de récession Récession Croissance négative de l’activité économique dans un pays ou une branche pendant au moins deux trimestres. économique, pour obtenir le financement des déficits publics, les gouvernements paient aux prêteurs des intérêts plus élevés. Dans un même temps, ils appliquent des politiques d’austérité afin de diminuer les dépenses publiques, conférant par ce biais davantage de garanties Garanties Acte procurant à un créancier une sûreté en complément de l’engagement du débiteur. On distingue les garanties réelles (droit de rétention, nantissement, gage, hypothèque, privilège) et les garanties personnelles (cautionnement, aval, lettre d’intention, garantie autonome). de paiement aux créanciers. La roue du « système dette » n’en finit pas de tourner.


Notes

|1| Source : Crédit Suisse, Global Wealth Report, 2013.

|2| Source : Institut Brésilien de Géographie et Statistiques, Données du recensement des secteurs agriculture et pêche, 2006.
Sur ce thème, voir FAO, Dinámicas en el Mercado de la tierra en América Latina y el Caribe, Santiago, 2011. Disponible sur http://www.rlc.fao.org/fileadmin/co...

|3| Source : Commission européenne, Eurostat, 2012, http://epp.eurostat.ec.europa.eu.

|4| « Un tiers des africains dans la classe moyenne », Agence Ecofin, 24 janvier 2012, http://www.agenceecofin.com/economi...

|5| Source des données : Banque des règlements internationaux (BRI), http://www.bis.org ; Banque mondiale, International Debt Statistics, http://databank.banquemondiale.org.
Le PIB par habitant est calculé comme la moyenne pondérée par la population de chaque groupe de PIB par habitant.

|6| La montée et la nature du néolibéralisme sont expliquées par David Harvey dans son livre Brève histoire du néolibéralisme, Éditions Les Prairies ordinaires, Paris, 2014.

|7| Ces données, comme en général celles liées à la concentration des revenus et patrimoines que nous utilisons, témoignent de la réalité dans les pays du Nord. Les données manquent pour de nombreux pays du Sud, du fait de contextes institutionnels plus faibles dans lesquels souvent les plus riches ne paient pas d’impôts et ne déclarent ni leurs biens ni leurs revenus.

|8| Le décile supérieur fait référence à la fraction des 10 % qui détiennent le plus de patrimoine. Le centile supérieur renvoie au 1 % qui en détient le plus. On divise ainsi les niveaux de patrimoine en dix et cent respectivement et on observe la fraction supérieure (les 10 et les 1 % qui détiennent le plus de patrimoine). Source : Thomas Piketty, Le capital au XXIe siècle, Paris, Éditions Seuil, 2013, p. 556, Graphique 10.6. Voir http://piketty.pse.ens.fr/capital21c

|9| Éric Toussaint, « Que faire de ce que nous apprend Thomas Piketty sur le capital au XXIe siècle », 19 janvier 2014, http://cadtm.org/Que-faire-de-ce-qu...

|10| Voir par exemple Branko Milanovic, « Global Inequality and the Global Inequality Extraction Ratio. The Story of the Last Two Centuries », Policy Research Working Paper 5044, Banque Mondiale, septembre 2009, http://elibrary.worldbank.org/doi/p...

|11| Pour plus de détails, consulter l’étude d’Antonio Sanabria, « Quelques notes sur la situation et l’évolution des inégalités économiques dans le monde », 4 juin 2014, http://cadtm.org/Quelques-notes-sur...

|12| Oxfam International, En finir avec les inégalités extrêmes. Confiscation politique et inégalités économiques, document d’information d’Oxfam n°178, janvier 2014, http://www.oxfam.org/fr/policy/fini...

|13| L’indice de Gini exprime le niveau de concentration de la richesse au sein d’une économie donnée par le biais d’une valeur comprise entre 0 (égalité maximum : tous les individus ont les mêmes revenus) et 100 (un seul individu concentre tous les revenus). L’inégalité est donc d’autant plus forte que l’indice de Gini est élevé.

|14| La réduction des inégalités n’a pas été le fait de tous les pays de la région. Au Guatemala par exemple, la situation semble stagner même si on ne dispose pas de données postérieures à 2006. Le cas le plus interpellant est peut-être celui du Costa Rica, traditionnellement un exemple régional d’une moindre inégalité, mais avec une concentration du revenu qui est allée croissante - comme en témoigne le coefficient de Gini, passé de 0,46 à 0,50 entre 1995 et 2012. À l’opposé, les données du Venezuela montrent le résultat d’une politique active envers les secteurs avec un niveau de revenu moindre. Tous les indicateurs montrent une diminution des inégalités.

|15| Source : Base de données de la Banque mondiale, de la CEPALC, d’Eurostat et de l’OCDE. Les mesures dans bien des pays n’étant pas régulières, les données sont souvent celles de l’année la plus proche de l’année indiquée. Il n’est pas non plus pertinent d’opérer des comparaisons entre les indices des pays des différentes régions, étant donné que les sources sont différentes. La pertinence du tableau réside surtout dans la tendance qu’il montre.

