Pas seulement contestataires

31 décembre 2009 par Antoine Souef


Qu’est-ce que l’altermondialisme ?
Dans l’écrit ci-dessous, Antoine Souef lève les zones d’ombres sur un mouvement très répandu mais souvent peu connu.

L’altermondialisme est souvent considéré comme un mouvement cantonné
à la contestation du néolibéralisme capitaliste mondialisé. Or,
au-delà de la critique de ce système, au-delà de la dénonciation de
ses dérives dangereuses sur les plans social et environnemental, des
analyses de ses mécanismes multiples qui lui permettent de s’imposer
(endettement, multinationales, lobbys, paradis fiscaux Paradis fiscaux
Paradis fiscal
Territoire caractérisé par les cinq critères (non cumulatifs) suivants :
(a) l’opacité (via le secret bancaire ou un autre mécanisme comme les trusts) ;
(b) une fiscalité très basse, voire une imposition nulle pour les non-résidents ;
(c) des facilités législatives permettant de créer des sociétés écrans, sans aucune obligation pour les non-résidents d’avoir une activité réelle sur le territoire ;
(d) l’absence de coopération avec les administrations fiscales, douanières et/ou judiciaires des autres pays ;
(e) la faiblesse ou l’absence de régulation financière.

La Suisse, la City de Londres et le Luxembourg accueillent la majorité des capitaux placés dans les paradis fiscaux. Il y a bien sûr également les Iles Caïmans, les Iles anglo-normandes, Hong-Kong, et d’autres lieux exotiques. Les détenteurs de fortunes qui veulent échapper au fisc ou ceux qui veulent blanchir des capitaux qui proviennent d’activités criminelles sont directement aidés par les banques qui font « passer » les capitaux par une succession de paradis fiscaux. Les capitaux généralement sont d’abord placés en Suisse, à la City de Londres ou au Luxembourg, transitent ensuite par d’autres paradis fiscaux encore plus opaques afin de compliquer la tâche des autorités qui voudraient suivre leurs traces et finissent par réapparaître la plupart du temps à Genève, Zurich, Berne, Londres ou Luxembourg, d’où ils peuvent se rendre si nécessaires vers d’autres destinations.
et
judiciaires,…), le mouvement altermondialiste développe des
alternatives, proposent des systèmes d’organisation qui
permettraient de satisfaire aux besoins du plus grand nombre. Est
altermondialiste, toute personne qui refuse la marchandisation du
monde et qui aspire à un autre monde dont la finalité serait le
bien-être de tous les humains, en lieu et place de la course
actuelle aux profits personnels et immédiats.

La société mondiale

« Chacun le sait ou le sent, la vie en société suppose un ensemble
de valeurs, de services et de biens communs
 » [1]. Ainsi, à l’heure
où les marchandises circulent sur toute la surface du globe à une
vitesse et en des volumes inégalés, à l’heure où se développent des
problèmes d’envergure planétaire (réchauffement climatique,
épidémies, trafics criminels, etc.), il devient indispensable de
définir un ensemble de valeurs, de services et de biens communs à
l’humanité, c’est-à-dire à la société humaine du monde entier. Ces
biens publics et biens communs mondiaux devront alors être produits,
préservés et distribués de manière équitable entre les hommes.

Quels sont ces valeurs et ces biens ?

Concernant les valeurs communes essentielles, on peut se reposer par
exemple sur la déclaration universelle des droits de l’homme de
1948, qui est reconnue par les 192 nations du monde, signifiant
ainsi qu’elles se reconnaissent dans les valeurs de cette
déclaration. Toutefois, pour assurer à chaque être humain la
jouissance de ces droits, il est indispensable de développer à
l’échelle mondiale des biens publics tels que la justice, la
science, l’éducation, la santé ou la culture. Par ailleurs, les lois
naturelles qui régissent le monde ne peuvent pas être négligées, car
elles englobent et déterminent l’existence même de l’humanité.
Climats, énergies, eau, écosystème, ces biens communs doivent êtres
gérés de façon responsable afin d’assurer le maintien des conditions
de vie des hommes.

