Lettre ouverte au Président du parlement grec à propos de la dissolution de la Commission pour la Vérité sur la Dette grecque

24 novembre 2015 par Sofia Sakorafa

Sofia Sakorafa, Zoe Konstantopoulou, Eric Toussaint lors de la conférence de presse d’annonce de la création de la commission pour la vérité sur la dette (au parlement grec le 17 mars 2015)

Nous publions la lettre ouverte adressée par la députée européenne, Sofia Sakorafa, au nouveau Président du Parlement grec, Nikos Voutsis, qui a annoncé la fin des travaux de la Commission pour la Vérité sur la Dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
grecque. Dès 2011, alors qu’elle était députée, Sofia Sakorafa a participé à la commission d’audit citoyen de la dette grecque. En mars 2015, elle a accepté de faire partie de la commission d’audit créée par la Présidente du Parlement grec et de se charger des relations avec le Parlement européen et les autres parlements. Suite à la capitulation du gouvernement d’Alexis Tsipras, Sofia Sakorafa a quitté Syriza et siège comme eurodéputée indépendante depuis septembre 2015.

Monsieur le Président,

Par lettre recommandée signée par vous le 12 novembre, reçue le 17 novembre 2015, vous m’avez annoncé la suppression de la Commission pour la Vérité sur la Dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
publique grecque.

Dans votre lettre, vous n’osez même pas mentionner le nom de la Commission. Cela se comprend. Lorsque l’on cherche à faire en sorte que le peuple grec « oublie » la question de la légitimité de la dette et que l’on veut lui faire croire que le troisième mémorandum, le plus dur, est la seule solution envisageable, il est vrai que la vérité peut faire peur, quand bien même il ne s’agit que de ce seul mot de « vérité ».

Monsieur le Président,

Il est inconcevable que le Président du Parlement hellénique, et encore moins quelqu’un qui a été de gauche, supprime la Commission pour la Vérité sur la Dette publique.

Il est offensant que le Parlement redevienne le lieu de blanchiment des scandales, des irrégularités, des choix politiques barbares, des accords de soumission, des contrats léonins, et que tout cela soit accepté et ratifié par le Président de la Chambre.

Monsieur le Président, je pense qu’il n’y a plus rien à ajouter. Vous n’avez fait qu’exécuter les ordres. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle vous avez été choisi comme Président de la Chambre en cette période cruciale.

La responsabilité politique de cette décision appartient entièrement au Premier ministre, Alexis Tsipras.

M. Tsipras qui, en compagnie du Président de la République, a assisté à l’ouverture des travaux de la Commission le 4 avril 2015.

M. Tsipras qui m’a personnellement assuré avec fermeté que la Commission fonctionnerait sans entraves jusqu’à la conclusion de ses travaux.

M. Tsipras porte l’entière responsabilité politique du refus de faire la lumière sur les politiques imposées à l’aide de la corruption et de contrats léonins qui nous ont menés dans une impasse.

M. Tsipras porte l’entière responsabilité politique de la renonciation à utiliser un outil de renégociation de la dette qui est pourtant accepté, approuvé et légitimé par un règlement de l’Union européenne.

Il est certain que votre décision de supprimer la Commission pour la Vérité sur la dette n’affectera en rien la détermination et l’efficacité de nous tous qui continuons à lutter et restons convaincus que la vérité sera le catalyseur de changements politiques profonds.

Sofia Sakorafa


Autres articles en français de Sofia Sakorafa (1)