Lettre ouverte : Politiques et actions en vue d’éradiquer la faim et la malnutrition

10 novembre 2009


Nous, petits paysans, pêcheurs artisanaux, pastoralistes, femmes, jeunes et peuples indigènes, autres mouvements sociaux et organisations de la société civile, avons conjointement relevé le défi de proposer des politiques et des actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
visant à éradiquer la faim et la malnutrition dans notre monde.

Nous croyons fermement que les actions pour éradiquer la faim et la malnutrition doivent se baser sur une vision d’un monde où :

- La souveraineté alimentaire est reconnue et mise en œuvre par les communautés, les peuples, les Etats et les Organisations internationales.
- Tous les peuples, sociétés et Etats déterminent leurs propres systèmes alimentaires et disposent de politiques assurant la disponibilité d’une alimentation suffisante, de bonne qualité, abordable, saine et culturellement appropriée ;
- Les droits des femmes et leur contribution cruciale à l’approvisionnement alimentaire sont reconnus et respectés et elles sont présentes dans tous les organes de décision ;
- Les milieux terrestres et marins ainsi que la biodiversité sont conservés et réhabilités en se basant sur une gestion écologique et durable de la terre, des sols, de l’eau, des mers, des semences, du bétail et des organismes aquatiques ;
- La diversité des savoirs traditionnels, des aliments, des langues et cultures est reconnue et respectée ;
La façon dont les populations s’organisent et s’expriment est acceptée et le pouvoir des peuples à décider de leur patrimoine matériel, naturel et spirituel est défendu ;

Nous proposons ces politiques et ces actions après avoir constaté que la faim et la malnutrition ont atteint aujourd’hui dans le monde des niveaux scandaleux et que ce n’est pas par hasard. Si on examine la prédominance de ce fléau dans le contexte des crises multiples au niveau mondial, il est clair que les politiques existantes ont aggravé le problème et qu’il y a un besoin urgent d’une nouvelle approche.

Nous prenons également en considération le fait bien connu que cette situation n’est pas due au manque de nourriture dans le monde car suffisamment d’aliments ont été systématiquement produits depuis des décennies. Or, des solutions ont été proposées, et sont proposées, par les Etats et les institutions internationales, au nom d’une production et d’une disponibilité alimentaire en augmentation mais sans traiter les causes profondes des crises multiples. Ils proposent des solutions en utilisant le même cadre que celui ayant déjà créé des problèmes.

Eradiquer la faim et la malnutrition exige des mécanismes qui comportent des mesures sociales, environnementales autant qu’économiques. Pour les mettre en œuvre, cela demande l’engagement décisif des organisations des petits producteurs d’aliments et des consommateurs dans toutes les politiques et programmes destinés à régler le problème.

C’est pourquoi nous accueillons favorablement le document de travail, Politiques et actions en vue d’éradiquer la faim et la malnutrition, qui présente dans leurs grandes lignes nos propositions pour les changements nécessaires et la façon de les réaliser. Ce document de travail comprend une série de politiques et d’actions dans les domaines suivants :

Approvisionnement alimentaire écologique, durable et accès aux territoires et aux richesses naturelles

• Environnement, changement climatique et agrocarburants
• Marché, commerce, politiques de prix et subventions
• Assurer l’accès à une alimentation adéquate
• Finance, dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque africaine de développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds européen de développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
et aide au développement
• Gouvernance.

Nous approuvons la synthèse du document de travail joint en annexe à la présente lettre avec la conviction qu’il sera utile pour les gouvernements et institutions, les populations et leurs organisations dans leurs efforts pour éradiquer la faim et la malnutrition et assurer le respect de la souveraineté alimentaire y compris le droit à une alimentation adéquate .

Le monde n’a pas besoin de demeurer enfermé dans une impasse qui ne peut que déboucher sur des problèmes encore plus graves. Nous exhortons donc les Etats et les Organisations internationales à travailler avec nous - petits paysans, pêcheurs artisanaux, pastoralistes, femmes, jeunes et peuples autochtones , autres mouvements sociaux et organisations de la société civile- en un front commun pour s’attaquer et en finir avec le fléau de la faim et de la malnutrition.

