28 mars

Bruxelles, Belgique

Mobilisons-nous contre le FFA, pour le futur de l’agriculture

Le 28 mars prochain, à Bruxelles, se déroulera la 10e édition du Forum pour le futur de l’agriculture (FFA). Ses organisateurs, Syngenta (multinationale chimique et agroalimentaire) et ELO (lobby Lobby
Lobbies
Un lobby est une structure organisée pour représenter et défendre les intérêts d’un groupe donné en exerçant des pressions ou influences sur des personnes ou institutions détentrices de pouvoir. Le lobbying consiste ainsi en des interventions destinées à influencer directement ou indirectement l’élaboration, l’application ou l’interprétation de mesures législatives, normes, règlements et plus généralement, toute intervention ou décision des pouvoirs publics. Ainsi, le rôle d’un lobby est d’infléchir une norme, d’en créer une nouvelle ou de supprimer des dispositions existantes.
des grands propriétaires fonciers européens), y présenteront l’agriculture qui, selon eux, devra répondre aux défis alimentaires et environnementaux. Une coalition d’organisations paysannes (membres du mouvement La Via Campesina), d’organisations de la société civile et de citoyen-ne-s dénoncent ces fausses solutions de l’agrobusiness et invitent à se mobiliser pour lancer un message fort aux organisateur-ice-s et participant-e-s de ce forum : cette agriculture n’a pas de futur !

De fausses solutions aux mauvais problèmes

Sous un titre charmeur « là où l’agriculture et l’environnement se rencontrent », le forum présente un panel d’intervenants prestigieux (UE, OCDE OCDE
Organisation de coopération et de développement économiques
Créée en 1960 et basée au Château de la Muette à Paris, l’OCDE regroupe les quinze membres de l’Union européenne auxquels s’ajoutent la Suisse, la Norvège, l’Islande ; en Amérique du Nord, les États-Unis et le Canada ; en Asie-Pacifique, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Entre 1994 et 1996, trois pays du Tiers-Monde ont fait leur entrée : la Turquie, candidate à entrer également dans l’Union européenne ; le Mexique qui forme l’ALENA avec ses deux voisins du Nord ; la Corée du Sud. Depuis 1995, se sont ajoutés trois pays de l’ex-bloc soviétique : la République tchèque, la Pologne et la Hongrie. En 2000, la République slovaque est devenue le trentième membre.

Liste des pays membres de l’OCDE par ordre alphabétique : Allemagne, Australie, Autriche, Belgique, Canada, Corée du Sud, Danemark, Espagne, États-Unis, Finlande, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Islande, Italie, Japon, Luxembourg, Mexique, Norvège, Nouvelle-Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, République slovaque, République tchèque, Royaume-Uni, Suède, Suisse, Turquie.
Site : http://www.oecd.org/fr/
, ONU, etc.) incluant aussi des ONG de conservation de la nature et des intellectuel-le-s. Derrière cette façade aux apparences débat ouvert se cache pourtant une coûteuse entreprise d’influence des pouvoirs politiques. Au moment où la réforme de la Politique agricole commune (PAC) de l’Union européenne et où de réglementations relatives à certains pesticides sont en cours de discussion, il est crucial pour les acteurs de l’agrobusiness de défendre leurs intérêts. Pour cela, ils se présentent comme les champions de la lutte contre la faim dans le monde et pour la préservation de l’environnement, ne défendant pourtant que des fausses solutions. Pour répondre aux défis alimentaires actuels et à venir, leur discours est invariable : augmenter la productivité des surfaces agricoles grâce à la technologie et diminuer davantage les entraves au libre-marché.

