

13 avril 2009
Ce jeudi 9 avril avait lieu le procès des militants de Sidi Ifni, une ville située à environ 160 km au sud d’Agadir au Maroc. De nombreuses mobilisations de soutien aux personnes arrêtes ont été organisées comme les 15 et 22 juin 2008 où deux caravanes de solidarité se sont déplacées à Ifni pour lever l’état de siège et le blocus dans lequel se retrouvait la petite ville. Ce jeudi 9 avril, une grève générale, massivement suivie, et des manifestations de lycéens avaient lieu dans Sidi Ifni. De plus un rassemblement à l’appel d’Attac-Maroc a été organisé devant le tribunal d’Agadir où avait lieu le procès. De nombreuses personnes du comité de soutien étaient présentes, notamment les militant-e-s d’Attac-Maroc, l’avocat de l’association Internationale des Juristes Démocrates, et des représentants d’Attac-France, d’Attac-Togo, de l’Association des Travailleurs Maghrébins en France, de l’association des droits de l’homme ASHDOM, etc.
Pour rappel, le samedi 7 Juin 2008 « Samedi noir », les habitants de Sidi Ifni, ont été victimes d’une opération de représailles et d’une répression généralisée. Plus de 4 000 policiers et forces auxiliaires ont violemment réprimé le blocage du port, où des militants étaient installés depuis une semaine afin de défendre leur droit légitime pour obtenir du travail et une possibilité de vie décente . Les forces de répression ont aussi attaqué et investi des demeures choisies au hasard, terrorisant la ville entière, dont les femmes et les enfants qui n’ont pas été épargnés. S’ensuivent alors torture, pillage et arrestations. Certains évoquent même des viols et des assassinats. Suite à ces événements des militants sont arrêtés.
Plusieurs commissions d’enquête se sont rendues sur les lieux et « malgré des divergences d’appréciation, elles sont unanimes à reconnaître les abus qui ont été commis et la légitimité des revendications économiques et sociales du mouvement de Sidi Ifni. »
Ce vendredi 10 avril au matin, le verdict du procès tombe, l’(in)justice a décidé de lourdes peines. Pour les peines de prison ferme : Mohamed Issam et Zine El Abidine Radi sont condamnés à un ans et demi, Hassan Agharbi, Zakaria Rifi et Hassan Tazkaghine sont condamnés à un an, Karim Chara est condamné à 10 mois et Mohamed Wahdani, Ahmed Boufim, Abdelmalek El Idrissi et Brahim Bara prennent huit mois de prison ferme (plus 2 mois avec sursis pour le dernier). Les autres accusés : Abdelkader Atbib, Mounir Zakaria, Fayçal Mkhilik, Abdelatif Mkizra, Bouchaïb El Ghiti et Khalil Ezzine sont condamnés à un an de prison avec sursis et Khadija Ziane, est condamné à payer une amande de 1500 dirhams (environ 135 euros). Certain militants seront libérés dans les jours qui viennent, leur peine ayant été effectuée depuis leur arrestation en juin, dans la prison d’Inezgane.
Au lieu de condamner les responsables des vols, violences sexuelles, tabassages et tortures infligés aux habitants par les forces dites de l’ordre, ce sont les représentants du mouvement social d’Ifni qui sont aujourd’hui condamnés par des peines injustes. Le CADTM condamne le verdict du procès et se joint aux revendications portées par Attac Maroc, pour que justice soit rendue aux habitants de Sidi Ifni .
Communiqué d’Attac Maroc (membre du réseau CADTM) :
A l’occasion de la reprise du procès des militants de Sidi Ifni, Attac Maroc publie un livre noir sur les évènements du 7 juin 2008.
Ce jeudi 9 avril auprès du Tribunal d’Agadir, tout le monde garde en mémoire la violence de l’intervention policière qui s’est abattue sur la ville de Sidi Ifni le 7 juin dernier, mobilisée contre l’exclusion dont souffre la région. Depuis, plusieurs commissions d’enquête se sont rendues sur les lieux. Malgré des divergences d’appréciation, elles sont unanimes à reconnaître les abus qui ont été commis et la légitimité des revendications économiques et sociales du mouvement de Sidi Ifni.
Malgré cela ce ne sont pas les responsables mais les victimes de ces violences qui vont comparaître le jeudi 9 avril devant la Cour d’appel d’Agadir. Ce procès, qui réunit plus de 100 avocats et qui se déroulera en présence d’observateurs étrangers mandatés par le Réseau international d’Attac et des associations de migrants, aura valeur de test : sera-t-il encore une fois une mascarade de procès ou permettra-t-il de faire la lumière sur ce qui s’est réellement passé et sur les responsables des violences, viols, vols et violations de domicile subies par les habitants ?
Par la publication d’un livre noir sur les évènements de Sidi Ifni, Attac Maroc entend apporter son éclairage et son analyse sur ce qui s’est réellement passé à Sidi Ifni.
A cette occasion, Attac Maroc :
réaffirme son soutien aux revendications économiques et sociales des habitants d’Ifni pour un réel développement local et une politique de l’emploi et réclame le jugement des responsables des violences.
rappelle que l’Etat et l’administration pénitentiaire portent l’entière responsabilité de l’état de santé des détenus et de leur intégrité physique et morale, qui sont fortement compromis par la négligence de l’administration en cas de maladie et par les conditions déplorables qui règnent à la prison d’Inezgane ainsi que dans la plupart des prisons du Maroc et ont amené 11 prisonniers saharaouis à mener une grève de la faim qui dure aujourd’hui depuis plus de 50 jours
demande la mise en libération immédiate de l’ensemble des détenus de Sidi Ifni et de tous les prisonniers politiques détenus dans les prisons marocaines.