Notre première du lobby tour de la dette à Bruxelles !

12 décembre 2016 par Chiara Filoni

Les rues de Bruxelles et en particulier le tristement célèbre quartier européen cachent |1| tout un tas d’institutions financières liées à la machine à fabriquer de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
tant au niveau national qu’européen et international. C’est pour cette raison que le CADTM Belgique a décidé d’organiser le 19 novembre dernier un « tour guidé » critique de ces institutions. Une trentaine de personnes y ont participé... ainsi que les marionnettes de notoires personnages et des animaux bizarres !


Premier arrêt (au 30 Avenue des Arts) : l’agence de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
, évidemment au cœur du système dette, fait partie du Trésor belge. Cette institution est chargée de la gestion de la dette publique fédérale, qu’elle gère de manière opaque, et dont le financement est influencé par les investisseurs privés et la libéralisation des taux d’intérêts. Un exemple de l’opacité de cette agence : il est impossible pour quelconque de connaître l’identité des détenteurs de la dette publique ou d’avoir d’autres informations de ce type via l’agence de la dette.


C’est justement vers un des principaux créanciers des dettes publiques que le tour se dirige ensuite : le siège bruxellois de Goldman Sachs (Square de Meeûs – 38/40), symbole d’un système bancaire puissant et arnaqueur, fortement lié aux autorités politiques européennes. Cette banque, déjà impliquée dans le maquillage des comptes publics de la Grèce lors de son entrée dans la zone euro en 2001, compte aujourd’hui plusieurs amendes et litiges concernant ses investissements dans les subprimes Subprimes Crédits hypothécaires spéciaux développés à partir du milieu des années 2000, principalement aux États-Unis. Spéciaux car, à l’inverse des crédits « primes », ils sont destinés à des ménages à faibles revenus déjà fortement endettés et étaient donc plus risqués ; ils étaient ainsi également potentiellement plus (« sub ») rentables, avec des taux d’intérêts variables augmentant avec le temps ; la seule garantie reposant généralement sur l’hypothèque, le prêteur se remboursant alors par la vente de la maison en cas de non-remboursement. Ces crédits ont été titrisés - leurs risques ont été « dispersés » dans des produits financiers - et achetés en masse par les grandes banques, qui se sont retrouvées avec une quantité énorme de titres qui ne valaient plus rien lorsque la bulle spéculative immobilière a éclaté fin 2007.
Voir l’outil pédagogique « Le puzzle des subprimes »
et autres produits dérivés Produits dérivés
Produit dérivé
Famille de produits financiers qui regroupe principalement les options, les futures, les swaps et leurs combinaisons, qui sont tous liés à d’autres actifs (actions, obligations, matières premières, taux d’intérêt, indices...) dont ils sont par construction inséparables : option sur une action, contrat à terme sur un indice, etc. Leur valeur dépend et dérive de celle de ces autres actifs. Il existe des produits dérivés d’engagement ferme (change à terme, swap de taux ou de change) et des produits dérivés d’engagement conditionnel (options, warrants…).
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La banque a annoncé, il y a plusieurs mois, le recrutement de José Manuel Barroso, ancien premier ministre du Portugal et Président de la Commission européenne de 2004 à 2014. |3| Et on nous parle d’une séparation stricte entre le contrôleur et le contrôlé !? A vous de juger !!

Dans le même bâtiment, se situe le siège de l’ISDA - Association Internationale des Swaps Swap
Swaps
Vient d’un mot anglais qui signifie « échange ». Un swap est donc un échange entre deux parties. Dans le domaine financier, il s’agit d’un échange de flux financiers : par exemple, j’échange un taux d’intérêt à court terme contre un taux à long terme moyennant une rémunération. Les swaps permettent de transférer certains risques afin de les sortir du bilan de la banque ou des autres sociétés financières qui les utilisent. Ces produits dérivés sont très utilisés dans le montage de produits dits structurés.
et Dérivés Dérivés
Dérivé
Dérivé de crédit : Produit financier dont le sous-jacent est une créance* ou un titre représentatif d’une créance (obligation). Le but du dérivé de crédit est de transférer les risques relatifs au crédit, sans transférer l’actif lui-même, dans un but de couverture. Une des formes les plus courantes de dérivé de crédit est le Credit Default Swap.
- une des institutions censées promouvoir des pratiques de management “sûres” (c’est ce qu’ils disent sur le papier) comme par exemple les dérivés, c’est-à-dire les instruments financiers Instruments financiers Les instruments financiers sont les titres financiers et les contrats financiers.
Les titres financiers sont :
• les titres de capital émis par les sociétés par actions (actions, parts, certificats d’investissement, etc.),
• les titres de créance, à l’exclusion des effets de commerce et des bons de caisse (obligations et titres assimilés),
• les parts ou actions d’organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM).
Les contrats financiers, également dénommés « instruments financiers à terme », sont les contrats à terme sur taux d’intérêt, les contrats d’échange (swaps), les contrats à terme sur toutes marchandises et denrées, les contrats d’options d’achat ou de vente d’instruments financiers et tous les autres instruments de marché à terme.
qui sont à l’origine de la crise bancaire de 2007-2008 ! Les fonds spéculatifs Aurélius et Elliott, qui viennent de faire plier l’Argentine aux termes d’un procès qui a duré 10 ans, sont également représentés par cette institution. La spécialité de ces fonds ? Spéculer sur les dettes de certains pays en difficulté économique comme ceux du Sud (mais pas seulement comme le démontre le cas de la Grèce en 2012) |4| en les rachetant à prix cassé, pour ensuite attaquer les États en justice et exiger un remboursement plein pot qui peut allerjusqu’à 2000% de leur mise de départ.