En posant la question : “Comment nourrir 9 milliards d’êtres humains en 2050 ? |1|”, les organisateurs du FFA entretiennent le mythe qu’on ne produit pas assez aujourd’hui pour alimenter l’humanité. Or selon la FAO nous produisons déjà assez de nourriture pour 12 milliards de personnes ! Les causes de la faim et de la malnutrition sont plutôt à rechercher du côté de l’extrême pauvreté (notamment en milieu rural, qui comprend environ 70 % des personnes souffrant de la faim), du gaspillage alimentaire (30 % des quantités produites à l’échelle mondiale sont gaspillées selon la FAO) et de l’accaparement de surfaces agricoles au bénéfice des agrocarburants et du bétail (pour la production de fourrage et pour l’élevage).

Les lobbies Lobby
Lobbies
Un lobby est une structure organisée pour représenter et défendre les intérêts d’un groupe donné en exerçant des pressions ou influences sur des personnes ou institutions détentrices de pouvoir. Le lobbying consiste ainsi en des interventions destinées à influencer directement ou indirectement l’élaboration, l’application ou l’interprétation de mesures législatives, normes, règlements et plus généralement, toute intervention ou décision des pouvoirs publics. Ainsi, le rôle d’un lobby est d’infléchir une norme, d’en créer une nouvelle ou de supprimer des dispositions existantes.
et les multinationales vendent une agriculture soi-disant intelligente (smart agriculture en anglais) : robotisée, chimique, biotechnologique et spécialisée. Elle n’a pourtant pas pour effet de nourrir celles et ceux qui meurent de faim, mais de rendre les producteur-ice-s encore plus dépendant-e-s aux multinationales agroalimentaires. Outre leurs impacts sur la santé et l’environnement, ces technologies accélèrent l’endettement et la disparition des paysan-ne-s.

Aussi, considérer les aliments comme une simple marchandise devant être soumise au libre-marché est une des principales causes de l’appauvrissement du monde paysan et de notre biodiversité. Tant au Nord qu’au Sud, la mise en concurrence des agriculteur-ice-s favorise les grosses exploitations au détriment des paysan-ne-s, qui subissent de plein fouet les conséquences désastreuses de ce modèle : baisse des revenus, perte d’emploi, disparition des fermes, endettement massif, spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
sur les terres agricoles et sur les
denrées alimentaires, etc. Depuis 30 ans, la Belgique a perdu 63% de ses fermes, soit 43 chaque semaine. Ce sont surtout les petites exploitations qui sont touchées.


Des marchands de mort peints en vert

L’agriculture des machines, de la chimie et des transports internationaux ne peut se passer des énergies fossiles. Pourtant, Syngenta se présente comme un champion de l’environnement. Lors de l’édition 2016 du FFA, des abeilles en peluche étaient distribuées pour vanter des initiatives aux résultats obscurs. L’entreprise organisatrice voulait probablement faire oublier qu’elle déploie d’intenses efforts contre l’interdiction des néonicotinoïdes, pourtant pointés du doigt par la communauté scientifique pour ses conséquences désastreuses sur les pollinisateurs naturels comme les abeilles et les bourdons.

Sur son site web, cette entreprise déclare que s’opposer à l’utilisation d’OGM OGM
Organisme génétiquement modifié
Organisme vivant (végétal ou animal) sur lequel on a procédé à une manipulation génétique afin de modifier ses qualités, en général afin de le rendre résistant à un herbicide ou un pesticide. En 2000, les OGM couvraient plus de 40 millions d’hectares, concernant pour les trois-quarts le soja et le maïs. Les principaux pays producteurs étaient les USA, l’Argentine et le Canada. Les plantes génétiquement modifiées sont en général produites intensivement pour l’alimentation du bétail des pays riches. Leur existence pose trois problèmes.


- Problème sanitaire. Outre la présence de nouveaux gènes dont les effets ne sont pas toujours connus, la résistance à un herbicide implique que le producteur va multiplier son utilisation. Les produits OGM (notamment le soja américain) se retrouvent gorgés d’herbicide dont dont on ignore les effets sur la santé humaine. De plus, pour incorporer le gène nouveau, on l’associe à un gène de résistance à un antibiotique, on bombarde des cellules saines et on cultive le tout dans une solution en présence de cet antibiotique pour ne conserver que les cellules effectivement modifiées.


