Mission du CADTM en solidarité avec la lutte du peuple hondurien contre la dictature

10 août 2009 par CADTM


Voici 6 semaines déjà, le dimanche 28 juin, le président du Honduras Manuel Zelaya a été séquestré puis expulsé du pays par les militaires. Le CADTM a condamné ce coup d’état orchestré par les secteurs réactionnaires de la société (l’armée, l’oligarchie, l’Eglise, le pouvoir judiciaire, les médias dominants) et le Pentagone. Ce coup vise à mettre fin brutalement aux aspirations de changements du peuple hondurien, investi dans le lancement d’une consultation populaire pour ouvrir la voie à un processus d’Assemblée constituante.

Afin de participer au soutien à la lutte de résistance du peuple hondurien, le CADTM a décidé (en concertation avec la coordination internationale de soutien à la lutte au Honduras) d’envoyer une mission de deux personnes sur place. Il s’agit d’accompagner les manifestants, de faire connaître à l’étranger leurs actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
et leur opinion. Ils’agit aussi de leur amener une aide financière.

Voici les deux premiers messages que Cécile Lamarque nous a fait parvenir depuis le 8 août.

Suivent 2 articles de présentation du contexte dans lequel le coup d’Etat a été perpétré.

Faites un don au CADTM via son site internet.

Ou bien en faisant un virement bancaire (IBAN BE06 0012 3183 4322, code Swift BIC : GEBA BE BB) ou en envoyant un chèque à l’ordre du CADTM

 Premier message de Cécile L. depuis le Honduras, envoyé le 8 août :

« Je suis bien arrivée à Tegucigalpa hier, pas de problème.
Je pensais trouver l’aéroport et la zone autour (l’hôtel est près de
l’aéroport, je ne suis pas encore allée dans le centre de Tegucigalpa)
ultra militarisée, mais ce n’est pas le cas, on ne voit quasiment rien qui
évoque le coup, si ce n’est les écriteaux sur les murs, « fuera golpistas » (=putschistes ),
etc.

D’entrée dans le taxi qui m’a conduit à l’hôtel, j’ai pu prendre le pouls
de la situation : je suis tombée sur un taximan favorable au maintien des
golpistes au pouvoir ! J’ai fait celle qui n’était pas vraiment au fait de
la situation politique, il m’a donc raconté tout ça, voilà rapidement sa
version, à croire que les médias remplissent parfaitement leur rôle de
désinformation ! : Lui (le taximan) a voté pour Zelaya aux élections en
2006, mais Zelaya n’a pas respecté ses engagements et s’est tourné vers
Chavez, a pris des mesures qui allaient à l’encontre de son gouvernement
et des entreprises privées, qu’il faut respecter car ce sont elles qui
donnent du travail ici. Le taximan est pour le maintien des golpistes car le
peuple hondurien veut la paix, la liberté, et ne veut pas d’une société
socialiste ou communiste. D’après lui, les manifestants sont une minorité
qui ne comprend rien. Voilà en gros ces propos.

Vers 16 h, Tom Loudon et les autres membres de la délégation, tous des
américains, sont rentrés à l’hôtel. On est ensuite parti ensemble au
Syndicat des travailleurs des boissons (Sindicato de trabajadores de
Bebidas y similares, STIBYS), pour une rencontre avec 2 membres du Front
des Avocats contre le Coup. Les locaux du STIBYS sont apparemment le lieu
où se réunissent souvent le Front de Résistance contre le Coup et d’autres
groupes.

Les deux représentants du Front des Avocats étaient Nestari Rostezo(?) et
Manuel Bonilla. Le Front a été crée il y a deux semaines pour apporter son
appui aux personnes détenues qui n’ont personne pour les réprésenter et
pour constater les violations des DH. Il compte plus de 100 avocats à
travers le pays, qui ont pour la plupart cessé leurs activités pour se
consacrer exclusivement à la protection des civils.
Les avocats sont réunis au sein du Colegio de Abogados, dont le président,
proche ou issu du Parti Nacional, appuie le coup, donc certains avocats se
sont réunis et ont dans un premier temps émis un CP pour dire que le
président ne reflétait pas la position de tous les avocats et ont ensuite
crée le Frente de Abogados.

