Déclaration du Secrétariat régional Siyada

Pandémie de coronavirus à l’ombre de l’exploitation capitaliste et domination impérialiste des personnes et de la nature

31 mars par Siyada


La pandémie du virus Corona alarme d’une catastrophe humanitaire.

Cette crise sanitaire épidémique coïncide avec une crise mondiale multiforme et l’aggrave : crise politique, économique, sociale, environnementale et climatique. En d’autres termes, nous vivons actuellement une crise de la civilisation capitaliste machiste et raciste, qui aura des effets inégaux, avec de graves conséquences pour les groupes vulnérables et marginalisés, particulièrement nos sociétés dans les pays du Sud, dont l’Afrique du Nord. Cette crise sanitaire nous confirme l’étendue du crime du système économique capitaliste actuel en détruisant les systèmes environnementaux, agricoles, culturels et sociaux qui lui sont associés, afin d’imposer un système mondial destructeur et totalement inapproprié pour protéger notre santé en tant qu’individus et en tant que sociétés. Si nous ne nous mobilisons pas et n’exigeons pas des réponses équitables et efficaces pour lutter contre cette épidémie, cette dernière aura de graves conséquences pour les classes populaires, les appauvris, les petits paysans et les travailleurs. Nous devons tirer les leçons des expériences passées pour vaincre l’épidémie de Corona et trouver de vraies solutions aux multiples crises que nous traversons (y compris la crise climatique), ainsi que pour mettre un terme à l’aggravation des inégalités et des injustices sociales, afin de construire un nouveau système juste et durable.

 Le capitalisme est en crise

La crise multiforme qui a frappé le monde s’est aggravée au cours des dernières années. Les marchés financiers Marchés financiers
Marché financier
Marché des capitaux à long terme. Il comprend un marché primaire, celui des émissions et un marché secondaire, celui de la revente. À côté des marchés réglementés, on trouve les marchés de gré à gré qui ne sont pas tenus de satisfaire à des conditions minimales.
ont même affaibli les économies les plus solides des pays industrialisés. Nous assistons également à un accroissement des politiques capitalistes désastreuses, parallèlement à l’hostilité et au racisme à l’égard des réfugiés et des migrants, sans parler de la montée inquiétante du fascisme et des forces d’extrême droite dans les pays du Nord en particulier.

Cette crise a révélé l’étendue catastrophique des politiques centrales urbaines, qui privilégient les investissements industriels, immobiliers et mercantiles aux dépens de la production agricole, des services de santé et d’éducation destinés à la grande majorité des résidents dans les zones rurales qui produisent principalement la nourriture, premier besoin de l’humanité.

L’accaparement des terres agricoles à des fins de spéculation Spéculation Opération consistant à prendre position sur un marché, souvent à contre-courant, dans l’espoir de dégager un profit.
Activité consistant à rechercher des gains sous forme de plus-value en pariant sur la valeur future des biens et des actifs financiers ou monétaires. La spéculation génère un divorce entre la sphère financière et la sphère productive. Les marchés des changes constituent le principal lieu de spéculation.
financière et la production de biocarburants, pour assurer la sécurité alimentaire de certains pays, augmente le coût de la nourriture, ce qui nous conduira à une nouvelle crise alimentaire. L’accroissement des activités extractives et le pillage des ressources naturelles ont augmenté grâce aux technologies coûteuses, dangereuses et destructrices de l’environnement. Cependant, ces pratiques sont nécessaires pour le maintien du mode de vie dominant dans les pays du Nord, est basé sur la croissance éternelle et le consumérisme que ces pays imposent au reste de l’humanité.

Les pays du Sud en particulier subissent les conséquences de cet assaut capitaliste et impérialiste. Dans ces régions, les petits paysans sont dépouillés de leurs terres pour se retrouver dans le besoin et l’extrême pauvreté. En même temps, le coût élevé des denrées alimentaires de base se traduit chez eux par la famine. Du fait des politiques néolibérales appauvrissantes, des millions d’ouvriers sont licenciés et les travailleurs sont marginalisés. En plus de ce qui précède, l’effet de serre entraîne des milliers de décès à cause de la sécheresse, la désertification, les inondations et/ou des ouragans.

