Déclaration finale du FSOA 2016 à Conakry

Les mouvements sociaux ouest-africains réclament un retour du Forum Social Mondial au Sud !

25 juillet par FSOA

À quelques semaines du Forum social mondial prévu à Montréal du 9 au 14 août 2016, le mouvement social ouest-africain, au nom de tout le mouvement social africain, chantre des résistances actuelles sur le continent martyr qu’est l’Afrique, se voit cependant exclu de la dynamique de la résistance globale au néolibéralisme. Car, difficultés d’accès au visa canadien, la cherté des billets d’avion sur Montréal et le manque de communication avec les mouvements sociaux africains ont rendu incertaine la participation des mouvements sociaux du Sud au Forum Social Mondial 2016.

Nous femmes, hommes, jeunes, étudiant-e-s paysan-ne-s, commerçant-e-s, chercheurs, migrant-e-s, activistes sociaux, citoyen-ne-s de l’espace ouest-africain, mobilisés du 13 au 16 juillet à Conakry, République de Guinée, adoptons la présente déclaration à l’occasion de la 5e édition du Forum social ouest-africain qui a porté sur le thème central « Après plus de deux décennies de mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
 : Quels défis de gouvernance dans un contexte de crises politiques, socio-économiques et sécuritaires et quelles réponses du mouvement social africain ? ».

Les participantes et participants, venu-e-s du Mali, de la Gambie, de la Guinée Bissau, du Togo, du Sénégal, du Nigeria, du Niger, de la Côte d’Ivoire et des différentes régions de la Guinée, se réjouissent de la relance des dynamiques des mouvements sociaux ouest-africains et africains au sein du Forum social qui est en cours depuis bientôt un an.

La nécessité de relance et de réorganisation des dynamiques ont été facilitées par la mobilisation des acteurs sociaux de la sous région lors de la rencontre de concertations et d’échanges tenus en septembre 2015 à Dakar au Sénégal et dont le présent Forum ouest-africain est le couronnement.

Dans ce contexte géopolitique difficile, marqué par de nombreux défis qui se posent au continent, sous fond de crises multiformes (sécuritaire, migratoire, énergétique, économique, climatique, environnementale, politique et alimentaire), les mouvements sociaux ouest-africains ne pouvaient pas restés indifférents compte tenu des enjeux.

Face à la crise globale du système capitaliste et à la faillite du mode de gouvernance néolibéral dicté par les multinationales et les puissances de l’Occident, qui cherchent à reconquérir notre continent, les résistances s’organisent un peu partout dans le monde pour l’avènement d’alternatives durables, respectueuses des droits humains, de l’ équité, de la justice sociale et de l’égalité des chances. L’Afrique est devenu le continent le plus convoité par les puissances économiques et financières qui comptent assurer leurs profits aujourd’hui et dans le futur par l’accaparement des ressources du continent.

Par des accords commerciaux inéquitables comme ceux des APE (Accords de partenariat économique), que l’Union européenne veut imposer aux pays de l’Afrique-Caraïbes-Pacifique, et l’imposition à la tête des pays de dirigeants à la solde du système financier et politique international, le néolibéralisme continue à étendre ses tentacules sur le continent africain au détriment de ses populations.

Cette nouvelle percée néolibérale est rendue possible par les conflits armés et les violences terroristes orchestrées sur le continent par les puissances qui profitent ainsi de l’instabilité des pays pour maximiser leurs profits et leur main mise sur nos ressources naturelles. Les populations africaines privées de leurs droits au travail, à l’alimentation, au logement, à la libre circulation, au libre choix de leurs dirigeants ; et au vu des guerres et catastrophes climatiques qui se multiplient sur le continent, n’ont d’autres options que de prendre la route de l’exil au risque de mourir dans les déserts ou les mers. Les pertes sont énormes avec les naufrages répétitifs des bateaux de migrants. La prise de conscience de cette situation ne pouvait conduire qu’à une remobilisation des forces progressistes et des mouvements sociaux sur le continent.

Regrettant la situation de léthargie que connaît le Conseil du Forum Social Africain, les différentes organisations sociales et les mouvements sociaux sur le continent ont pris l’engagement de participer à la relance des dynamiques sociales afin que le Forum social africain reprenne sa place au sein du Conseil international, ce qui ne fera que renforcer l’espace du Forum social mondial.

Ainsi, le mouvement social guinéen, fier de son rôle historique comme pionnier dans les mouvements d’émancipation sur le continent, a bien voulu accueillir ses confrères de la sous région pour réfléchir sur ces défis actuels qui secouent le continent.

Le succès du forum de Conakry est la preuve que le mouvement social africain peut compter sur les fils et filles du continent afin que la lutte historique entamée depuis plusieurs décennies pour la libération totale de l’Afrique du joug du système international dominant soit une réalité.