Alors que la plupart des CP des missions parlaient de 9 morts, eux
reportent 24 morts, et 400/500 personnes arrêtées. Les familles des
personnes assassinées, par peur des représailles, préfèrent parfois ne rien
signaler.

Une autre violation des DH : la désinformation et le contrôle médiatique.
Sur environ 50 médias, seuls 2 transmettent des infos ’vrais’ sur la
situation : Radio Globo, qui fait face actuellement à un processus pour
être fermée, et Canal 36, apparemment sous mesure préventive de l’ONU pour
éviter sa fermeture.

Les golpistes ne s’attendaient pas à cette réponse de la part de la population,
secteur défavorisé et classes moyennes ensemble. La conscientisation de la
population s’accroît.
Ils ont rappelé qu’ils ont peu de moyens et que ça rend la mobilisation
sur place de plus en plus difficile, face aux golpistes qui sont financés
par les McDonald, Burgers King et autres multinationales. Par ex, ces
derniers jours, les avocats n’ont pas pu se rendre à l’intérieur du pays
pour assurer la protection de personnes détenues faute de moyens. La lutte
est donc très difficile.

Il y a une frustration de la part de la population du fait de la lenteur de l’ONU
et de l’OEA à apporter une réponse au Coup. Ils ont rappelé la
participation directe des USA au coup.
Ils sont déterminés à poursuivre la lutte et maintiennent les mêmes
revendications : retour de Zelaya + Assemblée Constituante.
Ils disent qu’avec le retour de Zelaya, la tâche sera d’autant plus
difficile puisqu’il s’agira de faire juger les golpistes.
Le Frente de Abogados est en train de porter une demande devant la CPI
contre les golpistes.
Voilà en gros..

La délégation US s’est entretenue à deux reprises avec Hugo Llorens,
l’ambassadeur US au Honduras. Evidemment ils n’en ont rien retiré... »

 Deuxième message de Cécile L. depuis le Honduras, envoyé le 9 août 2009

« Aujourd’hui il n’y a pas de manifestation, la population se réunit au parc
national. J’irai donc là bas auj’. Désolée d’avoir tardé à donner des nouvelles, ces deux journées sont passées très vite...Quelques news donc des journées d’hier et
d’aujourd’hui.
Je commence par la lecture du journal du matin, car c’est assez aberrant
de lire la propagande putschiste... Hier 8 août, le journal hondurien El
Heraldo (sous-titré « La vérité est entre vos mains ! »), affichait en « une » le
dernier exercice rhétorique du président Barack Obama : « Je ne peux pas
appuyer sur un bouton et réinstaller Zelaya
 ». Sans doute Obama eût-il été
davantage crédible en manifestant la difficulté d’un retour en arrière une
fois le bouton enclenché ! En dessous, la reproduction des propos d’Obama
feignant le changement d’attitude de l’administration américaine et sa
’non-­ingérence’ : «  Le Président dit que c’est ironique que certains qui
ont critiqué l’ingérence des Etats-Unis en Amérique latine se plaignent
aujourd’hui qu’il n’interfère pas davantage
 ». La suite en page 10. Je ne vais pas m’attarder sur toute l’édition du jour, même si au fil des pages il y a vraiment de nombreux points qui mériteraient d’être soulevés ! De l’autosuggestion sans doute, car le régime putschiste et l’administration américaine peinent de plus en plus à confondre le peuple hondurien sur le coup« made in Washington ». Ici il y a aussi une alerte à la grippe H1N1, largement relayée par la presse. Quelques cas ont en effet été reportés.
Beaucoup y voit une manière de détourner l’attention du Coup d’état.

