« Nous devons sauver les citoyens et non pas les banques »

3 mai 2014 par Pepe Mejia , Adela Zamudio


Le seul candidat immigré de la liste “Podemos” aux prochaines élections européennes.

Combattant reconnu des droits de l’homme, pendant le régime de Fujimori il a été condamné par un tribunal militaire sans visage à vingt ans de prison, il a eu un rôle de premier plan en tant que porte-parole de la « Plate-forme 0,7 » pour allouer 0,7 pour cent du PIB à des programmes de coopération et de lutte contre la faim et la pauvreté.

Interview de Pepe Mejia par Adela Zamudio

Né au Pérou il y a cinquante six ans, il était engagé dans sa jeunesse dans des groupes de base chrétiens dans la province de Callao. Plus tard, il a milité et participé à divers mouvements sociaux de solidarité avec le Salvador, le Nicaragua, contre l’OTAN OTAN
Organisation du traité de l’Atlantique Nord
Elle assure aux Européens la protection militaire des États-Unis en cas d’agression, mais elle offre surtout aux États-Unis la suprématie sur le bloc occidental. Les pays d’Europe occidentale ont accepté d’intégrer leurs forces armées à un système de défense placé sous commandement américain, reconnaissant de ce fait la prépondérance des États-Unis. Fondée en 1949 à Washington et passée au second plan depuis la fin de la guerre froide, l’OTAN comprenait 19 membres en 2002 : la Belgique, le Canada, le Danemark, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Islande, l’Italie, le Luxembourg, la Norvège, les Pays-Bas, le Portugal, auxquels se sont ajoutés la Grèce et la Turquie en 1952, la République fédérale d’Allemagne en 1955 (remplacée par l’Allemagne unifiée en 1990), l’Espagne en 1982, la Hongrie, la Pologne et la République tchèque en 1999.
, contre la Constitution européenne, la célébration du cinquième centenaire du réseau citoyen pour l’abolition de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
extérieure (RECADE). Il a participé à plusieurs actions Action
Actions
Valeur mobilière émise par une société par actions. Ce titre représente une fraction du capital social. Il donne au titulaire (l’actionnaire) le droit notamment de recevoir une part des bénéfices distribués (le dividende) et de participer aux assemblées générales.
comme des occupations d’ambassades, pour les immigrés, des grèves de la faim, l’occupation de la banque Santander à Madrid, le camping et l’enchaînement aux grilles des Cortes pour exiger une loi de coopération juste et solidaire. Avec une vingtaine de militants il a occupé pendant quinze jours la cathédrale de l’Almudena. Et il poussa un cri en quechua dans les fêtes de Mota del Cuervo dans la province de Castille La Manche.

Il recevait le prix des droits de l’homme de l’association pour la défense de la vie (ADEVI) du Pérou, pour la récompense de la coopération par la fondation indépendante pour la liberté d’expression de l’union des journalistes d’Espagne après l’assassinat de huit journalistes péruviens à Uchuraccay.

Membre d’ATTAC depuis sa fondation, Pepe Mejia a participé à la plate-forme pour la défense de la santé publique d’Amérique latine à Madrid et à la coordination des quartiers d’Amérique latine (COVELA). Le cercle Podemos de Carabanchel Amérique latine l’a élu, avec Fani y Enrique, candidat aux primaires. Il est entré dans la liste aux élections européennes avec l’intention « d’expliquer les valeurs de Podemos comme un projet né d’en bas et la nécessaire articulation pour en finir avec les voleurs, les escrocs et les assassins ».

Question. Qu’est ce que Podemos ?

Réponse. Podemos est un projet qui vise à recueillir toute la colère causée par les banques, leurs agents et leurs complices, les politiciens corrompus du PSOE et du Parti Populaire principalement, et articuler une force politique pour gagner la majorité sociale pour évincer les responsables de cette fraude qu’on veut nous vendre comme crise. D’autre part, Podemos est un espace pour expérimenter des embryons de pouvoir populaire à travers les cercles. Nous sommes plus de trois cents et c’est la plus grande force de ce projet qui a suscité tant d’espoirs.