Pour signer cette lettre, voir la liste de signataires et télécharger les documents en anglais, français et espagnol : www.eradicatehunger.org}

Synthèse du document de travail sur les politiques et actions en vue d’éradiquer la faim et la malnutrition

1. Contexte du document de travail

Le document de travail fournit des proposition pour les politiques et actions en vue d’éradiquer la faim et la malnutrition. Il est fondé sur les expériences et le travail politique des mouvements sociaux, des organisations non- gouvernementales (ONG) ainsi que d’autres organisations du monde entier au cours des dernières décennies et actuellement. Il s’appuie largement sur le concept de la souveraineté alimentaire qui inclut le droit fondamental à une alimentation adéquate.

Ces politiques et actions ont été préparées dans le but d’informer les gouvernements, institutions et autres organisations, qui se sont engagés à éradiquer la faim et la malnutrition. Elles peuvent également être utiles dans les débats sur ces questions clé au sein et entre les gouvernements, institutions, mouvements sociaux et ONGs. Elles peuvent également être utilisées par les mouvements sociaux, organisations et personnes individuelles dans toutes les régions comme une contribution à leurs propres propositions aux niveaux local, national, régional et mondial.

2. Pourquoi les changements sont-ils nécessaires

Plus d’un milliard de personnes ont faim parce qu’elles n’ont pas les moyens de produire leurs aliments eux-mêmes ou de les acheter. La majorité de ceux qui souffrent de la faim sont des petits producteurs alimentaires ruraux , des travailleurs et leurs familles, qui ne sont pas en mesure de produire assez de nourriture ou d’avoir suffisamment de revenus provenant de leur production ou de leur travail pour satisfaire leurs besoins alimentaires et de santé.

Les femmes en particulier sont plus durement frappées. Elles constituent les principales fournisseuses d’aliments pour leurs familles et leurs communautés, jouent un rôle important dans la production, la transformation et la préparation des aliments. Et pourtant, elles sont soumises à de multiples formes de discriminations sociale, économique et culturelle, qui les empêchent d’avoir la parité dans l’accès à l’alimentation et dans le contrôle sur les ressources productives et les richesses naturelles.

La faim et la malnutrition sont des problèmes structurels chroniques qui s’aggravent avec les crises des prix alimentaires, financières, énergétiques et climatiques. La crise des prix alimentaires a particulièrement frappé fort ceux qui dépendent des marchés affectés par l’évolution des prix mondiaux pour leur accès à l’alimentation.

Non seulement, la plupart des gouvernements et des organisations internationales n’ont pas réussi à réduire la faim et la pauvreté et n’ont pas réussi à tirer parti des solutions trouvées pour aller de l’avant, (par exemple : l’Evaluation internationale des Connaissances, des Sciences et des Technologies Agricoles pour le Développement - IAASTD), mais ils ont par contre adopté et mis en œuvre des politiques qui ont intensifié le problème.

Il est urgent de changer les structures de pouvoir et les politiques économiques qui ont causé les crises actuelles.

3. Vision

Les actions en vue d’éradiquer la faim et la malnutrition doivent être fondées sur une vision du monde où :
- La souveraineté alimentaire est reconnue et mise en œuvre par toutes les communautés, peuples, Etats et Organisations internationales ;
- Tous les peuples, sociétés et Etats déterminent leurs propres systèmes alimentaires et disposent de politiques assurant la disponibilité d’une alimentation suffisante, de bonne qualité, abordable, saine et culturellement appropriée ;
- Les droits des femmes et leur contribution cruciale à l’approvisionnement alimentaire sont reconnus et respectés et elles sont représentées dans tous les organes de décision ;
- Les milieux terrestre et marin ainsi que la biodiversité sont conservés et réhabilités en se basant sur une gestion écologique et durable de la terre, des sols, de l’eau, des mers, des semences, du bétail et des organismes aquatiques ;
- La diversité des savoirs traditionnels, des aliments, des langues et des cultures est reconnue et respectée ;
- La façon dont les populations s’organisent et s’expriment est acceptée et le pouvoir des peuples de décider de leur patrimoine matériel, naturel et spirituel est défendu ;

Afin de réaliser cette vision, une série de politiques et d’actions sont proposées pour traiter les questions clé nécessaires à l’éradication de la faim et de la malnutrition. Elles sont résumées ci-après.

