Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde
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Les participants au deuxième atelier de l’Asie du Sud sur les Institutions financières internationales (IFI) et la crise de la dette exigent que les IFI soient mises à la porte

4 mai 2009 par Sushovan Dhar


L’Asie du Sud dans la tourmente

L’Asie du Sud, qui a de facto connu un état de guerre pendant la majeure partie du quart de siècle dernier, est actuellement sévèrement touchée par la crise financière mondiale. Les effets de la crise arrivent alors que la région ne s’était pas encore relevée des conséquences d’une grave dégradation des termes de l’échange, de la crise alimentaire et de l’augmentation des prix du pétrole. Cette dégradation des termes de l’échange s’est traduite par un ralentissement de la croissance, une détérioration des indicateurs macroéconomiques et de fortes pressions inflationnistes (ces derniers temps, la diminution de la demande, la baisse des prix du pétrole, etc. ont permis à l’inflation en Inde de rester sous contrôle). La crise financière mondiale va probablement aggraver ces tendances, particulièrement sur les fronts de la croissance et de la balance des paiements. La récession de l’économie mondiale va affecter les exportations de l’Asie du sud et pourrait diminuer les revenus issus de l’envoi des migrants.

Les pertes de la région vont de 8% du PIB pour le Bangladesh à 36% du PIB pour les Maldives. Une bonne part de ces pertes est due à la hausse des prix du pétrole, qui a affecté l’ensemble des pays. Quant à la crise alimentaire, le pays le plus sévèrement touché est le Bangladesh, devant le Népal et le Sri Lanka. Malgré l’absence de données fiables, on peut légitimement supposer que l’Afghanistan, ravagé par l’invasion impérialiste des Etats-Unis, a également été gravement atteint.

On observe un impact négatif sur la balance extérieure de la plupart des pays d’Asie du Sud. C’est le Pakistan qui a vu sa balance se dégrader le plus rapidement, passant d’un excédent d’environ 4% de son PIB en 2003 à un déficit de plus de 8% du PIB en 2008. De la même manière, le Sri Lanka a vu son déficit se creuser nettement. Même en Inde, on est passé d’un excédent de plus de 2% du PIB en 2004 à un déficit de plus de 3% du PIB en 2008. La balance du Népal, qui avait affiché un excédent pendent une assez longue période, a finalement enregistré un déficit en 2008. Seul le Bangladesh a maintenu sa balance courante en excédent. La hausse des prix des aliments et du pétrole a généré des pressions inflationnistes dans les pays d’Asie du Sud et les réponses apportées par les gouvernements de la région ont été inadaptées – ajustement partiel des prix intérieurs des combustibles, réduction des dépenses en développement et politique monétaire restrictive.

Retour du FMI à l’avant-scène

Les difficultés économiques sont allées croissant au Pakistan au cours de l’année 2008. Les pénuries d’électricité sont devenues si fréquentes que même les familles de la classe moyenne dans les grandes villes ont dû rationner leur consommation, avec des coupures d’électricité une heure sur deux. Les prix de la nourriture ont grimpé, rendant certains produits de première nécessité, jusqu’à la farine, inabordables pour les pauvres. Bien qu’aucune émeute de grande ampleur n’ait eu lieu, de tels événements ne sont pas à exclure. Le nouveau gouvernement a réduit les subventions sur les combustibles et les aliments, et en octobre, la banque centrale est intervenue pour régler une crise de liquidité intra-bancaire. De plus, de nouvelles règles ont été imposées à la bourse de Karachi pour stopper les ventes. Mais aucune de ces mesures n’a pu restaurer la confiance. Les réserves de change de la banque centrale ont plongé jusqu’à 4 milliards de dollars, soit l’équivalent de deux mois d’importations. Alors qu’il devenait évident que la Chine ne fournirait pas de protection au Pakistan, la roupie a enregistré une baisse record. Le Pakistan a alors accepté les conditions strictes du FMI en vue d’un éventuel paquet de sauvetage de 7,6 milliards de dollars pour surmonter la crise. Le plan soutenu par le FMI exige de réduire les dépenses et d’augmenter les impôts, entre autres mesures, ce qui touchera certainement les pauvres.

