Peuple tunisien : merci !!

23 janvier 2011 par Jawad Moustakbal


Le soir du 14 janvier, au moment où je regardais les informations
sur la télé et la reprise du discours de l’ex-président tunisien où il
empruntait le fameux “je vous ai compris” du Général de Gaulle, je me
suis dit que c’est, encore une fois, une sale manœuvre pour faire
calmer les protestataires et étouffer cette révolution extraordinaire
du peuple tunisien. Ma méconnaissance de l’état des lieux en Tunisie,
la force de sa jeunesse et sa détermination était certainement à
l’origine de mes craintes, puisque avant même la fin de ce journal
d’information, on nous informe que le “grand” dictateur, qui faisait
trembler presque tout le monde en Tunisie, a pris la fuite comme un
petit lâche voyou.

Un mouvement principalement contre la “HOGRA”

“HOGRA” politique

Si le jeune tunisien devenu martyr et héros national, Mohamed
ELBOUAZIZI, a pris cette décision suicidaire de s’immoler c’est
surtout contre la HOGRA qu’il a senti des représentants de ce régime
répressif. Habitant à Sidi Bouzid, ville de 40 000 habitants située
dans le centre-ouest de la Tunisie, Mohamed Bouazizi a dû arrêter ses
études secondaires après la mort anticipée de son père qui était
ouvrier agricole. En vendeur ambulant de fruits et de légumes, il a
pris la lourde responsabilité d’une famille de 7 enfants. À l’image de
ses confrères dans toute la région maghrébine, Mohamed se fait
régulièrement confisquer sa marchandise par les policiers, insulter
et humilier à chaque fois qu’il essaye de la restituer. Ce jour-là, il
en avait assez !
Si les contestations, qui ont débutées par des dizaines de manifestants
dans cette petite localité, se sont élargies à des milliers de protestants
un peu partout dans le pays, c’est que tout le peuple tunisien, avec ses
femmes et ses hommes, jeunes et moins jeunes, s’est identifié à Mohamed
ELBOUAZIZI et avait envie de dire « BASTA » : ça suffit !
23 ans de dictature : ça suffit !, 23 ans d’humiliation : ça
suffit !, 23 ans d’état d’exception où une simple réunion, un sit-in,
une manifestation sont réprimés dans le sang et l’exemple du bassin
minier de Rdayef et plus qu’éloquent !

“HOGRA” économique

Si les IFI, et à leur tête la BM Banque mondiale
BM
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) a été créée en juillet 1944 à Bretton Woods (États-Unis), à l’initiative de 45 pays réunis pour la première Conférence monétaire et financière des Nations unies. En 2011, 187 pays en étaient membres.

Créée en 1944 à Bretton Woods dans le cadre du nouveau système monétaire international, la Banque possède un capital apporté par les pays membres et surtout emprunte sur les marchés internationaux de capitaux. La Banque finance des projets sectoriels, publics ou privés, à destination des pays du Tiers Monde et de l’ex-bloc soviétique. Elle se compose des cinq filiales suivantes :
La Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD, 189 membres en 2017) octroie des prêts concernant de grands secteurs d’activité (agriculture et énergie), essentiellement aux pays à revenus intermédiaires.
L’Association internationale pour le développement (AID, ou IDA selon son appellation anglophone, 164 membres en 2003) s’est spécialisée dans l’octroi à très long terme (35 à 40 ans, dont 10 de grâce) de prêts à taux d’intérêt nuls ou très faibles à destination des pays les moins avancés (PMA).
La Société financière internationale (SFI) est la filiale de la Banque qui a en charge le financement d’entreprises ou d’institutions privées du Tiers Monde.
Enfin, le Centre international de règlements des différends relatifs aux investissements (CIRDI) gère les conflits d’intérêts tandis que l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) cherche à favoriser l’investissement dans les PED. Avec l’accroissement de l’endettement, la Banque mondiale a, en accord avec le FMI, développé ses interventions dans une perspective macro-économique. Ainsi la Banque impose-t-elle de plus en plus la mise en place de politiques d’ajustement destinées à équilibrer la balance des paiements des pays lourdement endettés. La Banque ne se prive pas de « conseiller » les pays soumis à la thérapeutique du FMI sur la meilleure façon de réduire les déficits budgétaires, de mobiliser l’épargne interne, d’inciter les investisseurs étrangers à s’installer sur place, de libéraliser les changes et les prix. Enfin, la Banque participe financièrement à ces programmes en accordant aux pays qui suivent cette politique, des prêts d’ajustement structurel depuis 1982.

