#Pas lui, pas maintenant, jamais - Déclaration après l’élection de Jair Bolsonaro

31 octobre par Attac Europe


Nous voulons exprimer notre soutien et notre solidarité à tous les mouvements, aux militant·e·s, aux communautés marginalisées du Brésil qui se réveillent ce matin dans le cauchemar de Jair Bolsonaro élu président.

Aucun mandat électoral ne rend acceptable ou démocratique le fait d’accéder au pouvoir par la démonisation des adversaires, l’utilisation de l’étiquette « terroriste » pour discréditer les mouvements sociaux et les menaces sur les droits et les libertés des citoyen·ne·s désignés comme boucs émissaires des problèmes causés par l’économie mondialisée. Ceux qui s’adonnent à ces pratiques sont responsables des crimes les plus atroces du vingtième siècle.

Le racisme, le sexisme et l’homophobie de Bolsonaro, tout comme sa nostalgie d’une dictature militaire au Brésil, ont fait l’objet de nombreux commentaires au niveau international. Mais Bolsonaro ne constitue pas seulement une menace pour les droits (civiques et humains) des citoyen·ne·s brésilien·ne·s. S’il met en œuvre les politiques annoncées, elles vont creuser encore davantage les inégalités en appauvrissant celles et ceux qui sont déjà sous le seuil de pauvreté. Elles détruiront l’environnement et empêcheront les opposants de se faire entendre.

Lors de l’élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis en novembre 2016, nous redoutions qu’elle n’encourage aussi ailleurs ceux qui se réclament de la xénophobie, du nationalisme et de l’autoritarisme. L’élection de Bolsonaro en est le dernier exemple en date. Il nous faut d’urgence construire une opposition mondiale à cette politique de haine et refonder l’internationalisme que nos mouvements ont pu susciter pour s’opposer à l’inhumanité de la guerre et du néolibéralisme. Nous ne pouvons admettre la normalisation de l’arrivée au pouvoir de figures comme Bolsonaro, Trump ou d’autres nationalistes à tendance dictatoriale.

Cette nouvelle forme de fascisme ne vient pas de nulle part. Ces dernières décennies, la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
dominée par les multinationales et la finance a mis en pièce le tissu social un peu partout sur la planète
. Quand la recherche du profit est l’objectif ultime de l’humanité, des pans considérables de la population mondiale se retrouvent marginalisés et incapables de se faire entendre. Des territoires énormes sont livrés à l’extraction dévastatrice. Ceux qui mettent en place de telles politiques mortifères apportent leur soutien à des Bolsonaro et des Trump pour étayer le pouvoir des 1%.

Nous voulons une transformation radicale du système mondial qui fasse passer les gens et la planète avant les profits des riches. Nous voulons un monde basé sur l’égalité, la reconnaissance plein et entière des droits humains et la soutenabilité environnementale. C’est là notre lutte au niveau international – le défi majeur que nous relevons en tant que citoyen·ne·s, communautés et mouvements. Ce ne sera pas facile, mais l’histoire nous montre que la victoire est possible si nous gardons vivants en nous l’espoir et la solidarité.

Un autre monde est possible.



Source : Attac Europe