|16| Source : Thomas Piketty, op.cit., p. 52, Graphique I.1. Voir http://piketty.pse.ens.fr/capital21c

|17| Oxfam International, op.cit.

|18| Source : Facundo Alvaredo, Anthony Atkinson, Thomas Piketty, Emmanuel Saez, The World Top Incomes Database, http://topincomes.g-mond.parisschoo..., consulté le 18 janvier 2014.

|19| Source : CNUCED, Rapport sur le commerce et de le développement 2013, Nations Unies, New York et Genève, 2013, p.15. Disponible sur http://unctad.org/fr/PublicationsLi....

|20| Source : OIT, Global Employment Trends 2014 : The risk of a jobless recovery, http://www.ilo.org/global/research/....

|21| Source : Thomas Piketty, op.cit., p. 390. Tableau 7.1. Voir http://piketty.pse.ens.fr/capital21c

|22| Source : OCDE, Tax Database 2000-2014, Paris, mai 2014, http://www.oecd.org/tax/tax-policy/... ;
Tax Policy Center, Historical Top Marginal Personal Income Tax Rate in OECD Countries, avril 2014, http://www.taxpolicycenter.org/taxf....

|23| Source : OCDE, Tax Database 2000-2014, op.cit. Les données relatives à la fiscalité concernent surtout les pays du Nord, puisqu’il s’agit de ceux pour lesquels on dispose de plus de données. Gardons néanmoins à l’esprit que les systèmes fiscaux des PED sont souvent encore plus favorables aux plus riches et aux grandes entreprises que ceux des pays développés. Par ailleurs, comme indiqué dans le texte qui précède, il faut distinguer le taux légal d’imposition du taux effectivement prélevé qui est très souvent nettement inférieur.

|24| Les auteurs remercient Christine Vanden Daelen pour sa collaboration à l’élaboration de cette partie.

|25| L’estimation des rémunérations utilisées dans les calculs se réfère aux revenus salariaux bruts pour des emplois à plein temps de salariés sous contrats. Les inégalités salariales ou « gap » de genre ne sont pas ajustées. Elles se calculent comme la différence entre les revenus médians (les plus courants) des hommes et des femmes par rapport aux revenus médians des hommes. Les données se réfèrent à 2005 (au lieu de 2010) pour les Pays-Bas, à 2008 pour la Belgique et l’Islande, à 2009 pour la République Tchèque et la France.
Source : OCDE, « Labor Market Position of Families (LMF) », OCDE Family Database, Paris, http://www.oecd.org/social/soc/oecd....

|26| Source : OCDE, « Labor Market Position of Families (LMF) », op.cit.
Les données concernant l’Estonie, Chypre, la Slovaquie, la Lettonie, la Lituanie, la Bulgarie, le Luxembourg, la Roumanie, l’Irlande, la Slovénie et Malte se réfèrent à tous les employés qui travaillent au moins 15 heures par semaine, ce qui rend probable des inégalités salariales de genre moindres. Les données se réfèrent à l’année 2000 pour l’Estonie, 2006 pour Chypre, la Slovaquie, la Lettonie, la Lituanie, la Bulgarie, le Luxembourg, la Roumanie, l’Irlande, la Slovénie et Malte.

|27| Le taux d’activité mesure la relation entre la population active (c’est-à-dire celle qui travaille ou cherche un emploi) par rapport au total de la population en âge de travailler. Dans ce cadre, le pourcentage de femmes qui travaillent ou cherchent un emploi est en général inférieur à celui des hommes.

|28| Source : Commission européenne, Eurostat, 2014, http://epp.eurostat.ec.europa.eu

|29| C’est ce que montrent les données de l’OCDE, « Labor Market Position of Families (LMF) », op.cit.

|30| Source : European’s Women Lobby (EWL), The price of the austerity – The impact on women’s rights and gender equality in Europe (rapport), octobre 2012, p. 4. Disponible sur http://www.womenlobby.org/news/ewl-...

|31| Commission Européenne, The Gender gap in pensions in the EU, Luxembourg, 2013, p. 34. Disponible sur http://ec.europa.eu/justice/gender-...

|32| Le fait qu’il soit communément considéré qu’il appartient aux femmes de se charger des travaux domestiques et de soins résulte d’une part de la reproduction de stéréotypes machistes selon lesquels c’est à la femme qu’incombe ce type de tâche. Ainsi, au cas où elle accède au marché du travail, son salaire sera toujours considéré comme étant un revenu d’appoint, complémentaire par rapport au revenu masculin. D’autre part, comme les femmes éprouvent plus de difficultés que les hommes à accéder au marché de l’emploi, leur relégation à la sphère privée et familiale semble plus logique et plus naturelle...

|33| Pas moins de 22 % des femmes retraitées vivent sous le seuil de pauvreté au sein de l’Union Européenne. Source : European Parliament, Opinion draft on an agenda for adequate, safe and sustainable pensions, 19 décembre 2012. Disponible sur http://www.europarl.europa.eu.

