Mexique : Création d’un comité de lancement du CADTM

2 octobre par CADTM


Tribune de la conférence donnée par Eric Toussaint, porte-parole international du CADTM, à Mexico le 28 septembre 2018

Lundi 1er octobre 2018, dans la ville de Mexico, s’est tenue la première réunion de lancement du CADTM au Mexique. Trente personnes se sont réunies dans la salle des professeurs de la faculté d’économie de l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM). L’Université nationale autonome du Mexique a été, et est encore, un haut lieu de luttes. L’UNAM compte 453 000 étudiants, professeurs et personnel administratif, elle est, avec l’Université de Buenos Aires, la principale université d’Amérique latine.

La création d’un comité de lancement du CADTM est le résultat de plus de 25 années de contacts tissés patiemment avec différents mouvements du Mexique.

Ont participé à la réunion 2 délégués de la direction du Syndicat mexicain des travailleurs du secteur électrique (Sindicato mexicano de electricistas –SME- https://www.facebook.com/SindicatoSME/ ), syndicat très combatif qui a joué et joue toujours un rôle important dans les luttes globales ; 1 militant du syndicat des travailleurs du secteur des téléphones qui réalise depuis deux ans un audit de l’entreprise d’un des hommes les plus riches de la planète, le mexicain Carlos Slim qui dispose d’un véritable empire international dans le secteur de la téléphonie mobile ; un délégué du mouvement paysan COMCAUSA ; une quinzaine de professeurs universitaires et d’assistants de la UNAM, de la UAM et de l’université de Puebla dans différentes disciplines (économie, sociologie, ingénieurs,…) ; 3 délégués de la CONUR (Coordination nationale des usagers -du secteur électrique- en résistance) une des organisations qui luttent pour l’annulation des dettes des usagers du secteur électrique privatisé entre 2009 et 2013 ; 1 militante qui dirige la revue féministe « Cuadernos feministas », enfin il y avait un délégué du mouvement d’éducation populaire Science pour le peuple (Ciencia para el pueblo de Mexico https://www.facebook.com/Ciencia-para-el-Pueblo-M%C3%A9xico-180124859243840/ ). 5 à 6 activistes actifs Actif
Actifs
En général, le terme « actif » fait référence à un bien qui possède une valeur réalisable, ou qui peut générer des revenus. Dans le cas contraire, on parle de « passif », c’est-à-dire la partie du bilan composé des ressources dont dispose une entreprise (les capitaux propres apportés par les associés, les provisions pour risques et charges ainsi que les dettes).
dans les luttes féministes, dans les luttes contre les dettes privées ou publiques, dans celles dirigées contre les méga projets énergétiques (barrages, parcs à éoliennes,…) et contre l’achèvement de la construction du nouvel aéroport international de Mexico, dans les actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
contre les OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
, les traités de libre commerce, la monoculture Monoculture Culture d’un seul produit. De nombreux pays du Sud ont été amenés à se spécialiser dans la culture d’une denrée destinée à l’exportation (coton, café, cacao, arachide, tabac, etc.) pour se procurer les devises permettant le remboursement de la dette. ,… Parmi les participants, la majorité n’a pas fait mention d’une appartenance politique, les autres étaient membres de différents partis : le Parti Révolutionnaire des Travailleurs –PRT-, la Coordination Socialiste Révolutionnaire –CRS- , l’Organisation politique des Travailleurs –OPT- ou bien MORENA (le parti du nouveau président élu en juillet). Plusieurs des présents ont des activités journalistiques et de communicateurs sociaux. Tous les participants ne provenaient pas de la ville de Mexico, il y avait un délégué de l’État de Jalisco (Guadaljara), un autre de l’État de Puebla. Le Mexique est une fédération de 32 États si l’on considère la ville de Mexico également comme un État.
Le syndicat du secteur électrique a proposé au CADTM Mexico en construction de mettre à sa disposition ses locaux dans la capitale tant pour des réunions que pour le travail permanent. 

Un comité provisoire de coordination a été mis en place, il est composé de 6 membres. La prochaine réunion du comité de lancement aura lieu à la UNAM le mardi 16 octobre à 13H00.

La convocation de cette réunion a été lancée fin septembre 2018, dans le cadre de quatre conférences données par Eric Toussaint sur la thématique des dettes illégitimes.

