Les lingots de Pinochet

7 novembre 2006 par Julie Castro


Ce sont 9 620 kg d’or, sous forme de lingots, qui ont
été découverts au nom de Pinochet dans les coffres de
la banque HSBC à Hong-Kong. Au cours actuel, cela
représente la coquette somme de 190 millions de dollars.
L’ancien dictateur n’en est pas à son coup d’essai
 : il y a deux ans déjà, l’existence d’une centaine de
comptes à son nom ou à celui de membres de sa famille
avait été rendue publique. Ces comptes totalisaient un
montant de plus de 27 millions de dollars.

Le régime dictatorial de Pinochet, mis en place avec
l’aval musclé des Etats-Unis, a été le laboratoire des
politiques néolibérales. La Banque mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, qui ne
pouvait pourtant ignorer la nature de ce régime, a prêté
massivement au dictateur. Où sont passées ces sommes
 ? Pour l’essentiel, elles ont fait un aller-retour rapide
 : de banque du Nord à banque du Nord, mais parties
en tant que prêts au gouvernement chilien, elles
reviennent dans les mêmes institutions comme avoirs
personnels de la famille Pinochet ou des autres dignitaires
du régime.

Ces lingots, « retrouvés » à Hong-Kong, doivent être
restitués dans leur intégralité au peuple chilien. De
même que tous les fonds du dictateur et de ses proches,
dispersés aux quatre coins de la planète bancaire.
L’audit, cette actualité le rappelle, est plus que
jamais indispensable pour disséquer véritablement la
dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
chilienne et appliquer le principe de la dette
odieuse : toute dette contractée par un régime dictatorial
et n’ayant pas bénéficié à la population n’a pas à
être remboursée aux créanciers.




Autres articles en français de Julie Castro (6)