« Life and Debt », La Jamaïque dans l’étau du FMI

13 janvier 2005 par CADTM


D’un côté, des plages paradisiaques, des palaces cinq étoiles et de riches touristes qui s’abandonnent à un luxe tapageur. De l’autre, des zones franches dans lesquelles dix mille ouvriers se crèvent pour un salaire de trente dollars par semaine. Entre les deux, quelques kilomètres seulement. La Jamaïque n’est pas bien grande ... Ancienne colonie britannique, elle comptait à la fin du XIXe siècle plus de trois cent mille esclaves. Aujourd’hui, on peut affirmer qu’ils sont près de deux millions. Deux millions d’individus condamnés au sous-développement par une dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
extérieure qui engloutit les deux-tiers du budget national ! Deux millions d’hommes et de femmes condamnés à subir la voracité de quelques multinationales devant lesquelles le Fonds monétaire international FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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(FMI) a déployé un tapis rouge.

Conçu sous la forme d’une mise en parallèle de deux témoignages - le premier, celui de l’ancien Premier ministre jamaïcain, Michael Manley, et le second, celui du numéro 2 du FMI, Stanley Fischer - ce film de Stéphanie BLACK, « LIFE AND DEBT », est une illustration particulièrement choquante des conséquences de la politique menée par le FMI dans les pays en voie de développement. Pourtant, le pays n’est pas dépourvu d’atouts - attrait touristique incontestable, ressources minières (bauxite), grande tradition d’agriculture sucrière - qui auraient du permettre un affranchissement rapide de sa population.

A travers l’exemple concret de la Jamaïque, LIFE AND DEBT illustre la complexité et les dangers de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
tels qu’ils sont vécus au quotidiens par la population de l’île. La Jamaïque, sous tutelle du FMI et autres instituts mondiaux de prêt depuis 35 ans souffre jour après jour des effets pervers du mécanisme de la dette qui détruit l’agriculture et l’industrie locale. Banane, sucre et produits laitiers locaux sont déclarés trop coûteux à produire et sont remplacés dans la grande logique mondialiste par des produits importés au seul profit des multinationales agro-alimentaires. Les paysans et artisans sont réduits au chômage et n’ont plus d’autre alternative que l’esclavage moderne des « sweat shops » produisant à bas prix dans des zones franches des produits inaccessibles aux consommateurs locaux.

A ses images du quotidien des Jamaïcains, Life and Debt superpose le commentaire de Jamaïca Kincaid, adapté de son livre « A small place » (Petite Ile) ainsi que les rythmes reggae de Marley père et fils, Peter Tosh, Buju Banton, Yami Bolo ...

Life and debt

Réalisatrice : Stéphanie Black
Image : Malik Sayeed, Kyle Kibbe, Richard Lannaman, Alex Nepominiaschy
Musique originale : Mutabaruka
Musique : Ziggy Marley and the Melody makers, Bob Marley & Tuff Gong
Montage : John Mullen
Son : Caleb Mose
Production : Stephanie Black, 135 Hudson Street, New York 10013 - USA, tél. +1 212 925 6528, stephanieblack@mindspring.com
Origine : Etats-Unis
Durée : 1 h 26
Distribution : Eurozoom 4bis, rue de l’Armée d’Orient, 75018 Paris - France, tél. + 33 1 42 93 73 55, fax +33 1 42 93 71 99, eurozoom@club-internet.fr

Site web du film : http://www.lifeanddebt.org.

Depuis maintenant plus d’un an, le Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM) mène une campagne de sensiblisation sur la situation de la Jamaïque, l’énormité de sa dette extérieure et les politiques néfastes qui lui sont imposées par les institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international (FMI).

Pour ce faire, de nombreuses projections du film « LIFE AND DEBT », suivies de débat, ont déjà été organisées. Si vous désirez être informé des prochaines projections, n’hésitez pas à vous inscrire aux mailing list du CADTM (BELGIQUE, FRANCE).

Dans le cadre de cette campagne, Damien Millet, président du CADTM France, et François Mauger, producteur de disques et membre du CADTM, ont rédigé un ouvrage «  LA JAMAÏQUE DANS L’ETAU DU FMI  » publiés par les éditions L’Esprit frappeur.

Plusieurs articles sur la Jamaïque ont également été rédigés et publiés entre autres sur ce site (JAMAÏQUE).

Nous diffusons également la bande originale du film « LIFE AND DEBT » éditée par Say it loud en partenariat avec Tuff Gong et Urge et distribuée par Harmonia Mundi/Le chant du monde.

On y retrouve notamment ...
- Ras Ivy and the Family of Rastafari, groupe de rastas qui perpétuent les cérémonies nocturnes qui ont donné naissance au reggae voilà plus de 30 ans ...
- deux légendes : Bob Marley et Peter Tosh. Le premier est ici présent avec deux titres, « Smile Jamaica », nom qu’il donna également au concert qu’il organisa en 1976 pour 80 000 personnes à Kingston et qui lui valut d’être la cible d’un attentat politique, et « Work », le dernier morceau qu’il ait chanté en public. Peter Tosh, l’un des trois Wailers historiques, clôt quant à lui l’album par un requiem étrangement apaisé ...
- la descendance directe du plus célèbre des musiciens jamaïcains : Ziggy Marley, Stephen Marley, ...
- une nouvelle génération de chanteurs inspirés par le reggae « classique » : Luciano, la révélation vocale du début des années 90, et Yami Bolo, l’une des voix les plus rafraîchissantes du reggae contemporain ...
- un poète : Mutabaruka. Il a développé une forme de poésie très personnelle, déclamée au chantée, qui lui vaut une audience importante en Jamaïque ...
- les maîtres du raggamuffin « conscient » : Buju Banton, Anthony B., Sizzla. Ils sont les porte-parole d’un renouveau musical et spirituel apparu en Jamaïque peu avant le tournant du siècle, après une décennie de matérialisme ...

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Visuel de la bande originale.