Grèce

Nos meilleurs alliés, les 300 000 de Puerta del Sol !

2 février 2015 par Yorgos Mitralias

Pablo Iglesias ne pouvait pas imaginer combien précieux, utile et à point nommé serait le cadeau qu’il allait faire à Alexis Tsipras et à son gouvernement quand, il y a trois mois, il décidait d’organiser sa première grande démonstration de force le 31 janvier à Madrid.

En remplissant l’immense et emblématique Puerta del Sol et les rues environnantes par 300 000 manifestants, qui n’ont pas arrêté de crier « Si, se puede » et « El pueblo unido jamas sera vencido », Iglesias a montré aux divers Juncker, Merkel, Hollande ou Cameron ainsi qu’aux autres « ceux d’en haut » européens, non seulement que la Grèce de Syriza n’est plus seule, mais aussi que le fossé entre nos gouvernements néolibéraux et leurs sociétés est en train de se creuser dangereusement ! En d’autres termes, la démonstration de force des Podemos espagnols est arrivée à point nommé pour effrayer nos bourreaux néolibéraux et aussi, pour les mettre en demeure de ne pas trop brutaliser le jeune gouvernement grec s’ils ne veulent pas voir se multiplier en Europe les Podemos et les Syriza…

Cependant, le message des 300 000 Podemos de Madrid avait aussi un deuxième destinataire : le gouvernement Tsipras et Syriza lui-meme. En effet, à l’heure où leurs dirigeants multiplient les déclarations d’apaisement et les rencontres avec les « partenaires européens » à la recherche des soutiens et des alliances internationales, l’énorme manifestation de Puerta del Sol montre très concrètement non seulement que le plus fidèle allié est... l’allié de classe, mais aussi que cet allié de classe et « movimentiste » offre le plus tangible –sinon l’unique- des soutiens !

Le message est donc double et ses destinataires feraient bien de tirer au plus vite leurs conclusions. Quant à nous, on se limite à une dernière remarque : même à leur insu, les 300 000 manifestants de Puerta del Sol dépassent en efficacité toutes les déclarations d’apaisement et toutes les rencontres avec les chefs et les dignitaires du conclave néolibéral européen. Une raison de plus pour essayer de rendre ces manifestants encore plus nombreux dans tout notre vieux continent, puisqu’aucun argument ne sera jamais aussi convaincant que celui qui a comme base matérielle les innombrables « ceux d’en bas », les êtres humains en chair et en os !...

Athènes, le 31 janvier 2015

Cet article venait d’être publié dans les médias grecs quand est tombée la nouvelle suivante : inspirés par le succès électoral mais aussi par le programme de Syriza, 15 députés du Parti travailliste britannique viennent de fonder le mouvement « Syriza 15 » qui professe l’annulation du programme d’austérité du Parti travailliste, la renationalisation des entreprises dont la privatisation a conduit à l’échec, la renationalisation des chemins de fer, l’abolition des lois anti-ouvriers de Thatcher… Manifestement, Syriza est en train de faire des émules de par l’Europe…

Auteur.e

Yorgos Mitralias

Journaliste, Giorgos Mitralias est l’un des fondateurs et animateurs du Comité grec contre la dette, membre du réseau international CADTM et de la Campagne Grecque pour l’Audit de la Dette. Membre de la Commission pour la vérité sur la dette grecque et initiateur de l’appel de soutien à cette Commission.