El Jadida 25-27 juillet 2008

Participation d’ATTAC/CADTM Maroc au 1er FSMaghreb

4 août 2008 par Mimoun Rahmani


Plus de 30 militants d’ATTAC Maroc étaient présents au 1er Forum social maghrébin, tenu à la ville d’El Jadida à une centaine de km de Casablanca. Dès l’entrée de la Fac des sciences qui a abrité les travaux du Forum on peut apercevoir le drapeau d’ATTAC au milieu du stand de l’association : Livres, revue, T-shirts, CD… Et en affiche la photo de Brahim Bara militant d’ATTAC arrêté suite aux événements de Sidi Ifni. Le texte de pétition de solidarité avec la population d’Ifni exigeant la libération de tous les détenus était également collé sur le mur. De l’autre côté du couloir, le mur est complètement « décoré » d’affiches, pancartes, déclarations et photos témoignant du drame de ce samedi noir (7 juin 2008) qui restera gravé dans les mémoires de tous les habitants de la ville d’Ifni.

Sur le plan du débat, ATTAC Maroc a organisé 3 ateliers autogérés : le premier sur le thème « Mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
et cherté de la vie » a réuni une quarantaine de participants. Aboud Mohamed, membre du Secrétariat national d’ATTAC ouvre le débat par une analyse critique du système de subvention des matières essentielles et démontre comment l’Etat, à travers le mécanisme de la caisse de compensation, soutient plutôt les riches au détriment des pauvres ! Il précise, en outre, que le projet de réforme en phase d’étude et qui consistera à la distribution des aides directes (qui ne dépasseront pas les 500 dh) aux familles les plus pauvres se heurtera à des difficultés d’application et mettra fin au système de compensation dont bénéficie également la classe moyenne. Mimoun Rahmani, également membre du Secrétariat national, complète par une petite intervention sur les causes extérieures (mondiales) de la hausse des prix, et les mesures prises par le gouvernement marocain dans le cadre de la loi de finances 2008 qui a été établie sur la base de fausses prévisions (exemple du pétrole à 75 dollars le baril, le prix vient d’être doublé.. !). Il a par ailleurs montré que l’Etat recourt de plus en plus à l’endettement extérieur pour régler les arriérés des factures énergétiques. Plus grave encore, le gouvernement étudie la possibilité de se débarrasser desdits arriérés moyennant l’émission des bons de Trésor au profit des Compagnies pétrolières.. ! La dette Dette Dette multilatérale : Dette qui est due à la Banque mondiale, au FMI, aux banques de développement régionales comme la Banque Africaine de Développement, et à d’autres institutions multilatérales comme le Fonds Européen de Développement.
Dette privée : Emprunts contractés par des emprunteurs privés quel que soit le prêteur.
Dette publique : Ensemble des emprunts contractés par des emprunteurs publics.
intérieure, qui est déjà à un niveau insoutenable, risque d’augmenter davantage.

Le 2e atelier sur le thème de « Dynamique du mouvement altermondialiste » a été marqué par la participation de Mimoun Rahmani d’ATTAC/CADTM Maroc, Victor Nzuzi de NAD/CADTM RDC (Congo), Gilles Lemaire d’ATTAC/CEDETIM France et Annik Coupé de Sud Solidaire France. Le débat a porté sur la genèse du mouvement altermondialiste, la dynamique des Forums sociaux, la place des mouvements sociaux et des mouvements de luttes dans les Forums sociaux, l’avenir des Forums sociaux… Une analyse plus ou moins critique a été apportée quant à l’expérience maghrébine, mais tout le monde s’accorde à dire que l’espace du Forum social est un acquis considérable qu’il faut préserver et développer tout en donnant plus la parole aux mouvements de luttes qui se sont multipliés dans la région ces derniers temps.

Le dimanche matin, à l’initiative d’ATTAC Maroc et en coordination avec les mouvements de luttes d’Algérie (Enseignants en grève de la faim) et de Tunisie (bassin minier de Gafsa), est organisé un sit-in de protestation et de solidarité devant la Fac des sciences. Acte qui a été suivi par un grand rassemblement organisé et animé par ATTAC Maroc. Plus de 700 participants (parmi 1700 personnes présentes au FSMaghreb) ont suivi et applaudi la projection du Film « Ifni, le samedi noir » réalisé par ATTAC Maroc. Cette projection a été précédée d’un rappel des événements et présentation des conclusions du rapport de la commission d’enquête indépendante (14 organisations dont ATTAC Maroc), et suivie de témoignages de luttes du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie. D’autres militants du Maghreb et de l’Europe ont pris la parole pour exprimer leur solidarité avec toutes ces luttes sociales et pour réclamer la libération des détenus et dénoncer la criminalisation des mouvements sociaux.

Par ailleurs, les jeunes d’ATTAC Maroc ont participé à l’animation culturelle du Forum et Omar Radi a animé l’axe Jeunes, culture et médias intitulé « Culture de la résistance et résistances culturelles au Maghreb ».







Mimoun Rahmani

Secrétaire général adjoint d’ATTAC Maroc, est membre d’ATTAC/CADTM Maroc et représentant du Réseau CADTM international au CI du FSM.