Au Bangladesh, les pressions liées à la récession mondiale augmentent. Notamment, la demande en Europe et aux Etats-Unis, ses plus importants marchés d’exportation, est en nette baisse, et bien que les envois des migrants se maintiennent, le nombre de travailleurs quittant le pays pour travailler à l’étranger a récemment décliné. En février, trois représentants du FMI ont rencontré le Premier ministre Sheikh Hasina, les ministres des Finances AMA Muhith et de la Planification AK Khandker, le conseiller pour les Finances et la Planification Mashiur Rahman, le Gouverneur de la Banque du Bangladesh Salehuddin Ahmed ainsi que d’autres membres haut placés du gouvernement. Sous prétexte d’offrir un soutien pour compenser les éventuels effets négatifs de la crise financière, ils veulent attirer le pays dans le piège de l’endettement pour accélérer les réformes néolibérales. Heureusement, le gouvernement a refusé cette “aide” ; il n’est cependant pas garanti qu’en cas d’une aggravation de la crise, il puisse claquer la porte au FMI pour de bon.

Au Népal, les officiels et les économistes se montrent confiants et prédisent que le Népal ne sera pas durement touché puisque son économie n’est pas intégrée à l’économie mondiale. Cela n’est pas tout à fait juste, car elle est très dépendante de l’économie indienne. L’Inde a déjà été touchée par la crise |1|, et les effets vont se propager au Népal par plusieurs biais. De plus, le Népal est désormais dépendant de l’envoi des migrants, puisque 1,2 million de Népalais travaillent à l’étranger. Certains pays ont diminué voire stoppé le recrutement de travailleurs étrangers ; par ailleurs, les vagues de licenciement ont forcé nombre de travailleurs Népalais à rentrer au pays. En novembre, une mission du FMI a visité le Népal pendant deux semaines, et a rencontré une délégation népalaise menée par le ministre des Finances Babu Ram Bhattarai, qui a formellement exprimé son souhait de réintégrer le programme, supervisé par le FMI, pour la discipline et la stabilité financières. Il est important de souligner que le FMI avait accordé une aide de 73,9 millions de dollars au Népal dans le cadre de l’accord de confirmation (standby credit). Ce programme s’était achevé en 2007.

Pendant ce temps, les autorités sri lankaises, qui raclent les fonds de tiroir en quête de devises, sont de nouveau à genoux devant le FMI pour un paquet de sauvetage de 1,9 milliards de dollars. La valeur des importations dépasse maintenant largement celle des exportations et des réserves de changes, qui couvraient habituellement plus de trois mois d’importations. Le pays fait face à une double crise. D’une part, les revenus des exportations sont en baisse et la Banque centrale utilise le peu de dollars qui lui restent pour intervenir sur le marché local des changes et défendre la roupie sri lankaise d’une dépréciation face au dollar. D’autre part, le robinet de l’emprunt bon marché auprès des banques étrangères, auquel le gouvernement recourait pour financer sa guerre contre les rebelles Tamouls, s’est asséché avec le krach financier. Alors que les réserves brutes du pays s’élevaient à 1,7 milliards de dollars à la fin décembre 2008 – assez pour couvrir 1 mois et demi d’importations – contre plus de 3,5 milliards un an plus tôt, le gouvernement cherche maintenant l’aide d’une institution qu’il avait pratiquement mise dehors en janvier 2007. Le FMI n’a fait aucun commentaire sur les négociations, mais les économistes prévoient que l’organisation insistera pour que les autorités réduisent leur budget, augmentent les taux d’intérêt, et procèdent à une dépréciation graduelle de la monnaie. Pour Sirimal Abeyratne, économiste de l’Université de Colombo, le pays est pris dans le piège de l’endettement qui consiste à emprunter pour rembourser des prêts contractés par le passé. Il ne fait nul doute qu’une partie des 1,9 milliards iront au remboursement de la dette.