4. Approvisionnement alimentaire durable

On devrait passer d’une agriculture industrielle et à usage intensif d’intrants Intrants Éléments entrant dans la production d’un bien. En agriculture, les engrais, pesticides, herbicides sont des intrants destinés à améliorer la production. Pour se procurer les devises nécessaires au remboursement de la dette, les meilleurs intrants sont réservés aux cultures d’exportation, au détriment des cultures vivrières essentielles pour les populations. , d’une pêche industrielle et d’un élevage intensif à une production alimentaire écologique et à petite échelle qui garantisse les moyens d’existence locaux et renforce les organisations et les communautés. Un approvisionnement alimentaire écologique conserve la nature, réhabilite et de valorise les savoirs locaux et traditionnels, utilise des technologies appropriées et socialement justes et bannit les OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
. Il maximise la contribution des écosystèmes et améliore la résistance et l’adaptation des systèmes de production et de récolte, particulièrement importantes face aux changements climatiques. La conversion vers une production alimentaire écologique à petite échelle nécessite un soutien. Les systèmes de recherche ont besoin d’être revus et d’utiliser des méthodes participatives et inclusives. Les pertes post-récolte devraient être minimisées.

Un approvisionnement alimentaire durable nécessite également que l’égalité entre les hommes et les femmes soit au cœur d’une véritable réforme agraire et aquatique et que les petits fournisseurs alimentaires locaux – les femmes et les hommes, et particulièrement les jeunes, les petits paysans et pêcheurs, les pastoralistes, les peuples autochtones et les travailleurs – puissent jouir de la sécurité d’accès et de contrôle sur leurs territoires, leurs terres, leur eau, leurs zones de pêche, leurs variétés de semences , races de bétail et ressources de pêche . Cet accès devrait être respecté par l’Etat et les acteurs de la société , conformément aux lois coutumières, aux droits de gouvernance et de jouissance de ces ressources. L’accès aux ressources considérées jusqu’ici de propriété commune ne peut en aucun cas être privatisé pour qu’une minorité privilégiée puisse en tirer profit. Environnement, changement climatique et agrocarburants

La production alimentaire est de plus en plus vulnérable à cause du changement climatique, de la destruction des écosystèmes, de la perte de la biodiversité, de la reconversion des terres et de la production d’agrocarburants. C’est pourquoi, les systèmes écologiques adaptables cités ci-dessus, qui sont plus résilients aux chocs environnementaux, doivent constituer la base d’un approvisionnement alimentaire qui protège de l’environnement. Non seulement ces systèmes permettent d’améliorer l’approvisionnement alimentaire , mais ils régénèrent aussi le carbone dans le sol et restaurent et les habitats naturels et développés pour la sécurité de l’eau.

Les systèmes de production doivent minimiser les émissions de gaz à effet de serre (GES) . Dans tous les pays ces émissions doivent être maintenues ou réduites à un niveau durable (environ 1 tonne de CO2 par habitant et par an). La façon la plus efficace de réduire les GES dans la production alimentaire est d’avoir une production et une consommation locale, de réduire l’utilisation d’engrais chimiques, de combustibles fossiles et d’augmenter l’efficacité énergétique en utilisant des technologies et des systèmes d’énergies alternatives décentralisés. Afin que les populations et les communautés puissent faire face efficacement au changement climatique d’une façon durable, les pays du Nord doivent payer aux pays du Sud une compensation et des réparations d’un montant au moins égal à 1% de leur PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
annuel.

Un moratoire Moratoire Situation dans laquelle une dette est gelée par le créancier, qui renonce à en exiger le paiement dans les délais convenus. Cependant, généralement durant la période de moratoire, les intérêts continuent de courir.