- Problème juridique. Les OGM sont développés à l’initiative des seules transnationales de l’agrochimie comme Monsanto, pour toucher les royalties sur les brevets associés. Elles procèdent par coups de boutoir pour enfoncer une législation lacunaire devant ces objets nouveaux. Les agriculteurs deviennent alors dépendants de ces firmes. Les États se défendent comme ils peuvent, bien souvent complices, et ils sont fort démunis quand on découvre une présence malencontreuse d’OGM dans des semences que l’on croyait saines : destruction de colza transgénique dans le nord de la France en mai 2000 (Advanta Seeds), non destruction de maïs transgénique sur 2600 ha en Lot et Garonne en juin 2000 (Golden Harvest), retrait de la distribution de galettes de maïs Taco Bell aux USA en octobre 2000 (Aventis). En outre, lors du vote par le parlement européen de la recommandation du 12/4/2000, l’amendement définissant la responsabilité des producteurs a été rejeté.


- Problème alimentaire. Les OGM sont inutiles au Nord où il y a surproduction et où il faudrait bien mieux promouvoir une agriculture paysanne et saine, inutiles au Sud qui ne pourra pas se payer ces semences chères et les pesticides qui vont avec, ou alors cela déséquilibrera toute la production traditionnelle. Il est clair selon la FAO que la faim dans le monde ne résulte pas d’une production insuffisante.
, d’engrais chimiques et de pesticides revient à utiliser plus d’eau et de terre, prouvant sa mauvaise foi en feignant d’ignorer les solutions qui font déjà leurs preuves.


Des solutions existent : agroécologie et souveraineté alimentaire

L’agriculture que l’agrobusiness nous propose n’a rien de nouveau. Elle ne fait que poursuivre la logique qui a amené la destruction de nos sols, la détérioration de la biodiversité, la pollution de nos eaux et la disparition de nos fermes. La vraie agriculture intelligente, l’agriculture du futur, est celle qui s’inspire des écosystèmes naturels. Une publication du rapporteur spécial sur le droit à l’alimentation de l’ONU précise que l’ agroécologie pourrait doubler les productions en 10 ans, atténuer le changement climatique, protéger l’eau et créer de nouveaux emplois dans le secteur rural.

Plutôt que de soumettre les denrées agricoles au libre marché et aux diktats de l’agrobusiness, ce sont les peuples qui doivent définir leurs systèmes agricoles et alimentaires, pour disposer d’une alimentation saine, adaptée à leurs besoins, et produite localement et de manière durable. Voilà pourquoi nous estimons qu’il est indispensable de miser sur la souveraineté alimentaire.

Pas plus que nous ne voulons que des marchandes d’armes se chargent de la paix, nous ne voulons que des marchands de poison se chargent de notre alimentation. Leur intérêt n’est que financier. Leur agriculture entraîne la mort des paysan-ne-s, des mangeurs et de l’environnement. Elle représente le passé.

Nous voulons porter un message clair aux décideurs politiques européens et internationaux, qui doivent mettre fin à l’influence des intérêts privés de l’agrobusiness et doivent prendre leurs responsabilités pour opérer la transition agroécologique.

Nous appelons un maximum d’organisations à signer cet appel et à nous rejoindre le 28 mars.

Pour notre futur, mobilisons-nous !

Infos pratique

Un rassemblement est organisé le 28 mars 2017, de 12h30 à 13h30, au Mont des Arts, face au square.

Au programme : prises de parole, buffet paysan, action symbolique.


Premiers signataires :

- FUGEA
- MAP
- FIAN Belgium
- CNCD-11.11.11
- Rencontre des Continents
- Début des Haricots
- Quinoa
- Réseau des GASAP
- Association 21
- Les amis de la terre
- CEO
- CADTM
- Brigades d’Action Paysanne


Source : FIAN

Notes

|1| Voir par exemple la brochure de Syngenta “Réponses aux idées reçues”, p.12, disponible en ligne https://www.syngenta.fr/qui-sommes-...

À venir