Parallèlement à l’explosion de la crise de la dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
au début des années 1980, les pays du Sud, y compris notre région, ont été soumis à de violentes ingérences des institutions financières internationales ; le Fonds Monétaire International FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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et la Banque Mondiale Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
, pour orienter leurs politiques publiques et équilibrer leurs budgets en réduisant les dépenses. Cette intervention vise à fournir les liquidités Liquidité
Liquidités
Capitaux dont une économie ou une entreprise peut disposer à un instant T. Un manque de liquidités peut conduire une entreprise à la liquidation et une économie à la récession.
nécessaires pour le remboursement des dettes et l’achat des produits européens non vendus.

Depuis lors, l’endettement est demeuré un système visant à soumettre les peuples de notre région et à les éloigner de toute tentative de construction de leurs économies au-delà de la subordination absolue aux Etats impérialistes. Malgré la cessation officielle des politiques d’ajustement structurel Ajustement structurel Les Plans d’ajustement structurel ont été imposés par les IFI en contrepartie de l’octroi de nouveaux prêts ou de l’échelonnement d’anciens prêts, projets financés par la Banque mondiale, conditionnalités du FMI, etc.
Les Plans d’austérité, appliqués depuis aux pays endettés du Nord, sont des copiés/collés des Plans d’ajustement structurel subits par les pays du Sud depuis 30 ans.
, ces institutions ont continué d’intervenir à travers leurs rapports d’orientation sur ces régimes.

Des décennies de politiques néolibérales et la course folle derrière le profit privé ont conduit à la privatisation des hôpitaux publics et à l’imposition d’une grande austérité dans les budgets des services publics, y compris ceux de la santé. Ceci constitue un véritable crime que des millions d’innocents paieront cher, surtout dans nos pays dépendants, où l’appauvrissement de masse et le Corona s’allieront pour laisser un terrible massacre. Nous espérons que la chaleur affaiblira sa férocité ou la découverte d’un médicament qui évite aux travailleurs le terrible sort réservé à l’humanité.

 La crise mondiale de la santé – l’épidémie de Corona

La crise sanitaire actuelle doit être analysée et comprise dans ce contexte mondial. Cette crise, qui aura de graves conséquences sociales et économiques, accentuera d’autres crises, n’est pas une catastrophe naturelle, comme certains le préconisent. Le virus Covid-19 n’est pas un virus chinois, comme certains le disent (le président américain Trump, par exemple), exprimant des attitudes racistes, mais c’est un virus résultant de l’étendue d’un modèle agricole capitaliste destructeur qui crée un déséquilibre dans l’environnement par des monocultures appauvrissantes, par l’intensification de l’élevage pour la production de viande et de produits laitiers industriels et commerciaux, par le déboisement généralisé et à la perte des habitats naturels. Le mode de production capitaliste pénètre sauvagement dans les limites extrêmes de la terre et détruit l’équilibre qui permet à la société de vivre en harmonie avec son environnement. Cet écart croissant entre l’accumulation du capital et la nature menace notre planète en tant que lieu d’existence humaine et au reste des êtres vivants. Toutes les voies des désastres du système capitaliste se sont croisées, dont le traitement potentiel de l’épidémie qui sera soumis à la logique des marchands de guerre, c’est-à-dire combien de bénéfices seront acquis aux entreprises !

Cette crise sanitaire mondiale et ses conséquences ne sont qu’une facette de l’exploitation capitaliste et de la domination impérialiste des peuples et de la nature.

Dans notre région, l’Afrique du Nord, le virus a commencé à se propager et à tuer, quoique lentement, et il ne fait aucun doute qu’il est en accroissement, et les mesures annoncées ne constituent qu’un avertissement avant la catastrophe.

Des millions de petits agriculteurs, de travailleurs agricoles et de pêcheurs qui travaillent dur, supportent le fardeau de fournir quotidiennement de la nourriture aux populations, les forçant à travailler pendant la propagation de l’épidémie. Des millions d’entre eux risquent de contracter le virus, pour s’assurer que la roue de production continue à tourner sur leurs efforts. Certes, la fermeture des frontières avec l’Europe et le manque de marchés auront des conséquences sociales importantes (démobilisation, chômage, faillite…).

Il est évident que le risque de contamination guette les travailleurs agricoles et les paysans pauvres, sans la prise de mesures exceptionnelles pour les protéger, ainsi que le reste des travailleurs contraints par leurs conditions de vie, de travailler dans ces conditions. De plus, la majorité des personnes qui travaillent dur n’ont pas le pouvoir d’achat pour parer au risque de contamination par le virus, en achetant les médicaments et la nourriture saine dont elles ont besoin.