Un moratoire peut également être décidé par le débiteur, comme ce fut le cas de la Russie en 1998, de l’Argentine entre 2001 et 2005, de l’Équateur en 2008-2009. Dans certains cas, le pays obtient grâce au moratoire une réduction du stock de sa dette et une baisse des intérêts à payer.
immédiat sur la production, le commerce et la consommation des agro-carburants est exigé, ainsi qu’une évaluation en profondeur de leurs coûts sociaux et environnementaux. Et ceci, parce qu’en général l’utilisation des agro-carburants industriels ne réduit pas les émissions de gaz à effet de serre. D’autre part, la production d’agrocarburants à l’échelle industrielle et aux mains des grandes entreprises accapare les terres destinées à la production alimentaire tout en déplaçant les communautés locales.

5. Marchés, commerce, politique des prix et subventions

On a besoin de nouvelles politiques de marché, commerciales et des prix ainsi que de subventions réorientées donnant la priorité à la production et à la consommation locale et nationale, et aux besoins alimentaires des populations. De même, des systèmes d’acquisition gouvernementaux et des stocks d’aliments de propriété et de gestion publiques, des politiques de gestion des approvisionnements et une réglementation des marchés saine, sont essentiels afin de garantir des prix justes et stables pour les petits producteurs alimentaires, tout en évitant la spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
, l’accumulation et l’escalade des prix alimentaires.

Les gouvernements et les institutions internationales ne devraient pas financer et faciliter les opérations des entreprises agro-alimentaires, mais devraient élaborer et promulguer des lois pour réduire leur pouvoir et, à court terme, les rendre socialement, économiquement et environnementalement responsables vis-à-vis du public.

Il y a urgence pour de nouvelles réglementations commerciales internationales. Elles devraient être fondées sur le droit pour chaque peuple et gouvernement de décider de leurs niveaux d’autosuffisance, de protection du marché et d’aides pour une production alimentaire durable destinée à la consommation nationale. Les négociations en cours à l’Organisation mondiale du Commerce OMC
Organisation mondiale du commerce
Créée le 1er janvier 1995 en remplacement du GATT. Son rôle est d’assurer qu’aucun de ses membres ne se livre à un quelconque protectionnisme, afin d’accélérer la libéralisation mondiale des échanges commerciaux et favoriser les stratégies des multinationales. Elle est dotée d’un tribunal international (l’Organe de règlement des différends) jugeant les éventuelles violations de son texte fondateur de Marrakech.

L’OMC fonctionne selon le mode « un pays – une voix » mais les délégués des pays du Sud ne font pas le poids face aux tonnes de documents à étudier, à l’armée de fonctionnaires, avocats, etc. des pays du Nord. Les décisions se prennent entre puissants dans les « green rooms ».

Site : www.wto.org
(OMC), sur les Accords de libre échange (FTAs-ALEs) et sur les Accords de partenariat économique (EPAs- APEs) doivent être stoppées et tous les accords commerciaux et d’investissements ayant un impact négatif sur les systèmes alimentaire locaux et nationaux devraient être révoqués.

Il est également urgent de prévenir le dumping des importations à bas prix et d’interdire toutes les subventions directes ou indirectes des exportations. Les subventions, si elles sont disponibles, devraient être octroyées à l’approvisionnement alimentaire écologique et local qui crée des emplois, protège l’environnement et renforce les économies locales et nationales.

6. Assurer l’accès à une alimentation adéquate

En plus des mesures déjà signalées, il est fondamental d’assurer un travail décent pour tous et des protections sociales universelles, en particulier pour les personnes les plus vulnérables. L’insécurité alimentaire en milieu urbain est également un problème sérieux qui ne peut être résolu en dehors de la crise affectant le milieu rural. La faim et la malnutrition dans les zones urbaines peuvent être réduites par un approvisionnement alimentaire durable grâce aux petites exploitations agricoles et jardins urbains et périurbains tout en construisant des « liens ville-campagne » où les villes sont nourries grâce à une production alimentaire durable provenant des régions environnantes . Toutes ces mesures permettront de réduire de façon drastique les besoins d’aide alimentaire d’urgence et d’ actions humanitaires .