|34| En économie, la « force de travail » renvoie à la « population active », c’est-à-dire l’ensemble des personnes en âge de travailler, que ces personnes soient en situation d’emploi ou de recherche d’emploi.
Source : Banque mondiale, Women at Work, 2014.

|35| Source : Banque mondiale, Povcal Net - World Bank Database, http://iresearch.worldbank.org/Povc...

|36| Les auteurs remercient Olivier Bonfond pour sa participation créative à la rédaction de cette partie 1.4

|37| Source : Banque mondiale, Povcal Net - World Bank Database, op.cit.

|38| Source : FAO, Hunger Report, 2013. Disponible sur http://www.fao.org/hunger/en/

|39| Source : Nations Unies, Objectifs du Millénaire pour le développement, Rapport 2014, New York, 2014. Disponible sur http://www.undp.org/content/undp/fr...

|40| À Niamey, capitale du Niger, pays le plus « pauvre » de la planète en termes d’IDH (indice de développement humain), un loyer pour une pièce de 10 mètres carrés coûte au minimum 50 €. La facture d’électricité termine de consommer l’ensemble du revenu. Il faut pourtant encore boire et manger tous les jours, se déplacer pour aller travailler, se soigner, envoyer ses enfants à l’école...

|41| Source : FAO, L’élevage dans le monde en 2011, Contribution de l’élevage à la sécurité alimentaire, Nations Unies, Rome, 2012. Disponible sur http://www.fao.org/docrep/019/i2744....
13 dollars par jour étant le seuil de pauvreté aux États-Unis.

|42| La parité de pouvoir d’achat (PPA) est une méthode utilisée en économie pour établir une comparaison entre pays du pouvoir d’achat des devises nationales, ce qu’une simple utilisation des taux de change ne permet pas de faire.

|43| Lire Hickel Jason, « Exposing the great « poverty reduction » lie », 21 août 2014, http://www.globalsocialjustice.eu/

|44| Pour les chiffres de la FAO, voir FAO, « Le monde a besoin de 30 milliards de dollars par an pour éradiquer le fléau de la faim », 3 juin 2008. Disponible sur http://www.fao.org/NEWSROOM/fr/news...
Pour les données (2013) de Forbes, voir « Inside The 2013 Billionaires List : Facts and Figures », Forbes, 25 mars 2013, http://www.forbes.com/sites/luisakr...
Selon Forbes, depuis 2009, le nombre de milliardaires a considérablement augmenté et la richesse totale accumulée par l’ensemble de ces milliardaires a été multiplié par 2,7, passant de 2 400 à 6 400 milliards de dollars. Ce n’est décidément pas la crise pour tout le monde.

|45| Voir Éric Toussaint, Bancocratie, Aden, Bruxelles, 2014.

|46| Source : Michael Kumhof, Romain Rancière, « Unequal = Indebted », Finance & Development, vol. 48, n°3, FMI, septembre 2011, pp. 25-27, http://www.imf.org/external/pubs/ft....
Michael Kumhof, Romain Rancière, « Inequality, Leverage and Crises », IMF Working paper, FMI, novembre 2010, https://www.imf.org/external/pubs/f...

Auteur.e

Eric Toussaint

docteur en sciences politiques des universités de Liège et de Paris VIII, est porte-parole du CADTM international et est membre du Conseil scientifique d’ATTAC France. Il est auteur des livres Bancocratie, ADEN, Bruxelles, 2014, Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. Il est coauteur avec Damien Millet du livre AAA, Audit, Annulation, Autre politique, Le Seuil, Paris, 2012 ; La dette ou la vie, Aden/CADTM, Bruxelles, 2011. Ce dernier livre a reçu le Prix du livre politique octroyé par la Foire du livre politique de Liège Dernier livre : Bancocratie ADEN, Brussels, 2014. Il a coordonné les travaux de la Commission pour la Vérité sur la dette publique de la Grèce créée le 4 avril 2015 créée par la la présidente du Parlement grec. Cette commission a fonctionné sous les auspices du parlement entre avril et octobre 2015. Suite à sa dissolution annoncée le 12 novembre 2015 par le nouveau président du parlement grec, l’ex-Commission a poursuivi ses travaux et s’est dotée d’un statut légal d’association sans but lucratif.


Auteur.e

Daniel Munevar

est un économiste post-keynésien de 30 ans originaire de Bogotá, en Colombie. De mars à juillet 2015, il a travaillé comme assistant de l’ancien ministre des finances grec, Yanis Varoufakis ; il le conseillait en matière de politique budgétaire et de soutenabilité de la dette. Auparavant, il était conseiller au Ministère des Finances de Colombie et conseiller spécial pour les investissements directs à l’étranger auprès du Ministère des Affaires étrangères de l’Équateur. C’est une des figures marquantes dans l’étude de la dette publique en Amérique latine. Il est membre du CADTM AYNA.


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Pierre Gottiniaux

Permanent au CADTM Belgique


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