Question. Divers milieux ont manifesté publiquement des critiques par rapport à la prise de décision à l’intérieur de Podemos, des accusations de verticalisme et d’autoritarisme. Quelle est votre opinion sur la décision de remplacer le logo de Podemos sur le bulletin de vote par la photographie de Pablo Iglesias ?

Réponse. Les cercles veulent acquérir plus d’autonomie, car ils sont le moteur du projet. Tout le pouvoir aux cercles, ce sont eux qui commandent. Mais il est vrai aussi que les décisions sont prises en dehors des cercles et c’était très tangible dans le cas de Verstrynge. De nombreux membres des cercles ont demandé des explications auxquelles Pablo Iglesias devait répondre. En ce qui concerne le changement du logo par la photographie de Pablo, je suis en désaccord avec cette décision qui a été prise sans consultation préalable des cercles. Je n’aime pas le culte de la personnalité. Podemos est un projet collectif ou il n’est pas. Cependant, il ne fait aucun doute que Pablo a une bonne image médiatique et c’est ce support médiatique qui nous permet d’expliquer notre discours. De mon point de vue il doit y avoir un équilibre entre la figure médiatique et la consultation, l’information et le compte rendu des cercles. Il y a les obligations Obligations
Obligation
Part d’un emprunt émis par une société ou une collectivité publique. Le détenteur de l’obligation, l’obligataire, a droit à un intérêt et au remboursement du montant souscrit. Il peut aussi, si la société est cotée, revendre son titre en bourse.
de la campagne électorale mais ce n’est pas un prétexte pour empêcher la démocratie participative et horizontale. Nous pouvons et nous devons conjuguer la démocratie interne et d’autres formes d’action politique avec les obligations de la conjoncture.

Abroger les décrets lois de la réforme du travail

Question. Quelles sont les idées fortes et les propositions de Podemos pour les élections européennes ?

Réponse. En premier lieu, sauver les citoyens et non pas les banques. Abroger les décrets lois de la réforme du travail qui nous conduisent à la faim et à la misère. Des salaires et des retraites dignes, l’audit citoyen de la dette publique et privée. Nous nous concentrons sur la mise en œuvre de la taxe Tobin Taxe Tobin Taxe sur les transactions de change (toutes les conversions de monnaie), proposée à l’origine en 1972 par l’économiste américain James Tobin pour stabiliser le système financier international. L’idée a été reprise par l’association ATTAC et par d’autres mouvements altermondialistes dont le CADTM, dans le but de diminuer la spéculation financière (de l’ordre de 1.200 milliards de dollars par jour en 2002) et de redistribuer le bénéfice de cette taxe aux plus démunis. Les spéculateurs internationaux qui passent leur temps à changer des dollars en yens, puis en euros, puis en dollars, etc., parce qu’ils estiment que telle monnaie va s’apprécier et telle autre se déprécier, devront payer une taxe minime, entre 0,1 % et 1 %, sur chaque transaction. Selon ATTAC, elle pourrait rapporter au moins 100 milliards de dollars à l’échelle mondiale. Qualifiée d’irréaliste par les classes dirigeantes pour justifier leur refus de la mettre en place, l’analyse méticuleuse de la finance mondialisée menée par ATTAC et d’autres a au contraire prouvé la simplicité et la pertinence de cette taxe. sur les transactions financières et le renforcement des sanctions contre les infractions fiscales. Nous nous proposons de surveiller et de limiter les activités des groupes de pression et de défendre la liberté d’expression, de réunion, de manifestation et de participation populaire, de défendre les droits des homosexuels, lesbiennes, transexuels, bisexuels et intersexuels.

Question. Quelle est votre position sur l’avortement ?