Cependant, il est encore nécessaire à court terme de mettre en place des actions d’aide alimentaire d’urgence . Or, les ressources nécessaires doivent être disponibles en quantité suffisante et de sorte à ne pas porter préjudice aux économies et structures locales.

La paix fondée sur les droits juridiques, civils et politiques est une condition préalable à toute solution durable pour en finir avec les guerres, les occupations et les conflits. Un aide spéciale est nécessaire pour les populations vivant dans des zones de conflit afin de leur permettre de maintenir la production alimentaire et d’assurer leur accès à une alimentation.

7. Financement, dette et aide au développement

La spéculation et le commerce des produits dérivés Produits dérivés
Produit dérivé
Famille de produits financiers qui regroupe principalement les options, les futures, les swaps et leurs combinaisons, qui sont tous liés à d’autres actifs (actions, obligations, matières premières, taux d’intérêt, indices...) dont ils sont par construction inséparables : option sur une action, contrat à terme sur un indice, etc. Leur valeur dépend et dérive de celle de ces autres actifs. Il existe des produits dérivés d’engagement ferme (change à terme, swap de taux ou de change) et des produits dérivés d’engagement conditionnel (options, warrants…).
dans les secteurs sensibles comme l’alimentation, la pêche, l’eau, les conditions atmosphériques et le climat doivent être sévèrement pénalisés et interdits. Les organismes financiers et les conglomérats ne devraient pas devenir “too big to fail” (trop grands pour faire faillite).

L’annulation inconditionnelle de la dette extérieure des pays du Sud et le démantèlement immédiat des programmes d’ajustement structurel (SAPs- PAS) ainsi que des ’autres régimes de politiques néolibérales sont cruciaux. Il est également important que les pays du Nord remboursent aux pays du Sud leur énorme dette écologique Dette écologique La dette écologique est la dette contractée par les pays industrialisés envers les autres pays à cause des spoliations passées et présentes de leurs ressources naturelles, auxquelles s’ajoutent la délocalisation des dégradations et la libre disposition de la planète afin d’y déposer les déchets de l’industrialisation.

La dette écologique trouve son origine à l’époque coloniale et n’a cessé d’augmenter à travers diverses activités :


- La « dette du carbone ». C’est la dette accumulée en raison de la pollution atmosphérique disproportionnée due aux grandes émissions de gaz de certains pays industriels, avec, à la clé, la détérioration de la couche d’ozone et l’augmentation de l’effet de serre.

- La « biopiraterie ». C’est l’appropriation intellectuelle des connaissances ancestrales sur les semences et sur l’utilisation des plantes médicinales et d’autres végétaux par l’agro-industrie moderne et les laboratoires des pays industrialisés qui, comble de l’usurpation, perçoivent des royalties sur ces connaissances.

- Les « passifs environnementaux ». C’est la dette due au titre de l’exploitation sous-rémunérée des ressources naturelles, grevant de surcroît les possibilités de développement des peuples lésés : pétrole, minéraux, ressources forestières, marines et génétiques.

- L’exportation vers les pays les plus pauvres de produits dangereux fabriqués dans les pays industriels.

Dette écologique et dette extérieure sont indissociables. L’obligation de payer la dette extérieure et ses intérêts impose aux pays débiteurs de réaliser un excédent monétaire. Cet excédent provient pour une part d’une amélioration effective de la productivité et, pour une autre part, de l’appauvrissement des populations de ces pays et de l’abus de la nature. La détérioration des termes de l’échange accentue le processus : les pays les plus endettés exportent de plus en plus pour obtenir les mêmes maigres recettes tout en aggravant mécaniquement la pression sur les ressources naturelles.
et compensent leur exploitation historique de ces derniers.

