Leurs profits contre nos vies

3 mai 2023 par L’Anticapitaliste


Photo : Force Ouvrière, Manifestation à Paris lors de la journée d’action, de mobilisations et de grève le 19 mars 2019, Flickr, CC, https://www.flickr.com/photos/force-ouvriere/33545108668

Le 11 avril, l’Institut La Boétie, mis en place par La France insoumise, publiait un « Point de conjoncture » économique, principalement consacré à l’inflation [1]. On y apprend notamment, sur la base des chiffres de l’Insee et de la Dares, que l’inflation est repartie à la hausse au début de l’année 2023, après avoir un peu ralenti à la fin de l’année 2022, et que les maigres hausses de salaires sont très loin de compenser le phénomène.



Ainsi : «  Au quatrième trimestre 2022, les salaires réels continuent à baisser de façon importante. Selon les données publiées par la Direction de l’animation de la recherche et des études statistiques (Dares), le salaire mensuel de base moyen a augmenté de 3,9 % contre une hausse des prix (IPCH) sur un an de 6,7 % en décembre 2022. Les salaires augmentent donc à peu près deux fois moins vite que les prix. L’Insee anticipe début 2023 que les salaires réels continueront à baisser, avec une diminution de 2,8 % du salaire moyen réel par tête entre l’été 2022 et l’été 2023. »

Ce n’est pas une surprise, la note précise en outre que si la majorité de la population s’appauvrit, ce n’est pas le cas des plus riches : «  l’Insee prévoit une nouvelle baisse importante du pouvoir d’achat pour les deux premiers trimestres de 2023 (– 0,8 % à chaque trimestre), du fait de la poursuite de l’inflation Inflation Hausse cumulative de l’ensemble des prix (par exemple, une hausse du prix du pétrole, entraînant à terme un réajustement des salaires à la hausse, puis la hausse d’autres prix, etc.). L’inflation implique une perte de valeur de l’argent puisqu’au fil du temps, il faut un montant supérieur pour se procurer une marchandise donnée. Les politiques néolibérales cherchent en priorité à combattre l’inflation pour cette raison. et de la levée de certaines aides ponctuelles comme le chèque énergie exceptionnel pour 2022. Cette baisse de pouvoir d’achat touchera moins les plus riches et conduira à renforcer les inégalités : les revenus issus de la propriété, perçus essentiellement par les plus riches, augmenteront eux de 7 % (après + 8,8 % en 2022), tandis que les salaires réels baisseront (– 2,8 %) et les prestations sociales stagneront (+ 1 %). »

Un « focus » sur les prix alimentaires confirme en outre un phénomène que nous évoquions dans nos colonnes ces dernières semaines : la hausse des prix alimentaires est « dopée par les profits de l’industrie agroalimentaire ». Ainsi : « Entre les quatrièmes trimestres 2021 et 2022, les profits du secteur ont doublé (passant de 3 à 6 milliards), tandis que la rémunération des salariéEs du secteur n’a augmenté que de 3 % (de 6,7 à 6,9 milliards). […] Au second semestre 2022, la contribution des profits de l’agroalimentaire à la hausse des prix de production monte même à 51 %, les consommations intermédiaires [produits agricoles, électricité…] pesant pour 47 % et les salaires et impôts nets sur la production pour 2 %. » Conclusion : « Loin d’amortir la hausse des prix des biens agricoles (prix qui, d’ailleurs, refluent depuis mai 2022), les profits de l’industrie agroalimentaire s’envolent et contribuent fortement à la hausse des prix des biens alimentaires. »


Notes

[1En ligne sur institutlaboetie.fr/point-conjoncture-1