Un bien commun dilapidé : les énergies fossiles

L’exemple des hydrocarbures et des énergies fossiles est assez
éloquent pour comprendre la problématique des biens communs : la
nature a secrété au cours d’un processus de transformation
millénaire, une ressource incroyable d’énergie facilement
exploitable grâce à la technologie humaine. Malheureusement, au lieu
de l’exploiter rationnellement, les hommes ont dilapidé cette
ressource en quelques décennies en un gaspillage démentiel et
irresponsable, générant par la même occasion une pollution qui
menace très sérieusement l’avenir de la planète et de l’humanité.
Depuis 1950, la consommation d’énergie a été multipliée par 4
pendant que la population n’a augmenté que de 2,4%. Certains États
et quelques sociétés privées se sont disputé ce cadeau irremplaçable
des temps passés, livrant des pays à des guerres sanglantes (Irak,
Congo, Angola, etc.) pour l’obtention de gisements usant de
corruption à grande échelle, et enrichissant un certain nombre
d’initiés de façon disproportionnée (comme l’a révélé entre autres
l’affaire Elf). Le bilan est assez sévère : les ressources vont
bientôt se tarir et le changement climatique est inévitable !
L’humanité aurait été bien plus avisée d’inscrire l’ensemble des
énergies fossiles comme patrimoine commun de l’humanité et de le
gérer comme tel. « L’idée de bien commun de l’humanité impose de ne
pas sacrifier l’avenir pour alimenter le présent (surtout lorsque ce
que l’on alimente au présent est le profit)
 » [2] Si l’on souhaite
permettre à l’humanité de poursuivre son aventure dans un monde
vivable et durable, il est indispensable et urgent de replacer
l’humain au cœur de la mondialisation Mondialisation (voir aussi Globalisation)
(extrait de F. Chesnais, 1997a)
Jusqu’à une date récente, il paraissait possible d’aborder l’analyse de la mondialisation en considérant celle-ci comme une étape nouvelle du processus d’internationalisation du capital, dont le grand groupe industriel transnational a été à la fois l’expression et l’un des agents les plus actifs.
Aujourd’hui, il n’est manifestement plus possible de s’en tenir là. La « mondialisation de l’économie » (Adda, 1996) ou, plus précisément la « mondialisation du capital » (Chesnais, 1994), doit être comprise comme étant plus - ou même tout autre chose - qu’une phase supplémentaire dans le processus d’internationalisation du capital engagé depuis plus d’un siècle. C’est à un mode de fonctionnement spécifique - et à plusieurs égards important, nouveau - du capitalisme mondial que nous avons affaire, dont il faudrait chercher à comprendre les ressorts et l’orientation, de façon à en faire la caractérisation.

Les points d’inflexion par rapport aux évolutions des principales économies, internes ou externes à l’OCDE, exigent d’être abordés comme un tout, en partant de l’hypothèse que vraisemblablement, ils font « système ». Pour ma part, j’estime qu’ils traduisent le fait qu’il y a eu - en se référant à la théorie de l’impérialisme qui fut élaborée au sein de l’aile gauche de la Deuxième Internationale voici bientôt un siècle -, passage dans le cadre du stade impérialiste à une phase différant fortement de celle qui a prédominé entre la fin de Seconde Guerre mondiale et le début des années 80. Je désigne celui-ci pour l’instant (avec l’espoir qu’on m’aidera à en trouver un meilleur au travers de la discussion et au besoin de la polémique) du nom un peu compliqué de « régime d’accumulation mondial à dominante financière ».