Réponse. Je soutiens le droit de décider de notre propre corps, de protéger les droits sexuels et de reproduction et d’assurer la conciliation entre la vie professionnelle et la vie personnelle et familiale pour les femmes comme pour les hommes.

Question. Quelles sont vos propositions en matière d’immigration ?

Réponse. Nous sommes toujours traités comme une main d’œuvre pas chère et sans droits. Nous demandons la reconnaissance de nos droits et l’abrogation des lois contre l’immigration, la fermeture des centres de rétention des étrangers (CIE), la suppression des programmes Frontex contre l’émigration et la suppression de la directive de la honte. Nous demandons la suppression des clôtures de Ceuta et Melilla. Nous luttons contre les entreprises qui profitent de notre situation et nous exploitent comme des esclaves. Nous disons que la résidence ne dépend pas de notre revenu. La citoyenneté, notre citoyenneté, n’est pas à vendre. Nous demandons la liberté de circulation et le droit de vote où nous vivons et travaillons, sans contrepartie.

Question. Malgré toutes les problèmes que vous rencontrez, faites vous tout ce que vous devez faire pour lutter contre la corruption ?

Réponse. En ce qui concerne la lutte contre la corruption, je pense que nous ne faisons pas assez. La corruption ronge toutes les entrailles de l’État, y compris la monarchie. Le discrédit et la méfiance envers ce régime augmentent tous les jours. Les gens croient de moins en moins dans les institutions nées du mal nommé modèle de la transition. Il y a mille sept cents cas, cinq cents mises en examen et seulement vingt sont en prison. Ce n’est pas possible. Nous ne pouvons pas continuer comme cela.

Reconnaître le droit des peuples de décider

Question. Et sur ​​la scène internationale, que défend Podemos ?

Réponse. Il faut conquérir la souveraineté pour construire la démocratie. Et cela vaut pour l’abrogation du traité de Lisbonne pour que les services publics ne soient pas soumis au principe de la concurrence et ne soient pas transformés en marchandises, la modification des traités de libre échange qui ne profitent qu’aux sociétés transnationales et ne respectent pas les droits humains et la reconnaissance du droit de décider des peuples d’Europe.

Question. Qu’en est-il de l’environnement et de l’écosystème ?

Réponse. Il est nécessaire de développer le monde rural pour rééquilibrer la société, de protéger, de manière globale, l’environnement, de promouvoir des actions visant à réaliser des politiques de souveraineté alimentaire, l’agriculture durable, la protection de la biodiversité agricole et des coopératives agricoles. Garantir le droit à l’eau comme un droit humain fondamental.

Question. Que pouvez-vous ajouter concernant vos propositions ?

Réponse. La protection des animaux en prévoyant des peines pour des actes de violence et de négligence et l’élimination de toute utilisation de fonds publics pour les activités néfastes aux animaux. Interdire la tauromachie et le trafic d’espèces exotiques ou en voie de disparition. Nous pouvons présenter un candidat à l’engagement à la transparence, des ressources propres et non dépendantes des banques, nous n’avons pas demandé des prêts des banques pour financer notre campagne, nous avons signé un engagement de rotation des charges et d’un revenu équivalent au salaire moyen, avec une liste paritaire et soutenue par des militants sociaux.

Question. Comment êtes-vous organisés ?

Réponse. Nous sommes organisés en cercles territoriaux et sectoriels. Il y a des cercles de la santé, de l’immigration et dans les districts, les quartiers et les villes. Nous sommes en train d’organiser les coordinations au niveau régional. À Madrid, nous réunissons tous les porte-paroles des cercles chaque semaine et nos cercles, véritables embryons de pouvoir populaire, chaque semaine dans certains cas, ou comme chaque cercle le décide. Des commissions de travail ont été créées en fonction des besoins. Nous suivons le critère de l’horizontalité et de la participation. Il y a beaucoup d’autonomie et petit à petit nous réalisons « tout le pouvoir aux cercles ».