TYPES DE PRÊTS ACCORDÉS PAR LA BM :

1) Les prêts-projets : prêts classiques pour des centrales thermiques, le secteur pétrolier, les industries forestières, les projets agricoles, barrages, routes, distribution et assainissement de l’eau, etc.
2) Les prêts d’ajustement sectoriel qui s’adressent à un secteur entier d’une économie nationale : énergie, agriculture, industrie, etc.
3) Les prêts à des institutions qui servent à orienter les politiques de certaines institutions vers le commerce extérieur et à ouvrir la voie aux transnationales. Ils financent aussi la privatisation des services publics.
4) Les prêts d’ajustement structurel, censés atténuer la crise de la dette, qui favorisent invariablement une politique néo-libérale.
5) Les prêts pour lutter contre la pauvreté.
Site :
et le FMI FMI
Fonds monétaire international
Le FMI a été créé en 1944 à Bretton Woods (avec la Banque mondiale, son institution jumelle). Son but était de stabiliser le système financier international en réglementant la circulation des capitaux.

À ce jour, 188 pays en sont membres (les mêmes qu’à la Banque mondiale).

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, ne manquent pas l’occasion
pour présenter la Tunisie comme un modèle à suivre pour les pays de la
région, le peuple tunisien a souffert longtemps de cette mafia
économique autour du président déchu et sa femme. Au moment où la
bourgeoisie tunisienne accumulaient les richesses, les jeunes avaient
de plus en plus de difficultés à trouver un emploi stable et digne.

Une révolution au bon moment

Cette révolution vient pour rappeler que l’histoire de cette région
maghrébine n’est pas encore finie et qu’elle sera écrite et inventée
par ces militantes et militants, ces femmes et ces hommes humbles,
appauvris, réprimés mais toujours fiers. La révolution n’est plus
aujourd’hui un mythe ou un vœux pieux, avec le nouveau modèle
tunisien, elle est redevenue possible, voire nécessaire pour
l’émancipation de tous les peuples de la région.
Avec la lutte du peuple tunisien le mot “Révolution” redevient
d’actualité, retrouve toute sa force, ce n’est plus un tabou réservé,
comme on essayait de le présenter, à une poignée de nostalgiques rêveurs
dont nous faisons partie… le mot a été démocratisé et réapproprié par
le peuple…

Avec votre lutte, chères sœurs et chers frères tunisiens, la jeunesse a
retrouvé sa vraie place au devant de la scène politique, la vraie
politique, une politique qui s’exerce sur le terrain chaque jour et
partout, dans la rue comme dans les institutions, et non pas les
caricatures des élections auxquelles on nous invite chaque 5 ans !!
Avec votre révolution, chers sœurs et frères tunisiens nous avons
retrouvé une boussole dont nous avions tant besoin pour guider nos
lutte vers notre émancipation totale politique, économique et
culturelle en tant que peuples.
Avec votre révolution, nos espoirs renaissent, nous renouons avec nos
rêves, et nous rechargeons nos batteries pour continuer notre lutte.

Chers frères et sœurs tunisiens : merci !

En espérant que vous meniez votre révolution jusqu’au bout et que nous
commencions la nôtre !

Jawad – 18-01-2011



cadtm.org
Jawad Moustakbal

Attac/Cadtm Maroc