Les mouvements sociaux rassemblés pour un changement du système

24 avril 2010 par Isabella Kenfield


Le 19 avril, à Cochabamba en Bolivie, l’une des premières activités à l’ordre du jour de la Conférence mondiale des Peuples sur le changement climatique et les droits de la Terre nourricière a été l’Assemblée des mouvements sociaux. L’Assemblée a souligné l’accent mis sur le caractère populaire de la conférence, organisée par le gouvernement bolivien, suite à l’échec des gouvernements et des entreprises qui ne parvinrent pas à négocier un plan pour stopper le changement climatique lors de la Conférence de Copenhague en décembre dernier. La conférence se tient du 19 avril au 22 et a pour objectif d’amplifier la voix de ceux qui n’ont pas été entendus à Copenhague.

L’Assemblée des Mouvements sociaux a été fondée, il y a environ 10 ans, dans le cadre du Forum social mondial pour renforcer la voix et l’agenda politique des mouvements sociaux partout dans le monde.

L’Assemblée est importante “afin de mettre en place des politiques communes en vue de construire un programme de luttes, de résistance et de propositions” a déclaré Fausto Torres, membre de l’Association des travailleurs ruraux du Nicaragua et de La Via Campesina, mouvement international prônant la souveraineté alimentaire.

Selon Nalu Faria, une des organisatrices brésiliennes de la Marche globale des femmes, “L’assemblée a été très importante depuis ses débuts afin de construire un programme commun, contre, par exemple, l’Organisation mondiale du Commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Née le 1er janvier 1995, elle remplace le forum permanent de négociation qu’était l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) où les États avaient seulement le statut de « parties contractuelles ». Un des objectifs de l’OMC est le démantèlement, lorsqu’ils existent encore, des monopoles nationaux constitués en vertu d’une décision publique. C’est déjà le cas pour les télécommunications dont la décision a été prise dans le cadre de l’OMC en février 97. Mais il en reste d’autres comme les chemins de fer qui attirent la convoitise des grands groupes financiers.

Un autre objectif est la libéralisation totale des investissements. L’instrument utilisé a été le projet d’Accord multilatéral sur l’investissement (AMI). L’AMI dont l’élaboration avait été décidée lors de la réunion ministérielle de l’OCDE de mai 1995, vise l’ensemble des investissements : directs (industrie, services, ressources naturelles) et de portefeuille. Il prévoit des dispositifs de protection, notamment pour le rapatriement total des bénéfices. L’AMI a été comme tel abandonné en 1997 mais est réapparu sous la forme d’une multitude d’Accords bilatéraux sur l’investissement, ce sont les nouveaux « habits » de l’AMI.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays - une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ». Toutefois, dans la lancée de l’épisode de Seattle en novembre 1999, la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003 a été marquée par la résistance d’un groupe de 22 pays émergents du Sud, qui se sont alliés en la circonstance pour mener la conférence à l’échec, face à l’intransigeance des pays du Nord.
Site :
, la guerre en Irak, et maintenant le changement climatique. Pour nous, ce processus avec nos alliés est très important pour l’élaboration de politiques générales et étendues visant les changements devant être effectués
.”

L’Assemblée “est la convergence des volontés de nombreux mouvements sociaux de différents pays et divers secteurs, non seulement des paysans et des migrants, mais également des syndicalistes, des femmes et des peuples autochtones. L’important est que la plupart de ces mouvements ont principalement identifié, grâce à certaines des politiques communes, que le système doit changer,” a déclaré Carlos Marentes du Projet des travailleurs agricoles du Texas, aux USA, également membre de la Via Campesina.

En effet, lors de l’Assemblée d’aujourd’hui, le consensus sur le besoin d’un changement systémique a été obtenu à une écrasante majorité. Des solutions réelles visant le changement climatique exigent une modification globale de la façon dont le ‘développement’ est envisagé, déclare François Houtart, un chercheur belge. “Parce que nous sommes face à une crise majeure qui n’est pas que financière et économique mais affecte réellement tout le système. Or, la réponse est complexe et globale. La logique du système capitaliste est à l’origine de la crise. Il est donc important pour tous les mouvements de comprendre cela, et de voir quelle est leur place dans cette lutte globale en vue de changer le système étant donné qu’ils sont ceux qui essaient d’exprimer les besoins et les luttes populaires. Si les changements politiques ne sont pas soutenus par les mouvements sociaux, ils seront très fragiles.”

Lors de l’Assemblée, plusieurs intervenants ont mis l’accent sur la justice climatique. “Le changement climatique n’affecte pas de la même façon les gens,” déclare Faria. “Il y a des éléments de genre, de classe et de race, et des relations entre les pays du Nord et du Sud.”

Un autre thème commun aux différents intervenants a été que les solutions en vue de résoudre le problème du changement climatique, proposées par les gouvernements et les entreprises des pays industriels du Nord, sont inadaptées et ne feront qu’empirer la crise climatique. Selon Henry Saragih, Coordinateur général de La Via Campesina, “A l’heure actuelle, les transnationales et les gouvernements de pays industrialisés proposent de fausses solutions.” L’une des solutions proposée par l’industrie est la séquestration du carbone dans les plantations de palmiers à huile cultivés pour la production des agrocarburants et qu’ils dénomment ´’forêts’.

La Via Campesina estime que ce n’est pas la bonne solution parce que les transnationales utilisent la crise climatique pour s’agrandir et trouver de nouvelles opportunités de négoce. Il est temps que les peuples et les mouvements sociaux se réunissent afin de rechercher de véritables solutions au changement climatique,” déclare Saragih, qui, avec 300 délégués de La Via Campesina assiste à la Conférence de Bolivie pour envoyer le message au monde que l’agriculture paysanne durable peut refroidir la planète.

La Via Campesina a été présente lors des réunions officielles des Nations unies sur le climat depuis décembre 2007 à Bali. Alberto Gomez, coordinateur de la région d’Amérique du Nord de La Via Campesina, a évoqué le plan de l’organisation en vue de mobiliser des milliers de gens pour la conférence sur le climat à venir qui se tiendra à Cancun, au Mexique, en décembre prochain. La Via Campesina à Mexico s’organise pour une grande mobilisation à Cancun, mais également dans chacun des Etats du pays et dans d’autres pays. “Il y aura des manifestations de masse à Cancun,” déclare Gomez.

Isabella Kenfield, Via Campesina