Ce qui se passe dans le monde et dans notre région, l’Afrique du Nord, nous pousse de façon urgente, à lutter pour la souveraineté sur la richesse et la nourriture de nos peuples, car les entreprises investissant dans les cultures industrielles forceront les travailleurs à travailler, sans compensations exceptionnelles et sans mesures strictes de protection contre les infections, car cela affectera leurs bénéfices. Le rude test que connaissent nos sociétés a démontré la priorité de la défense des services publics, car c’est une garantie sociale qui ne peut être compromise par les directives des institutions financières qui contrôlent nos vies.

Sur la base de ce qui précède, nous, au secrétariat régional du Réseau Nord-Africain pour la Souveraineté Alimentaire, appelons :

  • Les petits agriculteurs, travailleurs agricoles et pêcheurs à continuer de s’organiser et de lutter pour la couverture complète de leurs droits dans les circonstances exceptionnelles actuelles, en envisageant des méthodes de lutte collective qui garantissent leur protection contre l’infection par le Coronavirus.
  • Reconsidérer les politiques de développement dans les pays du Sud et d’Afrique du Nord et de tirer les leçons de cette catastrophe, en redéfinissant les priorités vers la production agricole et alimentaire et la pêche, et en fournissant des services de santé et d’éducation aux citoyens en tant qu’éléments de base pour un développement sain et durable au service de nos peuples.
  • Les gouvernements de nos pays d’Afrique du Nord assument pleinement leurs responsabilités pour préserver et assurer la sécurité de tous les travailleurs, y compris les travailleurs agricoles, les petits paysans et les pêcheurs dans la situation actuelle, en prenant toutes les mesures de sécurité dans les fermes agricoles qui comprennent des centaines de travailleurs agricoles, ainsi que dans les ports…
  • Allouer une compensation aux petits paysans et à tous les travailleurs affectés par la crise actuelle (formels ou informels), et leur réserver un budget qui leur est propre.
  • Assurer à tous les hôpitaux les équipements nécessaires pour éviter la catastrophe, par le prélèvement d’impôts progressifs sur le revenu et sur les grands investisseurs. S’il le faut, mettre les cliniques privées gratuitement au service des patients, pour faire face à cette crise.
  • Assurer l’approvisionnement alimentaire nécessaire et affronter les entreprises capitalistes qui chercheront à augmenter les prix de certains produits fortement demandés.
  • Mettre fin à toutes les politiques néolibérales de pillage et annuler la dette publique et les accords de libre-échange qui ne servent pas nos pays.

Nous exprimons également notre solidarité avec tous les peuples du monde, en particulier ceux qui souffrent du poids des sanctions économiques comme les peuples iranien et vénézuélien, ou qui vivent des guerres et des occupations meurtrières dans certains pays, comme la Libye, la Syrie, le Yémen et la Palestine. Nous ne pouvons pas non plus oublier le sort des migrants et des réfugiés dont les portes de la forteresse Europe étaient fermées face à eux. Dans le même temps, nous encourageons les gouvernements de nos pays à soutenir d’autres pays africains dans leurs efforts pour faire face à cette épidémie mondiale.

Nous refusons également, au Secrétariat Régional du Réseau Nord-Africain pour la Souveraineté Alimentaire, que nos peuples paient le prix des politiques néolibérales de nos gouvernants, en hypothéquant les richesses de nos pays aux capitaux extérieur et intérieur, ce qui nous exposera à une catastrophe humanitaire si la situation actuelle durera plus que nécessaire.

Enfin, nous ne devons pas laisser cette crise normaliser l’utilisation croissante du contrôle et du militarisme et des mesures autoritaires qui portent atteinte à la liberté et à la démocratie. Bon nombre de ces mesures peuvent être appropriées comme réponse à court terme aux urgences de santé publique, mais elles ne devraient pas devenir la nouvelle norme pour le monde post-Corona.

Chaque crise est une opportunité, et le système capitaliste-impérialiste, avec nos élites despotiques, cherchera à se renouveler par d’autres moyens pour accaparer les richesses des peuples. Nous ne devons pas permettre cela. Nous devons de toute urgence rechercher des alternatives durables et équitables à l’ordre mondial actuel. La seule solution qui nous est possible est la solidarité entre nous et notre travail pour construire un nouveau monde dans lequel règnent la souveraineté populaire, la démocratie et la justice sociale.

Souveraineté sur la terre et l’alimentation… Souveraineté sur le destin

Secrétariat Régional du Réseau Nord-Africain pour la Souveraineté Alimentaire
23.03.2020




Source : Siyada

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