La première conférence a eu lieu le mercredi 26 septembre, elle consistait à présenter le livre Système dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
dans la faculté des sciences humaines de la UNAM ( http://www.cadtm.org/Riesgos-existenciales-para-la-biota-global-y-la-civilizacion-humana-en-el ). Lors de la conférence, il y a eu 80 participants, dont plus de 60 étudiants principalement en doctorat et post-doctorat ainsi qu’une douzaine de professeurs universitaires. La conférence a été transmise en direct en ligne et il y a eu des questions posées de la salle et via internet.

Le jeudi 27 sept, Eric Toussaint a donné une interview vidéo au magazine digital Regeneracion https://regeneracion.mx/ qui est le portail du mouvement du nouveau président élu en juillet 2018, AMLO comme on l’appelle ici (AMLO = Andrés Manuel López Obrado, https://fr.wikipedia.org/wiki/Andr%C3%A9s_Manuel_L%C3%B3pez_Obrador). Le portail reçoit en moyenne 100 000 visites par jour, 3 millions de visites mensuelles. L’interview sera publiée dans les jours qui viennent.

Le même jour a eu lieu une marche de 30 000 personnes qui exigeaient que justice soit rendue aux 43 étudiants disparus le 26 sept 2014 https://fr.wikipedia.org/wiki/Enl%C3%A8vements_d%27Iguala  https://www.france24.com/es/20180925-estudiantes-ayotzinapa-desaparecidos-mexico
Le vendredi 28 septembre, Eric Toussaint a donné deux conférences, la première le matin à 11H30 au grand auditoire du syndicat mexicain des électriciens (SME). Il y avait 130 personnes. Voir en esp http://www.cadtm.org/Posible-lanzamiento-de-un-Capitulo-del-CADTM-en-Mexico.

Avant de donner cette conférence, Eric Toussaint avait eu une réunion avec la direction du SME (Martin Esparza, secrétaire général, Humberto Montes de Oca, responsable des relations internationales et X. Bombadilla, responsable des affaires intérieurs). A cette occasion, la direction du SME a exprimé son soutien enthousiaste au projet de création du CADTM au Mexique. 

La deuxième conférence a eu lieu à 16H30 au centre culturel du syndicat des travailleurs de la UNAM, l’université de Mexico. Le syndicat s’appelle STUNAM et compte 27.500 membres du personnel administratif et 5.500 membres du corps professoral. Lors de cette conférence il y avait 140 participants. Il s’agissait d’une majorité d’activistes des quartiers populaires qui luttent pour l’annulation des dettes illégitimes à l’égard du service électrique qui a été privatisé. Les femmes jouent un rôle primordial dans cette lutte. Elles étaient nombreuses à la conférence.
Entre les deux conférences, vers 14H30, le porte-parole international du CADTM est allé saluer le piquet organisé par les activistes du mouvement ANUEE (Assemblée nationale des Usagers de l’Energie Electrique) qui exigent l’annulation des dettes illégitimes des usagers du système électrique qui a été privatisé en 2009. Ils l’ont invité à prendre la parole pour expliquer le rôle du CADTM. Participent à ce piquet qui se tient depuis plus de 3 mois 24H sur 24, 7 jours sur 7, environ 400 activistes chaque jour (en trois tours). Ce sont en majorité des femmes des quartiers populaires qui font parfois jusqu’à 100 km pour rejoindre le piquet.

Le même jour, une marche pour la dépénalisation de l’avortement a eu lieu et elle a rassemblé deux milles personnes, en majorité des jeunes femmes. 

Eric Toussaint a donné une quatrième conférence sur le système dette le lundi 1er octobre à la faculté d’économie de la UNAM (http://www.cadtm.org/Conferencia-Sistema-deuda?var_lang=es ). L’auditoire de 80 places étaient plein à craquer. En tout, près d’une centaine de personnes en très grande majorité des étudiants et quelques professeurs.
Au total, près de 450 personnes ont participé aux conférences données en 4 jours par Eric Toussaint.

La tournée de conférences a montré que la problématique des dettes privées illégitimes était très présente au Mexique en particulier dans les secteurs populaires victimes de la privatisation du secteur électrique. Ceux-ci sont organisés en différentes associations très actives. Elles empêchent avec l’aide du SME les coupures d’électricité des usagers en défaut de paiement.

De même la dette publique du Mexique revient au devant de la scène car quand le président AMLO élu en juillet 2018 prendra ses fonctions au début décembre 2018, il sera confronté au chantage des créanciers nationaux et internationaux qui essayeront de l’empêcher de réaliser ses promesses électorales en matière d’augmentation des dépenses sociales. C’est pour cela que de plus en plus de militants et militantes sont convaincus qu’il faut imposer un audit citoyen des dettes et aller vers la suspension du paiement.