Les travaux de la 5e édition du Forum social ouest-africain ont formulé un certain nombre de recommandations dont :

- La nécessité pour les différentes plateformes d’OSC de l’Afrique de l’Ouest de construire une synergie d’action et de coopération autour des grands sujets émergents du contexte géopolitique mondial parmi lesquels on peut citer : la migration, le terrorisme, la gestion des ressources naturelles et l’accaparement des terres ;
- Le renforcement de la solidarité entre organisations sociales et citoyennes de la sous-région face à l’instabilité politique et sociale résultant des révisions constitutionnelles et de l’absence de dialogue entre acteurs politiques ;
- La création et la promotion de cadre d’échange permanent entre les organisations de la société civile, le Gouvernement et les partenaires au développement ;
- Le renforcement du soutien institutionnel, matériel et financier des Gouvernements à la dynamique des foras sociaux au niveau national, sous régional et régional, ceci du fait que le forum social constitue le plus large espace ouvert de dialogue et de propositions d’alternatives crédibles et durables entre acteurs sociaux d’une part et d’autre part entre acteurs de la vie économique, politique et ces derniers ;
- La dynamisation des foras sociaux au niveau national et régional pour laquelle, la rencontre de Conakry constitue un point de départ ;
- La nécessité pour les organisations de la société civile guinéenne de créer et de renforcer des cadres de concertation et d’actions collaboratives de manière structurée et thématique, en vue de plus d’efficacité dans leur engagement pour la promotion des droits humains et la justice sociale ;
- Le réexamen de manière inclusive, des fondements, principes et valeurs propres à la société civile qui doivent être vulgarisés à tous les niveaux ;

Au terme du forum de Conakry, qui a été un franc succès par la forte mobilisation des acteurs et son contenu thématique, malgré les délais et les conditions dans lesquels cette 5e édition a été organisée, les différentes délégations ont remercié tout le peuple guinéen, le Comité d’organisation porté par le CNOSCG, CECIDE, BALAI CITOYEN, LA GURG ET LES PLATEFORMES DES FEMMES et OSC, avec l’appui du gouvernement guinéen, et tous les partenaires qui ont contribué à l’organisation de cette rencontre africaine : OSIWA, UNION EUROPEENNE, ECES, PNUD PNUD
Programme des Nations unies pour le développement
Créé en 1965 et basé à New York, le PNUD est le principal organe d’assistance technique de l’ONU. Il aide - sans restriction politique - les pays en développement à se doter de services administratifs et techniques de base, forme des cadres, cherche à répondre à certains besoins essentiels des populations, prend l’initiative de programmes de coopération régionale, et coordonne, en principe, les activités sur place de l’ensemble des programmes opérationnels des Nations unies. Le PNUD s’appuie généralement sur un savoir-faire et des techniques occidentales, mais parmi son contingent d’experts, un tiers est originaire du Tiers-Monde. Le PNUD publie annuellement un Rapport sur le développement humain qui classe notamment les pays selon l’Indicateur de développement humain (IDH).
Site : http://www.undp.org
, UNICEF, PARTENERS OUEST AFRICA et le NED, ACTION AID SENEGAL.

A quelques semaines du Forum social mondial prévu à Montréal du 9 au 14 août 2016, le mouvement social ouest -africain, au nom de tout le mouvement social africain, chantre des résistances actuelles sur le continent martyr qu’est l’Afrique, se voit cependant exclu de la dynamique de la résistance globale au néolibéralisme. Car, difficultés d’accès au visa canadien, la cherté des billets d’avion sur Montréal et le manque de communication avec les mouvements sociaux africains ont rendu incertaine la participation des mouvements sociaux du Sud au Forum social mondial 2016.

Il s’y ajoute que l’élan de solidarité attendu du Comité d’organisation au Canada, et du Conseil international comme cela a été souvent le cas à travers les fonds de solidarité dans le cadre des précédents foras sociaux mondiaux pour faciliter une participation massive des mouvements sociaux du Sud est cependant resté sans suite.

La rencontre de Conakry a permis aux mouvements sociaux africains de se pencher sur cette situation et de regretter que la tenue des éditions du forum dans les pays du Nord défavorise la participation des organisations des pays du Sud. À cet effet, la rencontre de Conakry réaffirme la volonté africaine d’organiser la prochaine édition du Forum social africain à Abidjan, en novembre 2016, afin que cette édition soit l’occasion de restituer les travaux du forum de Montréal par les quelques délégués qui y prendront part et d’avancer sur la relance des dynamiques africaines autour du forum.

En conclusion, les participants au forum de Conakry, au nom et au compte de l’ensemble du mouvement social africain dénonce la tenue du Forum Social Mondial dans un espace qui ne permet pas une participation effective des militants et acteurs du Sud en général et de l’Afrique en particulier.

Ainsi, il en appelle à un retour du Forum social mondial au Sud pour faciliter la mobilisation des plus grandes victimes de la mondialisation néolibérale que sont les peuples martyrs du Sud et de l’Afrique, qui subissent de plein fouet les politiques néolibérales.

Au chapitre de l’agenda africain, le Forum de Conakry, a retenu que les deux prochaines éditions du Forum social ouest-africain auront lieu successivement à Lomé, au Togo, en 2017 et à Niamey au Niger, en 2018, et s’engage à présenter une candidature africaine pour abriter la prochaine édition du Forum Social Mondial de 2018, en déclarant la candidature du Sénégal.

Vive le Forum social ouest-africain !
Vive le Forum social africain !
Tous unis pour que reste vivant et solidaire le Forum social mondial.


Fait à Conakry le 16 juillet 2016


Auteur.e

FSOA

Forum Social Ouest Africain