Manifestations dans les plantations en Afrique et devant l’AG du Groupe Bolloré à Puteaux

ReAct, Paris 7 juin 2016

10 juin par ReAct

Entre le 1er et le 3 juin, des rassemblements massifs ont eu lieu au Cameroun et au Liberia pour demander le respect des droits des communautés locales. A la demande de l’Alliance internationale des riverains des plantations de Socfin-Bolloré regroupant plusieurs milliers de paysans au Cameroun, Libéria, Côte d’Ivoire, Sierra Léone, Cambodge ; une centaine de ressortissants africains et de citoyens sont venus interpeller les actionnaires du groupe Bolloré à leur arrivée à Puteaux le vendredi 3 juin pour l’assemblée générale.

Des bouteilles d’eau sale sur les têtes témoignant de la pollution des rivières par les activités du groupe Socfin ; des marches depuis les terres occupées jusqu’aux directions des plantations. Ils étaient des centaines dans 5 des 7 plantations de la Socfin au Cameroun pour dénoncer la fermeture du dialogue des groupes Socfin et Bolloré. Au Liberia, les paysans ont organisé une série de blocages des routes dans la plantation pour empêcher la circulation des camions. La direction a finalement accepté de les recevoir.

Parallèlement, dès 7h du matin, une centaine de militants ont répondu à l’appel des riverains mobilisés et se rendent devant la tour Bolloré à Puteaux empêchant les actionnaires d’accéder à l’assemblée générale du groupe. Arrivant à pied ou en navette électrique, certains s’arrêtent et discutent, d’autres s’énervent. « Les paysans privés de leurs terres ont une question : Actionnaire as-tu du coeur ? » pouvaient-ont lire sur une banderole. Dans un tract distribué aux actionnaires, l’Alliance des riverains demande le « respect » de « l’espace vital nécessaire aux cultures vivrières Vivrières Vivrières (cultures)

Cultures destinées à l’alimentation des populations locales (mil, manioc, etc.), à l’opposé des cultures destinées à l’exportation (café, cacao, thé, arachide, sucre, etc.).
pour les villages » et des représentants des communautés « parfois emprisonnés suite à des plaintes de l’entreprise ». Les militants, les coudent serrés, entonnent en coeur des chants témoignant des luttes en cours dans les plantations d’Afrique et d’Asie. D’autres distribuent des graines à planter, symboles d’une biodiversité mise à mal par l’agro-industrie.

Marie Annick Darmaillac, secrétaire générale du groupe Bolloré finit par sortir pour écouter les protestataires. Ils demandent au groupe Bolloré d’assumer sa part de responsabilité et de pousser la Socfin à ouvrir les négociations avec les associations locales. Bolloré dit « faire confiance en la Socfin » et constate « une amélioration du dialogue depuis 2015 » en se basant sur les dires de la Socfin. Les riverains demandent à Bolloré le financement d’un état des lieux pays par pays et rappelle la demande de l’OCDE OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
Créée en 1960 et basée au Château de la Muette à Paris, l’OCDE regroupe les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les États-Unis et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Entre 1994 et 1996, trois pays du Tiers-Monde ont fait leur entrée : la Turquie, candidate à entrer également dans l’Union européenne ; le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ; la Corée du Sud. Depuis 1995, se sont ajoutés trois pays de l’ex-bloc soviétique : la République tchèque, la Pologne et la Hongrie. En 2000, la République slovaque est devenue le trentième membre.

Liste des pays membres de l’OCDE par ordre alphabétique : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie.
Site : http://www.oecd.org/fr/
réitérée le 18 mai dernier selon laquelle le Groupe Bolloré doit « continuer à user de son influence » pour faire avancer les choses. Après, deux heures d’attente, le groupe fait savoir qu’il ne recevra pas de délégation ce matin alors même que des dizaines d’actionnaires attendent toujours devant l’entrée que le blocage soit levé.

Les CRS finissent par intervenir en délogeant les militants allongés pacifiquement devant la porte de la tour Bolloré. L’action Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
est levée vers 10h30 à l’initiative des participants dénonçant la fermeture du groupe et annonçant d’ores et déjà de futures actions en France et dans les pays concernés si le groupe ne changeait pas de position. L’assemblée générale des actionnaires commence finalement avec plus d’une heure de retard. Le groupe Bolloré indique dans un communiqué qu’il « n’est pas concerné par ces supposés accaparements de terre, n’étant pas gestionnaire » de la Socfin. Il annonce une plainte pour « violences et dégradations ». Deux militants ayant participé au blocage non violent sont par ailleurs interpelés après la dispersion de l’action. L’un d’eux sera condamné a une peine disproportionnée de 6 mois de prison le mardi 7 juin. On attend toujours de voir Bolloré inculpé pour les multiples abus criminels dont il est porte la responsabilité par ses investissements, qu’il soit « gestionnaire » ou non.

L’Alliance des riverains n’acceptera pas que continue le déni par le groupe Bolloré et la Socfin des violations dans les plantations et du refus du dialogue avec les associations locales. De nouvelles actions seront organisées jusqu’à qu’ils assument leurs responsabilités.