La différenciation et la hiérarchisation de l’économie-monde contemporaine de dimension planétaire résultent tant des opérations du capital concentré que des rapports de domination et de dépendance politiques entre États, dont le rôle ne s’est nullement réduit, même si la configuration et les mécanismes de cette domination se sont modifiés. La genèse du régime d’accumulation mondialisé à dominante financière relève autant de la politique que de l’économie. Ce n’est que dans la vulgate néo-libérale que l’État est « extérieur » au « marché ». Le triomphe actuel du « marché » n’aurait pu se faire sans les interventions politiques répétées des instances politiques des États capitalistes les plus puissants (en premier lieu, les membres du G7). Cette liberté que le capital industriel et plus encore le capital financier se valorisant sous la forme argent, ont retrouvée pour se déployer mondialement comme ils n’avaient pu le faire depuis 1914, tient bien sûr aussi de la force qu’il a recouvrée grâce à la longue période d’accumulation ininterrompue des « trente glorieuses » (l’une sinon la plus longue de toute l’histoire du capitalisme). Mais le capital n’aurait pas pu parvenir à ses fins sans le succès de la « révolution conservatrice » de la fin de la décennie 1970.
, et donc d’imposer des limites
à la loi du marché qui s’impose aujourd’hui avant toute autre chose.
Or, François Lille remarque très justement que « la planète vivante
nous précède et nous englobe, elle ne peut être marchandise humaine,
sauf à la détruire et nous avec
 ».

Penser global, agir local

Les biens communs et publics doivent donc être considérés de façon
globale à l’échelle planétaire, mais la mise en œuvre des services
publics assurant leur répartition doit être gérée localement, afin
de s’adapter aux cultures et aux réalités du terrain. Ainsi, le
développement des pays appauvris tels que le Burkina Faso nécessite
avant toute chose la mise en place d’un service public efficace
permettant d’assurer la santé, l’éducation et les moyens de
subsistance à l’ensemble de la population. Ainsi seulement, les
Burkinaè pourront jouir de leurs droits fondamentaux et, à terme,
pourront se passer de l’aide extérieure afin d’établir des relations
égalitaires avec les autres pays du monde. L’aide au développement a
en effet ceci de critiquable qu’elle instaure une inégalité de fait
entre les peuples, car la main qui donne est toujours au dessus de
celle qui reçoit. Nous souhaitons donc un changement réel de la
manière de concevoir le développement, ce que François Lille résume
admirablement par la phrase suivante : « Le passage de l’idée de
l’aide à celle des biens publics, c’est celui de l’humiliante et
trompeuse assistance aux droits des peuples et des gens. L’une se
quémande, les autres se revendiquent et s’exigent
 » [3]. A nous tous de construire cette revendication, ce à quoi nous oeuvrons lors de
nos manifestations telles que le forum social du Burkina [4].

Définitions

« Dans les termes les plus simples et généralisables, on peut
proposer trois définitions basiques :
- le bien commun, c’est ce qui appartient à tout le monde au présent et au futur.
- Le bien public, c’est ce à quoi tout le monde a droit, ici et maintenant.
- Le service public, c’est la manière dont doivent être gérés, produits et
distribués ces biens communs et publics » [5].

Sites à visiter :
Manifeste pour la récupération des biens communs :
http://bienscommuns.org
Forum social du Burkina :
www.forumsocialburkina.info

Pour le Forum social du Burkina, Antoine SOUEF - ATTAC Burkina réseau CADTM

Article paru dans« Le pays »



Notes

[1« On peut changer le monde, à la recherche des biens publics mondiaux » François Lille, François Xavier Verschave, La découverte 2003

[2« A l’aurore du siècle, où est l’espoir ? Biens communs et biens publics mondiaux » François Lille, Flibuste 2006

[3Idem

[4Le prochain forum social du Burkina se tiendra du 07 au 10 avril 2010 à Bobo Dioulasso autour du thème « Quelle agriculture pour le Burkina Faso à l’heure de la crise financière, alimentaire, énergétique et environnementale ». Plus d’informations sur www.forumsocialburkina.info

[5Idem

cadtm.org