Les donateurs d’aide doivent immédiatement tenir leurs promesses de payer au moins 0,7% de leur Produit intérieur brut (PIB) au titre de l’aide au développement, sans conditions, mis à part le fait que que les programmes financés doivent être basés sur les priorités et les projets des populations et des communautés du pays recevant l’aide, de telle sorte que cela ne crée pas une dépendance. Il faut supprimer le pouvoir des institutions financières multilatérales et des IFIs sur l’aide au développement et les crédits. Les programmes et les mécanismes d’aide doivent être soumis à une surveillance démocratique et publique au niveau national et sous-national.

8. Gouvernance

L’approvisionnement alimentaire au niveau mondial et les richesses naturelles utiles à la production alimentaire devraient être gouvernés par des forums multilatéraux transparents et responsables ainsi que par des accords régionaux et internationaux élaborés, mis en œuvre et contrôlés démocratiquement avec l’entière participation des organisations populaires et des Etats.

Les Etats devraient promulguer des politiques et décider d’actions visant à soutenir les mesures signalées ci-dessus qui vont mettre en place la souveraineté alimentaire et permettre la concrétisation progressive du droit humain à une alimentation adéquate . En outre, les fournisseurs d’aliments, leurs communautés et leurs organisations, doivent bénéficier du droit à l’information sur les politiques, technologies, programmes et accords, de façon appropriée et accessible.

Toutes les institutions internationales, en particulier les agences onusiennes pour l’agriculture et l’alimentation basées à Rome, ainsi que le Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR), doivent aider les Etats à formuler et mettre en pratique les politiques nécessaires pour traiter efficacement le problème de la faim et mettre en œuvre la souveraineté alimentaire. Elles devraient également faire en sorte que les Etats aient des espacespolitiques et le pouvoir d’intervenirpour limiter et réguler les opérations des grandes entreprises, ainsi que pour protéger leurs systèmes alimentaires et économiques nationaux contre les marchés internationaux et les accords commerciaux etd’investissement.

Les agences onusiennes en particulier devraient, , mettre en œuvre activement les recommandations de la Conférence internationale sur la Réforme agraire et le Développement rural (ICARRD-CIRADR) et de l’IAASTD ; promouvoir l’adoption de la Convention 169 de l’Organisation Internationale du Travail OIT
Organisation internationale du travail
Créée en 1919 par le traité de Versailles, l’Organisation internationale du travail (OIT, siège à Genève) est devenue, en 1946, la première institution spécialisée des Nations unies. L’OIT réunit les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs, dans le but de recommander des normes internationales minimales et de rédiger des conventions internationales touchant le domaine du travail. L’OIT comprend une conférence générale annuelle, un conseil d’administration composé de 56 membres (28 représentants des gouvernements, 14 des employeurs et 14 des travailleurs) et le Bureau international du travail (BIT) qui assure le secrétariat de la conférence et du conseil. Le pouvoir du BIT (Bureau International du Travail) est très limité : il consiste à publier un rapport annuel et regroupe surtout des économistes et des statisticiens. Leurs rapports défendent depuis quelques années l’idée que le chômage provient d’un manque de croissance (de 5% dans les années 60 a 2% aujourd’hui), lui-même suscité par une baisse de la demande. Son remède est celui d’un consensus mondial sur un modèle vertueux de croissance économique, ainsi que sur des réflexions stratégiques au niveau national (du type hollandais par exemple). L’OIT affirme qu’il est naïf d’expliquer le chômage par le manque de flexibilité et que les changements technologiques n’impliquent pas une adaptation automatiquement par le bas en matière de salaires et de protection sociale.
(OIT) sur les Peuples Autochtones ; faire appliquer la Déclaration des Nations unies sur les Droits des Peuples Autochtones (DDPA NU) ; faire appliquer la Convention des Nations unies sur le Droit de la Mer (CDM NU) ; et soutenir l’élaboration de conventions internationales qui défendent les droits des petits fournisseurs d’aliments, y compris les communautés de pêcheurs et les pastoralistes, en accord avec la Déclaration des Droits des Peuples Auto et la Convention internationale proposée sur les Droits de Paysannes et des Paysans.