Dans ce climat de désinformation et de contrôle médiatique, les murs font
office de tribunes populaires et affichent des slogans contre les
putschistes, pour Zelaya, contre le système en place...
Hier samedi, il n’y avait pas de manifestation mais un rassemblement
culturel à l’initiative des Artistes en Résistance contre le Coup d’Etat,
qui se tenait au parc national de Tegucigalpa, au cœur de la ville
(dominée par les icônes omniprésentes de la culture commerciale : Burger
King, Mc Donald, etc, qui apparemment apportent leur soutien financier aux
putschiste). On appelait d’ailleurs à prêter plus d’attention aux écriteaux
qu’aux titres de la presse nationale. Au rythme des percussions batucadas du Front de
Resistance contre le Coup d’Etat, cette journée, appelée « Gritos de
paraiso », la 3e depuis le Coup d’Etat du 28 juin, a vu se succéder des
artistes honduriens venus chanter des chants qui ont marqué les
mobilisations, joué des scénettes burlesques mettant en scène et dénonçant
le coup d’état, la répression et ses principaux protagonistes. Ont
également pris la parole quelques mouvements sociaux et syndicats. J’ai
interviewé Samuel Trigueros, écrivain et peintre hondurien, parmi les
fondateurs du Frente Nacional. Je vous envoie ça demain.

Le Frente Nacional de Resistencia Contra el Golpe de Estado a appelé les
Honduriens à participer à une Marche nationale qui a débuté le 5 août et
qui se terminera le 11 août à Tegucigalpa et San Pedro Sula. La population
est donc en marche, peut-être ira-t- on à la rencontre de ceux qui vont
entrer à Tegucigalpa mardi matin, car la police et les militaires seront
sans doute également sur place pour les accueillir... Le gouvernement de facto
aurait déjà annoncé qu’il allait recourir à davantage de répression...
Aujourd’hui dimanche on s’est rendu à l’Assemblée du Front contre le coup
qui se tenait dans les locaux du syndicat STIBYS, et où ont pris la parole différents leaders du mouvement ainsi que des Latino-américains et autres internationaux venus
marquer leur soutien : syndicalistes uruguayens, étudiants costaricains,
les citoyens US de la mission à laquelle le CADTM est associé, etc. Après 43 jours la
lutte semble désormais dans une phase cruciale, déterminante pour le
retour, ou pas, à la démocratie : dès demain les mobilisations vont
s’intensifier, et certains pensent que si l’on arrive à rien cette
semaine, si Zelaya n’est pas réintroduit comme président, etc., les choses
n’iront alors sans doute pas en s’arrangeant. On s’est ensuite entretenue
avec Rafael Alegria, de Via Campesina, et Juan Barahona, coordination du
Frente. Normalement c’est dans la « boîte », je retranscrirai cela, ça vaut le
coup de diffuser.

On a ensuite rencontré un homme qui travaille à la Fiscalia del Estado,
accompagné d’un avocat du Front des Avocats contre le coup, qui ont
démontré tous les arguments légaux, en décortiquant la constitution, pour
appuyer le fait que c’est un coup d’état. Il ne m’en fallait pas tant pour
être persuadée qu’il s’agit bien d’un coup !! Mais bon, c’est vrai qu’ici,
d’autant plus avec la campagne de désinformation qui règne dans la presse
écrite et radio, on sent quand même, malheureusement, une polarisation
entre ceux qui se positionnent clairement contre les putschistes, et ceux
qui n’y voient finalement rien de mauvais ou d’illégal… et certains
Américains ici semblent aussi encore se poser la question..

Demain matin on rejoint le Frente à l’Université Pedagogica, journée de
mobilisation. Je pars vers 13h à l’aéroport chercher l’autre délégué du CADTM quiarrive d’Europe
Je m’arrête là pour ce soir... »