Sensibiliser et mobiliser contre l’action des IFI dans la région

Telle était la toile de fonds du 2e atelier de l’Asie du Sud sur les IFI et la crise de la dette organisé à Katmandou les 14 et 15 janvier 2009. Cette conférence était co-organisée par l’Alliance de l’Asie du Sud pour l’Eradication de la Pauvreté (South Asian Alliance for Poverty Eradication, SAAPE), VAK, la fédération des ONG népalaises et le CADTM. Elle a réuni environ 50 participants venant de différentes organisations et de différents pays de la région.

La conférence s’est ouverte sur une présentation de Dilli Raj Khanal, ancien membre de la Commission Nationale de Planification du Népal, qui a présenté la situation macro-économique du pays et la crise économique mondiale. Il a clairement établi le lien entre les deux et souligné la vulnérabilité du Népal en raison de sa forte dépendance vis-à-vis des envois des migrants. Eric Toussaint a parlé de la crise capitaliste en insistant sur le fait que la sortie de cette crise ne passera pas par quelques légères modifications des politiques macro-économiques, ni par la nationalisation des institutions malades, mais par un changement radical de l’ordre social, économique et politique à l’origine de la crise. La première journée s’est terminée sur un exposé de B Skanthakumar, du Sri Lanka, sur la situation de son pays.

La deuxième journée a été marquée par un exposé du professeur Ram Bapat sur les questions de démocratie et de gouvernance, et sur la manière dont les politiques des IFI sapent la démocratie. Lidy Nacpil, de Jubilé Sud - South Asia Pacific Movement on Debt and Development, a quant à elle présenté les concepts de dette illégitime et de dette odieuse. Débats et présentations alternaient : Abdul Khaliq a parlé des IFI, du Pakistan et de la guerre contre le terrorisme, Mohan Tamang de la crise politique au Bhoutan, de la dette et des IFI, Rezaul Karim Chowdhury du Bangladesh et des IFI, William Stanley de la dette écologique issue de l’industrie et de l’exploitation minière dans l’état de l’Orissa en Inde, et S.M. Prithiviraj du rôle des IFI au Tamil Nadu (Inde) dans la reconstruction après le tsunami.

Il faut souligner, parmi les thèmes mis en évidence, les tentatives de la Banque Asiatique de Développement (BAD) pour privatiser la fourniture en eau potable à Katmandou, et l’imposition de conditionnalités strictes dans l’octroi des prêts. Les participants ont souligné que la privatisation d’entreprises, comprise dans l’agenda néolibéral, minimise la souveraineté de l’Etat et son rôle dans la protection sociale pour renforcer son rôle policier au service des intérêts des entreprises transnationales, au détriment des peuples.

D’autres exposés ont démystifié le rôle des IFI et les ont condamnées pour leur responsabilité dans l’augmentation du poids de la dette et dans la privatisation des services de base, pour l’absence de contrôle de leurs décisions par les peuples, pour leurs violations des droits humains et des droits de la nature, etc. Les participants ont fait l’amer constat qu’aucun gouvernement en Asie du Sud n’a osé contester l’hégémonie des IFI, et ce malgré de puissantes mobilisations populaires et des demandes venant de la base. Afin de renforcer la coopération Sud-Sud, l’assemblée a appelé à la mise sur pied d’une Banque du Sud.

Pour avancer, il a été décidé de mener des campagnes de sensibilisation et de mobilisation pour obliger les gouvernements d’Asie du Sud à s’opposer aux politiques antipopulaires imposées par les IFI, et faire en sorte que la Banque mondiale, la BAD et le FMI soient mises à la porte.


Notes

|1| Pour en savoir plus sur les effets de la crise en Inde, voir « L’Inde est-elle épargnée par la récession mondiale ? » dans le n°41 des Autres voix de la planète et sur : http://www.cadtm.org/spip.php?artic...

Traduit par Stéphanie Jacquemont

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