Arrêt suivant : un autre créancier “d’excellence” (surtout pour l’État belge), la banque Belfius (il y a beaucoup d’agences Belfius à Bruxelles, nous avons choisi celle en rue de la Loi 82 qui était sur notre parcours !). Belfius est la nouvelle mue dela banque belge Dexia, qui a fait l’objet d’une série de sauvetages sur fonds publics en 2008, 2011 et 2012. Des sauvetages, qui -parmi d’autres bien entendu- sont responsables, de l’accroissement de la dette publique belge qui est passée de 87% du PIB PIB
Produit intérieur brut
Le PIB traduit la richesse totale produite sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées.
Le Produit intérieur brut est un agrégat économique qui mesure la production totale sur un territoire donné, estimée par la somme des valeurs ajoutées. Cette mesure est notoirement incomplète ; elle ne tient pas compte, par exemple, de toutes les activités qui ne font pas l’objet d’un échange marchand. On appelle croissance économique la variation du PIB d’une période à l’autre.
en 2007 à 113% en 2016. Aujourd’hui Belfius, nettoyée de tous les crédits toxiques venant de Dexia, s’avère sous contrôle de l’État belge, qui en est actionnaire à 100%, bien que sa gestion se cantonne encore à une maximalisation des profits. La campagne “Belfius est à nous !” cherche à informer la population de cette situation et à proposer une véritable gestion publique et la socialisation de la banque au profit de l’intérêt général. |5|

Notre tour se conclut « en beauté » avec la Commission européenne et la Banque Centrale européenne BCE
Banque centrale européenne
La Banque centrale européenne est une institution européenne basée à Francfort, créée en 1998. Les pays de la zone euro lui ont transféré leurs compétences en matières monétaires et son rôle officiel est d’assurer la stabilité des prix (lutter contre l’inflation) dans la dite zone.
Ses trois organes de décision (le conseil des gouverneurs, le directoire et le conseil général) sont tous composés de gouverneurs de banques centrales des pays membres et/ou de spécialistes « reconnus ». Ses statuts la veulent « indépendante » politiquement mais elle est directement influencée par le monde financier.
(BCE)
(Rue de la Loi 200 et au 223 le Representative office de la BCE), l’incarnation publique du pouvoir de la finance et des multinationales à l’échelle européenne. La Commission avec ses 30,000 lobbyistes |6| est non seulement la gardienne des traités de l’UE (comme l’indique ses statuts), mais aussi le cœur pulsant de la politique néolibérale européenne. Les lettres secrètes envoyées aux États membres demandant plus de flexibilisation du marché du travail et plus de coupes dans les dépenses de santé, d’éducation, de culture...afin de rentrer dans les fameux critères de Maastricht |7|, sont un des exemples les plus concrets de l’influence de cette institution dans la gestion de comptes publics des États membres et dans l’application de l’austérité au prétexte du remboursement de la dette publique.

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Le vautour est toujours là..il faudrait le chasser à un moment..

La BCE, la grande amie des banques, leur rachète massivement à partir de 2010 des titres de la dette Titres de la dette Les titres de la dette publique sont des emprunts qu’un État effectue pour financer son déficit (la différence entre ses recettes et ses dépenses). Il émet alors différents titres (bons d’état, certificats de trésorerie, bons du trésor, obligations linéaires, notes etc.) sur les marchés financiers – principalement actuellement – qui lui verseront de l’argent en échange d’un remboursement avec intérêts après une période déterminée (pouvant aller de 3 mois à 30 ans).
Il existe un marché primaire et secondaire de la dette publique.
grecque, espagnole, portugaise et italienne dans le but de les soulager de ces investissements risqués. De plus, elle poursuit sa politique d’assouplissement quantitatif permettant aux banques privées de se renflouer à des taux historiquement bas |8|, sans oublier l’application de mesures d’ajustement macroéconomiques imposées en Grèce à travers sa participation à la Troika. |9|

Si vous avez raté cette première et que vous êtes curieux et curieuses de découvrir ce tour, pas des stress : on vous attend au printemps pour la deuxième édition du tour, avec plein de nouvelles surprises et animations !

Relecture par Anouk Renaud
Merci à Ludivine Faniel et Giorgio Grasso pour les photos !


Notes

|1| Le verbe cacher n’est pas employé ici au hasard, car nous avons pu constater que bien souvent le nom des institutions ne figure pas sur la façade des bâtiments où elles se trouvent, voire même sur leur sonnette, comme dans le cas de l’ ISDA (http://www2.isda.org/about-isda/con...) ou de Goldman Sachs (http://www.goldmansachs.com/who-we-...)

|2| http://www.lemonde.fr/economie/arti...

|3| http://www.cadtm.org/De-la-Troika-a...

|4| Pour plus d’info sur les fonds vautours, lire , http://www.cadtm.org/Activites-des-... , http://www.cadtm.org/Belgique-VS-Fo... . Sur la Grèce : http://www.cadtm.org/En-Grece-voici...

|5| http://www.fairfin.be/fr/belfius-es...

|6| https://www.theguardian.com/world/2...

|7| Les critères de convergence (ou « critères de Maastricht » ) sont des critères établis en 1991-1993 par le Traité de Maastricht et fondés sur des indicateurs économiques que doivent respecter les pays membres de la zone euro. Parmi ces critères on trouve : la stabilité des prix (le taux d’inflation annuel d’un État membre donné ne doit pas dépasser de plus de 1,5 % la moyenne des trois États membres présentant les taux d’inflation annuels les plus bas), le déficit public inférieur à 3 % du PIB, dette publique inférieure à 60 % du PIB

|8| http://www.cadtm.org/La-BCE-le-gouv...

|9| Pour plus d’info lire : http://www.cadtm.org/La-dette-publi...

Auteur.e

Chiara Filoni

Permanente au CADTM Belgique